LES
dela de douze cents communiants, qui tous avaient pour l’abbé Lejamtel, leur digne pasteur, la vénération la plus profonde.
D’Arishat, où l’évêque administra le sacre -"c de la confirmation, il prit la côte de l’île du Cap-Breton, qui n'offre qu’un long rocher dénudé, jusqu’à la plage, encore déserte alors, où s’élevaient un demi-siècle auparavant les belles fortifications de Louisbourg. Le port, qui a une profondeur de trois milles sur un mille de largeur, avec tous les accommodements nécessaires aux navires pour faire de l’eau, est un des plus beaux du monde. Les ruines de ses batreries, jadis si formidables, et les larges brèches que la mine et la poudre avaient pratiquées dans ses murs, ne présentaient plus, lorsque l’évêque de Québec y descendit, que l’image de la désolation. Ses vastes et solides magasins, où la France avait amassé tant de munitions de guerre, demeurés encore presque entiers, étaient recouverts de terre et de broussailles; et, sous leurs voûtes obscures, les troupeaux que l’on mène brouter l'herbe sur cette terre qui recouvre les corps de tant de braves viennent chercher en été un abri contre les ardeurs de la canicule. Assis sur ces ruines, si l’on vient à jeter les yeux sur la surface limpide et unie de la mer, on peut voir encore les débris de nos vaisseaux coulés à fond, dont les carcasses immenses sont restées là comme un monument de l’antique puissance française sur ces côtes, avant que la lâcheté du pouvoir eût livré nos colonies à l'Angleterre. On s’attriste en mesurant l’étendue
de ces remparts redoutubles, où l’on ne voit que destruction : on cherche et l’on écoute ; mais tout est silence, et l’on n'entend que les mugissements de la mer, qui vient briser sourdement ses flots sur le rivage, ou le bêlement plaintif des troupeaux revenant le soir du pâturage, où les conduit quelque timide descendant des défenseurs de Louisbourg.
Huit ou dix familles de pauvres pêcheurs irlandais étaient répandues sur la côte de Louisbourg, lorsque l’évêque de Québec y vint débarquer avec ses compagnons, le 19 juin 1815. C'était le soir. Les rayons du soleil couchant éclairaient d’un dernier reflet les huttes misérables des pêcheurs, dont la pauvreté formait un si affligeant contraste avec les beaux édifices, les fortifications régulières, la grandeur navale, la pompe militaire et l’activité commerciale, dont naguères Louisbourg avait été le théâtre. L’évêque visita tous ces débris. Malgrélui,il sentit qu’il avaitencorequelquechose de français dans le cœur; et, avant de quitter cette triste plage, il se mit à genoux avec les prêtres qui l’accompagnaient, et récita à haute voix le De Profundis pour le repos des âmes de tant de héros morts en défendant leur pays. Tous avaient le cœur navré. Pouvaient-ils encore sentir quelque amour pour l’'Angleterre en foulant aux pieds ce so] tout arrosé du sang de leurs pères ? C'était la première fois que Louisbourg entendait la voix d’un évêque; mais son peuple n’était plus, et l'écho de la solitude répondit seul à cette voix.
Depuis la destruction de Louisbourg, le gouverne-
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ment anglais avait complètement négligé l'ile du Cap- Breton. Ce ne fut qu'après la guerre de l'indépendance américaine qu’un certain nombre de loyalistes des États-Unis étant venus s’y établir, le cabinet britannique songea à s’en occuper. Le Cap-Breton fut alors érigé en gouvernement particulier, séparé de la Nouvelle-Ecosse, et l’on jeta les fondations de Sydney, qui en fut dès lors la capitale. Mais en 1820, peu de temps après la visite de l’évêque Plessis, le Cap-Breton fut de nouveau annexé à la Nouvelle - Ecosse , ne gardant d'autre privilége que d'envoyer deux députés au parlement d'Halifax.
De Louisbourg à Sidney, où l’évêque se rendit ensuite, la côte présente partout des rochers abruptes, des bancs, des rivières et de petites îles. Sidney est situé sur une langue de terre élevée, mais étroite, à quelques milies au sud de l'entrée du grand lac ou mer intérieure du Bras-d’Or. C'était une petite ville bien bâtie, d'environ cinq cents âmes, avec un port vaste et commode, capable de contenir de grandes frégates. On y avait construit dès lors une petite chapelle pour les fumilles irlandaises que visitait de temps en temps l’abbé Lejamtel, au caractère duquel le général Swaine, qui commandait alors à Sidney, rendit un éclatant témoignage devant l’évêque. Ce n’était pas le seul protestant qui parlât en faveur de ce missionnaire : tous en faisaient les plus grands éloges, en même temps qu’on s'élevait partout contre le ministre envoyé par l’évêque anglican d'Halifax, qui fut forcé de se retirer sous le
140 HISTOIRE poids de la haine et du mépris qu'il s'était attirés de la part de’ses coreligionnaires.
Deux longs canaux s'ouvraient sur le grand lac du Bras-d'Or, qui ne sont séparés l’un de l’autre que par la longue île de Boularderie. L'un est appelé le Petit- Bras-d’Or, l’autre le Grand-Bras-d’Or. Celui-ci permet le passage aux plus gros navires, et de la grande mer intérieure on peut communiquer facilement avec une foule d’autres lacs, dont la plupart sont peu connus. L'un d’eux appelé lac Magré par l’évêque de Québec se trouve sur le plateau d’une grande montagne d’un accès difficile, et peut avoir douze lieues de longueur. C’est apparemment le même que Bouchette ! appelle le lac Marguerite, et qui, par la rivière du Saumon (Salmon-River), communique avec le port Marguerite, à l’ouest de l’île. A l’exception d’un petit nombre de Sauvages micmaks catholiques, on ne voyait alors autour de ce lac qu’une centaine de familles de Highlanders écossais, qui, accoutumés dans leur propre pays aux escarpements des montagnes, étaient venus s'y établir à cause de l'excellence du sol. Tous étaient également catholiques , et c'était à cause d’eux que l'abbé Lejamtel bravait toutes les aspérités et les difficultés de la route, qui aurait désespéré tout autre qu'un missionnaire. L’évèque de Québec parcourut tour à tour toutes les petites baies du grand lac, administrant les sacrements dans les missionssauvages, acadiennes, écos-
The British Dominions of North America, by Col. J. Bouchette.
