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1833, après un séjour de quarante années à Terre- Neuve.
Durant cet intervalle, on n'avait construit que quatre églises; aucune école n’avait été fondée pour l'éducation de la classe pauvre. Jusqu'à l’époque où fut établi le vicariat-apostolique, les Catholiques n'ayant aucun local pour l'exercice du culte, plusieurs s’étaient laissé entraîner dans les temples protestants, et l’habitude d'aller prier avec les sectaires prévalut tellement chez eux, qu’elle résista longtemps au zèle et à la piété des vicaires-apostoliques. Ils eurent à lutter contre tous les vices, dans un pays où le lien conjugal avait perdu sa sainteté. Chose étonnante! c’était souvent un pêcheur sorti de la lie du peuple qui accomplissait une sorte de cérémonie de mariage, et, à son défaut, une vieille ferame qui, se croyant sans doute moins autorisée, avertissait les époux que sa bénédiction perdrait son efficacité lorsque le curé viendrait à passer. Aussi le sacrement de mariage était-il tombé en désuétude, et le peuple croupissait dans une si grande ignorance, qu’on a vu des vieillards se vanter ensuite d’appartenir à l’Église, quoiqu’ils n’eussent pas même reçu le baptême.
Tel était l’état des missions de Terre-Neuve, lorsque, en 1829, Michael Fleming, évêque de Carpasia, succéda à Thomas Scallan, dont il était coadjuteur depuis huit ans. La connaissance qu’il avait acquise de son diocèse durant cet espace de temps lui permit d’y introduire de sages réformes. Il le divisa successive-
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ment en treize districts, construisit des églises, des presbytères, et des écoles, où bientôt toute la population fut en état de recevoir l'instruction religieuse et profane, dont elle avait si grand besoin. Avec une santé délicate, il traversa plus de dix fois l'Océan, et, quoiqu'il en souffrîit toujours, il n’en redouta jamais ni les périls ni les incommodités pour aller chercher en Europe des secours ou des auxiliaires de son apostolat. L'île de Terre-Neuve est de construction granitique, comme celle du Cap-Breton; ses côtes, formées par des rochers, sont également rugueuses et déchiquetées par: l’action des vagues, et couvertes de rescifs à fleur d’eau; elles offrent néanmoins un grand nombre de ports favorables aux nombreux bateaux pêcheurs qui y abordent de toutes parts, la pêche de la morue étant son principal commerce. De hautes montagnes couvertes de forêts paraissent couvrir tout l’intérieur, qui n’est pas encore bien connu. Ses habitants sont généralement disséminés dans les villages et les villes, bâties non loin des ports : la principale est Saint-John-de-Terre- Neuve. Cette ville, qui est aujourd’hui la capitale de l'ile, est remarquable par ses fortifications et son port, où il se fait, durant la saison de la pêche, un commerce considérable. Les vicaires-apoctoliques y avaient fixé leur séjour, et en avaient fait le siége du vicariat. En 1834, la cathédrale de cette ville n’était encore qu’une misérable église de bois, incapable de contenir dans son enceinte la pieuse population, qui désirait assister au saint sacrifice et entendre la parole de Dieu le dimanche
et les fêtes. Un vaste terrain sans valeur se trouvait près de la ville; il appartenait au gouvernement. L’évêque Fleming lui adressa une supplique pour en obtenir la propriété, et conçut le dessein d'y bâtir une grande et belle cathédrale, un monastère pour les religieuses qui se destinaient à l’éducation des jeunes filles, des écoles, et une résidence épiscopale.
Sa pétition fut bien reçue ; mais il étaït à Rome, en 1837, lorsqu'il apprit l’heureuse nouvelle que le gouvernement lui avait accordé sa demande. Il partit aussitôt, et traversa de nouveau l’Océan pour retourner dans son diocèse. Le jour où le navire qui le portait jeta l’ancre dans la rade, le bruit de son arrivée se répandit promptement dans la ville. Une barque élégamment pavoisée et surmontée du signe auguste du salut s’élança vers son navire, et une députation composée des jeunes gens les plus distingués vint recevoir son pasteur chéri et l’amener en triomphe au rivage. Le clergé, la population presque entière, l’y attendaient avec les corporations diverses, qui lui adressèrent leurs félicitations; et la chambre des représentants du pays, assemblée en ce moment, ajournant aussitôt la séance, vint en corps le complimenter sur son suceès et son heureux retour. Environné de ce brillant cortège, l’évêque se dirigea vers son église; mais il n'avait encore fait que quelques pas lorsqu'il vit s’avancer à sa rencontre une procession de jeunes filles vêtues de blanc, que conduisaient les religieuses du couvent de la Présentation, fondé à Saint-John depuis trois ans; à leur
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tête flottait une riche bannière, offrant la Croix brodée en or, couronnée de fleurs. Le cortége et la procession entrèrent ensemble à l’église, et c’est là qu'après avoir remercié Dieu de tous ses bienfaits, le pasteur annonça à son troupeau l’heureux succès de toutes ses démarches.
