‹ Histoire du Canada, de son église et de ses missions [microforme] (volume 2)Chapitre 34 sur 48 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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sa timidité ct par son inaction dans le mouvement religieux que l'évêque de Montréal imprimait au Canada, avec le spectacle des grandes choses que ce prélat zélé entreprenait dans l'esprit du développement intellectuel qui est la sève véritable du Catholicisme , le vicariat-apostolique du Haut-Canada, érigé en siége épiscopal, étendait de plus en plus sa vivifiante influence sous la sage direction d'Alexandre Mac Donell, Son premier pasteur. Homme d’onction, de science et de piété, l’évêque de Kingston travailla pendant toute la durée de son épiscopat avec le zèle et la fermeté d'un apôtre, fondant de nouvelles paroisses, érigeant des églises et-des écoles, et formant des missions nouvelles au fond des forêts solitaires de son immense diocèse.

Epuisé par les travaux d’un rude apostolat, il avait demandé un coadjuteur au Saint-Siége pour remplacer le cardinal Weld. Au mois de mars 1823, M. Remi Gaulin, de Montréal, qui avait travaillé plusieurs années en Zzélé missionnaire dans les missions de la Nouvelle-Ecosse et du Cap-Breton, fut canoniquement institué, à la prière de Mac Donell; nommé évèque de Tabraca, il fut sacré sous ce titre, le 20 octobre de la même année.

Devenu coadjuteur de Kingston, M. Gaulin déploy: dans ses courses apostoliques du Haut-Canada la même ardeur qu’il avait montrée auparavant comme simple missionnaire. Un long voyage qu’il entreprit en 1838 pour visiter les missions du lac Huron le récompensa

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de ses fatigues par de grandes consolations spirituelles. Le lac Huron, le troisième en s’éloignant de l'Océan! de la chaîne des grands lacs qui occupent les quatre plateaux de la partie supérieure de la vallée du Saint- Laurent, est d’une forme irrégulière mais extrêmement curieuse et pittoresque, surtout vers la côte septentrionale, où se trouve l’archipel sacré des Wyandots, appelé les îles Manitoulines. Ces îles qui s'étendent de la baie George ou lac Iroquois jusqu’à l’entrée du canal du Sault-Sainte-Marie , sont en grand nombre ; mais les plus remarquables sont celles de Saint-Joseph, de Drummond.,et la grande Manitouline ou Ile-Sacrée, qui se développe sur une longueur de vingt-cinq lieues, sur cinq dans sa largeur moyenne. Des montagnes considérables, des précipices profonds, couronnés d’immenses forêts, d’agréables vallons et de belles prairies, tel est le caractère général que présente l'archipel sacré !. Le douze juillet 1838, le coadjuteur de Kingston descendait sur la plage de la grande Manitouline, à l'extrémité nord-ouest du lac. L'action incessante des vagues y avait creusé des criques, des baies , des havres commodes, abrités par des murailles de granit, dont la rugosité offre ainsi une image fidèle de l’inté-

1 Le premier est le lac Ontario, le second est le lac Erié; ensuite vient le lac Huron, qui se joint au lac Michigan par le détroit de Mackinaw, et au lac Supérieur par le détroit ou rapide qu'on appelle le Sault-Sainte-Marie

2? La dénomination indienne d’Iles-Sacrées, dit Montgommery Martin, se trouve pour la premiére fois dans le lac Huron, et de là dans le lac Supérieur, le Michigan, et dans les grands lacs si nombreux de l’intérieur. Les voyageurs qui ont été en Asie et qui ont fait des observations à ce sujet reconnattront de la ressemblance entre les noms indiens de l'Amérique Se ptentrionale et ceux du plateau de la Tartarie. — The Canadas in Montgommery Martin’s British Colonies.

rieur, où la main du Créateur s'est plu à réunir toutes les sombres beautés et les contrastes de la nature la plus sauvage. C'est dans une baie de cette île que M. Gaulin trouva à exercer son zèle dans une tribu de Sauvages catholiques et industrieux, réunis au nombre de trentecinq familles autour d’une petite chapelle qui formait le centre d’un agréable village. Ces bonnes gens le reçurent avec un bonheur et un respect indicibles ; 1l apprit de leur bouche que d’autres familles également catholiques, dispersées alors à Mackinaw, au Sault-Sainte-Marie, à la Rivière-Froide, à l’Arbre- Croche, et en diverses autres parties des lacs, se proposaient de se joindre à eux au printemps prochain.

