‹ Histoire du Canada, de son église et de ses missions [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 48 · partie n de se jui vess pOc le séissance incerire sufun es · texte numérisé non relu

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DU CANADA 223 prit ferme, mais trop inflexible parfois, et qu’il ne sut pas, comme l'archevêque Plessis, tempérer au besoin, l’évêque de Telmesse eut du moins le courage nécessaire pour soutenir les luttes pénibles qu’une première imprudence lui suscita au commencement de son épiscopat. Il était d’une santé frêle et délicate, et ses amis avouent eux-mêmes qu’il mêla quelquefois l’irritation de la maladie ‘ dans les mesures aw’il prenait pour défendre ce qu’il crut avec trop d’obstination être son droit, dans certaines circonstances. On lui doit cependant cette justice que, s’il outrepassa plus d'une fois les bornes d’une sage résistance à l'opposition qu’on lui faisait, ce ne fut ni l'intérêt personnel ni l’ambition qui le poussèrent à ces extrémités, mais une connaissance trop peu approfondie des règles canoniques.

Il faut convenir aussi que, si la résistance fut violente de part et d'autre, ce n’est pas à M. Lartigue qu'on doit reprocher l’anomalie d’une situation dont les prérogatives étaient incertaines, les droits douteux, et précaires ; et que la faute principale devait en reve: nir à celui qui avait cru pouvoir ainsi jeter les bases de l’épiscopat à Montréal. Quant au clergé, on ne peut lui reprocher tout au plus que d’avoir mis dans cette querelle une animosité inconvenante pour la personne. d’un prélat respectable après tout,et par ses qualités, et par la dignité dont il était revêtu; mais on doit tou-

Mélanges religieux de Montréal (30 avril 4844). Biographie de M. Lartigue.

Jours remarquer que, si M. Lartigue dut souffrir de tous ces débats, et si la charité sacerdotale s’en trouva souvent blessée, la résistance des curés du district de Montréal était après tout une défense ardenteetrationnelle du principe de l’intégrité épiscopale, et que cette résistance n'aurait Jamais été soulevée si ce principe avait été respecté, et si M. Lartigue avait été dès le commencement canoniquement élu évêque titulaire de Montréal.

À la vue de cette tempête, dont ilse plaignait si amèrement, l’évêque de Telmesse demanda à deux reprises à Rome d’accepter sa démission ; il s’écriait douloureusement comme le prophète Jonas, dont il e“pruntait les paroles avec saint Grégoire de Nazianze : « Si c’est à cause de moi que cette tempête s’est soulevée, jetez-moi à la mer. » Mais Rome n’agréa pas les vœux de M. Lartigue : elle avait trop de sagesse pour ne pas voir que ce n’était pas tant à la personne de ce prélat qu'on en voulait qu’à l’évêque auxiliaire suffragant de Québec, dont la charge ne pouvait que difficilement se consolider d’une manière canonique, et qu’en changeant la personne, la situation n’en demeurait pas moins toujours la même. Elle attendit prudemment que le clergé et l’évêque du district de Montréal reconnussent eux-mêmes la cause véritable de leurs dissensions, et en demandassent le remède.

Le clergé des deux districts de Québec et de Montréal s’unit effectivement dans l'intention de mettre

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un terme à cette discorde déplorable : pour éloigner tous les obstacles, on s’adressa d’abord au gouvernement britannique en le priant de reconnaître civilement la personne de l’évêque et l'évêché de Montréal. Le cabinet, qui pressentait les désordres politiques dont le Canada ne tarda pas d’être encore une fois le théàtre, et qui, dans de pareïlles circonstances , ne voyait d'autre moyen de maintenir la paix et la fidélité dans les campagnes que par l'attitude du clergé, sentit parfaitement qu’il ne pouvait empêcher la reconnaissance civile du nouvel évêque. Mais, pour sauver l’honneur de la primauté de l’église établie, il s’empressa d’ériger à Montréal un nouvel évêché anglican, sous la haute suprématie de l’archevèque de Cantorbéry , auquel il nomma Georges Mountain, fils du premier lordévêque de Québec.

Pendant que ces choses se passaient, la Providence, voulant ménager une nouvelle épreuve à l’évêque de Telmesse, lui enleva, par une mort inattendue, en 1835, Antoine Tabeau , que le Saint-Siége, à sa demande, venait de lui donner pour coadjuteur. Mais, en le privant de cette consolation, le Ciel lui en préparait une plus grande en lui ouvrant les voies à un accommodement avec tout le clergé, et en faisant cesser tous les troubles que son installation comme évêque auxiliaire avait causés. L'’évêque et le clergé de Québec avaient adressé au Saint-Siége la demande formelle de l'érection de l'évêché de Montréal. La Propa-

gande temporisa quelque temps ; mais enfin, sur les

pressantes supplications qui lui furent adressées pour cet objet, elle fit droit à leur demande. Par une bulle du 13 mai 1836, le pape Grégoire XVI constitua canoniquement le siége de Montréal en faveur de M. Lartigue; et,comme on devait s’y attendre. ce moment fut celui d’une réconciliation avectous les membres du clergé qui avaient jusque-là refusé de se soumettre à l’autorité précaire du suffragant auxiliaire du district. Une fête solennelle fut préparée à Saint-Sulpice pour l'entrée de l'évêque de Montréal dans la paroissiale de Nctre-Dame; et M. l'abbé Quiblier , supérieur de cette communauté, qui, depuis plusieurs années, la dirigeait avec autant de dignité que de sagesse, vint complimenter le prélat sous le porche de l’église, et lui offrit , comme gage de réconciliation et d’obéissance, un présent magnifique au nom du séminaire.

L'année suivante, M. Ignace Bourget, secrétaire de l’évêque, ayant été présenté au Saint-Siége avec prière de l’agréer pour coadjuteur de Montréal, en remplacement de M. Tabeau, fut canoniquement institué sous le titre d’évêque de Telmesse (10 mars 1837).

Mais, pendant que l’Église Catholique poursuivait ainsi sa marche dans le Canada, cette colonie, après avoir progressé matériellement dans une proportion étonnante sous la domination britannique, et joui depuis vingt ans d’une paix profonde, se trouvait entrainée dans de nouveaux troubles politiques, causés moins peut-être par l’impopularité du gouvernement que par les déclamations de Papineau et de quelques autres pré-

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tendus libéraux, qui r’aspiraient qu’à la dictature. Le parti radical, composé, comme dans la plupart des États de l’Europe, d'avocats turbulents et ambitieux, avait obtenu des whigs, alors au pouvoir, des concessions dont l'étendue ne surpassait que trop leurs propres espérances. Papineau, ridicule imitateur d’O’Connell, dont il n'avait ni la foi ni le génie, était à la tête de ce parti avec Viger, son parent, et lerépublicain Debartzech,qui savait à la fois flatter les hommes du gouvernement et garder la position qu’il avait prise parmi les déclamateurs du jour. Enflés de leurs succès, ils ne mirent bientôt plus de bornes à leur ambition; excités, d’un côté, par l’encens qu’ils recevaient des journaux de Paris et des États-Unis; de l’autre, par les menées secrètes que les annexionnistes américains avaient pratiquées dans le Canada, ils commencèrent à se flatter non plus seulement d'obtenir de nouvelles réformes dans l’administration, mais encore de secouer le joug de la Grande- Bretagne et d’être les véritables chefs politiques de leurs pays. Washington au petit pied, Papineau se voyait déjà président de la république canadienne.

Sir James Kempt, gouverneur-général des possessions britanniques depuis l’année 1828, et lord Aylmer en 1830, avaient inutilement travaillé à assurer la paix de la colonie, en introduisant un plus grand nombre de Franco-Canadiens dans le conseil législatif ; lord Gosford, en 1835, avait fait d’inutiles efforts de son côté en se servant officiellement de la langue française et en admettant familièérement à sa table les avocats

démocrates. Ce n’était pas là ce que voulaient Papineau et ses satellites. Que leur importait le bien-être de leurs compatriotes et l'honneur qu’on rendait à leur langue? Aspiraient-ils à autre chose qu’au pouvoir et à la domination? Ce qu’ils voulaient, comme les radicaux de tous les pays et de toutes les époques, c'était la puissance, qu’ils prétendaient arracher des mains de la reine pour l’exercer à leur profit; c'était la dictature sur leurs frères, qu’ils berçaient, en attendant, de rèves creux et sonores portant pour nom liberté et indépendance.

Trop faibles cependant pour soutenir seuls leurs prétentions, ils en appelèrent aux sentiments patriotiques des Canadiens. Ils réveillèrent les anciennes antipathies par leurs journaux et leurs placards incendiaires, firent valoir artificieusement toutes les injustices dont l'Angleterre s'était rendue coupable depuis soixante ans, et Papineau finit par proclamer que la contrebande était un devoir pour anéantir les revenus et paralyser l’action de la métropole. C'était le moyen d’attirer dans son parti la populace et les paysans des fron.tières.

Ce n’était pas cependant que les Canadiens n’eussent point de raisons légitimes de se plaindre du gouvernement anglais. [l eût été impossible à Papineau et à ses satellites de réussir dans leur entreprise, s’ils n’avaient été secondés par les griefs de leurs compatriotes, accumulés depuis tant d'années à la charge del’ Angleterre; et toute notre histoire, depuis l’époque de la cession du

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Canada, n'offre qu’une suite d’injustices d’une part, et de souffrances de l’autre. Sans doute il y avait eu des réformes, et la Grande-Bretagne s'était relâchée peu-àpeu de sa dureté à l'égard des Catholiques. Mais combien d’autres réformes demandées, surtout depuis l’administration de sir John Craig, avaient été refusées ; combien d’iniquités avaient été commises par les agents de la couronne, et de malversations dans la perception des deniers de la colonie; combien d'intérêts méprisés pour la satisfaction de quelques viles créatures du gouvernement ! En 1829, la législature avait passé plusieurs bills pour l'éducation de la jeunesse ; à la grande joie de toute la population canadienne, des milliers d’élèves avaient reçu une instruction gratuite, lorsque tout-à-coup, en 1836, le conseil exécutif ayant refusé de renouveler l’acte qui avait autorisé l'établissement des écoles, seize cents maisons se fermèrent, et plus de quarante mille élèves se trouvèrent privés des bienfaits de l’éducation *.

