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n'avaient eu autant de retentissement. Les milices des campagnes se réunirent avec un empressement qu’elles n'avaient jamais déployé auparavant, et se rangèrent sous la bannière de Saint-George. La citadelle de Québec avait été fortifiée avec le plus grand soin ; mais il fallait dégarnir la ville de ses troupes pour les porter vers Montréal. Au signal donné par l'évêque, tous les jeunes élèves du séminaire en état de porter les armes formèrent eux-mêmes une milice nouvelle, qui fut chargée de monter la garde sur les remparts de Québec, et de veiller à la sûreté du château Saint- Louis, où était demeuré le gouverneur. Ce seigneur en témoigna publiquement sa satisfaction aux élèves, ainsi qu'à M. Plessis, qu’il chargea de faire part aux miliciens de la campagne des sentiments dont il était animé à leur égard.
Le prince-régent, depuis George IV, ordonna au gouverneur d'exprimer particulièrement à l'évêque de Québec toute la gratitude qu’il éprouvait des preuves de loyauté qu'il avait données (octobre 1813), et bientôt après il crut devoir le récompenser en lui accordant une place au conseil législatif de la province. L'évêque catholique y vint siéger après, l’évêque anglican, qui avait le pas sur lui, et cette faveur, en supposant que c'en fût une pour un prélat de la véritable Église, fut comme la reconnaissance offi-
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Cependant, le général américain Hampton, après avoir réuni toutes ses troupes, était entré, à la tête de trois ou quatre mille hommes, dansle Bas-Canada, avec l'intention apparemment de prendre position sur le Saint-Laurent, par la rivière de Châteaugay. Le 26 octobre, il s’approcha du détachement du colonel de Salaberry, qui se trouvait posté sur cette rivière, à trente milles environ de la frontière. Cet officier appartenait à une famille française des plus distinguées et des plus anciennes du Canada; depuis sa jeunesse, il avait, dans plusieurs parties du monde, toujours servi avec honneur dans les troupes britanniques. Il joignait à l'expérience et à un grand talent militaire une rare activité et une intrépidité personnelle incontestable. J1 commandait l'avant-garde de l’armée, composée d’environ trois cents hommes, dont il avait toute la confiance; la plupart étaient natifs du Bas-Canada, voltigeurs ou miliciens, d’origine française ou Indiens catholiques. L'armée ennemie, formée surtout de nouvelles recrues, paraissait n’avoir d'autre idée que de gagner la bataille par des manœuvres habiles et un feu de peloton. Le colonel de Salaberry, prenant avantage de l’état boisé de la campagne, mit ses hommes à couvert derrière les arbres et les buissons, et fit un feu roulant sur les Américains, chaque coup portant la mort dans leurs rangs, et le colonel donnant lui-même l'exemple. Leur perte fut considérable, tandis que Salaberry n'eut que deux hommes tués et seize blessés.
Hampton, décourage, $e retira sur la frontitre, et de là à Plattsburg, petite ville de l'Etat de New-York, sur le lacChamplain. {1 y demeura dans une inactivité absolue, son armée diminuant à vue d'œil par les maladies ou la désertion.
Pendant ce temps, Wilkinson continuait sa marche sur Montréal. Le 5 novembre, il s’embarqua dans l’île Grenadier avec ses troupes, qui montaient à huit ou neuf mille hommes, parfaitement armés et équipés. Le 6, dans la nuit, il passa devant le fort anglais € Prescott. I] faisait un clair de lune magnifique ; la nuit suivante, il aurait pu être sur l’île de Montréal avant inême que sir George Prevost pût recevoir la nouvelle de son approche. Maïs divers incidents retardèrent sa marche et donnèrent au gouverneur-général le temps de révnir toutes ses forces,qui montèrent bientôt à plus de vingt mille hommes. Il les disposa avec habileté sous les ordres de divers généraux ; et les Américains, ne pouvant tenir contre des forces si supérieures, se retirérent après plusieurs rencontres sanglantes (décembre 1813). La guerre continua encore durant la plus grande partie de l’année suivante, la victoire passant tour à tour des Anglais aux Américains, et de ceux-ci aux Anglais. La paix fut signée à Gand, au mois de décembre 1814, ratifiée à Washington, le 18 février 1815, et publiée à Québec, au mois de mars ; elle mit fin aux hostilités, et rendit au Canada le calme et la tranquillité,
Les services que l’évêque de Québec evait rendus à
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l'Angleterre durant cette guerre méritaient sans doute une autre récompense que la vaine distinction d'entrer au conseil législatif et d’y prendre place apres l'évêque anglican. Le ministère britannique désirait lui accorder une pension qui l’aidât à soutenir son rang ; mais il voulait que l’évèque Plessis lui en fit préalablement la demande. L’Angleterre n’a jamais su être véritablement généreuse. On engagea le prélat à présenter une supplique, et il eut la faiblesse de le faire, tant il trouvait douce la faveur de ce gouvernement perfide, lui qui pouvait alors tout demander, lui dont l'influence était réellement alors la seule puissance en Canada capable de contenir les peuples dans le devoir, et qui aurait obtenu, s’il avait osé les réclamer énergiquement, les biens des Jésuites pour les employer au bénéfice de l’Église et de l'éducation catholique. Le ministérebritannique aurait-il pu refuser quelque chose à celui qui seul lui avait fourni les moyens de garder le Canada? Mais tout ce qu’il en retira fut une pension de mille livres sterling ‘, et l’autorisation d’ériger quelquesnouvelles paroisses dans son diocèse,entre autres celle du faubourg Saint-Roch, que le prélat détacha de celle de Québec, et où il bâtit une grande église.
! Cette pension a été continuée, après la mort de Mf' Plessis, à Ms" Panet, son successeur ; ct, après celui-ci, à Mf" Signay, qui en jouit jusqu’à sa mort. Le gouverneur du Canada ayant fait demander, il y a sept ans, Ms" Turgeon, alors coadjuteur de Québec, lui annonça, à travers plusieurs compliments, que cette pension serait retirée aprés le décès de Mer Signay. Ms Turgeon n’est pas riche; il n’en répondit pas moins avec noblesse qu'il était au-dessus des inquiétudes de la fortune, et que, lorsque Dieu le ferait archevèque de Québec, il avait assez de foi dans la bonté de sa providence et la charité d’un peuple catholique, pour ne pas craindre de manquer de ressources.