Le lecteur qui à parcouru avec nous les phases diverses de l’histoire du Canada et des missions que les premiers Jésuites avaient fondées dans les solitudes de ses forêts, ne lira pas avec moins d'intérêt le tableau de ces missions telles qu’elles se présentaient à l’époque où M. Gaulinles visita. Depuis le temps de la domination française, quatre-vingts ans s'étaient écoulés, et durant ce long intervalle, c’est à peine si l’histoire mentionne encore de loin en loin ces races de Sauvages qui tant de fois avaient fait trembler les premiers colons de Québec et de Montréal. Des villes florissantes avaient succédé partout aux villages jadis célèbres des Huronset desCinq-Nations, snomsseuls des anciens possesseurs du sol marquaien, les lieux où ils avaient vécu et combattu pour leur indépendance. On avait bien encore quelques vagues traditions de leur exis

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La destruction des tribus indiennes, à laquelle leur propre organisation sociale travailla peut-être autant que la froide et barbare politique des Anglais et des Amércains, n’est pas un spectacle moins digne d’occuper les esprits observateurs et solides que les combats où elles se trouvèrent si souvent mêlées dans les longues rivalités de la France et de l'Angleterre. Mais les calculs du commerce et de la colonisation n’ont malheureusement fait oublier que trop souvent le prestige qui s’attachait à cette race mystérieuse des forêts américaines; et en France surtout, où l’on ne remarque guères que l’accroissement prodigieux des intérêts matériels des États-Unis, la science et la philosophie ont négligé constamment ce ‘grand problème, si digne de leur attention.

A l'exception des villages de Lorette près de Québec, de ceux de la Prairie, de Saint-Louis, et du laë des Deux-Montagnes, près de Montréal, où l’on rencontre les descendants civilisés de quelques clans hurons et iroquois qui s’y retirèrent au temps de la domination française, on ne voit dans les territoires dé-

\ Voyez le grand ouvrage de M. Schoolcraft publié dernièrement par le Smithsonian Institute de Washington. Voyez aussi — Observations respecting the Grate Creek Mound in Weste-n Virgiria, by Henry R. Schooleraft (Transactions of the American Ethnological Society, t. L.)

pendants des diocèses de Montréal et de Québec qu’un petit nombre d’Indiens, qui vont en s’affaiblissant chaque jour sous le poids de la misère et de l’ivrognerie. Le Haut-Canada en a gardé davantage, et les missions actuelles des Jésuites en ont réuni de douze à quinze mille.

Comprises autrefois sous les dénominations des deux langues principales, iroquoise et algonquine, les races indiennes de la Nouvelle-France sont encore aujourd’hui distinguées par les mêmes noms. La première langue embrassait les Cinq-Nations : c'étaient les Mohawks, les Oneïdas, les Onondagas, les Cayugas, et les Senecas !, que les malheurs des premiers colons français rendirent si célèbres. Ces Sauvages habitaient principalement la portion occidentale du New-York, et le long du lac Ontario. Mais après les guerres de l'indépendance, en 1776, comme la plupart étaient restés fidèles au roi d'Angleterre, George III leur accorda des terres considérables dans le Haut - Canada, le long de la rivière Ouse ou Grande-Rivière, qui se jette dans le lac Erié, auprès de Sherbrooke. Les autres, ayant vendu ce qu’ils possédaient, allèrent former des établissements dans le voisinage du lac Michigan, et à la Baïe-Verte, où on les connaît encore sous le nom d’Indiens de New-York. Ces Iroquois, qu’on pourrait, suivant l'expression d’un missionnaire *, appeler

? Les premières relations des Jésuites les appelaient Agniers, Onéyouthes, Onontagués, Guyoguins, et Tzononthouans.

2? Le P. Chazelle, de la Compagnie de Jésus, lettre écrite à la Propagation de la Foi, avril 4845.

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DU CANADA 281 les Romains de l'Amérique, s’incorporaient quelquefois les nations vaincues, comme j’ai eu occasion de le faire remarquer plus d’une fois dans les premiers chapitres de cette histoire. Une d'elles a conservé son nom, celle des Tuscaroras ; c’est ce qui leur fait donner aujourd’hui le nom de Six-Nations. Le père Chazelle les visita en 1844, et parcourut les bords de la Grande- Rivière. Leur nombre, en cet endroit, montait à deux mille rois cents âmes, dont environ deux mille étaient encore infidèles : ils avaient conservé le sacrifice du chien blanc ‘. La civilisation chez eux n'avait fait aucun progrès. Encore quelques années, remarquaïit le même missionnaire, et l’on ne trouvera plus de ces Sauvages sur les rives fleuries de l’Ouse ; ils s’éloignent graduellement, et le gouvernement anglais fait lui-même ses efforts pour les détacher de cette contrée. Dans leur abaïssement, leur nom inspire encore de la terreur aux autres Sauvages; mais le voyageur qui connaît leur histoire n’éprouve, en les voyant, d'autre sentiment que celui de la compassion et de l’étonnement.