sa.ses ou irlandaises, et se trouva de retour à Arishat au troisième jour de juillet. À la suite de ce voyage, l'un des prêtres qui accompagnaient l’évêque, l'abbé Gaulin, parfaitement instruit du gaëlique, qui est la langue des Ecossais, fut envoyé pour desservir la mission d’Antigonish, dont le vénérable pasteur, Alexandre M'Donnell, était mort depuis quatre ans, après un ministère laborieux de plus de quarante années. Halifax, capitale de la Nouvelle-Ecosse, où le prélat se rendit ensuite, avait déjà une population de près de quinze mille habitants. Sa rade, une des plus belles du monde, se montre avec avantage, lorsqu'on s’approche de la ville par mer, en venant de l'océan. A cause de sa situation directe sur l'Atlantique, la navigation y est rarement interrompue par les glaces ; c’est ce qui l'a fait choisir comme la principale station navale de l'Angleterre dans l'Amérique Septentrionale, son port offrant en toute sécurité un ancrage commode à plus de mille vaisseaux à la fois. Des batteries et des redoutes en défendent l’approche. La ville, bâtie sur la côte orientale d’une petite péninsule, s'élève graduellement sur la colline, à mesure qu’elle s'éloigne de la mer. Un grand nombre de quais pour le déchargement des marchandises (wharfs) sont établis le long de l’eau, à proximité des navires, avec des magasins commodes. Halifax est, depuis l’année 1758, le siége du parlement, du conseil législatif et du gouverneur de la Nouvelle-Ecosse. Elle renferme plusieurs édifices publics assez remarquables, de fort belles maisons, et
142 HISTOIRE on peut dire que sa situation est une des plus riantes que l’on puisse voir.
Halifax avait, à l’époque dont nous parlons, une congrégation nombreuse etchoisie d’Irlandais, qui, sous la conduite d'Edmond Burke, leur pasteur, et de l'abbé Mignault ‘, son vicaire, marchaient à grands pas dans le chemin du Christianisme. Leur église n’était pas la plus belle d'Halifax ; mais ils avaient le projet d’en bâtir ur 2 plus grande, dont le plan était fort beau. Depuis Lrs il a été mis à exécution. J'ai visité moi-même cette église, à mon passage par la Nouvelle- Ecosse, en 1845; et la cathédrale d'Halifax est aujourd’hui une des plus belles de toute l'Amérique du Nord. M. Burke avait entrepris également de bâtir un collége ; on a vu ce qui en avait empêché l'ouverture.
Au moment de l’arrivée de l’évêque à Halifax, un religieux trappiste français, que la révolution avait chassé de son pays vingt ans auparavant, venait d'y arriver aussi de son côté. Il avait fait partie de l’abbaye de la Meiïlleraye; et, après divers essais infructueux dans les États-Unis pour établir un monastère de son ordre, il venait tenter le même dessein dans la Nouvelle-Ecosse, avec plusieurs de ses compagnons. Mais ceux-ci l'ayant quitté pour retourner en Europe, le père Vincent Merle, c'était le nom de leur chef, était demeuré avec Edmond Burke, qui lui donna dans la suite les moyens de commencer un Ctablisse-
! Depuis supérieur du collége de Chambly et curé de cette paroisse, près de Montréal.
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ment dans ce pays. Telle fut l’origine du monastère de Tracadie, à l’extrémité septentrionale de la province, et qui commence aujourd’hui, par les soins du père Vincent, à se développer avec avantage dans l’intérêt de la religion.
Le général sir John Sherbrooke, gouverneur d’Halifax, reçut avec les plus grands égards la visite de l’évêque de Québec, qui profita de ses dispositions bienveillantes pour recommander au gouvernement les uiverses tribus de Micmaks qui vivaient aux environs d'Halifax; elles étaient toutes catholiques, et leur chef était venu exposer à l’évêque les misères de son peuple. Le prélat leur promit de s'occuper des moyens de leur envoyer incessamment un missionnaire. D'Halifax il se rendit ensuite à Chezzet-Cuok, le plus ancien établissement qu’eussent eu les Acadiens depuis leur dispersion. I] n’y avait cependant pas encore de chapelle : l’évêque donna ordre d’en commencer une, avec un presbytère, et elle fut dédiée plus tard sous le patronage de saint Anselme de Cantorbéry.
