CHAPITRE XX VIII
DEPUIS LA PRISE DE POSSESSION DU SIÉGE DE QUÉBEC PAR L'ARCHEVÈQUE PANET, FN 1825, ausQu'A SA MORT, EN 4855.
Bernard-Claude Panet, douzième évéque-archevéque de Québec. Élection de Ms Joseph Signay comme coadjuteur de ce siége. Caractère de M£" Signay. Droits féodaux de la seigneurie de Montréal. Description de l'ile et do la ville de Montréal. Plaintes des protestants contre les Sulpiciens. Arrangement de la congrégation de Saint-Sulpice avec le gouvernement anglais. Nouvelle église de Notre-Dame de Montréal (1829). Accroissement de la population irlandaise en Canada. Condition de cette population vis-à-vis des Canadiens. Aversion des fabriciens de Québec pour les Irlandais. Ceux-ci demandent l'autorisation de se bâtir une église, qui leur est longtemps refuste. Courageuse persistance de M. Mac Mahon, qui obtient enfin l'objet de ses demandes. Fondation et bénédiction de l'église Saint-Patrick à Québec (1833). Le choléramorbus à Québec, en 1831 et 1833. Mort de M. Panet, douzième évêque de Québec. ME" Signay, treizième évêque-archevèque de Québec, Mer Flavien-Pierre Turgcon, évêque de Sydime, coadjuteur de Québec.
A peine l'archevêque Plessis eut-il rendu le dernier soupir qu’un courrier portant la nouvelle de sa mort fut expédié à l’évêque de Saldes, son coadjuteur, qui continuait à résider à la Rivière-Ouelle, hors le temps de ses visites pastorales. Regardé comme le père de ses paroïssiens, il en était en même temps le conseiller, le
juge ct le médecin, et tous avaient pour sa personne
autant de vénération qu'ils avaient de déférence pour ses avis. La nouvelle de la mort soudaine de M. Plessis, auquel il était tendrement attaché, lui causa la plus vive afiliction. Il se rendit aussitôt à Québec et fit
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avec une douleur profonde l'office des funérailles. Quelques jours après, il prit possession du siége de Québec, où il fut solennellement installé (12 décembre 1825). Son grand âge, car il avait au-delà de soixante-douze ans, l’avertissait de songer promptement à se donner un coadjuteur. Le clergé se réunit, et trois noms furent présentés au gouverneur, selon la coutume adoptée auparavant : celui de M. Demers, directeur du séminaire, qui commença par refuser l’épiscopat, lorsqu'on voulut lui en parler, quoiqu'il fût peut-être le plus capable de se charger alors de ce fardeau ; M. Turgeon, secrétaire intime et exécuteur testamentaire de l’archevêque Plessis ; et M. Signay, curé de Québec.
Malgré l’humble soumission et l'esprit de ménagement du prélat défunt vis-à-vis du pouvoir, on lui avait encore trouvé trop d'indépendance, et, dans certaines occasions, trop de hardiesse avec le gouvernement britannique. Dans les circonstances où ce cabinet se trouvait avec les Catholiques d'Angleterre et d'Irlande, qui commençaient partout à secouer le joug de l’église établie, et à réclamer hautement leurs droits, il fallait trouver le moyen d'imposer au Canada un évêque qui n’eût pas, lorsque l’occasion s’en présenterait, toute Ia force d’âme nécessaire pour réclamer les siens et ceux de son peuple, en mêlant sa voix à celle des partisans d'une sage liberté, qui commençaient même à s’agiter
jusques dans le sein du parlement canadien. En présence du refus de M. Demers, le gouverneur-général n'eut donc autre chose à faire qu'à écarter M. Turgeon,
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que l’on pouvait redouter comme ayant encore trop de caractère; et, le lendemain de l'installation de M. Panet comme archevèque de Québec, celui-ci présenta M. Joseph Signay pour son futur coadjuteur.