C’est appuyé sur ces actes impolitiques que Papineau continuait d’agiter les populations. Lord Gosford, effrayé des proportions que prenait l'opposition déjà changée en révolte ouverte, en avait appelé, ainsi que ses prédécesseurs, aux sentiments de loyauté du clergé catholique. Les évêques de Québec et de Montréal vinrent à son secours; ils s’adressérent à leurs ouailles

! C'est cependant ce même gouvernement anglais, qui prêche tant aux autres gouvernements de donner de l'instruction aux peuples, qui faisait de si belles

choses! Lord Durham le lui reproche durement dans son Rapport, en faisant connaître que l’Église Catholique seule ouvrait des écoles gratuites dans le Canada.

avec cette liberté paternelle qui avait toujours si bien réussi à leurs prédécesseurs ; ils leur montrèrent le mal qu’il y avait à paralyser l’action légitime du gouvernement, et mirent la contrebande au ban de l'Église. Mais Papineau et les siens ne connaissaient pas plus son autorité que celle de la reine; leur ambition et leur intérêt étaient leur unique religion, et pour la première fois les Canadiens, égarés, demeurèrent sourds à la voix de leurs asteurs.

Lord Gosford se vit amené à de nouvelles concessions politiques : elles ne suffirent point. Les rebelles devenaient chaque jour plus nombreux et plus menacants ; bientôt ils prirent les armes, et contraignirent ies magistrats et les officiers qui tenaient leurs brevets du gouvernement britannique à déclarer sur l'honneur qu’ils ne prendraient plus désormais de service pour la métropole. Le Canada ne tarda pas à être tout en feu. Dans l’été de l’année 1837, des émeutes se succédérent dans les villes les plus importantes. Québec, où se trouvait le gouverneur-général, quoique agité, se soutint grâce à Plattitude du clergé. Montréal fut livré tout entier aux mains de l’insurrection. Pour la première fois les Canadiens se laiïssèrent emporter à l’effervescence de leurs passions. Exaspérés par le tableau affreux qu’on leur traçait des injustices de leurs maîtres, les paysans se soulevèrent à leur tour dans les campagnes de ce district. La haine du nom Anglais, longtemps assoupie, s’éveilla tout-à-coup, et ils sentirent battre le sang français

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dans leurs cœurs, comme si un jour à peine les eût sé-

païés de l’époque de la conquête.

Pour la troisième fois l'Angleterre se crut sur le point de perdre sa colonie. Des engagements meurtriers avaient eu lieu entre les rebelles et 1 :roupes du gouvernement où celles-ci avaient été battues. Lord Gosford, épouvanté des suites de la révolution, s'était embarqué vers la fin de l’année, et était allé tracer au cabinet l'état déplorable de ses possessions septentrionales. Lord Durham le remplaça, et partit avec des troupes pour étouffer l'insurrection triomphante. Pendant une partie de l’année suivante, le district de Montréal fut le théâtre de tous les excès inséparables de la guerre civile. La Grande- Bretagne déploya toutes ses forces , et une armée formidable par le nombre et la discipline ravagea les belles campagnes du Canada. Les villages insurgés furent saccagés par le fer et pur le feu; rien de ce qui paraissait appartenir aux révoltés ne fut épargné. Des rencontres meurtrières eurent lieu, qui plus d’une fois menacèrent d’anéantir la puissance de la Grande - Bretagne. Au milieu de ces bouleversements malheureux, les évêques de Québec et de Montréal ne firent que trop, il faut le dire , le devoir imposé à des sujets fidèles et loyaux ; mais ils se souvinrent trop peu aussi, dans ces moments terribles, que, s'ils étaient les sujets de l’Angleterre, ils étaient avant tout les concitoyens et les frères, les pasteurs et les pères des infortunés qu'éga-

raient une poignée d’ambitieux ; et nous ne pouvons que déplorer, avec une partie du clergé canadien luimême, l'extrême rigueur dont l’évêque de Montréal usa dans ses mandements à l'égard des insurgés. Au lieu de les rappeler à la raison par la douceur, il excommunia tous ceux qui seraient pris les armes à la main. Il comprit bientôt, maïs trop tard, qu’il aurait dû s’en tenir au simple rôle de pasteur, sans distinction de partis. Dans l’exaspération que son mandement n'avait fait qu'accroître, ses jours furent menacés par une foule émeutée dans les rues de Montréal, où l’on ne distinguait ni protestants ni catholiques, mais où la passion aveugle seule commandait, et il fut obligé de céder momentanément à l'orage, en quittant sa ville épiscopale pour mettre sa vie à l’abri du danger.

La dernière et la plus sanglante action de cette triste campagne fut celle qu’on appela depuis la bataille de Saint-Denis, qui rut livrée près du village de ce nom, par les insurgés, contre les troupes de l’Angleterre. Ce fut aussi la plus funeste pour les Canadiens. Leurs plus braves paysans, hommes au cœur droit, aux intentions pures, mais égarés par Papineau, qui les commandait, donnèrent des exemples d’un courage héroïque, au nom d’une liberté illusoire. Mais cet homme, qui avait su les conduire à l'insurrection, leur manqua au plus chaud de l’action. Il eut peur, et disparut du champ de bataille quand ils pouvaient en être les maîtres.

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sang qu'ils avaient versé, les combattants se firent tuer en désordre, et leurs débris ne prirent la fuite que lorsque toute résistance fut devenue impossible. Les soldats anglais en firent une affreuse boucherie. Ils enirèrent ensuite dans le village de Saint-Denis, le dévastèrent par le fer et l'incendie, et ne se retirèrent que lorsqu'il n’y eut plus que des cendres et des cadavres.

Après ces scènes funèbres, ils continuèrent quelque temps encore à ravager les propriétés des vaineus, et cette explosion funeste finit bientôt par être entièrement étouffée par les baïonnettes britanniques. Un grand nombre de ceux qui avaient pris les armes à la voix de l’ambitieux Papineau avaient été condamnés à mort, d’autres à une prison rigoureuse ou à l'exil. Les malheureux Canadiens expièrent ainsi cruellement leur révolte. On re peut que plaindre leurs infortunes, et l'Angleterre seule peut revendiquer le droit de les condamner. Quant à ceux qui avaient fomenté l’insurrection par leurs discours incendiaires, ils trouvèrent moyen d'obtenir leur grâce, ou bien allèrent étaler à l'étranger leur désertion sous les couleurs d’un patriotisme malheureux. Papineau était de ce nombre. Il s'était sauvé un des premiers sur la frontière américaine. [l se rendit ensuite en France. Quelques années plus tard, il se crut trop heureux de demander sa grâce et de l'obtenir de la reine d'Angleterre, à laquelle il avait eu la prétention de succéder en qualité de chef

de la république canadienne.

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Lorsque la commotion qui avait ébranlé le Canada commença à se calmer, Lartigue revint parmi ses ouailles,qu'il n'avait jamais d’ailleurs quittées entièrement Mais cette commotion, à laquelle il dut être plus sensible qu’il ne le laissa paruiître, avait brisé les ressorts de sa débile existence. I] alla, dans son épuisement, demander de nouveau un asile et des soins aux religieuses de l’hôtel-Dieu, où il avait vécu jusqu’à l’achèvement de sa résidence épiscopale. Homme de lutte et d'action, prêtre actif et intrépide, mais auquel il manqua trop souvent la prudence et la douceur nécessaires dans son intérêt et celui de Église, il succomba en soldat, sur la brèche, et aîla rendre compte à Dieu de ses travaux, de ses combats, de ses fautes, et de ses vertus, le jour de Pâques 19 avril 1840. Sous l'écorce d'un caractère rude et emporté, il cachait toutefois un cœur bon et une charité sans bornes pour les pauvres, qui furent toujours ses frères et ses enfants. Comparativement éloquent et instruit pour son pays et les hommes de son pays, dans les diverses branches d’enseignement ecclésiastique, 1l montra plus d’une fois des vues larges et profondes, et jeta par ses difficiles labeurs les fondements d'un diocèse destiné, ce semble, à devenir le plus beau et le plus grand du Canada. On lui fit de pompeuses funérailles dans l’église de Notre- Dame des Sulpiciens; ensuite on le transporta dans sa cathédrale, où sa place était préparée dans un caveau en face du maitre-autel.

Quatre Jours après la mort de M. Lartigue, son coad-

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juteur, M. Ignace Bourget, fut solennellement installé sur le siége de Montréal, Ce prélat n'avait rien du côté

brillant qui avait distingué son prédécesseur ; mais il

parut apporter dans l'administration de son diocèse une modération et une prudence bien plus propres à lui concilier les esprits que la rude inflexibilité de M. Lartigue. Celui-ci avait, dans les derniers temps de

son épiscopat, demandé au Saint-Siége l'institution d’un chapitre, avec toutes les dignités et prérogatives attachées à ce corps, pour la cathédrale de Montréal, dont les chanoines pourraient plus tard former le conseil de l’évêque et composer les tribunaux ecclésiastiques nécessaires à un diocèse régulièrement établi. Une telle demande ne pouvait qu'être accueillie favorablement par le Pape, qui répondit avec une distinction marquée en envoyant à l’évêque Lartigue les bulles qui érigeaient canoniquement le chapitre de Montréal. Mais l’état alarmant de ce prélat, qui amena bientôt sa mort, l’empêcha de réaliser cette institution, qui fut une des premières œuvres de son successeur.