Après avoir parcouru encore quelques autres missions de peu d'importance, l’évêque arriva, le 2 du mois d'août, à la baie de Sainte-Marie, qui est au sudouest de la Nouvelle-Ecosse. Un autre débris du clergé français, l'abbé Sigogne, gouvernait depuis longtemps déjà, au temporel ainsi qu’au spirituel, les nombreux Acadiens de cette baie, établis le long de la rivière Sisibout. Ce prêtre vénérable, natif du diocèse de
Tours, avait émigré en Angleterre en 1791, et il était passé dans la Nouvelle-Ecosse en 1798. D'un courage et d’une activité surprenante, il avait déjà, à lui seul, bâti deux grandes et belles églises, celle de Sainte-Marie de Frenchtown et celle de Sainte-Anne d’Argyle. Regardé comme le père et le protecteur de tous les Acadiens des côtes de la baïe de Sainte- Marie, il avait obtenu sur eux une influence si grande et si justement acquise, que le gouvernement anglais d'Halifax lui avait délégué toute l’autorité temporelle, comme juge du pays, pour conduire son troupeau. La paroisse Sainte-Marie de Frenchtown avait sept cents communiants, et celle de Sainte-Anne d’Argyle quatre cents. Avec les secours d’un pieux Irlandais, l'abbé Sigogne bâtissait alors une troisième église au village de Mountégan, à laquelle l’évêque de Québec imposa le nom de Saint-Mandé, patron de ce prêtre respectable.
De la baie de Sainte-Marie, l’évêque de Québec se dirigea, en traversant la baie de Fundy, vers la côte du New-Brunswick. Cette côte ne présente presque dans toute la longueur de la baie qu’une suite de rochers stériles, surtout dans la paroisse de Saint-Martin, qui est à peu de distance de la ville de Saint-John; mais elle devait à cette proximité l'avantage d’être parfaitement cultivée. Le paysage tout autour est varié par de belles collines, séparées par des lacs et des cours d’eau d’un effet extrêmement pittoresque. L'évêque alla débarquer à Saint-John, qui était la ville la plus considérable de la province : située à l’entrée du fleuve
suit riét ture
au di minis!
qui porte le même nom, elle s'élève majestueusement sur une suite de rochers qui s’avancent dans la rade formée par la rivière. Le port est vaste et sûr, et offre de la mer un aspect imposant ; mais, dès qu’on a passé l'entrée, l’ensemble des montagnes, couvertes de grands bois qui semblent la resserrer par derrière dans un amphithéâtre de verdure et de rochers, produit aux regards du voyageur un spectacle aussi grand qu’agréable. LesCatholiques n’y étaient encore qu’en petitnombre; mais, grâce aux exhortations du père Dominique (Charles French), Dominicain irlandais, frère de lord French, alors missionnairechez les Sauvages de Miramichi ‘, qui venait les visiter de temps à autre, ils avaient construit une assez jolie chapelle. Le défaut de prêtre qui résidât au milieu d'eux était la cause de la tiédeur des habi‘an : de cette ville; plusieurs cependant vinrent expri <. : l’évêque de Québec le désir qu’ils éprouvaient d’avoir un missionnaire qui pût les rappeler chaque jour aux devoirs qu'impose la religion. Le prélat leur promit de s’en occuper activement. Il se mit ensuite en route pour Frédéricton, capitale de la province, où il arriva bientôt, en remontant le fleuve Saint-John, dont le cours présente une suite de paysages, qui par leur grandeur et leur variété donnent une haute idée des ressources de la nature dans cette contrée. La ville de Frédéricton est si-
‘ Ce missionnaire zélé était, il y a six ans, retiré dans la petite ville d’Andover, au diocèse de Boston, où il continua, malgré son grand âge, à exercer le saint ministère jusqu’à l'année 4850 qu’il mourut.
tuée dans une plaine, sur la rive droite du fleuve, qui par sa limpidité n’est pas moins extraordinaire en cet endroit que par son extrême largeur; il forme,en se par-tageant, un coude assez grand, qui enveloppe des deux côtés toute la ville, dont la vue se termine par une claîne de belles collines au travers desquelles la rivière Nashwak roule avec rapidité ses ondes pour se précipiter dans le Saint-John, qui est navigable jusqu’à Frédéricton pour les plus gros navires.
De cette ville, le prélat remonta encore la rivière jusqu’à la mission des Abénakis, que le père Ciquard avait gouvernée jusqu’en 1803, et où ce zélé missionnaire avait bâti une chapelle dédiée à sainte Anne. Depuis cette époque jusqu’en 1808, cette mission n’avait plus été visitée qu’à de rares intervalles ; mais alors le major-général Hunter, président du New-Brunswick, renouvela à l’évêque de Québec l'offre de payer un traitement de cinquante livres sterling au missionnaire, s’il était possible de lui en envoyer un. Il finissait en lui exposant l’extrême besoin où les Sauvages de cette mission se trouvaient d’avoir un prêtre catholique, et sur cette invitation l’évêque s'était empressé de donner pour les Abénakis un missionnaire, qui vint bientôt après résider à Sainte-Anne. Plessis y administra les sacrements aux Sauvages, en confirma un certain nombre, et redescendit dans leurs canots, solennellement escorté par toute la tribu jusqu’à Frédéricton, d’où il revint à la cité de Saint- John. Il se transporta ensuite à l'entrée de la rivière
Bord.
