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tous, sauvage même pour gagner les Sauvages. Une chose néann:: lui manque : le temps; car, aussitôt que la distribution des présents est finie, cette foule se disperse. On conçoit cependant les heureux résultats que le ministère sacré pourrait obtenir dans une réunion si nombreuse ".
Lorsque les Jésuites eurent pris possession de Sandwich, le père Choné fut le premier qu’on chargea de visiter l’île Manitouline. Il s’y trouva avec l'abbé Proulx, qui depuis plusieurs années n'avait cessé de travailler parmi les Indiens de cette ile, mais qui manquait de collaborateurs dans ses travaux évangéliques. Le Seigneur ne tarda pas à lui en envoyer dans la personne du père Hannipeaux, qui fixa son séjour au village de Sainte-Croix de Manitouline, lequel devint en peu de temps le centre des missions du lac Huron. En même temps l’évêque de Détroit, d’accord avec celui de Toronto, appelait les Jésuites au Sault-Sainte-Marie, et leur montrait du doigt les vastes régions qui s'étendent au-delà du lac Supérieur. « Mais déjà, dit un missionnaire ?, quand sur les bords du lac Saint-Clair, l’année dernière, nous dressions notre tente, déjà nous songions à la transporter sur le rivage de quelques-unes des baïes du plus grand lac du globe, en face de cette immensité de forêts, de prairies, et de lacs, qui s’étend jusqu'aux Montagnes-Rocheuses.
! Annales de la Propagation de la Foi, lettre du P. Chazelle, avril 1848. 2 Id, ibid.
» Cette pensée, ce désir, continue le même missionnaire, tiennent au fond même de notreentreprise, et sont impérieusement commandés par les circonstances ; car les nations indiennes les mieux conservées, les plus nombreuses, sont répandues dans ces immenses territoires de l’ouest qui touche au lac Supérieur. La plupart n’ont jamais eu de missionnaires catholiques, et depuis assez longtemps elles sont visitées par des prédicateurs méthodistes. Quand on s'arrête à cette pensée, il n’est pas besoin d’avoir beaucoup de zèle pour sentir ses entrailles émues. Je dirai encore une chose : ces Sauvages tels que nous les connaissons, depuis le lac Saint-Clair jusqu’au lac Supérieur, ont de quoi intéresser vivement quiconque a quelques sentiments apostoliques, non-seulement à cause de leurs grandes infortunes nationales, de leur misère privée, qui est quelquefois extrême, et de leur déplorable situation aux yeux de la foi, mais encore par les qualités estimables qui se révèlent à côté de leurs défauts et de leurs tristes penchants, par l’inclination qu’ils manifestent pour le Catholicisme, et par l’autorité puissante, paternelle, divine, qu'ils aiment à reconnaître dans la Robe Noire. »
Seule, en effet, l'Église Catholique, cette sage et tendre mère de tous les habitants du globe, peut donner à chaque peuple, comme à chaque individu, ce qu’il lui faut pour la vie présente et pour la vie à venir. Elle avait su rendre l’Indien fervent et heureux, en modifiant sa nature et ses habitudes, sans pour celaqu’il cessât d’être Sauvage. Moins, au contraire, il avait eu de rapports
DU CANADA 293 avec l'habitant des cités, plus sa régénération avait été aisée et durable. C’est en vue de rette considération que la grande Manitouline paraissait offrir aux Jésuites un refuge si assuré pour les Sauvages. Loin des sectes et des vices des hommes civilisés, loin des marchands et surtout des vendeurs de boissons enivrantes, ils avaient, en se fixant dans cette île, l'espoir de recueillir un grand nombre de ces pauvres enfants des forêts, que poursuit depuis deux siècles, jusque dans leurs retraites les plus âpres et les plus éloignées, cette civilisation matérielle, fille du protestantisme, qui les a dispersés et anéantis.
Si les travaux des premiers missionnaires du lac Huron étaient pénibles, ils en étaient amplement dédommagés par les consolations que leur donnaient les Sauvages. Le père Choné avait rejoint à son tour la mission .de la grande Manitouline. Après lui vint le père Nicolas Point ; ils avaient à eux seuls plus de vingt postes à visiter, soit dans cette île, soit sur le continent voisin. Quelques-unes de ces stations, qui renfermaient de cinquante à cent néophytes, étaient éloignées jusqu’à trente lieues du village de Sainte-Croix, et le père Point, quoique robuste et plein d'activité, s’estimait heureux de pouvoir une fois chaque année accorder quelques jours à un certain nombre de ces stauvns chrétiennes !. La mission de l’île Sainte-Croix et celles de l’Immaculée-Conception du lac Supérieur, du Sacré-
‘ Annales de la Propagation de la Foi, article Canada, année 1850.
Cœur de l’île Walpole, et du Sault-Sainte-Marie, principalement composées d’Indiens, étaient fort laborieuses; mais, sans jeter d'éclat, elles produisaient des fruits solides et bien précieux aux yeux du Seigneur. Les missionnaires du Sault-Sainte-Marie desservaient une station de Sauvages qui en était éloignée d'environ quatre-vingts lieues. L’Immaculée-Conception avait plusieurs postes à quarante, à cinquante, et à soixante milles de distance. A la fatigue des excursions se joignaient d’autres épreuves bien pénibles au cœur du missionnaire. C’est ainsi qu’une nuit du mois de mars 1850, pendant que le père du Ranquet était absent de son village,son église et son presbytère devinrent la proie ues flammes : on ne sauva rien de l’incendie ; et l'opinion commune, même parmi les protestants, en attribua la cause à la haïne de quelques chefs infidèles, attisée encore par l'esprit hostile des sectes voisines ‘. :
La partie supérieure du Haut-Canada occupait à elle seule la plupart des missionnaires que la Compagnie de Jésusavaitenvoyés dans cette contrée, ou ilsavaientnon seulement repris les antiques missions de leurs pères, mais où ils en avaient encore ajouté un grand nombre d’autres. Bénis par les secours d’en haut, ils se voyaient investis de la confiance de l’évêque de Toronto, qui les appuyait de tout son pouvoir, lorsque ce prélat succomba tout-à-coup à une courte maladie. Michael Power
1 Annales de la Propagation de la Foi, article Canada, année 4850.
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était jeune encore quand Dieu l’appela à lui, dans le cours de l’année 1848. Le bien immense que les Jésuites avaient opéré engagea les Canadiens et le clergé à demander au Souverain-Pontife de donner pour successeur au prélat défunt un des enfants mêmes de saint Ignace, malgré les statuts de leur ordre qui s’opposaient à ce qu'aucun d'eux fût élevé en dignité. Le père Larkin, Anglais de naissance, aussi distingué par les qualités de son cœur que par ses vertus et ses connaissances, fut désigné à Rome et reçut les bulles qui l’instituaient évêque de Toronto. Mais il supplia humblement la Propagande de vouloir bien agréer son refus, et il désigna lui-même le sujet qu’il croyait le plus capable de gouverner l’évèché de Toronto. C'était le pieux et zélé abbé comte de Charbonnel, qui tant de fois avait fait retentir de l'éclat de sa parole ardente la chaire de
. Saint-Sulpice de Montréal, dont il était l’un des mem-
bres les plus actifs. M. de Charbonnel était français. Le choix qu’on avait fait de sa personne fut approuvé par le Pape; en conséquence, il fut consacré évêque de Toronto dans le courant de l’année 4849. Il alla bientôt après prendre possession de son siége, où il n’a cessé depuis lors de travailler avec ardeur à l’accroissement de l'Église de Dieu dans son diocèse.