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Mais si, dans l’ensemble de le x conduite, on trouvait le peuple et le clergé canat disposés par la charité chrétienne à. secourir la détresse des frères que la Providence leur envoyait d'Irlande, le caractère national, prenant plus d’une fois le dessus, leur faisait reyarder avec une jalouse défiance la multiplication de ces étrangers qu’ils voyaient insensiblement s'établir au milieu d'eux et prendre place dans le pays. Sujets fidèles de l’Angleterre, ils avaient donné autant qu'ils avaient pu des preuves de leur loyauté; mais ils n’aimajent ni les Anglais ni ceux qui parlaient la langue anglaise; pour eux, être Canadien et Catholique était presque synonyme, et confondant dans un même amour et la Religion et la langue de leurs ancêtres, ils regardèrent longtemps comme une hérésie d'apprendre la langue de ceux qui les avaient conquis *.
Si les Irlandais avaient adopté la langue française, rien n’eût été plus facile que leur fusion avec les Canadiens ; mais ils parlaient une langue odieuse à ceux qui les accueillaient dans leurs hôpitaux et dans leurs églises ; ils formaient un peuple catholique, à la vérité, mais un peuple à côté d’un autre peuple lequel semblait éprouver, en les voyant s’accroître surtout avec tant de rapidité, durant les dernières années, une vavue appréhension de se voir un jour absorbé dans cette multitude étrangère, précisément parce qu'ils avaient
1 A l’époque où j’habitais Québec, on ne trouvait dans cette ville quetrés peu de Canadiens qui parlassent l'anglais, et ils me témoignérent plus d’une fois leur
étonnement en voyant qu'un Français de la vieille France, comme ils disent, possédât celle langue.
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les mêmes lois et la même religion. Qu'on ne s'étonne donc pas de la répugnance qu’avaient les Canadiens , à Québec surtout, où la nationalité française était demeurée plus vivace, à donner aux Irlandais des prêtres de leur nation et des églises séparées , selon le vœu que ceux-ci exprimaient chaque jour : ils devaient craindre que les Irlandais, constatant ainsi leur nombre, et conséquemment leur force, ne s’arrogeassent dans la société de l’Église Catholique du Canada une influence et une action que, par leur caractère ardent et énergique, ils n'étaient que trop disposés à saisir. Après les avoir laissés longtemps confondus dans les rangs des pauvres, la fabrique et le clergé de Québec, auxquels ils adressaient fréquemment de pressantes réclamations, furent enfin forcés de s'occuper d’eux d’une manière spéciale, et l’on commença par leur assigner le dimanche une heure particulière pour entendre la sainte messe, qui serait dite pour eux seuls. C'était une première concession, à laquelle Plessis ne tarda pas d’ajouter celle de leur donner un prêtre de leur nation, qui fut chargé de leur faire des instruc-
tions en anglais. À Montréal, où le mélange de sujets d’origine britannique était beaucoup plus grand, et où -par conséquent il y avait moins de jalousie nationale dans le clergé, ils avaient non seulement obtenu :les mêmes avantages , mais encore les Sulpiciens, qui
avaient la direction de la paroisse de cette ville,
avaient mis à la disposition des Irlandais l’ancienne
église des Récollets.
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Le nombre de ces émigrés croissant chaque jour davantage, ils demandèrent à avoir également une église à Québec. La fabrique de la paroisse de cette ville, dc venue puissante depuis qu’elle avait trouvé moyen de dissoudre l’ancien chapitre, fit longtemps la sourde oreille, refusant aux Irlandais de leur faire la moindre concession nouvelle à cet égard. Sans avoir ni l’intelligence , ni l'éducation des fabriciens qui avaient si malheureusement résisté autrefois à l’évèque Briand, elle mettait dans ses refus un entêtement d'autant plus déplorable, qu’elle avait réussi à se faire patronner par M. Signay, alors condjuteur et à la fois encore curé de Québec. Les Irlandais redoublèrent leurs réelamations, disant qu’ils ne demandaient autre chose que l'autorisation de se bâtir une église à leurs propres
frais. Enfin, après une longue et inutile résistance, qui
ne servit qu’à déconsidérer davantage leurs adversaires aux yeux des Irlandais, la fabrique de Québec fut forcée de se soumettre à une concession dont elle aurait dû se faire un mérite devant eux.
Aussi était-ce une chose étrange de voir dans Québec , la ville catholique par excellence, les :sectes protestantes les moins nombreuses avoir des chapelles:et des temples élégants, et les Irlandais catholiques au
-nombre de quatre ou cinq'mille, sans église.et pour ain-
si dire sans pasteur. En voyant rejeter leurs prières, ils
‘eurent:recours à la presse, et des écrits nombreux :et
véhéments signalèrent; l'intolérance des fabriciens; de l’église de Québec. Le conseil de à fübriques'assembla,
et après de violents débats la question demeurait encore indécise. Depuis quelque temps M. Mac Mahon, jeune prêtre irlandais plein de zèle et d'activité avait été préposé au soin de ses compatriotes. Profitant des indécisions de la fabrique, il engagea les siens à acheter le terrain destiné à recevoir la nouvelle église, et à plusieurs reprises revint à la charge auprès des autorités ecclésiastiques, en les suppliant de se rendre aux vœux des Irlandais. Repoussé tout aussi souvent, il revint encore à la charge et s’adressa une dernière fois au coadjuteur, quile renvoya durement. De la curv alors il courut au séminaire, et profitant d’un moment où l'archevêque Panet était seul, il se jeta à ses pieds en le conjurant de signer la nétition de ses compatriotes. Le bon prélat, complice innocent des injustes refus de son coadjuteur et de la fabrique, se laissa facilement toucher par les prières de Mac Mahon; il prit la plume. donna sa signature, et dès ce moment-là fut un des plus généreux bienfaiteurs de la nouvelle église.
