‹ Histoire du Canada, de son église et de ses missions [microforme] (volume 2)Chapitre 28 sur 48 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

À ; et, Incendie du château Saint-Louis à Québec. Description de la ville de Qué-

; bec et de ses environs. Etat des missions dans le vicariat-apostolique de

uébec, Terre-Neuve. Ses vicaires-apostoliques jusqu'à M6 Fleming. Ce prélat bâtit une nouvelle cathédrale à Saint-John (1841). Etat du Christianisme ou Labrador en 1837. Établissements des frères Moraves. Ms" Fleming nommé évêque de Saint-Jobn de Terre-Neuve par Pie IX. Missions de la Nouvelle- . Ecosse. Mort de l’évêque Burke à Halifax. William Fraser nommé vicaire-

Turgeon, apostolique à sa place (1821). Caractère de ce prélat. Le pape lui donne Msr

ec. William Walsh pour coadjuteur, Division entre les deux prélats. Le vicariat-

apostolique est dissout. M. William Fraser est nommé évèque d’Arishat au Cap- Breton, et M5 Walsh, évêque d'Halifax (1844). Le P. Vincent, prieur de Tracadie. Mort de Bernard-Angus Mac Eachern, évêque de Chalottetown. Bernard Donald Mac Donald est nommé son successeur (1837). Érection de l'évêché de Frédéricton dans le New-Brunswick, en faveur de William Dullard (1842).

L'année même de la consécration de l’évêque de Sidyme (1834), Québec fut témoin d’un désastre bien pénible pour les cœurs français, l'incendie du château Saint- Louis, qui, malgré les prompts secours qu’on apporta de toutes parts, anéantit en peu d’heures cet édifice respectable, berceau de la colonisation canadienne et de l’ancienne puissance française dans l'Amérique Septentrionale. Fondé par l’illustre Champlain, sur la plate-forme la plus élevée du promontoire où la ville est assise, à plus de trois cents pieds au-dessus du fleu-

ve qui en baigne la base, le château de Québec rappelait par ses constructions massives et irrégulières, ses grands appartements, et surtout sa tournure féodale, l’époque où il avait été bâti, et le but que Champlain s'était proposé en jetant ses fondements. Naguère résidence des vice-rois et des gouverneurs-généraux de la Nouvelle-France, devenu depuis la conquête la demeure des gouverneurs qu'envoyait au Canada l’orgucilleuse Albion, le château Saint-Louis, qui avait vu passer toutes les gloires et les humiliations de la population franco-canadienne, s’abima dans les flammes juste à temps pour ne pas voir la langue, les lois, les mœurs, et l'antique constitution du pays, se confondre dans la langue, les lois, les usages et la constitution des peuples d’origine anglo-celtique, qui commenaient à se trouver partout, et qui doivent dans un temps donné par la Providence absorber tous les restes des autres peuples dans l’ Amérique Septentrionale. Lorsque les débris du château eurent disparu, un nom étranger remplaça le titre glorieux de Saint-Louis, souvenir des jours d'autrefois. Lord Durham, qui vint peu d’années après en Canada, en fit déblayer l’emplacement, dont il fit une promenade qui porta son nom (Durham terrace). C’est ie site le plus imposant de l’ancienne capitale de la Nouvelle-France, et celui où le voyageur aime à venir oublier les heures en contemplant l’immense panorama qui se présente à ses regards. Les Canadiens vous disent avec une juste vanité que c’est le plus beau du monde. Je ne suis pas

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entièrement de leur avis, malgré l'admiration qu’il m'inspirait chaque fois que j'allais y porter mes pas : car je ne puis oublier celle que j'ai éprouvée en tant d’autres contrées. Mais c'est certainement un des spectacles les plus grands et les plus frappants qu'il soit possible de concevoir.

