CHAPITRE XXVII
DEPUIS LA CONSÉCRATION DU VICAIRE-APOSTOLIQUE DU HAUT-CANADA, EN 4820, JuSQU'A LA MORT DE L'ARCHEVÊQUE PLESSIS, EN 4825.
Consécration d'Alexandre Mac Donell. Il fixe sa résidence à Kingston. Missions du Haut-Canada à cette époque. Mac Donell nommé premier évêque de Kingston. État de ce nouveau diocèse en 1826. Le vicariat-apostolique du golfe Saint-Laurent est érigé en diocèse en faveur de Bernard-Angus Mac Eachern , nommé premier évêque de Charlottetown, dans l'ile du Prince- Edward. Etat des missions de ce vicariat. M. Lartigue est nommé évèque de Telmesse et préposé au gouvernement du district ecclésiastique de Montréal. Dissensions entre ce prélat et le séminaire de Saint-Sulpice. Consécration de l'évèque de Telmesse (4821). Il est exclus du séminaire. Fondation de la cathédrale de Montréal. Continuation des divisions entre l’évêque de Telmesse et le clergé de Montréal. Erection du vicariat-apostolique de la Rivicre-Rouge en faveur de l'abbé Provencher, nommé évêque (14822). Mort de Joseph-Octave Plessis, évèque-archevèque de Québec (1825). Ses funcrailles.
L'année même du retour de l’archevêque Plessis, 1820, Alexandre Mac Donellarriva à Québec, au mois de décembre, pour recevoir la consécration épiscopale, comme évêque de Rhésine (Regiopolis) et vicaire-apostolique du Haut-Canada. La cérémonie eut lieu dansl’église du couvent des Ursulines, et l’archevèque Plessis lui imposa les mains, assisté, dans cette circonstance solennelle, de M. Demers, supérieur du séminaire, et de M. Signay, curé de Québec. Le nouvel évêque reprit ensuite le chemin du Haut-Canada, et alla fixer à Kingston sa résidence épiscopale. L'église de cette ville avait été érigée en paroisse depuis 1816, ct elle était
seule encore, si l’on en excepte l’église bâtie par la secte anglicane.
À l'exception de celle de Kingston, il n’y avait d’autres églises catholiques dans le Haut-Canada qu’à Charlottenburgh, autrement Saint-Raphael de Gilengary, et à Toronto. Le reste du pays n’avait que des chapelles en bois assez misérables, couvertes d’écorces, au nombre de douze ou quinze, restes de celles que les Jésuites avaient bâties autrefois dans les missions possédées par eux dans ces vastes contrées, et dont la plus nombreuse comptait à peine trois cents âmes à l’arrivée du vicaire-apostolique à Kingston. La population catholique répandue sur la surface entière du Haut- Canada pouvait monter à trente mille âmes ; la moitié était composée de Sauvages convertis ; les autres étaient des Canadiens, et surtout des Irlandais ou Écossais émigrés, tous dispersés en petits groupes dans l'étendue du pays. Pour gouverner ce troupeau, il n’y avait, avec l’évêque nouvellement consacré, que deux prêtres ; l’un résidait à Charlottenburgh, le second à Toronto, d’où ils se répandaient dans les campagnes et Les forêts, portant les secours de la religion de Jésus-Christ, et administrant les sacrements tour à tour dans chaque mission.