Joseph Signay était né à Québec. Après avoir terminé ses études au séminaire de cette ville, il avait été envoyé en mission sur les bords du lac Champlain, parmi les Canadiens qui en habitaient les rivages.
C'était un prêtre pieux, zélé, au fond, pour le bien de
{a religion, mais à courte vue, à idées retrécies, minutieuses ; excellent d’ailleurs dans les détails de fabrique et de sacristie, mais incapable d’embrasser l’ensemble ou d'entrer dans les détails d’une administration régulière, d’un diocèse aussi vaste que celui de Québec. Avec un cœur bon et charitable, une âme généreuse et sensible, un esprit facile à calmer et à pardonner après un moment d'irritation, il était tracassier au dernier point, ainsi que l'ont éprouvé tant de fois ceux qui l’entouraient. Tel était l’homme qui allait se trouver bientôt à la tête d’un immense diocèse, l’homme que nous avons connu et pu juger de près, avec ses quulités et ses défauts, surtout avec cette bonté facile qui ne: dégénéra que trop souvent en une timidité sans bornes vis-à-vis du pouvoir, ou en une faiblesse excessive visà-vis des ennemis de l'Église. Le silence, à ses yeux, fut toujours la meilleure réponse aux écrits publiés contre la religion; aussi vit-on que le clergé dans le diocèse de Québec, depuis la mort de l’archevêque Plessis, se laissa vivre sans oser faire le moindre mouvement
qui pût le réveiller de cet engourdissement mortel. Ce tableau est triste et sévère : nous sommes fâché de l'avouer; mais nul ne nous dira qu’il soit faux. ou exagéré. Nommé évêque de Fussala, par une bulle du pape Léon XII, datée du mois de décembre 18926, AT. Signay fut consacré sous ce titre, le 20 mai 1827.
Après un épiscopat aussi rempli que celui de Plessis, celui de l’archevèque-évêque Panet n'offre rien de bien remarquable que les poursuites que le ministre anglais recommença en 1826 pour s'emparer des biens du séminaire de Montréal. C'était une entreprise difficile à l’époque où l’on était parvenu, et qui ne pouvait se faire sans offrir de bien grands dangers au gouvernement; maïs le ministère s’y trouvait chaque jour engagé par ceux des sujets britanniques émigrés en Canada, qui, ne pouvant, dans l’ignorant fanatisme anticatholique dont ils étaient imbus, apprécier les services que Saint-Sulpice avait rendus et rendait encore tous les jours au pays, auraient voulu voir supprimer cette communauté, dans l'espoir de mettre la main sur une partie de ses grands biens. Saint-Sulpice n’ignorait pas les menées qui s’agitaient contre lui, et dans sa prudence il cherchait les moyens de prévenir la suppression de ses biens en enlevant tout prétexte à la malveillance. Un des principaux mot'*- de la haine que lui portaient les émigrés protestant: i s’établissaient dans l’île ou dansla ville de Montréal venait surtout des droits féodaux dont le séminaire de Saint-Sulpice jouissait, en sa qualité de seigneur de l’île.
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Aujourd’hui que tous les droits de ce genre sont abolis en France et dans une grande partie de l'Europe, il est nécessaire de recourir à quelques explications pour faire comprendre parfaitement la situation féodale encore existante aujourd’hui dans presque tout le Bas- Canada. Lorsque le Canada fut colonisé par la France, celle-ci y transporta naturellement les institutions qui le régissaient chez elle; et le roi, en qualité de seigneur féodal, accordu aux principales familles et aux officiers de son armée qui s’établirent dans la colonie de grandes étendues de terre qu'on appela seigneuries. Ces propriétés étaient tenues immédiatement en fief, ou en roture, à condition de foi et hommage, à la prise de possession de la propriété. Les censitaires ou tenanciers du seigneur étaient, vis-à-vis de lui, dans la condition de ceux qu'on appelait en France les vassaux, et le seigneur leur concédait des terres à certaines conditions, telles que le paiement d’une petite rente annuelle de six ou douze livres par arpent de front sur le Saint-Laurent , sur soixante de profondeur. Le seigneur avait encore droit à quelques provisions de peu de valeur dont on lui faisait présent à certaines époques, et le fermier était en outre obligé à porter son grain à moudre au moulin banal établi par le seigneur sur sa seigneurie.