Québec, depuis plus d’un demi-siècle, avait vu s’étendre, par la triste ambition de sa fabrique paroissiale, la dernière des dignités de sa cathédrale, et, dans le système de timidité où vivait son clergé, n’avait pas

fait la moindre démarche pour réorganiser son chapitre, qui, avec le rétablissement des dignitaires et des

tribunaux canoniques, serait si utile dans ce diocèse pour fortifier l’épiscopat et protéger le clergé. Mont-

réal, que sa situation centrale et son nom même senblent destiner à de grandes choses, et qui apparaît dé- Jà, avec ses nombreuses et saintes congrégations, ses hôpitaux, et surtout l’opulente et vénérable communauté de Saint-Sulpice, comme la Rome de l'Amérique du Nord, a voulu la première établir dans son église le spectacle des anciennes splendeurs du Catholicisme. La prise de possession des nouveaux chanoines eut lieu le 21 janvier 341, avec une pompe inaccoutumée, en présence d’une multitude innombrable de fidèles ; et ce fut un prélat français que sa fidélité à de grandes et royales infortunes avait chassé de son siége, M. de Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul, conduit en Canada par son zèle apostolique, qui fut chargé par l’évêque de Montréal d'installer solennellement le nouveau chapitre.

C'était commencer dignement cette suite de grandes œuvres auxquelles M£' Bourget consacra les premières années (le son épiscopat. Le diocèse de Québec se laissait vivre et végétait comme une plante sans sève depuis la mort de M. Plessis. Celui de Montréal, sous l’influence de son évêqueet la protection de Marie, à laquelleïl est si spécialement consacré depuis la fondation de cette ville, marchait de cette marche qui caractérise les grandes choses; vivant de la vie que donne le Catholicisme bien compris, admettant toutes les bonnes œuvres sans craindre que l’une pût nuire à l’autre, recevant indistinctement dans son sein toutes les congrégations et les ordres religieux sans redouter leurs rivalités, qui ne

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sont qu’une conséquence des misères communes de l’humanité, parce qu'il comprenait que de ces rivalités ; même Dieu faisait souvent surgir une source de bien- AU: faits pour la société chrétienne. Québec, au contraire, répudiait avec une défiance timide tout établissement religieux qui aurait pu exciter l’ombrage du gouverne- he ment britannique, et se refusait à voir naître dans les villes et les forêts de son diocèse les grandes institu-

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e, en tions qui ont planté 1s. foi et la civilisation en Europe, ; et ce et qui portent encore aujourd’hui le Christianisme et ses des et bienfaits aux extrémités de l’univers. Montréal recee For- vait avec reconnaissance l’archiconfrérie du Sacréen Ca- Cœur de Marie ; et, bientôt après, M. Bourget avertis- ‘ l’évêé- sait son peuple, par une circulaire pleine d’onction, qu'il ju veau allait partir pour l’Europe afin d'y chercher parmi les ordres religieux qui avaient fait la gloire du vieux randes monde, des coopérateurs dans ses travaux et ceux de mières son clergé. {1 voulait aller prier au tombeau des Apoaissait tres et s'inspirer en marchant sur une terre arrosée du puis la sang de tant de martyrs, afin de reproduire les grandes luence choses de Rome dans la ville de Marie. eil est Pour préluder à son voyage et attirer de plus en plus e cette les bénédictions du Ciel sur ses pieux desseins, l'évêque lg gran- de Montréal encourageait toutes les missions de son dio- la licisme cèse et en établissait de nouvelles sur l’Ottawa, aux lacs a es sans Temiscaming et Abbitibbi, ainsi qu’au village d’Ayl- indis- mer, sur un autre lac du même nom; des chapelles et | s et les des églises s’élevaient parmi les restes des tribus algon-

qui ne quirss fixées autour de ces missions, où ces Sauvages

venaient prier avec l’ardeur touchante et la simplicité des premiers temps de la foi en Canada. Enfin, le 3 mai 1841, le prélat s'embarqua, pour traverser le fleuve, avec M. Power, curé de la Prairie et depuis évêque de Toronto, et M. Pare, son secrétaire, au milieu d’un concours considérable de personnes de toute condition, qui lui témoignèrent jusqu’au dernier instant leurs respects, et leurs souhaits pour l’heureux succès de son voyage et de son retour. Il alla prendre à New-York un des paquebots de l'Atlantique, et arriva le 4% juin au Havre-de-Grâce. À Paris, il se recommanda, en passant, lui et tout son diocèse, à la Mère des miséricordes, dans l’église de Notre-Dame-des-Victoires, et partit ensuite pour Rome, où il resta six semaines.

Son retour de la ville éternelle, où il avait reçu du Souverain-Pontife toutes les marques d’une affectueuse tendresse, coïncida à Montréal avec celui de M. de Forbin-Janson, qui était revenu dans cette ville pour consacrer la croix gigantesque qui devait s'élever sur le sommet de la montagne de Belæœil, près de la paroisse de Saint-Hilaire de Rouville. Toute la population catholique du diocèse avait concouru à ériger ce monument, comme un souvenir des merveilles que la parole apostolique de l'évêque de Nancy avait opérées dans une suite de missions données au peuple du Canada. Qu'on se figure une croix de cent pieds de hauteur, toute couverte de fer-blanc, s’élevant avec majesté sur un pic escarpé, dominant au loin les autres montagnes, les bois, les prairies, les rivières, le fleuve Saint-Lau-

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rent, des villes et des villages, tout un vaste pays aux traits gigantesques comme le fleuve qui le parcourt, et l’on pourra s@faire une idée de l'effet que dut produire le spectacle de cette grande croix élevée dans les airs à une pareïlle hauteur.

Cinq évêques s'étaient réunis au jour de la bénédiction de ce nouveau calvaire; autour d’eux se pressait une immense population, avide de contempler ce spectacle, unique peut-être dans les fastes de l’Église. Arrivée à mi-chemin de la montagne, au pied du pic où devait s'élever la croix, la foule s'arrêta, pour se reposer avec ceux qui portaient le monument, sur les bords du lac de Rouville ‘; et l’évêque de Nancy, se plaçant debout sur la poupe d’une barque, comme autrefois le Sauveur sur le bord du lac de Tibériade, s’adressa à la multitude,de cette vaix éloquente qui tant de fois l'avait émue, lui fappela !* ‘faits de la Religion, et, après avoir conjuré ses au ‘‘ .urs d'être toujours fidèles à la bannière de la Croix, donna le signal pour gravir la

1 Le comté de Rouville borde la partie septent:ionale du lac Champlain, Au milieu de l’ondulation des plaines s’élève la montagre de Belœil, dont la formation ressemble à une aceumulation de rochers couverts de petits bois, d’un aspect extrêmement pitloresque. Sa hauteur est de plus de quinze cents pieds audessus des collines environnantes. Ses flancs, coupés par des ravins profonds, s’élargissent à moitié chemin du sommet, et présentent à l’œil un lac charmant, environné de bocages délicieux, et d’où s’échappent auelques ruisseaux, qui vont, à travers les sinuosités de la ravine, se mêler aux eux du lac Champlain. La pa roisse de Saint-Hilaire est au pied de la montagne, et c’est sur le sommet le plus élevé du pic de Belœil que l’on a érigé la fameuse croix de la Mission, à laquelle une chapelle, solidement construite, sert de base. Cette croix a cent pieds de hauteur sans cette base. Couv certe en entier de fer-blance, qui jamais ne se rouille sous le climat see du Canada, soutenue par des chaînes immenses, qui la retiennent de tous côtés : on concoit qu'elle doit être visible, dans une pareille situation, à une grande distance. Aussi l’aperçoit-on ordinairement à plus de quinze lieues à la ronde; et, par le soleil de midi, son éclat est comme celui d'un météore dans l’azur de l'horizon.

montagne. On se forma alors en procession régulière, les femmes marchant autour de la bannière qui ouvrait la marche, puis les évêques, le clergé, et toute la foule, chantant des cantiques sacrés.

« C'était un spectacle étonnant, dit un témoin oculaire, que celui de cette suite de vingt mille pèlerins, gravissant ce nouveau Golgotha ‘, ondulant le long du sentier sinueux ; tantôt disparaissant en partie dans les profondeurs d’un ravin, tandis que les extrémités de la procession apparaïissaient au sommet des rochers ou des monticules plus élevés ; tantôt se perdant à un détour du chemin, pour reparaître loin de là au travers des grands arbres. On eût dit la vaillante armée de Godefroid de Bouillon gravissant les montagnes de la Judée, et l’on songeait à cette montagne sainte qui est le ciel, au sommet de laqv ile sont suspendues les couronnes promises à ceux qui, marchant dans le chemin de la Croix, ont le courage de les ravir : Violenti rapiunt illud. Car les chants sacrés, jetés aux échos de la montagne comme un céleste concert, ramenaiïent l'âme à de religieuses pensées et l’inondaient de je ne sais quelle pieuse et sublime harmonie. Tout-à-coup la cloche sonne et annonce une station : c’est la premiere du chemin de la croix. Toute cette multitude se prosterne religieusement, et Ms" de Nancy bénit la croix et récite les prières de la station; puis on se remet à gravir de nouveau le calvaire, et ainsi jusqu’au sommet de

Mélanges religieux de Montréal, du 15 octobre 4841. La bénédiction de la croix avait eu lieu le 6 du même mois.