Il y avait là sans doute de quoi exercer le zèle du nouvel évêque ; aussi ne manqua-t-il pas à sa mission. Lenombre des Catholiques croissant avec la population, l'Église y prit en peu de temps de si rapides développements, qu'on ne tarda pas à s’Apercevoir qu’un simple
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vicariat-apostolique était insuffisant, et qu'il fallait nécessairement changer cette situation en lui donnant un siége stable, avec son titre connu de tous et fixé sur les lieux. En conséquence, la ville de Kingston fut érigée en évêché titulaire par le pape Léon XII, le 18 janvier 1826, en faveur de M. Mac Donell, à qui M. Weld, depuis cardinal de la sainte Église Romaine, fut donné pour coadjuteur, sous le titre d’évèque d'Amycies. Mais ce prélat n’eut jamais l'intention de visiter le Canada, encore moins d’y exercer les fonctions pénibles d’évêque missionnaire, quoique sa grande fortune eût pu y être d’une grande utilité pour bâtir des églises qui manquaient partout. Si l’évêque de Kingston n'eut jamais le plaisir de voir son coadjuteur venir l'aider de son zele et de sa fortune, il eut au moins la consolation de voir augmenter chaque jour le nombre des membres inférieurs de son clergé, que la Providence semblait faire croître dans la mesure des besoins de son diocèse. Environ quinze prêtres étaient alors répandus dans les diverses missions du Haut- Canada, et tenaient tête à l’église anglicane, qui, par les richesses dont elle disposait, cherchait à séduire les simples et à les attirer à elle, ainsi que les Sauvages. Mais ceux-ci se laissaient rarement prendre à ses séductions, et trois chefs hurons venaient encore d’arriver à Kingston pour demander une Robe Noire au Grand Père des Priants ‘, c’est ainsi qu’ils désignaient
1 Actes tirés des archives de l’archevèché de Québec.
l’évêque. Ts attendaient, disaient-ils, un missionnaire pour fortifier la foi daus le cœur de cinq cents Sauvages catholiques résidant à Pénétangushine, sur la baie George ou ancien lac Iroquois ".
Quelques mois après la consécration de l’évêque Mac Donell, Bernard-Angus Mac Eachern, nommé vicaire-apostolique de la province du New-Brunswick, des îles du Prince-Edward, du Cap-Breton et de la Magdelaine, arriva à Québec pour se faire sacrer évêque de Rose. Cette fois, deux autres évêques, celui de Saldes, coadjuteur de Québec, et celui de Rhésine, vicaire-apostolique du Haut-Canada, assistèrent le prélat consécrateur, et la cérémonie se fit avec une grande pompe, des mains de l’archevêque Plessis, dans l’église du faubourg Saint-Roch, le 17 juin 1821. L'île du Prince-Edward, ainsi nommée du duc de Kent, était avec le New-Brunswick la partie la plus peuplée du district assigné au nouveau suffragant de Québec. Nous avons déjà fait connaître suffisamment l’île du Cap-Breton, dont la presque totalité de la population était catholique ; Arishat était toujours le centre de ses missions, ayant une belle église et un presbytère commode, où résidait alors M. Rémi Gaulin, qui avait succédé, dans ce poste important, mais pénible, à l'abbé Lejamtel, dont nous avons si souvent parlé. Ce digne prêtre, que son âge rendait tous les jours plus incapable de supporter de telles fatigues, avait été placé
1 La baie George fait partie du grand lac Huron.
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ans une situation plus confortable et plus avantageuse … sa santé. Sidney, Louisbourg, qui commençait à i’êvre plus si solitaire, Mène-à-Dieu, avaient des chapelles ; le Cap-Saint-Laurent et Chétican, où résidait un missionnaire pour la partie du nord-ouest du Cap- Breton, en avaient également ; et un prêtre écossais allait visiter de temps en temps les nombreuses familles de la langue anglaise et gaëlique qui habitaient l'intérieur de l'ile.
Les îles de la Magdelaine, dans le golfe Saint Laurent, étaient, comme encore aujourd’hui, habitées par environ deux cents familles acadiennes exclusivement catholiques et occupées de la pêche. Un missionnaire, M. Madran, desservait alors la mission de cet archipel, où il avait un assez beau presbytère, construit en bois, et une jolie église, au lieu appelé le Havre-au-Ber. Dans le New-Brunswick, quatre ou cinq missionnaires desservaient les chapelles de la cité de Saint-John, de Frédéricton, de Saint-André, de Richebuctou, de Miramichi, de Nipisiquit, et de Madawaska. La population totale de cette province s'élevait, en 1824, à près de soixante-treize mille âmes, dont le tiers, Acadiens, Irlandais, Ecossais, Canadiens, et Sauvages, était catholique.