Les lods et ventes étaient un autre droit de seigneur; il consistait dans le paiement du douzième du prix que l’on payait lorsqu'on achetait un bien tenu dans la seigneurie; on n’était excepté de cette
mesure que lorsque le bien passait par droit d’héritage à un autre tenancier. D'un autre côté, les devoirs du seigneur envers ses tenanciers ou vassaux étaient parfaitement définis; c'était à lui, par exemple, qu'il appartenait d'ouvrir des routes dans les parties mêmes les plus éloignées de son fief, et de pourvoir sa seigneurie de moulins à moudre le blé des tenanciers ; il ne nouvait vendre les terres couvertes de bois, mais ilétait obligé de les concéder, et sur son refus le suppliquant pouvait obtenir de la couronne la concession demandée, avec les conditions seigneuriales ordinaires.
Ce qui étonnera peut-être le lecteur français, c’est qu'avec les désavantages apparents que l’on trouve dans ces tenures féodales, elles existent encore dans la plus grande partie du Bas-Canada, où les vassaux euxmêmes s'opposent presque partout à l'introduction des réformes que l’Angleterre, à ce sujet, a voulu introduire dans le pays, depuis la conquête, en mettant à la place de la tenureseigneuriale le franc alleu roturier ?, sans autre obligation que l’hommage ou aïlégeance au roi et l’obéissance aux lois ; et ce qui surprendra peutêtre plus encore, c’est que la répugnance que l’assembléelégislative avait montrée à s'occuper d’unequestion de réforme sur la tenure féodale était représentée comme le résultat de l'influence extraordinaire que Papi-
1 'Shivant la Coutume de Paris, encore suivie en Canada, le franc allcu roturier est terre sans justice, ou seigneurie pour laquelle le détenteur ne doit cens, rentes, lods, ét ventes, ni autres redevances.
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neau exerçait sur ce corps !. Dès le commencement de la conquête, le gouvernement britannique avait été désireux de changer ainsi les tenures féodales, sans v avoir néanmoins forcé personne. En 1825, un acte fut passé au parlement pour l'extinction graduelle des droits féodaux, en mettant les seigneurs à même de se décharger du droit du quint ?, qu’ils devaient à la couronne, et de concéder leurs terres librement en franc alleu à leurs tenanciers ou fermiers. Mais, en même temps que cet acte permettait au seigneur de se décharger de l'imposition féodale à l'égard dela couronne, elle donnait au tenancier le droit de racheter ses charges à l'égard du seigneur, et, sur le refus de celui-ci de commuer la tenure, le fermier pouvait plaider en cour et forcer son seigneur. Mais, à deux exceptions près, les Canadiens n’ont jamais voulu profiter de cet acte, et le temps seul abolira peu à peu les restes de la féodalité dans le Canada.
Pour en revenir au séminaire de Montréal, qui «à amené cette digression, il est bon de rappeler ici que cette maison possédait, comme elle possède encore aujourd’hui, en vertu d’une ordonnance royale de l’année 1677, la seigneurie de l’île sur laquelle cette ville est assise, ainsi que de l’île Jésus, qui n’en est séparée que par un canal formé par le fleuve. La réunion des eaux de l'Ottawa et du Saint-Laurent, qui débouchent à
1 Rapport de lord Durham, etc.
2? Droit de mutation d’un cinquième à payer à la couronne, lorsque la seigneurie passe à un autre propriétaire autrement que par héritage direct.