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la montagne, où bientôtapparaissent à tous les regards le gigantesque monument, etla chapelle duSaint-Sépulcre, servant de piédestal à la croix qui domine non-seulementce picélevé, maistous les montsenvironnants. C’était la dernière station. Le plateau était littéralement couvert de fidèles et offrait le coup d’œil le plus magnifique et le plus saisissant. Je n’entreprendrai pas de décrire ce site grandiose, qu'ont admiré tant de fois nonseulement les habitants de cette province, mais tous les étrangers qui l'ont visité. Ce point de vue, d’où l’on découvre à l'œil nu un panorama immense, dans un horizon de plus de quinze lieues d’étendue, des campagnes, des rivières, des lacs, où le regard plonge avec étonnement, s’agrandissait de toute la grandeur de la religion avec cette grande croix, gigantesque drapeau du Canada catholique. Tout le monde parut un moment uni dans un même sentiment de bonheur et d’admiration. On remarqua un Sauvage, seul, debout sur l'angle d’un rocher, contemplant d’un œil morne ce spectacle si nouveau pour lui. Ilme sembla voir, comme dans une mystérieuse apparition, le représentant de ces tribus éteintes, envoyé par les anciens maîtres du sol canadien pour savoir quels étaient ces nouveaux bruits qui troublaïent leur solitude. Après les prières de la dernière station, Mer de Nancy vint se placer au pied du monument, et de là, dominant la multitude, il épancha wutes les émotions dont son âme était saisie, et gagna pour jamais tous les cœurs à l'amour de la croix et de Jésus-Christ, Spectacle touchant! Sainte et sublime

pensée! d’avoir réuni sur cette haute montagne toute la population d’une vaste contrée au pied d’une croix! de changer un rendez-vous de plaisirs souvent criminels en un saint pèlerinage !.. Il était trois heures, heure sainte et propice, qui rappelle à l’âme chrétienne celle qui sonna sa rédemption, lorsque l’évêque de Nancy donna le signal du départ en entonnant le Te Dem... On descendit lentement, et, après un dernier cri d’amour pour Jesus et la Croix, la foule s’écoula, pleine d’une religieuse émotion. »

L'évêque de Nancy, qui avait cru retrouver dans le Canada la France de sa jeunesse, laissa, en le quittant, des regrets dans bien des cœurs. Quelques hommes chagrins ne l'avaient vu qu'avec jalousie; les protestants fanatiques, avec haine et défiance ; mais partout son souvenir se grava d’une manière ineffaçable avec celui du bien qu’il avait fait. Dans une foule de campagnes, nous avons rencontré des monuments élégants portant la croix à leur sommet ; ils racontent les merveilles qu’opéra M. de Forbin-Janson dans les nombreuses missions qu’il prêcha dans les diocèses de Québec et de Montréal, et la grande croix de la montagne de Saint-Hilaire de Rouville est aujourd’hui le premier objet qu'on découvre en arrivant dans le Canada par la frontière américaine; elle brille au loin comme un signe d'espoir et de salut pour les Catholiques, et jette l’hérétique et l’infidèle dans un mélange d’étonnement et d’effroi.

L'évêque de Montréal, reçu à son retour de Rome,

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avec tous les témoignages de l’allégresse la plus vive de la part de son troupeau , lui avait annoncé que de nombreux coopérateurs viendraïent bientôt l'aider dans ses travaux et participer à ceux de son clergé. M. de Mazenod, évêque de Marseille, lui avait fait la promesse d'envoyer au Canada un certain nombre de pères Oblats de la congrégation de Marie Immaculée, instituée par ce prélat pour les missions de la France et de l'étranger. De leur côté les prêtres de la congrégation de Saint-Sulpice ‘+ m« "éal avaient opéré une immense amélioration dans l'instruction élémentaire en introduisant dans cette ville les frères de la Doctrine-Chrétienne, du bienheureux la Salle, auxquels ils avaient donné plusieurs établissements magnifiques, construits aux frais du séminaire, qui seul s'était chargé de leur entretien. Deux nouveaux colléges venaient encore d'ouvrir leurs portes à la jeunesse canadienne, à Sainte-Thérèse, et à l’Assomption, et celui de Saint-Hyacinthe d’Yamaska prenait chaque jour de nouveaux développements. Saint-Hyacinthe, petite ville qui commençait à s’agrandir sur les bords gracieux de la rivière d’Yamaska, édifiait en même temps un hôtel-Dieu desservi par plusieurs religieuses. D’un autre côté, l’évêque Bourget, n'ayant pu obtenir de France des Filles de Saint-Vincent-de-Paul, avait lui-même, d’après la règle de ce saint, institué des sœurs de la Charité, pour prendre soin de la maison de la Providence, que le zèle des habitants de Montréal avait érigée

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dans cette ville. La maison des Veuves et celle des Filles du Bon-Pasteur étaient encore autant de témoins de l’infatigable charité de l’évêque et de la pieuse générosité de ses concitoyens, qui n’ont jamais cessé de lui venir en aide dans ses œuvres de piété et de miséricorde.

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imais CHAPITRE XXXI.

été et

COMPRENANT LES COMMENCEMENTS DES PÈRES OBLATS EN CANADA , ET L'HISTOIRE DES MISSIONS DE LA RIVIÈRE-ROUGE.

Arrivée des Oblats. Leur installation à Longueil. Leurs missions. Stations de l'Otlawa et du lac Temiskaming. 1ls sont appelés par le vicaire-apostolique du territoire de la baie d'Hudson. Histoire première des Indiens de la Riviére-Rouge. Les Assiniboines, les Kinistinoks ou Cris. Premiers voyages des Français dans ces contrées. Les compagnies de la baie d'Hudson et du Nord-Ouest, Destruction des Chippewas et des Assiniboines par la petite-vérole. Misère de ces Indiens. Colonie de lord Selkirk. 11 demande des missionnaires à l’évêque de Québec. Fruits de leur apostolat. Les Oblats chez les Têtes-de-Boule, Missions du Saint- Maurice. Les pères Aubert et Taché envoyés à la Riviére-Rouge. Leur voyage sur les fleuves et les lacs du désert. Charmes de la solitude. Le lac Nipissing et le lac Supérieur. Description du territoire de la Rivitre-Rouge. Mission de Saint- Boniface. Mœurs et coutumes de ses habitants. Érection de l’évèché de Saint- Boniface. Suite des missions des Oblats. Description du Saguenay. Incendie des chantiers de Ha-ha. Évêché de Bytown.

Les pères Oblats de Marie Immaculée que l’évêque de Montréal avait annoncés à ses ouaiïlles arrivèrent au nombre de quatre, accompagnés de deux frères lais, le 2 décembre de la même année 1841. Ils furent reçus par le prélat avec toute la Joie d’un tenûre père, et quatre jours après ils furent installés au presbytère de Saint-Hilaire de Rouville, dont ils furent chargés de desservir la paroisse en attendant qu’ils pussent commencer leurs missions. Une maison avec une vaste propriété leur ayant été plus tard donnée à Longueil, sur le Saint-Laurent , leur permit de se constituer ré-

gulièrement et d'y former un noviciat de leur ordre. Dès ce moment, ils s’accrurent promptement; quatre ans après ils possédaient déjà trois établissements : le premier à Longueil, où réside le visiteur -général, qui est spécialement chargé des missions des townships ou terres à défricher ; le second dans la ville alors naissante de Bytown sur l’Ottawa, et le troisième sur la rivière du Saguenay, au diocèse de Québec". L'Ottawa,qui serait ailleurs un fleuve magnifique,est un des affluents du Saint-Laurent,dans lequel il se jette au nord-ouest des îles de Montréal et de Jésus. 1] prend sa source dans le lac Temiscaming à trois cent cinquante milles plus haut, dessinant dans son cours des détours sans nombre ,;embellis par tous les charmes dont la nature se revêt dans ces contrées septentrionales. C’est au confluent de la Gatineau, qui forme en se joignant à l’'Ottawa des scènes ravissantes, que le colonel By avait jeté, quelques années auparavant, sur la rive droite de cette rivière, les fondements de la ville qu’il appela de son nom Bytown ?. Cette ville, dont les accroissements furent extrèment rapides, appartenait alors au diocèse de Kingston dans le Haut-Canada. C’est là que les pères Oblats allèrent former leur second établissement. Cette communauté était destinée à évangéliser la po-

! C’est aussi vers la même époque que l'archevêque de Québec organisa la première mission qui fut envoyée dans l’Orégon, qui était alors regardé comme une dépendance de la compagnie de la baie d'Hudson. Les premiers missionnaires furent M. Blanchet, aujourd’hui archevêque d'Orégon-City, et M. Demers, depuis évèque de Vancouver. Mais ces contrées n’appartenant réellement pas au Canada, j'enometsici l’histoire, qui entrera plus tard dans celle des Etats-Unis.

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DU CANADA 247 pulation catholique disséminée dans les hautes terres, surtout celle des chantiers. On appelait ainsi les nombreux bûcherons dispersés pendant six mois de l’année dans l’intérieur des forêts, pour s’y livrer à l’exploitation des bois, et qui pendant tout ce temps demeuraient, sous le rapport religieux, dans le dénûment le plus complet. Les Oblats de cette mission étaient chargés en outre de porter le flambeau de la foi aux Algonquins et aux Abbitibbes, restes des anciennes nations sauvages si attachées autrefois à la France, et qui étaient alors répandus dans les régions canadiennes entre le 48°et le 50° degré de latitude ‘. Le père Laverlochère fut un des premiers à parcourir ces immenses solitudes ; du lac Temiskaming aux postes les plus reculés de la baie James, il exerça son zèle apostolique, que Dieu récompensa souvent par les fruits les plus heureux et les plus inattendus.

L'évêque Provencher, vicaire-apostolique du territoire de la baie d'Hudson, les appelait de son côté dans les régions soumises à sa juridiction. Elle comprenait alors cette immense surface de terres, de bois , et d'eaux, aussi vastes que l’Europe, qui s'étend d'un côté depuis les limites occidentales du Labrador jusqu’au-delà des montagnes Rocheuses, vers les rivages de la mer Pacifique , et de l’autre depuis le lac Supérieur et les frontières septentrionales des États-Unis jusqu’à l’océan Arctique. Ce vicariat avait dès l’origine

!‘ Annales de la Propagation de la Foi, année 1845, pages 239 et sui vantes,

reçu le nom de Rivière-Rouge, du district de ce nom, où le prélat avait établi sa résidence. Les terres qu'arrose la Rivière-Rouge dans toute la longueur de son cours étaient autrefois occupées par la race guerrière des Sioux. Les Nadowessies, Assiniboines ou Sioux des Rochers, autre famille de la même nation , occupaient celles qui bordent la rivière de leur nom, qui se jette dans la Rivière-Rouge, à dix-huit lieues de son embouchure dans le lac Winipeg ‘. Mais, la division s'étant mise dans la suite entre les deux tribus, les Assiniboines appelèrent à leur secours les Kinistinoks, à qui les Français donnaient le nom de Cris. Ceux-ci habitaient les bords du lac des Bois, qui, par une chaine d’autres lacs, écoule les eaux du lac Winipeg dans le lac Supérieur. Aïdés de ces puissan‘s alliés, les Assiniboines triomphérent de leurs rivaux. Les Sioux abandonnèrent aux Kinistinoks les plages fertiles de leurs anctres, et émigrèrent vers les régions du sudouest. Depuis lors des mariages cimentèrent l’union des deux nations victorieuses, qui demeurèrent toujours en paix dans la suite ?.