L'île du Prince-Edward est remarquable par la fertilité de son terroir, la douceur de son climat, bien moins austère que celui des autres provinces britanniques de l'Amérique du Nord, et par l'agrément et la commodité de sa situation. La pieuse régularité avec
laquelle la population catholique, composée principalement d’Acadiens, d’Ecossais et de Sauvages micmacks, au nombre de dix-huit milleenviron, sur un ensemble de trente-six mille âmes, observait ses devoirs religieux, devait certainement faire considérer cette île comme la portion la plus agréable du district épiscopal de l’évêque de Rose. Entre les diverses missions existantes dans cette île, en l’année 1824 et suivantes, les plus considérables étaient celle de Saint- André, à l’ouest de l’île, où il y avait une belle église, et celle de Charlottetown, au sud ‘. Cette ville, capitale de toute l’île, est avantageusement située au confluent de la rivière Hillsborough, et de deux autres rivières moins considérables, dont les eaux forment ensemble un port superbe et une des rades les plus sûres du golfe Saint-Laurent. Dans la partie supérieure de Charlottetown , on domine le fleuve et la mer, et l'on distingue dans le lointain les belles montagnes de la Nouvelle-Ecosse. Eu égard à l’exiguïté de sa population naissante, Charlottetown avait déjà une congrégation catholique comparativement nombreuse, et une église spacieuse. Georgetown et Fortune, également au sud de l’île, possédaient des chapelles. Au nord, on remarquait Sainte-Anne de Lennox, dans une petite île de la baie de Richmond, Saint-Bonaventure de Tracadie, Malpec, et Rustico ou Kastico, dans des situations charmantes.
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Le nombre des missionnaires de l’île du Prince- Edward était loin de répondre à celui des congrégations et aux besoins du pays : lorsque Angus Mac Eachern y revint avec la qualité de vicaireapostolique, il n’y avait encore que deux prêtres ; l’un pour les paroisses du nord, et l’autre pour celles du midi. Mais il fondait son espoir pour l'augmentation de son clergé sur les jeunes gens qu’il avait envoyés au collège de la Propagande à Rome, et sur ceux qui étudiaient au séminaire de Québec !.
Cependant de graves difficultés s'étaient élevées à Montréal au sujet de l'établissement dans cette ville de l’évêque suffragant, auxiliaire de Québec, et c'était ce qui avait retardé jusque-là la consécration de Lartigue. Celui-ci avait continué à demeurer au séminaire de Saint-Sulpice, dont il se plaisait encore à se regarder comme un des membres, malgré son élévation prochaine à l'épiscopat. Il espérait que cette dignité ne nuirait point à sa qualité de confrère, et qu’il pourrait continuer après son sacre à résider comme auparavant au milieu des prêtres de cette communauté, à laquelle il avait si longtemps été attaché. Son illusion dura jusqu’au jour où il voulut s’aboucher avec les directeurs et le supérieur de Saint-Sulpice pour s'entendre sur les conditions de sa résidence. Mais, aussitôt que ceux-ci eurent commencé à pénétrer sa pensée, ils lui firent observer, avec la politesse et
* Actes des archives de l’archevèché de Québec.
l’urbanité qui ont toujours distinguéles prêtres de cette maison, que la résidence parmi eux d’un prélat, supérieur par sa dignité au supérieur lui-même, était non seulement incompatible avec les règles de la communauté, où il se trouverait à la fois deux maîtres, dont l’un aurait plus d'autorité par le fait que l’autre n’en aurait de droit, mais encore qu'elle était de nature à menacer l'existence même de la communauté dans l'avenir.
C'était là une conséquence trop visible de cette situation, si elle avait dû exister, et chacun comprenait fort bien que le séminaire de Saint-Sulpice aurait été promptement changé en une collégiale, dont les chanoines auraient été les membres de la communauté, ou en une espèce d’abbaye en commende, dont l’évêque aurait été l'abbé commendataire. Afin de tempérer cependant ce que leurs observations pouvaient avoir de pénible pour M. Lartigue, les Sulpiciens ajoutèrent que, de leur côté, ils avaient pensé à la situation précaire où se trouverait le prélat après sa consécration, et qu'ils seraient heureux de pouvoir lui offrir, non loin du séminaire, une maison convenable à la résidence épiscopale. M. Lartigue, vivement affecté de cette réponse, ne fut pas maître de modérer toute sa fougue, et il fitentendre, avec plus de rudesse qu’il ne convenait peut-être en pareille circonstance, qu'étant depuis dix-huit ou vingt ans membre de la communauté, personne ne pouvait lui enlever maintenant le droit d'y demeurer.