l'ouest de l'ile de Montréal , dessine, en s'étendant en cet endroit, deux lacs magnifiques, celui des Deux- Montagnes au nord et le lac Saint-Louis au sud, séparés l’un de l’autre par un groupe d’iles dont les rivages sont couverts de prairies verdoyantes, de villages charmants et de maisons de campagne. Celle de Montréal a une étendue d’une trentaine de milles sur huit de largeur; la ville, bâtie sur le bord du fleuve, s'élève insensiblement au pied d’une haute colline, dont les versants offrent une multitude de jardins, de villas, de fermes et de riches vergers, environnés des plus frais ombrages. Du sommet de la montagne, coupée en deux peut-être par quelque convulsion de la nature, la vue s'étend sur les nombreux clochers et les églises de la cité de Marie! sur les deux lacs, avec leurs îles de verdure; sur le fleuve, sillonné sans cesse par d’innombrables navires de tout bord, et enfin sur l’autre rive du Saint-Laurent, derrière laquelle on voit se dessiner dans un lointain d'azur les lignes plus foncées des montagnes du Vermont.
Par sa position, à la tête de la navigation canadienne, Montréal était appelé à un avenir immense de prospérité et de grandeur commerciales, et les rêves brillants de Cartier avaient commencé à se réaliser 2.
1 Lenom primitif de Montréal est Ville-Marie, qui lui fut donné par les fondateurs, encore aujourd'hui, en latin, Harianopolis; mais celui de Montréal, qui avait été donné à l'ile sur laquelle elle est bâtie, a également prévalu pour la ville.
3? La population de Montréal, qui n'était à la conquête que de six à huit mille Ames, était en 4825 montée à vingt-deux mille; —en 4834, à trente-cinq mille; — et aujourd’hui doit être d’au moins soixante mille, dontles deux tiers sont d’origine franco-canadicnne.
ndant Deux- Sépavages charntréal uit de ve in- 'S veras, de
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suit mille mille; — d'origine
C’est à Montréal qu'étaient venues s'établir depuis la conquête la plupart des familles anglaises émigrées,que se trouvaient les maisons les plus opulentes, les négociants les plusriches, et que les sociétés protestantes s’étaient multipliées davantage. C’est dans cette ville et dans son voisinage que les terrains se vendaient le plus cher; que, par les vicissitudes ordinaires à une grande ville occupée d’un commerce considérable, avait lieu le plus souvent la mutation des propriétés; et que, par conséquent, les droits de lods et ventes avaient le plus de valeur et se multipliaient davantage. On comprend facilement que, si ces droits offraient peu d’inconvénients aux censitaires et aux fermiers, dispersés dans la campagne, où il n’y avait généralement d’autres mutations que celles qui provenaient de l’héritage paternel, ils en avaient beaucoup, au contraire, dans une ville comme Montréal, où les terrains étaient morcelés et avaient une valeur immense, et que le droit de lods et ventes prélevés par la seigneurie augmentait singulièrement le prix d’une propriété. Aussi arrivait-il souvent que le terrain était plus cher que la maison. Il était donc tout naturel que les plaintes contre Saint-Sulpice se multipliassent, quoique la fortune de cette maïson n’eût fait que suivre le cours ordinaire des choses. Ceux qui élevaient la voix contre la seigneurie ne songeaient guère aux difficultés qui avaient présidé à son berceau dans l’île de Montréal, aux dépenses énormes qu'il avait fallu y faire pour fonder cette colonie, aux dangers de tout genre que les Sulpiciens avaient
bravés si souvent, à la mort elle-même qui avait frappé plus d’un d’entre eux, lorsque les Iroquois en armes envahissaient encore cette île, aujourd’hui si florissante,