e, qui Sainte-Croix ou Passamaquoddi, visita les missions n cet autrefois gouvernées par le père Ciquard et celle du epar- Pénobscot, dépendantes alors l’une et l’autre du diocèse deux de Boston, érigé depuis 1810. Il passa quelque jours ' une dans cette ville, partageant sous son humble toit la ivière loyale et franche hospitalité de M. Cheverus, évêque préci- de Boston, ‘ et de cette ville revint, par l’intérieur des squ’à Etats-Unis à Montréal et ensuite à Québec, après quatre mois d'absence. C’est dans le journal de son
ivière voyage, écrit de sa main, que nous avons puisé les juard divers détails que nous venons de donner sur ces ssion- missions, dont l’histoire autrement serait demeurée à >, De- jamais ignorée, ce journal n'ayant point été publié ?. avait C’est ce document qui nous a mis au courant des mialors sères spirituelles qui rongeaient la plupart des villages runs- acadiens du golfe Saint-Laurent, de l’île du Princepayer Edward, et de la Nouvelle-Ecosse; misères que l’évémis- que fait connaître lui-même dans quelques lignes pathéun. tiques, et qui peignent d’un trait l’état abrutissant Sau- où ces peuples étaient tombés faute de pasteurs. Parrêtre tout où Plessis avait porté ses pas, il avait entendu em- | les cris et les plaintes de ces malheureux ; il avait proaire, mis sans doute de les soulager ; mais le fit-11? Et d’ail-
essis conleurs ribu aint-
ière
leurs le pouvait-il ? Il ne le pouvait point par lui-même ; aussi la plupart de ces missions restèrent-elles encore pivsieurs années sans prêtres. Car ce que l’évêque de
1 M. Cheverus, premier évèque de Boston, depuis cardinal archevêque de Bordeaux.
? Ilest déposé aux archives de l’archevéehé de Québec.
Québec aurait dû faire, c'était de partager le faräeau dont seul il ne pouvait porter tout le poids, et de demander au Saint-Siége que d’autres évêques vinssent prendre une part de cette juridiction trop étendue. Mieux que personne il avait été à même de remarquer, ainsi que le faisait naguères un Père de la Compagnie de Jésus", précisément au sujet de l'évêché de Québec, « qu’au-delà d’un rayon limité le pouvoir d’un évêque est purement nomir:al et fictif. »
‘ Annales de la Propagation de la Foi, année 4840. Lettre du réverend pére Thibaud, S. J.
due. CHAPITRE XXVI.
, DEPUIS L’INCENDIE DE L'ÉGLISE DE SAINT-ROCH DE QUÉBEC, EN 4845, JUSQU'AU RETOUR DE L’ÉVÊQUE PLESSIS, DE SON VOYAGE D'EUROPE, EN À 820.
LA oi Incendie de l'église du faubourg Saint-Roch à Québec. Sang-froid de l'évêque Plessis. Nécessité d’une division dans le diocèse de Québec. Érection du vicariat apostolique de la nouvelle-Écosse et du New-Brunswick en faveur d'Edmond Burke, vicaire-général de Québec dans ces contrées (1817). Commencement des missions de la Riviére-Rouge et de la baie d'Hudson, par l'abbé Provencher (1818). Nouvelle division du diocèse de Québec. Alexandre Mac Donell, vicaire apostolique du Haut-Canada. Angus Mac Eachern, vicaire apostolique de l'île du Prinoe-Edward et du New-Brunswick (4819). L'évêché de Québec érigé en province ecclésiastique, et l’évêque Plessis nommé archevêque à son insu. Il prend la résolution d'aller à Rome. M, Lartigue envoyé pour le séminaire de Saint-Sulpice à Londres. Arrivée de l’évêque Plessis dans cette ville. Faveur qu’il obtient du ministère britannique. Son voyage à Rome. Il refuse de prendre le
titre d’archevêque. Son retour à Londres, puis au Canada (4820). Il tient un sygode à Québec.
Pendant la durée du voyage de l’évêque de Québec dans les provinces du golfe, un nouveau collège s’était ouvert dans le district de Montréal, dont il devint bientôt la principale ressource : c'était celui de Saint-Hyacinthe d’Yamaska , formé par les soins d'Antoine Girouard, curé de cette paroïsse, une des plus belles et des plus considérables du Canada, située sur les bords d’une charmante rivière qui porte le même nom. Nous avons dit ailleurs qu'à Québec le faubourg Saint-Roch avait été séparé de la paroisse de cette ville, et que
l’évêque avait jeté les fondements d’une belle église avec un presbytère pour la nouvelle paroisse. Cette entreprise, commencée avec de faibles ressources, était sur le point d’être terminée, lorsque, au mois de décembre 1815, trois mois après le retour du prélat, un violent incendie consuma, en mois de deux heures, l'édifice, où lesouvriers mettaient alorsladernière main. L'évèque était accouru sur le lieu du désastre ; son cœur souffrait, mais son œil restait impassible. — Quel malheur! s’écriait l’un des marguilliers en se tourrant vers lui. — C’'eût été un bien plus grand maiueur si vous aviez commis un péché mortel, répondit-il aussitôt. — Ce trait peint la tournure d'esprit de M. Plessis, et ce qui faisait le fond de son caractère. Sans s’affliger d’ailleurs inutilement de ce désastre, qu’il recevait comme une épreuve du Ciel, il s’empressa dans le même moment de relever le courage des habitants de Saint-Roch. Combinant déjà les moyens de recommencer cette entreprise à nouveaux frais, il mit à contribution ses amis, épuisa ses propres finances : par une espèce de miracle que Dieu accorda à sa persévérance , l’église sortit bientôt de ses ruines, plus belle qu'auparavant, et l’évêque eut la consolation de la consacrer, au milieu des applaudissements de son peuple, étonné des effets de sa constance. Heureux si cette constance et cette énergie eussent embrassé de plus grands desseins |
Celui de la division de son diocèse l'avait, à la vérité, occupé plus d’une fois, depuis la visite qu’il avait faite
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DU CANADA 151 ans les provinces du golfe; et, quoiqu'il en sentit la nécessité, quoiqu'il connût bien que la constitution même de l'Église est, par son essence, de tendre au fractionnement, lorsque le besoin du troupeau le réclame, il paraissait néanmoins encore hésiter à la proposer directement à Rome. Mais cette division deve: nait chaque jour plus nécessaire, la juridiction de tant de pays si éloignés les uns des autres centralisée dans les mêmes mains rendant impossible le bien immense qu'il y avait encore à faire, surtout dans les provinces du golfe Saint-Laurent.