Les protestants, malgré leur petit nombre, trouvèrent toutefois les moyens d’entraver encore les desseins de l’évêque Fleming, et il fallut qu’il traversât de nouveau l’Océan pour aller solliciter à Londres l’exécution de la promesse qui lui avait été faite. Sa démarche obtint un plein succès. Secondé par la population presque entière de Saint-John, qui rivalisait de zèle à transporter les pierres énormes qui devaient servir aux fondations du nouvel édifice, l’évêque posa la première pierre de sa cathédrale, dans le courant de l’été de l’année 1841. Ce monument, conçu sur un plan magnifique, d’après les règles de l’architecture gothique, est aujourd’hui terminé. Telle a été, me racontait le docteur Fleming lui-même ‘, la générosité et la munificence du peuple irlandais, dont il avait demandé les secours, que sa cathédrale, sans avoir coûté beaucoup à son troupeau, se trouve être une des plus belles et des plus grandes églises de l'Amérique Septentrionalc. Placée dans une situation admirable, elle domine la ville,
\ J'ai ex ie honneur de faire avec M£r Fleming la traversée de l'Océan, au mois &’août 4845, sur le paquebot à vapeur Culedonia, allant à Boston. J'ai entendu de la bouche de ce prélat une foule de détails intéressants sur l’état de son diocèse. Le D" Fleming nous quitta en face de Terre-Neuve, s'étant embarqué dans un bateau pêcheur, qui le transporta à Saint-John, le samedi 30 août 1845.
le port, l'Océan, une vaste étendue de pays. La Croix, arborée sur ses hauteurs stériles, consolera les regards des pauvres habitants de ces contrées; elle apparaîtra comme un phare de salut aux voyageurs qui passeront le long de ces côtes, annoncera aux navigateurs européens la puissance de la foi dans l’île qu’ils viennent visiter, et leur rappellera l’inépuisable charité qui anime le continent bienfaiteur d’où ils sont venus.
En terminant ici les renseignements que nous avons pu recueillir sur Terre-Neuve, nous ajouterons que la ville de Saint-John contient au-delà de douze mille Catholiques, sur une population totale de vingt-cinq mille habitants. Le reste de l’île est dans la même proportion, et le recensement fait en 1832 par le colonel Bouchette lui donnait au-delà de soixante-quinze mille âmes. Nous ne comptons pas dans cette évaluation une population flottante de douze à quinze mille Français, répandus sur la côte de Terre-Neuve et sur les îles de Saint-Pierre et de Miquelon : ces deux îles appartiennent à la France, mais sont au spirituel sous la juridiction de l’évêque de la Martinique. En 1846, le nombre des prêtres employés dans l’île de Terre-Neuve était de vingt-trois !. M£° Fleming se disposait alors à envoyer deux missionnaires aux Esquimaux de la côte glacée du Labrador, qui jusqu’à cette époque n'avaient pu obtenir d’autres notions sur le Christianisme que les ins-
1 Almanach de Québec pour l’année 4846.
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tructions faussées et imparfaites données par les frères Moraves.
Ces sectaires avaient depuis déjà plusieurs années des établissements sur les tristes rivages du Labrador, et nous joignons ici les renseignements.que nous avons puisés à cet égard dans une source protestante. Leur principale station était à Naïn, sur la côte septentrionale, où le consistoire général des frères Moraves envoie tous les ans un navire chargé de provisions, etc. A Naïn il y avait quatre frères appelés missionnaires ; à Okkak trois, à Hébron cinq, et à Hopedale quatre autres. Le nombre total des frères Moraves établis au Labrador était de vingt-neuf, et celui des Esquimaux convertis au protestantisme pouvait être en 1837 de huit cent quatre-vingt-quinze, dont trois cent vingt participaient à la cène, d’après leurs calculs ".
Nous n’avons pu savoir si depuis lors Ms° Fleming avait mis à exécution le dessein d'envoyer des missionnaires pour éclairer des véritahles lumières de l’Évangile cette portion si dégradée de l'espèce humaine. En 1834, le pape Pie IX, glorieusement régnant, érigea la ville de Saint-John de Terre-Neuve en évêché titulaire pour Ms: Fleming. Ce prélat vertueux mourut il y a deux ans environ, et depuis lors le D' Murdo’k lui a succédé dans le siège de Saint-John, qui est sur le point d’être élevé au rang de métropole; Terre-Neuve serait alors partagée en quatre évêchés. C’est ainsi qu’en
1 Montgommery Martins British Colonies, New-Foundland, Labrador Coast. etc.
étendant l’épiscopat dans ces froides et sombres contrées, le père commun des fidèles travaille avec une infatigable et incessante activité à accroître, en tous lieux et jusqu'aux extrémités les plus barbares, le royaume de Jésus-Christ, dont il est le digne et auguste représentant sur la terre.
La Nouvelle-Ecosse continuait, de son côté, à prospérer sous l'administration sage et paternelle de son vicaire-apostolique. Mais Burke, épuisé par des travaux de tout genre, sentait le besoin d’un aide et d’un coadjuteur. Il avait à ce sujet écrit à la Propagande à Rome, et demandé qu’on lui donnât en cette qualité M. Thomas Maguire, le savant et digne grand-vicaire de Québec, qu’il savait capable, mieux que tout autre, de le seconder dans son apostolat. Le Saint-Siége accéda à ses vœux, et Maguire recut les bulles qui le nommaient évêque in partibus et coadjuteur au vicariatapostolique de la Nouvelle-Ecosse. Mais ce vertueux prêtre eut la modestie de refuser constamment la dignité qui lui était offerte, et les instances de M. Burke ne purent le déterminer à accepter. Il remit ses bulles à l’évêque Plessis, qui en écrivit à Rome, et Burke mourut la même année (1820), au mois de décembre, sans avoir eu la consolation de laisser après lui un successeur qui pût prendre le gouvernement du vicariat. L’archevêque de Québec continua quelque temps à en prendre soin : il y envoya des missionnaires, même encore après la consécration de William Fraser, prêtre écossais, nommé, en 1821, vicaire-apostolique de
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