A la vue de l’opposition qui se manifestait contre eux et qui les accusait de posséder trop de richesses, les prêtres du séminaire résolurent de prévenir le coup qui menaçait de les frapper ,en envoyant deux des membres les plus distingués de leur communauté à Londres. A peine arrivés dans la capitale de l'empire britannique, ils se mirent en communication avecle ministère et proposérent un arrangement, pour la cession de tous les droits féodaux que le séminaire possédait encore sur l'ile et la ville de Montréal, et pour la compensation desquels le gouvernement britannique consentirait à leur payer une rente annuelle considérable, suivant l'esprit de l'acte que le parlement venait précisément de passer à
ce sujet. Cet arrangement était d'autant plus sage, que, dans Ja prévision des évènements qui pouvaient venir à se réaliser plus tard, si le Canada changeait la
forme de son gouvernement, ou, en se réunissant aux Etats-Unis, s’affranchissait lui-même de toutes ses anciennes coutumes, ce qui n’a rien encore d’impossible, les Sulpiciens se trouveraient au moins indemnisés d’avance de la perte de leur seigneurie et à l’abri de tout reproche de la part des ennemis de la féodalité. Toutefois, avant de conclure définitivement ce compromis avec le ministère, les deux mandataires du séminaire voulurent avoir le consentement du Saint-Siége
pour un acte qui était regardé comme une aliénation de LU
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e eux s prèii mees les peine e, ils T'Opolroits *etla els le payer it de sser à sage, aient ait la t aux 2 ansible, s d’ae tout
comsémi- Siège on de
biens ecclésiastiques. En conséquence ils se rendirent à Rome, et leur affaire, ayant été soumise à l’examen de la Propagande, fut approuvée par la Congrégation. Sur ces
entrefaites, la nouvelle des négociations alors pendantes à Londres ayant transpiré dans le Canada, tout le
monde s’en alarma à tort ou à raison, et les censitaires, qui ne voulaient pas plus que les seigneurs et le clergé s'affranchir des anciennes coutumes, s’unirent avec ceux-ci pour réclamer contre ce qu’ils appelaient un acte de faiblesse de la part des Sulpiciens. Comme ils ne voulaient d'aucun des changements proposés par le gouvernement, ils craignirent, d’un côté, que l'exemple de Saint-Sulpice ne fût d’un précédent fâcheux pour eux-mêmes; et, de l’autre, ne comprenant pas bien toutes les raisons que ceux-ci pouvaient avoir eues en vue, ils mirent tout en œuvre, et le clergé canadien surtout usa de toute son influence, pour empêcher l’accomplissement d’un dessein qu’ils regardaient comme la ruine du séminaire de Saint-Sulpice et de toutes les œuvres de bienfaisance que soutenait cet établissement.
En considérant cette affaire sous le point de vue où la voyait le clergé canadien, il pouvait ne pas avoir tout-à-fait tort; car, tout en donnant les marques les plus évidentes de loyauté au gouvernement britannique, il était devenu d’une défiance extrême à l’endroit des propriétés ecclésiastiques, depuis qu’il avait vu les biens des Récollets et des Jésuites détournés insensiblement de leur institution primitive; et, comme il n'avait jamais osé faire de réclamations directes à
cet égard , il était bien aise de s'opposer maintenant à ce qu'il croyait être une ruse du gouvernement pour spolier le séminaire de Saint-Sulpice. Quelques motifs de jalousie, et le désir de contrecarrer les Sulpiciens dans les plans qu’ils avaient cru devoir adopter prudemment, eutrèrent peut-être bien aussi pour quelque chose dans les démarches du clergé, qui se sentait par fois offusqué par la supériorité et la simplicité magnifique de la riche communauté.