Sur ces entrefaites, Plessis eut vent que Rome, fatiguée, disait-on, de ses lenteurs, et sentant depuis trop longtemps déjà les besoins immenses de ces provinces, au sujet desquelles une relation particulière lui était encore venue depuis peu,avait résolu, quoi qu’il dût en «rriver, d’y ériger un vicariat-apostolique, et l'on ajoutait qu'Edmond Burke, vicaire-général de l’évêque de Québec, alors en congé lui-même à Rome, était désigné pour être mis à la tête du nouveau vicariat. Plessis, se voyant prévenu, se hâta de résigner sa juridiction sur la Nouvelle-Écosse, l’île du Cap-Breton, et quelques autres îles voisines. Cette résignation fut aussitôt acceptée, et Burke, que divers ouvrages de controverse estimés, la variété de ses talents et la confiance dont les évêques de Québec l'avaient investi en le nommant supérieurgénéral des missions de la Nouvelle-Ecosse, recommandaient suffisamment au choix du Souverain-Pontife, fut préconisé, le 4 juillet 1817, évêque de Sion, et le 27 du
même mois vicaire-apostolique àe la Nouvelle-Écosse et des iles circonvoisines. Il partit ensuite d'Europe, apportant lui-même ses bulles, et vint à Québec pour recevoir la consécration épiscopale. Plessis voulut faire lui-même la cérémonie; il fut assisté dans cette s0lennité par M. Robert, prêtre français du séminaire, et M. Demers, directeur du même séminaire, duquel Edmond Burke avait été autrefois agrégé (5 juillet 1818). Le nouvel évêque partit ensuite nour aller prendre possession de son vicariat , où il fut reçu avec des démonstrations de joie inimaginables de tout le peuple catholique de la Nouvelle-Ecosse, heureux de posséder un premier pasteur qui habitât avec eux.
Dans le même temps que le Saint-Siége érigeait pour Edmond Burke le vicariat-apostolique de la Nouvelle- Ecosse, l’évêque de Québec travaillait à fonder, du côté opposé, la mission de la Rivière-Rouge. Cette mission, une des plus vastes de l'Amérique, comprenait cette partie du continent septentrional appelée Territoire du Nord-Ouest, c’est-à-dire l'immense étendue de terre qui est occupée par les lacs et arrosée par les rivieres dont les eaux se déchargent dans la baie James et la baie d’Hudson. Lord Selkirk avait commencé en 1812 la colonisation de cette contrée, dans l’intérêt du commerce des fourrures, dont le monopole fut accordé, par un acte du parlement anglais, à la compagnie de la baie d'Hudson. En 4818, l’évêque de Québec reçut de lord Selkirk la demande de plusieurs missionnaires pour les colons canadiens et les Sauvages de ces contrées. Plessis, en-
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chanté de cette ouverture, s’empressa d'y accéder, Une souscription fut ouverte dans le diocèse pour le soutien de la nouvelle mission, et la même année deux missionnaires, MM. Provencher et Dumoulin, y furent envoyés, le premier à la Fourche, poste important occupé par les Canadiens sur la rive droite de la Rivière-Rouge, près de l'endroit où cette rivière reçoit les eaux de l’Assiniboine; l’autre, à vingt lieues plus au sud, au poste de Pembina. Les Canadiens, en assez grand nombre, qui habitaient ces deux postes, avaient été autrefois au service d’une autre compagnie réunie depuis à celle de la baie d'Hudson ; mariés à des femmes sauvies, ils s'étaient fixés dans ce pays, où, jusqu’à l’arrivée des deux missionnaires, ils étaient restés totalement privés de secours religieux. Le vice avait poussé de profondes racines parmi eux, et il leur restait à peine une ombre de foi. Les missionnaires furent néanmoins bien reçus, et ils recueillirent promptement des fruits consolants de leurs efforts. Le royaume de Dieu fut annoncé en même temps à plusieurs peuples sauvages de ces contrées, encore que ces barbares ne répondissent que lentement aux grâces qui leur étaient offertes. La conversion des Sauvages a toujours été difficile, à cause de leurs vices et de leur brutalité, et l’on sait que les premiers missionnaires du Canada y travaillèrent de longues années avant d’avoir obtenu d’autres fruits que d’administrer le baptême à quelques enfants moribonds.
Avec de grandes qualités qui lui étaient propres,
Il 10
Plessis ne partageait que trop néanmoins les défauts de ses compatriotes. [1 pliait devant les Anglais trop souvent pour sa dignité et plus souvent même que ne semblait devoir l’exiger la prudence. Sa politique, trop humaine , ne lui permettait pas de compter assez sur le secours de Dieu , et redoutant comme un acte de déloyauté envers le pouvoir de le heurter dans ses représentants ou dans les membres de l’église établie , il s’arrêtait lorsqu'il s'agissait de marcher en avant pour le Lien de l'Eglise Catholique. Aussi en arriva-t-il ce à quoi il aurait dû s'attendre, surtout depuis l'érection du vicariat-apostolique de la Nouvelle-Ecosse ; c'est que le Saint-Siége, fatigué de ses ménagements et de ses délais dans l'affaire de la division du diocèse de Québec, au sujet de laquelle il avait encore, peu d'années auparavant, intimé ses souhaits à l’évêque, se décida à opérer cette division sans le consulter davantage. Pie VII en fit parler secrètement au prince-régentd’Angleterre, qui n’y trouva pas le moindre obstacle, et nomma aussitôt deux nouveaux vicaires-apostoliques : l’un fut Alexandre M’Donell pour le Haut-Canada, dont il gouvernait les missions depuis déjà quinze ans; l’autre, Angus M’Eachern, pour l’île du Prince-Edward, les îles de la Magdelaine, et le New-Brunswick.
