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la Nouvelle-Ecosse, avec le titre d’évèque de Tanes.
Fraser était un homme pieux, charitable et zélé, bon théologien, mais avec fort peu de connaissances en administration, et presque exclusivement dévoué à cette partie de son troupeau qui était d’origine écossaise. Pendant vingt ans qu’il demeura seul chargé des fonctions de l’épiscopat dans cette contrée, il parut presque toujours oublier qu’il était évêque, pour ne s'occuper que du détail des missions, comme le peut faire un simple prêtre, sans songer à en embrasser l’ensemble, ni s'occuper des mesures générales. Sa vie, laborieuse et
austère, se passa presque tout entière parmi les popu-
lations écossaises de son vicariat, du côté d’Antigonish, à l'extrémité septentrionale de la péninsule, où il résidait ordinairement. Aussi les Irlandais, qui formaient la majorité catholique de la Nouvelle-Ecosse, se plai-
gnirent-ils plus d’une fois avec amertume de leur évé-
que, en lui reprochant son indifférence à leur égard ; mais cette indifférence n'existait réellement pas au fond de son cœur. Son caractère timide seul donna lieu à ce reproche, Fraser ne s'étant jamais senti le courage de prêcher, où même d'adresser à ses ouailles quelques paroles en anglais, lorsqu'il venait à faire ses visites pastorales parmi ceux qui n’entendaient que cette langue.
Les Irlandais, et surtout ceux d’'Halifax, dont la congrégation devenait chaque ic’.r plus nombreuse, fatigués de cet état de choses ec mécontents de voir que le vicaire-apostolique, dont leur ville avait auparavant,
toujours été le séjour depuis la fondation du vicariat, avait fixé loin d’eux son siége, firent à la fin entendre leurs plaintes à Rome, en témoignant que depuis vingt ans, c’est-à-dire depuis la mort d’'Edmond Burke, ils avaient à peine, à de rares intervalles, eu le bonheur de jouir de la présence de leur vicaire-apostolique. Ces plaintes, plusieurs fois réitérées, finirent par exciter l'attention du Saint-Siége, et, après l’examen préalable de cette situation, il ne trouva d'autre moyen d’y mettre un terme, et de rattacher solidement William Fraser à la ville d'Halifax, qu’en le nommant évêque titulaire de cette ville. Elle fut, en conséquence, érigée en évêché, et M. William Walsh, prêtre irlandais d’un grand mérite, fut en même temps adjoint au nouvel évêque d’'Halifax, en qualité de coadjuteur, le 15 février 1842. Consacré l’année suivante sous le titre d’évêque de Maximianopolis, il se rendit aussitôt dans la Nouvelle- Ecosse.
Cette nomination d’un coadjuteur qu’il n'avait pas demandé chagrina le vieil évêque ; il en appela à Rome à son tour, et en attendant il refusa de recevoir M. Walsh. On s’y attendait à demi; le Pape alors, pour trancher les démêlés qui s'étaient élevés entre les deux prélats, divisa le diocèse , et cette sage mesure parvint à satisfaire toutes les exigences. La partie la plus septentrionale de la Nouvelle-Écosse, où se trouve Antigonish ainsi que la majorité des populations écossaises, fut réunie au Cap-Breton et forma ainsi un nouveau diocèse, dont le siége fut fixé à
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Arishat dans l’île Madame, et d'Halifax Fraser fut transféré à Arishat. Par cette translation, M. Walsh devint sans obstacle évêque d'Halifax , gardant pour son diocèse la plus grande partie de la Nouvelle- Écosse, où il avait déjà opéré quelques changements avantageux (27 septembre 1844).
Sous son habile et énergique direction, tout prit une nouvelle tournure dans cette partie de la province. Le collége de Sainte-Marie d'Halifax, si bien commencé par Burke, et depuis trop négligé par son premier successeur, fut mis sur un nouveau pied et livré à la direction de trois ecclésiastiques. Par l’unanimité qu’il a su inspirer à la population irlandaise, nous avons vu de nos propres yeux! les merveilles qu'il a opérées aux regards ébahis et jaloux du protestantisme.
Outre l’évêque d'Halifax et les trois directeurs du collége, ce diocèse possédait encore quatorze ou quinze prêtres pour une population de trente-cinq à quarante mille Catholiques. L’évêque d’Arishat comptait en 1846 une dixaine de prêtres répandus sur la surface de l’île du Cap-Breton et sept ou huit dans la partie de la Nouvelle-Écosse qui dépend de son diocèse 2. Le monastère de Tracadie, encore aujourd’hui gouverné par le père Vincent, qui est fort âgé, n'avait qu'un seul prêtre de plus et douze frères lais.
! Lors de mon passage à Halifax, en me rendant à Boston, en août et septembre 1845.
? M. William Fraser est mort à Antigonish, le 4 du mois d'octobre 4851.
Après avoir travaillé avec un grand zèle pendant plusieurs années à étendre la foi dans les pays soumis à son obédience, Mac Eachern, vicaire-apostolique de l’île du Prince-Edward et du New-Brunswick, avait vu ériger son vicariat en évêché titulaire , sous le nom de Charlottetown. C’est dans cette ville, capitale de l’île du Prince-Edward, que le nouveau siège fut placé (11 août 1829). Six ans après, l'évêque Mac Eachern mourut, laissant vacant le nouveau siége. Le clergé de Québec, qui cherchait à exercer encore une sorte de suprématie sur l’île du Prince-Edward, dont quelques missionnaires avaient fait leurs études dans cette ville, voulut donner pour successeur à l’évêque Mac Eachern un prêtre Canadien, M. Antoine Gagnon, dont la nomination fut vivement sollicitée à la cour de Rome". Mais il ne réussit pas à l'obtenir. M. Bernard-Donald M'Donald, prêtre irlandais de la mission du Prince- Edward, fut justement préféré pour cette raison par le Saint-Siége, qui lui donna l'institution canonique en 1837, et il vint à Québec se faire consacrer évêque de Charlottetown, le 45 octobre suivant. Prélat bon et zêlé, il travailla avec ardeur à procurer de nouveaux missionnaires à son diocèse , et commença la construction d’un vaste collége et d’un séminaire à un mille de la ville de Charlottetown.
Les besoins du New-Brunswick, auxquels il pouvait difficilement suffire par lui-même, luifaisant sentir tous
Archives de l’archevéché de Québec.
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les avantages que cette province retirerait du séjour d’un évêque particulier, l’évêque de Charlottetown en écrivit à Rome, en proposant la nomination deWilliam Dullard, prêtre irlandais. Le Saint-Siége comprenait trop bien les intérêts des peuples, pour se refuser à partager un diocèse aussi vaste et placé dans des conditions aussi avantageuses que le démontrait M. Mac Donald. Le New Brunswick fut, en conséquence de sa recommandation, érigé en diocèse (1842) , et le Pape, en le détachant de celui de Charlottetown, lui adjoignit encore les îles de la Magdelaine. William Dullard était un élève du séminaire de Québec. [1 fut consacré dans cette ville, le 41 juin 1843. I] vint ensuite fixer sa résidence épiscopale à Frédéricton, capitale du New-Brunswick ; il y mourut au mois d'août 1851. Le nombre des missionnaires de ce diocèse, en y comprenant l’évêque, était de vingt-trois en 1846, et la population catholique de quarante-cinq à cinquante mille âmes. Celle du Prince-Edward est d'au moins quarante mille, sur une population totale du double environ, avec dix missionnaires, non compris l’évêque.