En conséquence, un mémoire vigoureux composé par l’évêque de Telmesse, et signé par tous les membres du clergé canadien, fut présenté à Londres par M. Maguire, vicaire-général de l’archevèque de Qu-
bec, qui fit surtout ressortir aux yeux du ministère
anglais toute l’impopularité de cette transaction. I] partit ensuite pour Rome, portant à la Propagande un mémoire entièrement opposé à celui des deux mandatuires de Saint-Sulpice, signé par l'archevêque de Québe: et par le plus grand nombre des prêtres de ce diocèse et du district de Montréal. Appelée à l'examen de ce nouveau manifeste, la Congrégation donna une décision contraire aux Sulpiciens, et par un autre décret leur défendit de contracter avec le gouvernement anglais sur le pied de leurs premières négocia‘ions. Ceuxci s'empressèrent d’obéir aux injonctions de la Congrégation ; de retour à Londres, ils s’abouchèrent de nouveau avec les ministres ; et il fut conclu définitivement que l’on s’arréterait de part et d'autre aux termes de l’acte de 1825, c’est-à-dire que les tenanciers de la
nant à L pour motifs iciens T pruuelque it par.
nagni-
In pos mejhes par e Quenistère on. Ï] nde un idatai- Juébec cèse et 2€ nouécision et leur inglais
ermes de la
<cigneurie de Montréal pourraient à volonté se libérer de toute charge féodale, quand ils le jugeraient à propos, moyennant un compromis avec ladite seigneurie. A ces conditions, le gouvernement anglais reconnut légalement tous les droits de propriété des seigneurs de Montréal, et les maintint dans leurs privilèges, dont ils n’ont pas cessé depuis lors de jouir avec honneur ".
Ils en profitèrent pour achever la construction de la nouvelle église paroissiale attachée à leur séminaire, qu'ils avaient commencé à rebâtir en 1824. Cette église, du style gothique du treizième siècle, avec ses deux hautes tours, qui s'étendent si majestueusement au dessus de la ville de Montréal, dominant le fleuve et la campagne, serait une des plus belles de l’Amérique Septentrionale, si l'architecture intérieure répondait à la splendeur du dehors. Elle ne fut terminée qu'en l’année 1829.
Cependant d’autres circonstances, peu apparentes d'abord, signalaient déjà le changement que le temps devait opérer dans la population catholique du Canada. Depuis plusieurs années, les émigrations apportaient chaque printemps des flots d’'Européens ; de nombreuses familles anglaises, écossaises, et sur tout irlandaises, se répandaient dans les cantons incultes du Haut et du Bas-Canada. Dans la première de ces deux provinces, ils s’établissaient dans les
‘ The whole island of Montreal is comprised in one seigniory, and belongs to the priests, who are consequently wealthy, but by no means rigorous in exacting
the lods et ventes duc to them on the transfer of land, — they usuelly compound for these fines. — Montgommcery Martin’s Canadas, in bis British Colonies, etc.
townships, encore couverts de forêts, et y fondaient la de nouvelles villes, qui commençaient à prendre rang glo parmi les anciennes cités d’origine française: aussi le les
Haut-Canada perdit-il promptement les traces de son caractère primitif, pour prendre une physionomie toute que britanniqne. Dans le Bas-Canada, c’étaient les terres riv: et les bois situés au sud du Saint-Laurent, connus au- tra jourd’hui sous le nom de townships du sud, qui deve- qui naient l'asile du plus grand nombre des émigrants qui de
restaient dans cette province; les anciennes campa- 263
gnes canadiennes, resserrées sur les bords du fleuve, clas entièrement occupées par une population française , nés qui se sentait peu de dispositions à quitter le toit pa- sécu ternel pour émigrer au loin, n’y donnaient par consé- de 1 quent que peu de place aux émigrés britanniques, et r'ess conservaient naturellement leurs vieilles allures nor- pro mandes ou bretonnes. côté