Cette paix continuait lorsqu'ils reçurent pour la

1! Winipeg, ou Eau Sale. Le cours du lac Winipeg est à peu prés ouest-nordouest et sud-sud-est; l’extrémité orientale de ce las est par 50° 37’ nord : il se rétrécit à environ un quart de sa longueur, formant un détroit à la latitude de 3t° 45’, En cet endroit, il n’a pas plus de deux milles de large, et l’on arrive à la côte méridionale par une suite d’iles et de baies ; aprés quoi ses eaux sc déchargent dans la Saskaichiwin, à la latitude de 58° 45’, et d’un autre côté, dans le lac Supérieur par le lac des Bois. — Montgommery-Martin, Hudson Bay in his British Colonies.

? Montgommery-Martin, in his British Colonies.etc. — Lettre du R, P. Aubert, O.M. I. dans les Annales ‘de la Propagalion de la Foi, année 1848, p. 136.

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P. Aubert, 48, p. 436.

première fois la visite des Européens. On ignore l’époque précise à laquelle les Franco-Canadiens commencèrent à pénétrer dans leurs déserts ; mais on voit paraître dans les relations le nom des Sioux et des Assiniboines ou Nadowessies, lors de la fameuse assemblée des Sauvages convoqués par le père Allouez, au Sault- Sainte-Marie, avant la fin du dix-septième siècle, Malgré les dangers de tout genre qu’on devait y affronter, les coureurs de bois, les trafiquants en peaux de castor, français ou anglais, commencent à s’y hasarder dans les premières années du dix-huitième. Plus tard des officiers français par ordre du comte de Maurepas prirent possession, au nom de leur gouvernement , de ces vastes contrées : ils y construisirent plusieurs forts, dont l’un entre autres, nommé le fort de la Reine, en l’honneur de l'épouse de Louis XV, situé à vingt lieues de l’Assiniboine et de la Rivière-Rouge, montrait encore ses ruines, il y a quelques années, au milieu de la sombre végétation des forêts. C’est à dater de cette période que les chasseurs de castors et les employés des maisons de commerce fondées à Montréal pour la traite des pelleteries, commencèrent à s’aventurer plus hardiment sur les eaux et daus les solitudes de ce territoire, en établissant des postes de distance en distance. Ce commerce toutefois ne prit de l’extension qu'après la conquête du Canada par les Anglais.

Plus d’un siècle et demi s'était écoulé depuis la découverte de la baie d'Hudson, ainsi nommée en 1610 de Henry Hudson , qui avait été chargé par une com-

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pagnie anglo-russe de chercher un passage au nordouest. Divers voyages y avaient eu lieu depuis,surtout sous le règne de CharlesIT, roi d'Angleterre. Ce prince, sur la suggestion du prince Rupert, avait en 1669 octroyé le monopole du commerce de la baie d'Hudson à une compagnie qui en prit son nom, et qui en garda le privilége jusqu’après la conquête du Canada. Ce ne fut qu’en 1773 que le gouvernement le partagea avec la compagnie du Nord-Ouest, à laquelle fut adjugée la moitié de ces immenses territoires !. L'extension que prit alors le commerce des fourrures y attira un grand nombre de Franco-Canadiens, qui, pour le profit de quelques riches marchands, se soumettaient, par l’amour d’une vie indépendante et vague dans les forêts, aux privations les plus dures, et exposaient même leur vie à des périls continuels.

Le nombre de ces étrangers croissant chaque jour dans ces forêts, finit par donner de l’ombrage aux anciennes tribus indiennes : un complot fut formé par les Assiniboines, réunis aux Kinistinoks et aux Chippewas ?. Ces derniers occupaient alors, comme au temps des Jésuites, les forêts baignées par les innombrables rivières et les bassins non moinsnombreux qui forment comme une chaine immense entre le lac Supérieur etle lacWinipeg. Ils résolurent d’exterminer tous les Européens. Mais un évènement que la Providence

"Elle s’appelle en anglais Thé North West Fur Company.

2 Les Chippewas sont ceux que les missionnaires actuels appellent Sauteux; les Jésuites leur donnaient celui d'Outchibouecs.

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DU CANADA 251 semblait ménager à dessein vint les tirer de ce danger pour donner occasion à l'Église Catholique de s'introduire à leur suite. Quelques mois avant l’époque où dévait s'effectuer le massacre général des Européens, un partid’Assiniboines s'était transporté sur les bords du Missouri pour livrer un combataux Mandans. Mais la petite-vérole s'était introduite dans cette dernière tribu et enavait frappé la plus grande partie. Quand l’ennemi arriva dans celui des campements qu’il cherchait à surprendre, il ne trouva plus dans les wigwams que quelques mourants, qui furent impitoyablement massacrés et auxquels on enleva la chevelure et les vêtements en lambeaux.

Fiers de leur triomphe, les Assiniboines s’en retournaïent à leurs cabanes en chantant leurs chants de victoire, lorsque les premiers symptômes de la petitevérole , qu’ils ne connaissaient pas encore et qu’ils avaient prise de leurs victimes , se déclarèrent parmi eux. La plupart succombèrent à ses atteintes avant mème d’être rentrés dans leurs vallées. Douze seulément purent revoir leurs familles; mais ils portaient avec eux les germes du fléau, qui se communiqua bientôt à toute la tribu et gagna de proche en proche tous les clans voisins. L’épidémie décima promptement ces Indiens, si nombreux jusque-là. Un seul fait don: nera la mesure de cette effrayante mortalité. Sur la pointe formée par le confluent des deux rivières, non loin de la bourgade actuelle de Saint-Boniface, s’élevaient cinq cents cabanes, habitée: par une population

florissante ; ilnes’enéchappa que dix. Ceci nous étonnera moins si l’on réfléchit que ces malheureux, en voyant sortir les boutons et en se sentant dévorés par l’ardeur de la fièvre, couraient aussitôt se jeter à l’eau, dans l'espoir d’éprouver quelque soulagement à leur souffrance. L'expérience ne les a guère corrigés depuis lors, car ils observent encore aujourd’hui le même usage dans des cas semblables !. Ce qu’il y eut d’affreux, c’est que ces infortunés, vivant sans souci du lendemain, se trouvèrent dépourvus de toutes provisions au moment de l’invasion de la maladie. Plusieurs moururent de misère, d’autres furent dévorés par les loups. On ajoute que les chiens de la tribu,ne voyant plus la main qui leur donnait la nourriture, pressés par la violence de la faim, se jetèrent sur les corps inanimés de leurs maîtres, qu'ils dévorèrent.

Ces scènes se passaient dans l'automne de l’année 1782. Plusieurs Franco-Canadiens qui avaient quitté le service de la compagnie d'Hudson et de celle du Nord-Ouest, s'étaient établis déja depuis quelque temps dans ces contrées et avaient épousé des femmes sauvages. Leur exemple fut suivi par quelques hardis chasseurs, qui formèrent en peu d’années un commencement de population semi-canadienne presque toute réunie sur les bords de la Rivière-Rouge, dans la partie inférieure de son cours. L'existence de ces colons différait peu de celle des Sauvages eux-

‘ Lettre du R. P. Aubert, O. M. L., citée plus haut.

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mêmes. Ainsi que les Indiens, ils vivaient de la pêche et de la chasse. Durant l'hiver, ils parcouraient les prairies, où le buffle leur fournissait une nourriture toujours assurée; au printemps, ils revenaient camper sur les rives du fleuve, dont les eaux étaient abondamment pourvues de poissons. Ils n’avaient d’autres habitations que des cabanes formées de troncs d'arbres, couvertes de peaux de biche ou d’orignal .

Cet état de choses dura jusqu’en 1812. A cette époque, lord Selkirk ayant formé le projet de fonder une colonie au centre des territoires du nord-ouest, choisit comme le lieu le plus propre à l'exécution de ses desseins la région arrosée par les eaux de la Rivière- Rouge. Dans ce but , il décida plusieurs familles de cultivateurs écossais à s’y établir. Quelques Canadiens attirés par des promesses avantageuses s’y rendirent de leur côté, et ceux des Européens qui se trouvaient déjà sur les lieux s’unirent au nouveaux venus. Il y eut alors un commencement de culture, mais sur une bien faible échelle, et l’on se mit également à construire quelques maisons en bois. Il est inutile de dire toutes les épreuves qu’eurent à subir ces colons, et les difficultés de tout genre qu’il leur fallut vaincre durant plusieurs années avant d'arriver à rendre ces déserts habitables. Mais il est temps de faire connaître par quel concours de circonstances l'Eglise Catholique vint s'établir parmi eux.

! Orignal est le nom que les Canadiens donnent à l’élan américain.

La population qui habitait ces contrées lointaines avait été longtemps privée du ministère apostolique. Un missionnaire Jésuite ayant essayé d’y pénétrer en 1765, fut rencontré sur le lac des Bois par un parti de Sioux, qui le massacra sur un rocher de ce lac, où l’on montre encore le lieu de son martyre. La conduite des colons se ressentit naturellement de l’absence de tout principe religieux, et les Sauvages furent témoins alors de vices qu’ils n’avaient point connus auparavant. La plupart des postes établis par les compagnies de la traite étaient des écoles publiques de libertinage. La corruption descendit de haut en bas; et comme d'ordinaire, dans des circonstances analogues, elle produisit les plus funestes effets. Lord Selkirk comprit qu'il ne suffisait pas pour fonder une colonie d'employer des moyens matériels, mais qu’il fallait surtout le secours de la religion. L'expérience des premières années avait dû l'en convaincre.