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La discussion malheureusement n’en demeura pas là, et de part et d'autre on s’échauffa à plusieurs reprises sans pouvoir s'entendre, Lartigue se sentant chaque jour blessé plus vivement de la tenacité des directeurs de Saint-Sulpice, et ceux-ci éprouvant un mécontentement toujours croissant en voyant l’opiniàtreté du futur prélat et la manière dont il rejetait leurs offres. La question s’envenima bien plus encore lorsqu'elle fut devenue publique, les membres de la fabrique de l’église paroissiale de Notre-Dame, attachée au séminaire, ayant déclaré vers le même temps qu'ils s’opposeraient de toutes leurs forces à ce que cette paroisse fût érigée en cathédrale pour Lartigue.
L'archevèque de Québec, que toutes ces discussions avaient vivement affligé, voyant que les parties ne pouvaient parvenir à s'entendre, espéra les «almer en venant donner la consécration épiscopale à M. Lartigue. [1 en fit annoncer la nouvelle au séminaire, qui s’empressa de mettre l’église paroissiale à sa disposition et de l’orner pour ce jour-là avec une pompe digne de la solennité qui devait s’y accomplir. La fabrique elle-même rivalisa de zèle avec les amis les plus sincères de Lartigue, entendant bien d’ailleurs ne faire qu'un acte de pure déférence pour l'autorité de l'archevêque de Québec, sans infirmer en rien les droits de la paroisse et les priviléges que Saint-Sulpice tenait anciennement du Saint-Siége. Plessis étant arrivé à Montréal, la cérémonie se fit avec un éclat inaccoutumé, le 21 janvier 1821, au milieu d’un concours
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considérable de fidèles, qui s’applaudissaient de posséder au milieu d’eux le pasteur que la Providence destinait à gouverner cette portion de l'Eglise. L’élévation formelle de l’évêque de Telmesse ne changea rien cependant aux dispositions qui avaient été prises à son égard par le supérieur et les directeurs du séminaire, qui lui renouvelèrent les propositions qu’ils lui avaient faites avant son sacre. Le prélat toutefois resta sourd à leurs insinuations, et continua à agir comme s’il avait toujours fait partie de la communauté. A l’église seulement il se distinguait des autres en conservant le trône qu’on lui avait dressé à la tête du chœur le jour de sa consécration. Tout semblait donc annoncer de sa part la ferme résolution de n’écouter aucune des réclamations de ses anciens confrères, et de s’en tenir au dessein qu’il avait conçu de continuer sa résidence à Saint-Sulpice.
Voyant alors qu'aucune espèce de remontrance ne pouvait venir à bout de persuader l’évêque de Telmesse, les Sulpiciens se turent par respect pour sa dignité et sa personne, pour laquelle ils avaient d’ailleurs une profonde estime, et contre laquelle ils se seraient bien gardés de commettre la moindre violence. Mais, à la première absence prolongée que fit l’évêque Lartigue pour la visite pastorale du district dont il avait la charge, le supérieur du séminaire, d'accord avec les autres membres de la maison, fit prendre les effets de l’évêque de Telmesse et les fit transporter dans un appartement que l’on prépara à la hâte chez les religieuses
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de l'Hôtel-Dieu de Montréal. Dans le même temps, on enlevait le trône qu’on lui avait érigé dans le chœur de l’église, d’où l’on fit disparaître tout ce qui pouvait tendre à faire attribuer à i'évèque sur l’église et la communauté d’autres droits que les droits accoutumés de l'ordinaire.