Dans les villes, le cas était différent : Québec, Mont- gou: réal, les Trois-Rivières, Saint-Jean près du lac Cham- que plain, Sorel ou William-Henry, dont le commerce dité augmentait rapidement les ressources, gagnaïent cha- ente que jour aussi en population. Cette population devenait poui aussi de plus en plus mélangée; mais, au milieu de sieu tous ces nouveaux venus, les Irlandais formaient tou- tion
Jours la majorité. Le plus grand nombre était des Ca- Un tholiques. Aussi, dès leur entrée dans le Saint-Lau- faut rent, leurs cœurs, encore sous l’impression de la bar- j"® bare servitude que l’église de Henri VIIT faisait peser
! Q Q ! R sur leur malheureuse contrée, se dilataient en voyant Frs
aient rang ssi le e son toute erTres LS audeve- S qui mpaeuve, aise , t paonsé- 2s, et s NOT-
Lonthamnerce chaenait eu de
tous Ca- Laubarpeser )yant
la Croix du Sauveur, cet emblème sacré de leur religion, persécutée chez eux, briller en liberté sur toutes les églises qui bordaïent les rives du grand fleuve. Pendant plusieurs années, l’éraigration n’eut lieu que sur une échelle moins considérable, et ceux qui arrivaient en Canada avaient au moins les moyens de s’y transporter convenablement et de vivre en attendant qu’ils pussent se placer ou trouver du travail. Mais, de 1829 à 1838, le nombre des émigrés monta à 263,089 individus, pour la plupart appartenant aux classes les plus misérables de l'Irlande. Si ces infortunés , que chassaient de leur patrie la misère et la persécution, n’avaient apporté avec eux que le spectacle de leur pauvreté, la charité du clergé canadien et les ressources qu'offrait un pays immense auraient trouvé promptement les moyens de les soulager. Mais, d’un côté, faute de soins attentifs de la part des agents du gouvernement commissionnés pour surveiller l’embarquement des émigrants; de l’autre, par suite de l’avidité des capitaines chargés de les transporter, et qui les entassaient les uns sur les autres dans les navires, pour en retirer plus d’argent , il arrivait depuis plusieurs années qu’il se faisait annuellement une importation régulière de maladies contagieuses dans le pays*. Un grand nombre d’émigrés débarquaïent malades, faute de soins et d'espace ; les vaisseaux où ces maladies j'enaient naissance étant en mauvais état, surchargés,
! Ripport du docteur Skey, dépulé inspecteur-général des hôpitaux, et président de la Société des émigrés à Québec.
ri EME ee SET LE QE PE LEE ENT Ce
Ram GS US
dise
et manquant le plus souvent d'air et d’eau fraîche. Ces malheureuses circonstances nécessitèrent l’établissement d’une station de quarantaine à la Grosse-[le, îlot désert, à quelque distance au-dessous de Québec, où l’autorité força désormais tous les navires arrivants ayant des cas de maladies contagieuses à bord de faire quarantaine. En même temps on y construisit un hôpital, et un prêtre fut chargé par l'archevêque de Québec d'y demeurer chaque année durant l’époque des émigrations, pour y administrer aux malades et aux moribonds les soins charitables de son ministère.
C’est encore ici un éloge à faire du clergé canadien, que, dans toutes les misères auxquelles est sujette l'humanité, on le vit constamment accourir le premier à l’aide de toutes les infortunes. Ces biens dont jouissent les communautés religieuses, et qui tant de fois avaient été l’objet des attaques des ennemis de la Religion, ces biens, et ceux du séminaire de Saint-Sulpice en particulier, servaient à soulager toutes les indigences sans distinction, et à élever des écoles indifféremment pour tous ceux qui voulaient s’y présenter. « Les biens de » l'Église Catholique, ajoute encore lord Durham ", et » les services du clergé, si nombreux et si zélé, de cette
Église ont été du plus grand avantage à la grande
masse des émigrés irlandais, qui se sont presque uni-
quement reposés sur les secours de charité et de religion qu'ils en ont reçus. »
! Rapport & la reine, etc., déjà cité.
mai blai
e. Ces blissee, ilot ü l’auayant quitpital, EC d'y nigramori-
adien, e l’humier il issent valent )n, Ces parti- JS SANS t pour
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