C’est alors qu’il s’adressa à l’évêque de Québec, en lui demandant des prêtres pour cette population qui en avait été si longtemps privée. Nous avons vu précédemment comment Plessis avait reçu sa demande. L'abbé Provencher y avait été envoyé comme chef de la mission, avec le titre de yicaire-général de Québec. Il était accompagné de J’abbé Dumoulin, qui comme Jui était canadien d’origine française. Partis de Montréal le 49 mai 1818, ils n’arrivèrent que deux mois après à leur destination. Ils trouvèrent un peuple profondément démoralisé, qui n’avait plus qu’une ombre

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DU CANADA 255 de foi, mais qui heureusement n’était pas impie. La vue des prêtres canadiens rappela aux colons le souvenir du pays natal, les instructions qu’ils y avaient reçues et les lecons de leurs mères. Les deux missionnaires furent salués comme des envoyés de Dieu. Les femmes et les enfants, qui n’avaient jamais vu d’ecclésiastiques, mais qui en avaient souvent entendu parler, ne leur témoignèrent pas moins de vénérution; tous, par leur fidélité à se conformes aux avis qui leur étaient donnés, dédommagèrent promptement ces guides vertueux des sacrifices qu’ils s'étaient imposés pour les amener au sein de l’Église et leur procurer les consolations de la foi. La présence des missionnaires produisit même une influence salutaire sur les protestants,et depuis lors cesenfants du désert profitèrent si bien des instructions et des exemples de leurs pasteurs, qu’ils formaient au bout de quelques années une population aussi morale et aussi religieuse que celles des vieilles campagnes du Canada.

Après avoir passé six années parmi ces colons, M. Provencher fut appelé à Québec pour y recevoir la consécration épiscopale. Il avait été créé évêque deJuliopolis,et le territoire soumis à sa juridiction avait étéérigé en vicariat-apostolique (1822). Il retourna ensuite parmi ses ouailles,emmenant avec lui quelques prêtres comme auxiliaires de son apostolat. Mais ils étaient loin d’être suffisants pour une population déjà considérable, et répandue sur une vaste étendue de territoire où les fleuves et les lacs sont les seuls chemins ouverts

aux voyageurs. Malgré leur zèle et leur charité, ils n'avaient pu qu’en passant jeter la bonne semence parmi les tribus indiennes, dont la plupart ont conservé leur indépendance, mais qui toutes paraissaient disposées à accueillir avec empressement les ministres de l'Evangile. |

Ce n’est que lorsque l’évêque de Montréal eut appelé dans son diocèse les anciens civilisateurs du Canada, ainsi que les Oblats de Marie-Immaculée, que les missions, si longtemps délaissées, et celles des territoires du Nord-Ouest commencèrent à concevoir quelques espérances. Après l'établissement de ces derniers à Longueil, l’évêque Provencher s’empressa de leur ouvrir son vicariat, en les conjurant de venir l’aider dans la multiplicité de ses travaux. Le père Paymant et ensuite les pères Marault et Bourrassa furent chargés les premiers de visiter les peuplades de la langue abénakise appelées Têtes-de-Boule, des bourgades de Warmantashing. Ils remontérent le cours sinueux du Saint- Maurice ou fleuve des Trois-Rivières, qui s'écoule majestueusement, bordé de chaque côté de collines et de montagnes pittoresques, couvertes de hautes forêts. Ils virent en passant les chutes étonnantes du Shawanegan, dont les eaux s’élancent en mugissant avec la voix du tonnerre d’une hauteur de cent-cinquante pieds dans un abîme ereusé parmi les rochers du Saint- Maurice ‘. Après avoir contemplé quelques instants ce

1 Cette chute magnifique, une des plus belles du Canada, est à douze lieues environ plus haut que la ville des Trois-Rivières, Le Saint-Maurice est navigable pour

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spectacle grandiose, ils continuèrent leur chemin jusqu’au rapide de la Tuque; ils y trouvérent une députation de Têtes-de-Boule qui venaient à la recherche du P. Paymant, dont ils déploraient l'absence depuis une année. Ils continuèrent à remonter ensemble les eaux du Saint-Maurice jusqu’au poste de Warmantashing, où ils furent reçus avec des démonstrations extraordinaires de joie par tous les Indiens de la tribu.

Sur les ordres de M. Mac Leod, commandant du poste au nom de la Compagnie, le pavillon royal fut hissé sur le fort, qui salua l’arrivée des missionnaires au bruit de son artillerie. Ce gentilhomme leur fit luimême l'accueil le plus flatteur, et le lendemain ils se remirent en canot pour se rendre au poste de Kikendate, où il y avait une chapelle catholique, qui n’attendait qu’un missionnaire. Ils y a: :vèrent quelques jours après. Les fruits qu’ils y re ueïillirent parmi les Sauvages compensèrent bien vite les fatigues de leur voyage. Un grand nombre d’Indiens se préparèrèrent au baptême et à la communion, et dès ce moment ils donnèrent constamment l'exemple de la plus touchante ferveur unie à la conduite la plus pure ‘.

À la suite des missions du Saint-Maurice, d'autres s’établissaient à l’est et à l'ouest des grands lacs. Le père Aubert, français, et le père Taché, canadien d’ori-

de grands bâtiments jusqu’au rapide de la Tuque, à trente-huit lieues de cette ville, et il prend sa source à cinquante lieues au-dessus, dans le lac Oskelamayo. — Montgommery Martin, in his British Colonies.

* Lettre du R. P. Bourrassa, O. M. L., dans les Annales de la Propagation de la Foi, numéro 400, mai 4845.

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gine française , étaient envoyés à la Rivière-Rouge. Embarqués dans un canot d’écorce de bouleau, au villagede La Chine, sur l’île de Montréal, si célèbre par les cruautés qu'y exercèrent jadis les Iroquois, ils entrèrent bientôt dans les eaux de l’Ottawa, dont on remonte ordinairement le cours pour se rendre à la Rivière-Rouge. Quatre Canadiens et deux Iroquois composaient tout leur équipage. Ils emportaient des provisions pour deux mois, quelques pièces de toile, et des couvertures de laine qui devaient leur servir de lit; les rameurs y avaient ajouté des fusils, des munitions de chasse, et des lignes pour la pêche.

Ceux qui ignorent la vie des missionnaires dans les déserts de l'Amérique se font difficilement une idée de la manière avec laquelle on voyage dans ces contrées solitaires. Le voyage en canot est de tous les moyens de transport le plus commun et souvent le moins pénible. Une nacelle longue de vingt pieds, large de quatre, sur deux de profondeur, porte dix voyageurs avec leur bagage ; elle flotte sur les moindres ruisseaux et traverse les lacs les plus étendus. Six rameurs font sans peine vingt lieues par jour, etl’on ne s'aperçoit du mouvement qu'ils lui imprimentqu’en voyantles objets quisemblent fuir sur la rive, Puis, quand la navigation se trouve arrêtée parun rapide, deux hommes chargent aisément l’esquif sur leurs épaules, et traversent le portage 2.

* C'est le même que le Saint-Siége a consacré, l’année derniére, évêque coadjuteur de l’évêque de Saint-Boniface de la Riviére-Rouge, ;

2 J'ai déja dit ailleurs que le rapide est la partie d’yne riviére qui n’est point na-

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Dans les lenteurs d’un long voyage sur les rivières et les lacs d'Amérique, la vie n’est pas pour cela trop monotone; avec un peu d'habitude on y peut lire et même écrire à son aise. Les paysages les plus variés se déroulent successivement sous les yeux du missionnaire comme dans un immense panorama, et les rameurs par leur chant, comme les gondoliers vénitiens sur les lagunes, animent la solitude. Le missionnaire lui-même joint sa voix à la leur, en répétant les cantiques de sa jeunesse, et ce délassement devient ainsi une source de pieuses méditations qui se communiquent aux matelots.

Les exercices religieux de l'équipage ne se bornaient pas là seulement; outre la prière commune sous la tente improvisée chaque soir, ils récitaient ensembleavec les missionnaires le chapelet, sur la barque, et l’un des deux prêtres le terminait par une pieuse lecture. Le dimanche se passait dans la solitude des forêts; mais il n’en était pas moins pour eux le jour du Seigneur. Une tente mieux parée que de coutume deveait lettemple du Dieu des armées ; on y dressait l'autel sur des troncs d'arbres couchés près du rivage; des fleurs et des plantes sauvages l’ornaient de leurs couleurs, et répandaient tout autour encens de leurs parfums. Là descendait la victime qui partout s’immole pour le salut du monde; là s’accomplissait d’une ma-

vigable à cause des bas-fonds occasionnés par la pente dée:son lit,.et le: portage la distance durant laquelle on est obligé de porter le canot entre un point navigable et un autre.

nière touchante la parole du Prophète : « Que du couchant à l'aurore on offre à Dieu une oblation pure et sans tache. »

La solitude a par elle-même quelque chose de grand et d’exceptionnel, qui jette, malgré la variété des lieux et des climats, une même empreinte sur tous les pays que l’on parcourt ainsi. Le bruit des rames, le grondement lointain des torrents, le frôlement des serpents qui se dérobent dans la fourrée, le sifflement des écureuils, les gazouillements des oiseaux frappent seuls l'oreille. Des arbres, des rochers, des eaux, des montagnes, un ciel d’azur, c’est là tout ce que l'œil aperçoit. À peine trouve-t-on çà et là quelques traces humaines.