Toutes ces choses s'étaient faites en silence; mais cela n’empècha pas qu’on en fit un grand bruit, et que les adversaires de Saint-Sulpice ne criassent au scandale, surtout lorsque l’évêque de Telmesse, au retour de sa visite pastorale, averti de ce qui s'était passé, se vit obligé de se retirer à l’Hôtel-Dieu. Les Sulpiciens n'avaient agi de la sorte, et toute autre communauté eût agi de même en pareille circonstance, que pour conserver l'indépendance de leur règle, et l'existence de leur société, qui n'aurait pas tardé, dans le cas contraire, à se fondre avec l’évêché. La justice et les lois canoniques étaient pour eux; et, si Lartigue n'avait persisté si obstinément dans sa première idée, au lieu d’un asile à l’Hôtel-Dieu, il aurait composé avec les Sulpiciens, qui, outre la maison qu'ils voulaient lui donner pour résidence, auraient certainement eu la générosité de lui fournir un terrain dans une autre partie de la ville, et les moyens de s’y bâtir une cathédrale. Irrités à leur tour des procédés du nouveau prélat, ils l’abandonnèrent à ses propres ressources. Mais les citoyens de Montréal, prenant en pitié la détresse de celui qu'après tout ils vénéraient comme leur premier pasteur, vinrent généreusement à son aide, et lui
offrirent les fonds nécessaires pour se construire une église etune résidence épiscopale. En attendant l’achèvement de ces deux édifices, Lartigue demeura constamment à l’Hôtel-Dieu, avec son secrétaire, M. Ignace Bourget, le confident intime de ses pensées, l’infatigable et pieux coopérateur de ses travaux, et son successeur dans l’épiscopat. Commencée en 1821, la nouvelle cathédrale ne fut terminée qu’en 1825, et dédiée sous l’invocation de saint Jacques.
S'il était pénible pour l’évêque de Telmesse et pour le séminaire de Saint-Sulpice de se trouver ainsi en opposition l’un avec l’autre, il n’était pas moins douloureux jour les fidèles de voir le peu d’accord qui régnait entre leur premier pasteur et cette communauté puissance, composée d’hommes pieux et instruits, qu'ils ‘talent acccoutumés à respecter de père en fils, com: ie soutien des missions, l'appui du clergé, la ressource des pauvres et des affligés, et la mère nourricière de toutes les bonnes œuvres du pays. Ce ne furent malheureusement pas là les seules contradictions qu'éprouva l’évêque de Telmesse. L’archevêque de Québec avait adressé, un mois après sa consécration, au clergé et aux fidèles du district de Montréal, un mandement par lequel il leur était ordonné de recourir désormais à M, Lartigue pour tous les cas où ils étaient obligés auparavant de recourir à l’évêque diocésain, ct de lui rendre en temps #t lie: tous les honneurs qu'on rendait d'ordinaire à li-même.
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nérale : plusieurs curés refusèrent de reconnaître l’autorité d’un évêque dont le titre de suffragant auxiliaire laissait le champ ouvert à toutes les oppositions, à toutes les désobéissances. Une polémique virulente s'établit entre les partisans de l’évêque et ses nouveaux adversaires ; on éleva mille questions, mille difficultés, que l’on chercha à appuyer sur les canons de l'Eglise et les décrets des Papes, et pendant longtemps les journaux et les brochures ne s’occupèrent que de la validité plus ou moins certaine de l'autorité de l’évêque de Telmesse, au grand scandale des âmes pieuses et à la risée des protestants de toute secte dans le Canada. Un nouveau mandement de l'archevêque de Québec, du 22 décembre 1822, calma tant soit peu l'agitation, qui toutefois se fit sentir encore jusqu’en 1836, époque de l'érection du district de Montréal en évêché titulaire. Tant il est vrai que l’établissement temporaire et exceptionnel des vicaires-apostoliques et des évêques non titulaires, dans les contrées lointaines, ne peut avoir souvent que des conséquences funestes pour les peuples et les pasteurs, et qu’on ne peut trop insister eur la nécessité de baser l’épiscopat sur des fondements capables de résister aux attaques de tous les ennemis de l'Eglise, et de le revêtir également aux yeux de tous de la grande autorité morale qui lui convient!
Le contre-coupde toutes les contradictions éprouvées par l’évêque de Telmesse retombait lourdement sur l'archevêque de Québec ; son cœur en était vivement affecté, et le chagrin qu’il en éprouvait, réuni aux in-
hrmités qu'il avait contractées, et qui s’étaient accrues encore durant son voyage en Europe, réagissait sur sa santé d’une manière inquiétante.