Ces deux missionnaires, dont le mérite était connu à Rome, avaient été proposés déjà pour cette haute dignité à l’évêque de Québec, selon le journal même ‘ de
* Mémoire sur la division du diocèse de Québec à être présenté à lord Bathurst, secrétaire colonial, du 20 août 4819. — Mémoire pour la division du diocèse à
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DU CANADA 155 Plessis, qui les avait depuis longtemps nommés ses grands vicaires. Mais, avec ses ménagements habituels, il ne croyait pas, disait-il, que le temps fût venu de faire cette division, et il paraissait répugner à voir revêtir Mac Donell et Mac Eachern du caractère épiscopal. Les mémoires adressés par M. Plessis à la Propagande et à lord Bathurst, ministre des colonies en Angleterre, font connaître ces divers détails : « Il » croyait, ajoute-t-il d’ailleurs dans le journal de son » voyage en Europe, en avair assez dit à la cour de » Rome par ses lettres de la fin de 1817, pour l’enga- » ger à suspendre cette opération jusqu’à nouvel avis » de sa part. »
Mais Rome agit dès-lors sans avoir désormais égard aux réclamations de l’évêque de Québec; elle savait apparemment mieux que lui à quoi s’en tenir sur les dispositions du cabinet britannique, qu’en Canada on paraissait tellement redouter. Mac Donell, qui était parti pour l’Europe en 1816, avait pu entamer des négociations et faire envisager à la Propagande la situation religieuse du Canada sous un point de vue d'autant plus vrai, que les Irlandais n’ont jamais eu peur d’agir en de pareïllescirconstances,sans se mettre tropen peine des objections du gouvernement anglais, lorsque l’avantage de la Religion le demandait. Mais, avant de pro. céder à l'institution canonique des deux nouveaux évé-
être présenté à la cour de Rome, 47 novembre 1819. — Journal du voyage fai par M£' J.-O. Plessis, dans les aunées 4819 — 1820, en Europe, E'° partie. MS. des archives de l’archevêché de Québec.
ques, Rome voulut encore donner à l'Eglise du Canada une preuve de sa sympathie, et à Mer Plessis dela justice avec laquelle elle savait apprécier son mérite et les efforts qu'il avait faits pour le bien de la Religion : elle lui conféra par conséquent le titre d’archevêque, et érigea l’église de Québec en métropole. La bulle de cette érection fut signée le 12 janvier 1819, et le même jour deux autres bulles conféraient à Alexandre M'Donell le titre d’évêque de Regiopolis ! in partibus, et celui d’évêque de Rose à Angus Mac Eachern.
Après de longues et cruelles hésitations, Plessis se détermina vers le même temps à demander officiellement au Saint-Siége une division qu’il ne savait pas encore avoir été en partie consommée. En faisant part au clergé de son diocèse de cette détermination , et en lui expliquant l'urgence d’une telle mesure, il souleva pour la première fois non-seulement une désapprobation formelle à l'exécution de ce dessein, mais encore une résistance qu'il n'aurait pas dû attendrede la part des prètres canadiens. Cette résistance, qui ne fut que de courte durée, faisait voir combien peuils coinprenaïent les véritables intérêts de }’Eglise dans leur pays. Quoique cette résistance eût vivement affecté l’évêque de Québec, une fois le parti pris de s'occuper sérieusement de la division de son diocèse, il ne pensa plus qu'aux moyens de l’exécuter.
D'accord avec les membres les plus sages et les
\ Rhésine ou plutôt Kingston: ces noms signifient également la Fille royale ou du Roi.
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moins prévenus de son clergé, il résolut de se rendre lui-même à Londres, et de demander au ministère qu il ne s’opposât pas au dessein qu’il avait formé de faire agréer de Rome l'établissement de quatre évêques auxiliaires suffragants, dépendants du siége de Québec, dont ils seraient comme les vicaires-généraux : le premier pour la province du Haut-Canada ; le second pour celle du New-Brunswick, les îles du Prince-Edward, du Cap-Breton et de la Magdelaine; le troisième pour le district de Montréal ; et le dernier pour les missions de la Rivière-Rouge et le territoire du Nord-Ouest. Ce partage devait laisser à l’évêque de Québec les trois districts de Québec, des Trois-Rivières, et de Gaspé, c’està-dire une étendue de plus de cinq cent milles de longueur, avec une population de plus de deux cent mille Catholiques !. |
Muni des lettres de recommandation et de l’agrément du duc de Richmond, qui commandait alors en Canada, agrément qu’il avait cru devoir demander avant son départ, l’évêque s’embarqua à Québec le 3 juillet 1819, en recommandant à Dieu son diocèse, dont il laissait l'administration à l’évêque de Saldes, son coadjuteur. Il était accompagné de M. Turgeon, son secrétaire intime, de M. Lartigue, prêtre du séminaire de Montréal, et suivi d’un domestique. Ni son âge avancé, ni ses infirmités, ni les fatigues, ni les dangers d’un tel voyage, ne purent arrêter l’évêque de Québec.