Quelques postes appartenant à la compagnie de la baie d'Hudson, un petit nombre de huttes indiennes, échelonnées à de grandes distances sur les bords des lacs ou des rivières, furent les seules traces du séjour de l’homme que nos deux missionnaires eurent occasion de remarquer sur leur passage. Après avoir quitté le village de La Chine, üis avaient traversé le lac Saint-Louis et celui des Deux-Montagnes, où les Sulpiciens de Montréal ont encore une mission pour les Iroquois et les Algonquins. Ils remontèrent ensuite l’Ottawa, saluèrent en passant la maison que leur ordre y possédait, ainsi que les nombreux chantiers visités par leurs frères. Les rapides qu’on rencontre au-delà de l’Ottawa rendaient souvent nécessaire de transporter le canot d’une rivière à l’autre; mais ces portages sont de peu d'éten-

DU CANADA 261 due; on en compte jusqu’à la Rivière-Rouge quatrevingts, qui comprennent à peine la distance de dix lieues dans leur ensemble,

De l’Ottawa on entre dans la rivière Mattawan, un de ses affluents; puis dans la rivière des Vases, où l’on arrive en traversant la chaîne qui sépare le bassin du Saint-Laurent de celui de la baie d'Hudson. Cette rivière est d’abord si étroite, qu'on a de la peine à y naviguer. Elle va en s’élargissant peu à peu jusqu’au lac Nipissing ‘, où elle verse ses eaux. Ce lac, qu'ils traversèrent en partie dans sa largeur, est fort dangereux; le manque général de profondeur soulève des vagues au moindre vent, et y cause de fréquentes tempêtes. Des croix plantées sur des tombeaux , dans une presqu’île où l’on touche en passant, avertissent du péril l’imprudent voyageur. Mais ce n’est pas là seulement qu’on rencontre ces monuments funèbres ; ils se montrent encore auprès de quelques rapides, où ils protègent tristement les débris de plus d’un naufrage ?.

Le lac Nipissing s’épanche par la rivière des Français dans le lac Huron, où ils entrèrent ensuite. C’est un des plus remarquables de l’Amérique, par sa grandeur, la limpidité de seseaux, etla multitude de ses îles. La stérilité de ses rives fait naître un sentiment profond de tristesse dans l’âme du voyageur. Les arbres

‘ Le lac Nipissing est situé entre le 79°50’ et le 50°25’ de longitude de Greenwich, et commence au 4640’ jusqu’au 47° 20’ de latitude.

2? Lettre du R. P. Aubert, O. M. L., dans les Annales de la Propagation de la Foi, numéro 108, septembre 1846.

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n’y eroissent qu'avec peine et, n’ont pour nourrir leurs yacines qu’une terre maigre et sans sève ; c'est une végétation pauvre, sur des côtes pierreuses, où l’on ne découvre nulle part, si ce n’est à l'embouchure des rivières, les vallées ou les prairies dont l'herbe épaisse annonce un sol fertile en réjouissant le regard. Par compensation cependant, la Providence a doté ses eaux de poissons aux espèces variées, qui offrent une pêche abondante; et la grandeur sauvage des rochers entre lesquels le canot glissait rapidement impressionnait vivement l'esprit des deux missionpaires. Ils admirèrent, en passant, les îles Manitoulines, d’où ils débouchèrent dans le canal du Sault- Sainte-Marie, qui les conduisit dans les eaux du lac Snpérieur, le plus grand des lacs du monde !.

Rien ne saurait donner une idée du spectacle qui se présente au voyageur en passant du Sault-Sainte-Marie dans le lac Supérieur. Abrité sous les dentelures cyelopéennes des rochers qui forment, du côté du nord, comme une suite de fortifications naturelles autour des eaux de cet Océan intérieur, on est. saisi de je ne sais quel sentiment, d’admiration pour la grandeur des œuvres de Dieu, et l'on s’humilie profondément dans sa propre petitesse en contemplant cette nappe immense dont les flots seraient capables d’inonder tout un continent. Quand le temps est favorable, on fait en huit

1 Le lac Supérieur, élevé de six cent vingt-sept pieds au-dessus du niveau de la mer, a.cioq.cent-quarante-un milles de longueur suv une: largeur moyenne de cent quarante.

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DU CANAPA 263

jours le trajet de ces eaux limpides, en suivant sur une iougueur de cent cinquante lieues les contours granitiques du lac. Les deux Oblats entrèrent ensuite dans lg Taministiquia, regardée par plusieurs géographes comme la plus haute source du Saint-Laurent. On arrive ainsi sur un plateau de médiocre étendue, qui sépare le Canada du territoire de la baie d'Hadson. A parr tir de ce point, les eaux roulent vers l’ouest, à travers le lac des Bois et la rivière de la Savanne jusqu'au lag Winipeg, qui a près de cent lieues de longueur ‘.

Il n’y a peut-être pas, dit un voyageur”, de plus magnifique pays au monde pour la résidence des nations sauvages, que les territoires qui s’étendent entre la Rivière-Rouge et le lac Supérieur : le poisson, le gibier de toute dimension, les oiseaux, peuplent les plaines et les forêts ; la terre, d’une exubérante fertilité, malgré la rigueur de l’hiver, produit spontanément et dans la plus grande abondance le riz sauvage, les fraises, les prunes, les cerises, les noisettes, les poires, les groseilles, etc., et aucune autre région ne pouvait offrir d'aussi grands avantages à l’établissement d’une colo+ nie. C'était celle que lord Selkirk avait choisi pour.la sienne, et; où l’évêque Provencher avait fixé sa résk dence.

Lorsqu’après avoir passé de la Savanne dans le lac Winipeg, on a traversé le lac pour prendre l’embou:

! Le lac Winipeg est nommé lac Bourbon dans les anciennes relations françaises. | 5

? Mackensie.

chure de la Rivière-Rouge, qui s’y décharge en venant du sud, on entre dans une contrée dont l’aspect sourit agréablement au voyageur qui vient de l’est. Au lieu d’épaisses forêts, de rochers, de lacs nombreux et de rivières, dont la navigation est souvent interrompue par des chutes considérables, on découvre une plaine immense qui se déroule vers l’ouest jusqu'aux Montagnes-Rocheuses, et vers le sud-ouest, jusqu'aux rives du Missouri. Coupée seulement par quelques cours d’eau d’une pente presque insensible, elle forme une vaste et fertile prairie; c’est un océan de verdure, dont la vue n’est bornée que par de rares bouquets qui apparaissent isolément sur la surface des prairies. La Rivière-Rouge, qui donne son nom à cette contrée ‘, roule ses ondes à pleins bords, du sud au nord, sur un lit bourbeux qui les rend peu limpides. Après un cours d’environ deux cents lieues, elle reçoit les eaux plus rapides et plus profondes de l’Assiniboine, à quelques lieues avant son embouchure.

Avant d'arriver au confluent de ces deux rivières, on | commence à voir les premières maisons de la colonie, | qui vont en s’échelonnant sur leurs rives, dans une | étendue de vingt lieues. Construites en bois, leur aspect

f Les Sauvsges lui donnent le nom de Miskouagami Ansiping, ou Eau Ensanglantée, à cause d’un combat qui fut livré sur les bords du lac Rouge, entre les L Chippewas et les Assiniboines d’un côté, et les Sioux de l’autre; le sang en ayant rougi les flots, ils désignérent sous le nom d’Eau-Ensanglantée le lac et la rivière qui y prend une de ses sources, et les Français le traduisirent par ceux de Lac- Rouge et Rivière-Rougc. Elle prend sa source au lac Travers, vers le 45° 40’ de latitude et le 98° de longitude. Sa largeur est de cent cinquante à deux cents mètres, et sa profondeur de quatre dans la plus grande partie de son cours; elie donne cinq mille pieds cubes d’eau par seconde après sa jonction avec l'Assiniboine,

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n’est pas brillant, mais il réjouit, comme un souvenir de la patrie, l’œil du voyageur ou du missionnaire qui vient des déserts lointains. C’est au confluent des deux rivières, que s'élève, sur la rive droite, l’église catholique, placée sous l’invocation de saint Boniface, bâtie en pierre, en forme de croix latine. C’est la cathédrale du vicariat, ayant à côté d’elle la maison qui sert de résidence au prélat, environnée d’un vaste terrain, dont le fondateur de la colonie avait doté la mission. Là se terminait la longue et périlleuse navigation des pères Aubert et Taché. L'accueil bienveillant que leur fit l’évêque Provencher, ainsi que ses commensaux, leur fit promptement oublier les fatigues du voyage. La beauté du pays, l’heureux naturel des Indiens, tout contribua à la douceur des premières impressions qu’ils éprouvèrent en arrivant dans ieur nouvelle patrie.

D'un autre côté, la vénération que leur montraient les Franco-Canadiens, la docilité avec laquelle ils entendaient les instructions des missionnaires, étaient pour eux une source toujours nouvelle de consolation. L'autorité du prêtre y était d'autant plus féconde en vertus, qu’elle est plus grande 2t plus chérie ; les vieillards, comme les enfants, écoutaient ses observations avec une égale soumission. Aucun dévouement ne coûtait à leur ferveur. On a vu pendant des hivers rigoureux de jeunes femmes faire trois lieues à pied pour aller entendre la messe dans une église ouverte à tous les vents, et où le thermomètre descendait à 28° Réaumur. Telle était la vivacité de leur foi, que,

266 HISTOIRE lorsqu'un malheur les frappait, pour peu qu'ils sentissent les reproches de leur conscience, ils le regardaient comme une punition du Ciel, et bénissaient la main qui les châtiait. Une qualité qui les distinguait surtout de tant d’autres populations, c'était l’horreur qu'ils avaient pour le blasphême, et l'exactitude avec laquelle ils observaient le repos du dimanche. Deux ans avant l’arrivée des Oblats, des hospitalières connues sous le nom de Sœurs-Grises avaient également été appelées de Montréal à Saint-Boniface, où elles s'étaient consacrées à l'éducation des jeunes filles; leurs soins avaient non seulement contribué à leur instruction religieuse, mais encore à faire d’elles des épouses capables et de bonnes mères de famille. L’une de ces religieuses, qui avait des connaissances en médecine était souvent appelée auprès des malades, qui, avant son arrivée, ne pouvaient recourir qu’à un seul médecin, trop éloigné du plus grand nombre pour donner à temps ses secours.