Depuis son retour, il avait continué sa vie accoutumée ; après avoir consacré, en 1821, l’évêque Mac Eachern, 1l avait parcouru les missions du district de (raspé, et l’année d’ensuite avait donné la consécration épiscopale à M. Provencher, missionnaire de la Rivière- Rouge, préposé parle Saint-Siége au district épiscopal de cette partie des possessions britanniques, avec le titre d'évêquede Juliopolis (12 mai1822). D’autres missions commençaient à prendre naissance au nord du district de Montréal, sur l’Ottawa, au nord du district des Trois- Rivières, sur la rivière Saint-Maurice, ainsi que dans les établissements appelés les Postes-du-Roï, depuis Tadoussac, naguère berceau du Christianisme en Canada, jusqu’au fond de la grande rivière du Saguenay, où il y avait eu une suite de missionnaires depuis l’année 1801. De nouvelles paroisses s’élevaient, dans lesquelleson construisait des églises ; et l’on doit à Plessis deux fondations qu’il légua à la fabrique de Québec pour le maintien de diverses écoles, dont trois au faubourg Saint-Roch, et deux dans celui de Saint-Jean.
Des chagrins secrets, suites de l’opposition qui s’était manifestée depuis la consécration de l'évêque de Telmesse, et où son autorité, toujours si respectée auparavant, avait été plus d’une fois méconnue, abrégèrent ses jours. Retiré à l’hôpital-général dans un état d’affaissement et de prostration, il y expira dou-
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DU CANADA 179 cement dans le Seigneur, après avoir reçu avec la foi la plus vive les derniers sacrements, le #4 décembre 1825, à l'âge de soixante-deux ans. Cette mort inattendue plongea dans un deuil général les villes et les campagnes, et l’on peut dire à son éloge qu'il fut sincèrement et universellement regretté.
Malgré lui quelquefois, mais néanmoins toujours avec son concours, de grandes choses s'étaient opérées durant son épiscupat, à l’avantage de l'E:lise en Canada. Quatre districts épiscopaux avaient été fondés ,qui allaient bientôt devenir des diocèses, sans compter le vicariat-apostolique de la Rivière-Rouge. C’est à lui qu'on attribuait, qu'on attribue encore toutes ces grandes fondations, dont il ne fut toutefois que l'agent, sous l'impulsion de Rome, à qui seule en cette occasion, il faut en convenir le Canada doit ce bienfait. S'il y participa, ce fut en qualité de chef de cette église : on doit dire aussi qu’il se trouva autour de lui des hommes auxquels il dut une partie de sa renommée, des hommes qui le poussèrent et le secondèrent à la fois, mais qu’il eut le mérite, et ceci fait encore son éloge, de savoir discerner et employer selon leurs talents, malgré les jalousies dont ils étaient environnés en leur qualité d’étrangers. Tels furent en première ligne Edmund Burke, de la Nouvelle-Ecosse, M. Mac Donell, de Kingston, l’abbé Lejamtel, les deux frères Desjardins, MM. Robert, Maguire, ete. Si Plessis avait eu plus d'énergie vis-àvis du gouvernement britannique, et s’il ne s'était pas
180 HISTOIRE laissé si souvent dominer par des craintes serviles, il eût été un grand homme. Il en laissa toutefois la réputation dans son pays, et on ne peut se refuser à lui accorder de fort grandes qualités.
Ses funérailles se firent avec une pompe extruvrdinaire : le gouverneur-général comte de Dalhousie y assista avec tout son état-major, les officiers civils et militaires; et les honneurs militaires furent rendus à l’évêque défunt comme à un général anglais. Il fut enseveli auprès de ses prédécesseurs, dans le chœur de la cathédrale, et son cœur fut donné à l’église du faubourg Saint-Roch, où il fut placé dans un monument funéraire érigé par les paroissiens. Nous ajouterons pour ternirer son éloge qu’il mourut pauvre : il ne laissa que des dettes contractées par
des motifs de bienfaisance que son successeur acquitta.
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