‘Ily en a aujourd'hui plus du double.
C'était le premier évêque du Canada qui partait pour aller rendre ses hommages au tombeau des Apôtres. Une foule d’ecclésiastiques, la ville tout entière, et une partie des campagnes voisines, accourus pour voir encore une fois leur pasteur, assistèrent à son embarquement, et il mit à la voile, emportant les regrets et les bénédictions de tous.
M. Lartigue, que nous venons de nommer, et que nous avons montré recevant la tonsure des mains de l’évêque Denaut, le jour que ce prélat faisait son entrée à Montréal, vingt-deux ans auparavant, lui avait été dans la suite attaché en qualité de secrétaire, après avoir terminé ses études au séminaire de Saint-Sulpice. L'application du nouveau secrétaire aux affaires du diocèse, son jugement sûr dans les matières ecclésiastiques, son ardeur à acquérir de nouvelles connaiïssances, sa prudence et sa discrétion, l'avaient mis promptement en état d'aider puissamment au gouvernement de l'Eglise canadienne. Aussi l’évêque Denaut ne voulut-il jamais consentir à se priver de ses services, quel que fût le désir de M. Lartigue d'entrer dans la communauté où il avait puisé les sciences ecclésiastiques, et ce fut en conséquence de l’affection et de l'estime qu’il avait pour lui qu’il le recommanda à M. Plessis comme un sujet digne de l’épiscopat, si par la suite il se trouvait dans le cas de présenter au Saint-Siége un prêtre pour remplir ce poste éminent. A la mort de l'évêque Denaut, Lartigue, n’éprouvant plus d’obstacle pour entrer à Saint-Sulpice, où le portaient depuis
longtemps ses inclinations, fut reçu dans ce séminaire, où il fut agrégé en qualité de directeur, le 1° février 1807. Il en fut pendant quinze ans un des membres les plus zélés et les plus actifs dans l'intérêt du salut des âmes. Mais il ne se distingua pas moins par sa loyauté avec les autres membres du haut clergé canadien dans la guerre de 1812. Pendant l'invasion américaine, le gouverneur du Canada, sir George Prevost, s'étant adressé au supérieur du séminaire de Montréal pour avoir un prêtre dont la parole sût maintenir les milices canadiennes, qui voulaient se débander, le choix fut fait par M. Roux, prêtre respectable, qui dirigea longtemps cette maison avec autant d'intelligence qne de sagesse; il tomba sur M. Lartigue, qui n’eut pas plus tôt paru parmi ses compatriotes, que l’ordre se rétablit.
Plessis, qui avait hérité de son prdécesseur son estime pour M. Lartigue, l'avait associé plusieurs fois aux travaux de son coadjuteur, dans les visites pastorales que l’évêque de Saldes avait faites dans le district de Montréal. Dès l’année 1819, des agents secrets avaient engagé le gouvernement britannique à faire des tentatives pour ôter au séminaire de Saint-Sulpice les vastes propriétés dont il était le juste possesseur. Lartigue , que sa connaissance des lois et sa qualité de sujet britannique rendaient plus que tout autre capable de faire triompher la justice de cette cause, fut alors député vers le ministère anglais, et ce fut ce qui lui procura l'avantage de faire le trajet de l’Atiantique
dans la société de son évêque et de M. Turgeon. Les titres du séminaire de Montréal et la longue possession des biens contestés, dont ils avaient toujours, de l’aveu de tout le monde, fait un si digne et si saint usage, eussent, ce semble, dû suffire pour empêcher cette spoliation. M. Lartigue crut toutefois devoir recourir à la prudence de l’évêque de Québec et à l'influence dont il jouissait auprès du gouvernement. Il en obtint, durant la traversée, un nfémoire court et énergique, que le prélat présenta lui-même à lord Bathurst, à son arrivée à Londres; aussi l’envoyé du séminaire de Montréal n'hésitait-il pas à dire que, si les ministres avaient cessé alors de poursuivre cette affaire, il fallait l’attribuer surtout au mémoire et au crédit de l’évêque de Québec !.
Le prélat n’était encore arrivé que de quelques jours dans la capitale des Trois-Royaumes lorsqu'il y reçut, par un navire parti peu de jours après lui de Québec, une lettre de son coadjuteur qui l’informait de l’arrivée des bulles d'institution des vicaires-apostoliques du Haut-Canada et de l’île du Prince-Edward, avec celle qui érigeait la ville de Québec en métropole. Cette nouvelle ne le surprit pas moins qu’elle ne l’inquiéta : la nomination des deux vicaires-apostoliques ne dérangeait ses plans qu’indirectement; mais son élévation au titre et au rang d’archevêque lui faisait craindre le mécontentement du cabinet anglais, cette dernière me-
* Mémoire de l’évéque de Québec à lord Bathurst, ministre colonial, Aux archives de l’archevèché de Québec. — Mélanges religieux, ete., de Montréal.