On peut diviser en deux classes les habitants du territoire de la Rivière-Kouge : ceux qui cultivent la terre et ceux qui vivent de la chasse. Les premiers sèment du froment, de l'orge, plantent des pommes de terre, et élèvent des bestiaux qui du reste ne leur coûtent que peu de peine ; ils paissent dans des prairies sans bornes et qui sont du domaine de tous, Ces familles agricoles seraient riches si elles pouvaient exporter leurs produits; mais la difficulté d'arriver jusqu’à la mer, ainsi que l’éloi-

‘ Lettre du R. P. Aubert, dans les Annales de la Propagation de la Foi, janvier 1848,

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grement où elles sont des États-Unis, les isole et ne leur permet point de tirer grand avantage de leurs travaux. À la charrue d’autres préférent le fusil ; ceuxci vivent de la chasse : le buffle est principalement l’objet de leurs exploits, et c’est surtout au printemps et dans l’automne qu'ils le poursuivent avec une adresse et une bravoure inconcevables. La facilité avee laquelle ils se procurent ainsi des aliments en abondance leur fait négliger l'exploitation du sol ; on peut prévoir cependant,et le temps n’en est pas éloigné,qu'ils seront forcés de se soumettre au travail de la terre, qui païaît répugner à leurs goûts aventureux. Depuis quelques années, un petit nombre de familles fabriquent pour leur usage des étoffes de laine. Mais on trouve dans jes magasins des diverses stations de la compagnie de la baie d'Hudson tout ce qui est nécessaire dans ces régions aux divers besoins de la vie !. Les Indiens commis à la charge pastorale de l’évéque Provencher commencent à se montrer à mesure qu’on avance vers le lac Supérieur ; mais rarement on en trouve des clans bien nombreux. Ils ne viennent par bandes qu'aux divers postes de la compagnie, où ils échangent le produit de leur chasse contre les objets qui servent à leur usage. Le missionnaire trouve parmieux de grandes consolations dans la pratique de son

1 Sous le rapport du climat, il y a peu de différence entre le Riviére-Rouge et le Bas-Canada ; il est très-sain, mais aussi trés-rigoureux en hiver, La température y varie de 60 degrés Réaumur : dans les grandes chaleurs le thermomètre monte jusqu’à 30°, et dans les plus grands froids il descend jusqu’à 40° au dessous de zéro.

ministère; et, s’il y avait un nombre suffisant d'ouvriers évangéliques, ils dissiperaient promptement les ténèbres de j'infidélité. Ceux qui partagent les travaux du vicaire-apostolique ne peuvent se montrer à un poste sans se voir aussitôt forcés de le quitter pour un autre où leur présence est réclamée. Il n’est pas un prêtre qui ne fasse au moins cinq cents lieues chaque année. On est souvent obligé de retourner au point du départ; et, comme on ne peut parcourir ces contrées que durant la belle saison, la plus grande partie du temps destinée à visiter les Sauvages se passe en voyages !.

Pour terminer le récit des missions de la Rivière- Rouge, nous ajouterons qu’en 1848 le Pape érigea en diocèse ce vicariat-apostolique, et M. Provencher prit dès lors letitre d’évêque de Saint-Boniface. Trois ans après, le père Taché recut la consécration épiscopale, avec le titre de coadjuter de la Rivière-Rouge (1851).

Le Saguenay, sur les bords duquel s'établit la troisième mission des Oblats de Marie Immaculée, est une des plus grandes et des plus belles rivières du Canada. C'est une de celles qui méritent le plus aussi en Amérique d'attirer l'attention des voyageurs et des naturalistes : elle sort toute formée du lac Saint-Jean, et roule ses eaux profondes dans un cours de trente-six lieues,

t Lettre du révérend pére Aubert, etc.

3 Lo let Saint-Jean est situé entre les 48° 97 ot 18° 54 * de latitude nord, et entre les 74° 35” et 72° 10 ” de longitude ouest ; il a environ cent milles de circonférence, et il est à geu près rond.

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après quoi elle s’unit au Saint-Laurent à Tadoussac !, premier sanctuaire de la foi catholique en Canada. En quittant le fleuve pour entrer dans le Saguenay , cette rivière présente durant plus de vingt lieues le spectacle le plus grandiose qu’il soit possible de contempler dans le monde. Son lit, d’une profondeur qu’il à été Jusqu'ici impossible de mesurer ?, est encaissé entre deux murailles de rochers qui varient en hauteur de cent à deux mille pieds, couronnés à leur sommet de hautes et sombres forêts. A l'aspect de ce canal gigantesque, il semble que la nature dans une de ses convulsions ait endu la montagne en zig-zag pour laisser passer leseaux du lac Saint-Jean entre deux rempartsde granit, dont les anfractuosités hardies, parsemées de verdure et de plantes parasites, se déroulent à mesure que l’on avance, avec une variété et une magnificence sauvages rarement surpassées dans le Nouveau-Monde. Trente autres rivières se précipitent dans le Saguenay, et du haut de ses fortifications granitiques des torrents écumeux s’élancent avec impétuosité, formant de distance en distance les chutes pittoresques qui ajoutent encore à la grandeur du paysage. Large et profonde, cette riviere est navigable durant tout son cours pour ies plus gros navires, et de nombreux bateaux à vapeur la parcourent tout l'été. A vingt lieues

1 Le confluent du Saguenay et du Saint-Laurent a lieu à 400 milles plus bas que Québec, vers la mer.

? Le capitaine Martin y jeta à l'embouchure une sonde de 330 brasses et ne put trouver le fond.

de son embouchure, ces murailles cyclopéennes qui semblent ne devoir jamais finir s'ouvrent soudain à un détour du fleuve, et une rade magnifique et profonde se présente, capable de contenir les plus gros bâtiments". C’est la baie de Ha-ha, nom que la sur. prise où l’on est en y entrant lui fit donner par les premiers Canadiens qui y pénétrèrent. Sur ses bords s’éten-

dent de belles prairies, des bosquets enchanteurs, des bois superbes, où sont aujourd’hui établis d'immenses

chantiers de construction. Plus loin se trouve une autre vaie tout aussi belle, ainsi que les lacs de Kiguagomi et de Chicoutimi, qui ne tarderont pas d’être en communication «vec le Saguenay, et enfin le lac Saint-Jean, d’où sort cotte nobleet majestueuse rivière ?.

est sur le bord du lac Saint-Jean que fut établie la trois: 11 mission des pères Oblats, au lieu appelé les Postes du Roi; cet établissement fut chargé en même temps d'entretenir un missionnaire sur la baie de Haha, où une population considérable d'ouvriers était continuellement occupée dans les chantiers. De nombreuses tribus sauvages s’y mirent bientôt sous la di: rection des Oblats; qui opérèrent de grands fruits de foi parmi eux. D ‘ns les derniers mois de l’année 1844, un vieillard octogénaire se présentait au missionnaire de la baie de Ha-ha ; il lui avoua humblement que depuis longtemps il désirait rencontrer une des robes

1 La baie de Ha-ha a dix milles de large sur “€ profondeur qui vazi: de deux à deux milles et demi. |

? Montgommery Martin, The Canadas, in his British Colonies.

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noires dont il avait entendu parler dans sa jeunesse , afin d'apprendre la véritable prière du Grand-Esprit. Il en reçut les instructions suffisantes, fut baptisé ensuite ; et, le lendemain de son baptême,.son âme régénérée s'envolait vers le ciel ‘.

Deux ans après, la baie de Ha-ha fut témoin d’un désastre qui anéantit en peu d'heures les constructions et les chantiers qui s'élevaient sur ses rivages. Un incendie s'était allumé dans les antiques forêts qui s'étendent entre le lac Saint-Jean et la baie; un incendie de ceux qu’on ne peut voir que dans les dé: serts du Nouveau-Monde. Semblable à ces torrents de lave qui descendent quelquefois des hauteurs de l’Etna, il ceignait de ses bras de feu des territoires entiers qu’il enveloppait dans une même destruction; et, assuré de sa proie, il marchait avec cette lenteur majestueuse qui annonce la puissance. C’était à la fin d’avril; la foudre ou un accident quelconque l'avait allumé dans les montagnes qui s'élèvent près des sources du Saguenay, et, poussé par sa propre force et par le vent qu'il créait par sa violence, ils’avançait brûlant la forêt vers les chantiers établis sur la baie. — Il serait difficile de se former une idée de ces forêts américaines : aussi vieilles que le monde, ce n’est qu'avec peine qu'on peut s’y frayer une.voie la hache à la main. Sous le feuillage le plus vert s'élèvent à hauteur d'homme des arbres de toute espèce tombés de vétusté, qui pour-

* Annales dela Propagation dela: Foi, Lettre du-pére Fissette; pagé’256, année 1845.

rissent ou se dessèchent depuis des siècles, et où la moindre étincelle suffit souvent pour allumer le plus vaste incendie ".

Le père Guigues, visiteur-général des Oblats en Canada, se trouvait en visite sur le Saguenay lorsque le désastre se déciara. Par un miracle de la Providence, les flammes, après avoir dévoré les chantiers de Ha-ha et une partie des maisons de la baie, s’arrêta tout-àcoup, en se repliant sur lui-même, laissant intactes la chapelle et la maison du missionnaire. Dieu permit que personne ne pérît dans cette catastrophe, et la masse des pertes fut supportée par les marchands de bois de Québec.

Le père Guigues, profitant du bateau à vapeur, arriva quelques jours après, implorant des secours pour les habitants des chantiers, et surtout des vivres, les provisions ayant été presque toutes consumées par le feu. La munificence des autorités et des habitants de Québec, et la charité de l’archevêque, parvinrent en peu de temps à réparer les maux qu’avait causés ce désastre.

Le père Guigues retourna ensuite à Bytown, sur l'Ottawa, qui était considéré comme un des premiers postes des pères Oblats. L'année d’après, cette ville, à qui sa situation avantageuse, au confluent de l’Ottawa et du grand canal du Rideau qui la met en communi-

! J'étais à Québec lorsque cet incendie eut lieu. Quoique {loigné de plus de trente lieues du théâtre de ce désastre, je voyais de ma fenètre les flammes aussi distinetement que si c'eût été d'un village voisin.

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n, sur remiers ville, à

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cation avec le lac Ontario, donnait chaque jour de nouveaux développements, fut érigée en évêché titulaire, à la prière de l’évêque de Montréal, et le père Guigues en fut nommé le premier pasteur (1847).

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