La ville tout autour, descendant en pente abrupte jusqu’au bord du fleuve, s’alignant le long des eaux, enlaçant dans sa construction bigarrée de toutes sortes de couleurs les flancs du cap Diamant, couronné de son orgueilleuse citadelle, et, vis-à-vis, le promontoire de la Pointe-Lévi, avec son amphithéâtre de maisons blanches, ses métairies, ses bois et ses prairies : à gauche, le large ravin où la rivière Saint-Charles roule ses ondes pour les unir au Saint-Laurent ; l’avenante paroisse de Beauport, qui, le long de ses coteaux, se développe avec grâce jusqu’à la chute de Montmorency ; à quelque distance, au fond de la baie, la belle île d'Orléans, qui renferme cinq paroisses, et que le fleuve étreint de ses deux bras ; à l'horizon, les sombres falaises du Cap-Tourmente, premier anneau de cette chaîne de montagnes sauvages qui s'étendent jusques sous les neiges éternelles des régions polaires, et, de quelque côté que le regard se tourne, le fleuve superbe et calme, malgré la rapidité de son cours ‘, qui part de Québec avec ses goëlettes, ses bricks à trois mâts, ses navires de tout bord, pour s’unir à la mer dans toute la

‘La marche du Saint-Laurent est ordipairement de sept nœuds ou sept milles à l'heure.

majesté de sa puissance. I} n’y a peut-être pas une autre ville dans le Nouveau-Monde qui offre de si étranges contrastes que Québec : ville de guerre et de commerce, perchée comme un nid d’aigle, ainsi que les châteaux des bords du Rhin, sur un roc perpendiculaire, sillonnant l'Océan avec ses nombreux navires; ville américaine bâtie par une colonie française, gouvernée par un seigneur anglais, gardée par des Highlanders écossais, soumise encore aux ‘rstitutions féodales de la France de Louis XIV combinées avec le système du gouvernement parlementaire; ville moderne par sa civilisation, sa politesse, ses habitudes de luxe, et touchant aux débris des populations sauvages et aux déserts qui s’étendent derrière elle; ville, enfin, située à Ja même latitude à peu près que Paris, et réunissant le ciel bleu et le climat ardent des contrées méridionales aux rigueurs d’un hiver hyperboréen.

Même contraste dans la distribution des rues et le style des habitations. La ville hante, enceinte de murailles et de bastions, renferme les grands hôtels et les magasins de luxe ; la ville basse les ouvriers, les marchands, et les marins. Puis viennent ses vastes faubourgs, dont l'aspect est celui des villes anglaises on américaines. Avec ces accidents de terrain, cette diversité de constructions, et je ne sais quelle teinte sombre qui voile son ensemble, Québec ‘rappelle souvent au

‘ Québec, qui comptait de sept à huit mille habitants au moment de la conquéte, en avait vingt-cinq mille en 1831, et on lui en donne aujourd'hui environ cinquante mille, dont quarante mille sont Catholiques.

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voyageur l'aspect de ces vieilles villes de France ou d'Allemagne restées en arrière des temps modernes.

Quoique les vicariats-apostoliques de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Ecosse, et du New-Brunswick, ne fussent pas sous la dépendance métropolitaine de Québec, c'était de cette ville cependant qu’ils avaient bien longtemps reçu leurs missionnaires; ils ont donc encore une espèce de droit à prendre leur place dans un livre qui a le Canada pour objet.

Nous avons perlé brièvement des deux premiers vicaires-apostoliques de Terre-Neuve, O’Donell et Lambert, son coadjuteur, qui lui avait succédé avec le titre d’évêque de Chytre, lorsque O’Donell eut été transféré au siége de Derry en Irlande. Thomas Gillow fut ensuite consacré vicaire-apostolique de Terre- Neuve, en 1818, sous le titre d’évêque d'Hypsopolis. Mais, s’il prit possession de son vicariat, il n’y demeura pas longtemps; car, la même année, Thomas Scallan, évêque de Drago, qui avait déjà fait quelque séjour à Terre-Neuve en qualité de simple missionnaire, y arriva comme vicaire-apostolique , accompagné de sept nouveaux missionnaires. Sur dix-neuf ecclésiastiques qui étaient venus dans cette île depuis l'installation du vicariat-apostolique, quatre avaient succombé, un autre était infirme, et onze s'étaient retirés successivement devant la dureté du climat et les difficultés du ministère. Parmi ceux qui avaient eu le courage d’y rester, il faut compter en première ligne Thomas Ewer, prêtre zélé, qui mourut en

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