La seconde langue, c’est-à-dire l’algonquine, n’a rien de commun avec celle des Iroquois. Elle est presque universelle, depuis la baie d'Hudson jusqu'aux Montagnes-Rocheuses. C’est la langue du commerce ; elle a plusieurs dialectes, mais qui diffèrent peu l’un de l’autre. Les Hurons, dont les restes habitent l’ar-

1 Le P. Chazelle, de la Compagnie de Jésus, lettre écrite à la Propagation de la Foi, avril 4845.

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chipel des Manitoulines, parlent un de ces dialectes. Mais les principaies tribus comprises maintenant sous ce nom sont celles des Ottawas et des Chippewas, qui sont encore au nombre de huit à dix mille dans le Michigan, au diocèse de Détroit.

Le gouvernement anglais avait partagé, depuis plusieurs années,ceux quisont sous sa domination en surintendances, avec un département indien (indian department), qui administre le produit des terres vendues à la couronne. Le revenu annuel de ces fonds est employé

à bâtir des églises, des écoles et des maisons que ces

Sauvages consentent quelquefois à accepter. Il sert à faire aussi ce qu’on appelleles Présents, c’est-à-dire une distribution annuelle d'armes et de munitions, de couteaux, de couvertures de laine, et de quelques morceaux détoffe, que l’on donne aux Sauvages pour les dédommager de la perte de leurs terres.

Ce ne fut qu’en 1839quedes missionnaires hérétiques tentèrent de faire des prosélytes parmi les Indiens du Haut-Canada. Ces prétendus missionnaires étaient méthodistes ; ils ne parvinren: qu'avec peine à fonder trois établissements bien faibles. Mais par leurs courses, et à l’aide de leurs assemblées nocturnes ou camp-meetings, où lesSauvages se laissent quelquefois entraîner par l’attrait de la débauche et du mystère, ils finirentcependant par obtenir une influence qui, en certains endroits, est le seul obstacle sérieux, pour ainsi dire, que présente le protestantisme. Car, malgré toutes ses ressources, l'église établie d'Angleterre n’est point ue rivale dan-

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gereuse, aussi longtemps qu’elle n’enchaîne pas la liberté d'action des Catholiques.

Lorsque l’évêque de Kingston songea à faire évangéliser de nouveau les Indiens du Haut-Canada, après la longue période qui s'était écoulée depuis l'extinction des missions des Jésuites, l'abbé Proulx, prêtre canadien. fut le premier qu’on envoya, et il établit sa station dans la grande île Manitouline. Plus tard, lorsque par les soins de l'évêque de Montréal les pères de la Compagnie de Jésus eurent repris possession du Canada, le premier poste qu’ils occupèrent fut celui de Sandwich, situé au même lieu où avait fleuri jadis la célèbre mission de l’Assomption, sur la rive canadienne de !: rivière de Détroit. C’est là que les Jésuites avaient réuni autrefois les Hurons catholiques qui avaient re fusé d'aller se joindre à ceux de Lorette, après qu'ils eurent été vaincus par les Iroquois et décimés par l: famine. Leur dernier missionnaire jésuite, le P. Pothier, qui mourut en 1781, fut ensuite remplacé par Jean-Francois Hubert, depuis évêque de Québec. L’Assomption de Sandwich offrait maintenant aux Jésuites un ministère important à remplir auprès des Cu:iliques d’origine francaise et des Irlandais qui habitaient en grand nombre dans ses environs, et dans ceux de là

. petite ville voisine d’Amherstburg, située comme Sand-

wich à une courte distance du lac Saint-Clair.

Le coadjuteur de Kingston avait continué sa visite pastorale, après avoir administré les sacrements aux Sauvages de la grande Manitouline. Il avait dirigé «4

course vers le Sault-Sainte-Marie, en parcourant les restes des anciennes missions des Jésuites qui se trouvaient sur son chemin. Les Sauvages partout se pressaient au devant de lui, et les wigwams encore infidèles lui promettaient de se convertir si on leur envoyait un missionnaire. Sur la rive droite de la Sainte- Marie, il trouva cinquante-sept familles de Canadiens, de Métis, et deSauvages convertis, dont l’ensemble formait un village de deux cents âmes. Les protestants avaient établi une mission en cet endroit; mais leur ministre avait eu si peu de succès dans les tentatives qu'il avait faites pour séduire ces bons Catholiques, qu’il venait d'abandonner la place pour n’y plus retourner. Un empressement extraordinaire se manifestait parmi tous ces chrétiens à la vue de leur pasteur, et ils le suppliaient ardemment de ne pas les laisser périr faute de prêtre.