Elle fut bâtie dans une situation avantageuse de la ville. Commencée en 1831 sur un assez vaste plan, elle ne fut terminée qu'après la mort de M. Panet, en 1833. M. Signay avait succédé à l’archevêché de Québec. Les Irlandais le supplièrent de la bénir ; mais au jour fixé pour cette bénédiction l'archevêque se trouva absent de Québec ; l’on dut avoir recours à M. Demers. vicaire-général du diocèse, qui ainsi que lui demeurait au séminaire. L'église fut bénie et dédiée à saint Patrice, patron de l'Irlande, au milieu des cris de joie et
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d’allégresse du peuple irlandais. Mais, depuis lors jusqu'au moment où j'écrivais ces lignes en Canada, M. Signay n'avait pas daigné encore honorer une seule fois cette église de sa présence, quoiqu'elle fût au milieu de sa ville épiscopale, dans laquelle douze à quatorze mille Irlandais faisaient partie de son troupeau.
L’épiscopat de M. Panet fut signalé par cette épidémie fatale qui, sous le nom de choléra, porta ses ravages en peu d'années d’une extrémité du monde à l’autre. Une foule de victimes, rapidement moissonnées en Canada, descendirent dans la tombe ; Québec surtout fut frappé sans ménagement, et pendant plusieurs mois on n'entendit que le triste bourdonnement des cloches, sonnant le glas des funérailles. À deux repri. ses, en 1831 et en 1833, ce redoutable fléau apparut à Québec, la première fois sous l’épiscopat de l’archevéque Panet, qui,en prodiguant dans ses mandements les consolations de la religion à son peuple, lui recommandait la prière comme le moyen le plus efficace pour combattre ce terrible fléau, et répandait en même temps d’abondantes aumônes. Lorsque l'épidémie reparut pour la seconde fois, il n’existait plus ; M. Signay avait pris sa place. Durant toute la durée de ces deux effrayantes époques, le clergé canadien, à Québec ainsi qu’à Montréal, à la ville comme à la campagne, se montra, ce qu’il est toujours et partout dans de telles
1 Mars 1846.
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circonstances, charitable et dévoué jusqu’à la mort, portant à tous, avec l’intrépidité de la foi, dans la chaumière du pauvre comme dans la maison du riche, les secours sacrés de la religion.
Après avoir pendant sept ans gouverné paternellement l'Eglise de Québec, M. Panet, qui se sentait fléchir sous le poids de la vieillesse non moins que de l’épiscopat, confia à son coadjuteur l'administration de son diocèse (16 octobre 1832). Aïnsi que son prédécesseur, il voulut terminer sa carrière à l’hôpital-général, qui avait vu mourir successivement presque tous les évêques de Québec. Sentant sa fin approcher, le bon vieillard rappelait à ceux qui l’entouraient ces paroles de saint Jean à ses disciples : « Mes petits enfants, aïmez-vous les uns les autres. » Plein d'espérance et de résignation,il expira doucement, le 14 février 1833, à l’âge de quatre-vingts aus. $es funérailles eurent lieu le 16 du même mois, en présence de lord Aylmer, gouverneur-général de la province, accompagné de ses officiers et d’un concours immense de citoyens de toute classe et de toute croyance. Il fut inhumé dans le chœur de la cathédrale, à côté de l'archevêque Plessis.
Le lendemain, Joseph Signay prit possession du siége de Québec. M. Pierre-Flavien Turgeon, déjà proposé une premiere fois à la mort de Plessis pour coadjuteur de M. Panet, le fut derechef pour coadjuteur de M. Signay. Cette proposition avait eu lieu à l'avance; et, quoique le bill de réforme obtenu par les Catholiques en Angleterre dût exempter plus que ja-
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mais ceux du Canada de l’humiliante suprématie qu’ils avaient laissé prendre au gouvernement sur leur église, M. Signay n’osa toutefois se soustraire à l’approbation britannique. Il écrivit une humble supplique à lord Aylmer, et celui-ci obtint du ministère à Londres des lettres qui appprouvaient le choix qu’on avait fait de M. Turgeon. Ces lettres lui furent expédiées le 4 mars de la même année, après quoi le nouvel archevêque de Québec écrivit à Rome, en priant la Propagande de sanctionner la nomination du coadjuteur élu. Mais cette sanction trouva là des obstacles. L'abbé Saint- Germain, curé d’une des paroisses de l’île de Montréal, était patronné par un grand nombre d'amis, qui désiraient vivement le voir arriver au siége de Québec. Quelques membres du clergé s’unirent à eux, et ils envoyèrent conjointement divers mandataires à Rome; ils cherchèrent à persuader à la Propagande que le choix de M. Turgeon était peu sympathique avec les sentiments des Canadiens, en suppliant la Congrégation de recevoir à sa place le curé Saint-Germain. Cette affaire traîna quelque temps en longueur ; mais le clergé de Québec, ayant appris les intrigues qu’on avait ourdies à Rome, pria l’archevêque d'y envoyer en son nom d’autres mandataires qui pussent faire connaître plus nettement l’état des choses du Canada. Le vicairegénéral Maguire fut chargé de cette mission délicate: il s’en acquitta avec tout le zèle dont il était capable, et l'élection de M. Turgeon fut confirmée. Sans infirmer en rien les qualités personnelles de celui qu’on pré-
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