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sure ayant été prise absolument sans sa participation. Si Plessis avait osé agir avec la fermeté que déployèrent, quelques années plus tard, l’archevêque de Sidney et les autres évêques de l’Australie, ainsi que le cardinal archevêque de Westminster, dans des circonstances à peu près analogues, il aurait porté courageusement le titre glorieux que lui décernait le Saint- Siège, sans se mettre trop en peine de la mauvaise humeur momentanée que lui montra lord Bathurst, lorsque le prélat alla lui faire sa visite et lui apprit cette nouvelle. Le ministre se plaignit effectivement de ce procédé à l’évêque de Québec et au D' Poynter, vicaire-apostolique du district de Londres. Mais, rassuré bientôt par La compiaisance de Plessis, qui protesta ne jamais vouloir prendre le titre que Rome venait de lui donner, lord Bathurst se hâta de faire un visage gracieux à l’évêque, et l’invita même à venir passer quelques jours à son château. Le prélat y fut traité avec une distinction marquée, et, de retour à Londres, quelques jours après, il reçut une lettre du ministre annonçant que le prince-régent ne trouvait aucun obstacle à ce qu’il fit encore deux autres divisions dans son diocèse: il lui accordait en même temps l’incorporation du collége de Nicolet, avec des lettres d'amortissement pour cette maison, et la faculté d'acquérir des fonds pour un revenu annuel de cinq mille livres sterling. L’archevêque de Québec, car c’est le titre que désormais nous donnerons à M. Plessis avec Rome, qui lelui
continua dans sa correspondance, quoiqu'il refusât de le Il 10.
prendre ; l'archevêque de Québec, dis-je, prit congé du ministre par une lettre où il le remerciait de ses bons offices, et s’embarqua pour la France avec son secrétaire. Ce voyage, non plus que celui d'Italie, où il se rendit ensuite, n’ayant aucun rapport direct, dans ses détails, avec le sujet que nous traitons, nous nous bornerons à dire que le prélat, après avoir porté ses hommages au tombeau des Apôtres et au successeur de saint Pierre, passa l'hiver à Rome, où il obtint tout ce qu’il demanda pour son diocèse, et retourna à Londres, au printemps de l’année 1820. Il y retrouva Lartigue, qui venait de terminer heureusement les affaires du sé. minaire de Saint-Sulpice. C’est alors qu’il remit à cet ecclésiastique le bref apostolique qui le nommait évéque de Telmesse, avec celui qui le préposait au gouvernement spirituel du district de Montréal, en qualité de suffragant auxiliaire de Québec.
Muni de tous ses pouvoirs et autorisé à user de ceux de métropolitain de Québec, quoiqu'il n’en prît pas le titre, Plessis remit à la voile avec ses compagnons de voyage, et débarqua aux Etats-Unis, d’où il arriva en Canada, le 20 juillet 1820. En entrant au séminaire de Montréal, il présenta le nouvel élu pour l’épiscopat aux directeurs de cette maison, comme une nouvelle preuve de l'estime et de la confiance qu’il avait toujours eues pour eux. M. Roux, supérieur de Saint-Sulpice, instruit par l’archevèque de Québec de ses dispositions à l'égard de M. Lartigue avant leur départ pour l’Europe, les avait alors pleinement ap-
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prouvées ; et, lorsque celui-ci leur revint présenté enqualité de suffragant auxiliaire pour Montréal, M. Roux répondit au nom de tous ses confrères qu’il était heureux et flatté tout à la fois que la maison dont il était le chef eût été jugée digne de donner à Montréal son premier évêque.
La nouvelle de l’arrivee de l’archevêque Plessis à Montréal, de retour de son voyage après plus d’un an d'absence, mit en mouvement toute la ville de Québec. Les membres les plus distingués du clergé et les citoyens les plus recommandables de la ville se rendirent avec empressement à sa rencontre, jusqu'aux Trois- Rivières. Lorsqu'il arriva à Québec, il trouva les bords du fleuve couverts d’une population immense, impatiente de revoir son premier pasteur. Il débarqua au son des cloches de toutes les églises, et fut reçu au milieu des cris d’allégresse et des acclamations le la multitude. Il était nuit ; mais la première act: n de l’archevêque fut de se rendre à sa cathédrale, qui fut remplie en quelques instants. La foule entonna le Te Deum avec lui, et rendit grâces à Dieu de lui avoir conservé son pasteur, dont elle reçut avec joie la bénédiction (16 août 1820).
Quelque temps après son retour, l'archevêque de Québec réunit en synode dans sa cathédrale son clergé, auquel il fit part des changements que le Souverain- Pontife avait jugé à propos de lui accorder pour la prospérité toujours croissante du diocèse, ainsi que des circonstances de son voyage qui pouvaient intéresser l’a.
venir de l’église canadienne. Dans la pénurie de prêtres où se trouvait le Canada, il avait, ajoutait-il, fait auprès du cabinet britannique plusieurs démarches, mais toujours infructueuses, pour obtenir l'autorisation d'amener avec lui un certain nombre de prêtres français, afin d'augmenter celui des ouvriers employés à la vigne du Seigneur, convenant ainsi, malgré lui, de l'hostilité qu’il avait rencontrée auprès de ce gouvernement auquel il avait rendu tant de services ‘. Entre autres brefs du Pape, dont il fit connaître ensuitele contenu à l'assemblée, il produisit celui qui détachait du diocèse de Québec l’île d’Anticosti et la côte du Labrador, dont il gémissait de devoir se séparer, mais que, dans l’impuissance où il se trouvait de secourir les peuples de ces contrées en leur envoyant des missionnaires, il avait supplié le Saint-Siége de réunir
au vicariat-apostolique de Terre-Neuve. A la suite de ce synode, l'archevêque de Québec adressa un mandement à tout le clergé et aux peuples du Canada et des provinces qui en étaient détachées, pour leur apprendre les nouvelles circonscriptions que le Saint- Siége avait jugé devoir faire dans sa sagesse, dans l'intérêt spirituel des troupeaux et des pasteurs.
* Documents relatifs à l'assemblée du clergé à Québec, aprés le retour de Mar Plessis, aux archives de l’archevéché.
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