M. Gaulin demeura un jour et demi à l’île Saint- Joseph, la dernière des grandes Manitoulines ; il y administra les sacrements à une petite peuplade de quatre-vingt-dix âmes, dont les bonnes dispositions le touchèrent vivement. De retour à la grande Manitouline, il reçut une députation des Potawatomies, et un sachem de la tribu des Chippewas lui assura que, s’il pouvait envoyer un missionnaire sur les bords du lac Supérieur, il y recueillerait certainement une bonne et abondante moisson. Dans l’île Manitouline, les protestants avaient fait de nouveaux efforts pour attirer les Sauvages à leurs meetings soi-disant religieux. Ils es-

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péraient triompher facilement de leur résistance en leur offrant une plus grande quantité de vivres pour leurs repas, qui jusqu'alors avaient été d’une extrême frugalité. Sur les offres du ministre qui les pressait vivement, le fils d’un chef sauvage répondit avec hardiesse : — Tu te trompes fort, si tu nous crois assez vils pour vendre notre conscience à. notre ventre. Garde tes vivres et fais ta prière comme tu l’entends.

L'évèque Mac Donell était mort, au commencement de l’année 1840, en Ecosse, où il était allé visiter sa famille. Remi Gaulin prit alors possession de l'évêché de Kingston. Malgré des infirmités gagnées prématurément dans le ministère pénible qu’il avait autrefois exercé au Cap-Breton, il continuait à travailler encore à l’amélioration de son diocèse. Secondé par le zèle pieux du chanoine Prince, depuis coadjuteur de Montréal, le nouvel évêque de Kingston appela dans sa ville épiscopale les filles de la congrégation de Notre-Dame, dont il avait eu tant de fois occasion d'apprécier les services dans le Bas-Canada. Leur école s’ouvrit dans cette ville le 25 novembre 1841 , jour anniversaire de celui où, cent-quatre-vingt-deux ans auparavant, la sœur Marguerite Bourgeois, leur fondatrice, avait commencé sa première classe à Montréal. Deux autres écoles s'ouvrirent bientôt après pour les enfants pauvres des catholiques de Kingston, et l’année suivante le prélat organisait, parmi les dames les plus distinguées de la ville, une association de charité pour l'assistance des malades et pour d’autres bonnes œuvres. Cette asso-

ciation était nécessaire pour combattre les efforts des protestants, qui, par des moyens analogues, cherchaïent à attirer à eux les Catholiques pauvres. Elle fut le prélude de l’arrivée d’un certain nombre de religieuses hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal , qui vinrent quelques mois après ouvrir un hospice à Kingston. L'accroissement sensible des Catholiques ayant fait sentir à M. Gaulin la nécessité d’avoir une autre église dans la ville, il jeta les fondements d’un second édifice plus vaste que le premier, qu’il destinait à devenir la cathédrale de Kingston ; il construisit en même temps un collége et un séminaire ‘.

Les missions que l'évêque de Kingston avait visitées quelques années auparavant continuuient d'offrir l’aspect le plus consolant. Une visite qu’il fit dans les districts de Newcastle et de Midland, qui comprenaientune dixaine des townships de l’intérieur parmi lesquels aucun évêque ne s'était jamais rendu auparavant, ne lui donna pas moins de consolation pour le présent que d'espoir pour l'avenir. Avec l’émigration, le nombre des Catholiques croïssait chaque jour danscettecontrée, et l’on voyait sur tous les points surgir de nouvelles églises. Dans la partie que M. Gaulin avait visitée en 18492, il avait consacré quatre nouvelles chapelles et deux grandes églises en pierre de taille, l’une à Péterborough, petite ville sur la rivière Otanabée, et l’autre

Mer Gaulin, dont les fatigues augmentaient chaque année les infirmités, reçut ensuite un coadjuteur dans la personne de M. Patrick Phelan, qui fut nommé

évêque de Carrhes, et consacré le 20 août 1843. Mfr Gaulin lui a depuis cédé l'administration de son diocése.

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à Belleville, bourg charmant situé sur la baie de Quinté, à l'embouchure de la rivière Moria, sur le lac Ontario.

L’accroissement rapide de la population, dans une aussi vaste province que le Haut-Canada, y créait sans cesse de nouveaux besoins. Pour y subvenir plus aisément, le diocèse de Kingston fut divisé. La partie la plus occidentale fut érigée en évêché particulier, le 17 décembre 1841, et Rome en conféra le titre à Michael Power, curé du village de la Prairie près de Montréal. Le nouveau prélat fut autorisé à désigner lui-même les limites de son nouveau diocèse, et à prendre son titre épiscopal de la ville où il croirait pouvoir établir le plus convenablement son siége. Il fut sacré, le 8 maisuivant, dans l’église de la Prairie, par l'évêque de Kingston, assisté dans cette circonstance solennelle par celui de Montréal et M. Turgeon, coadjuteur de Québec. Il fixa le même jour les limites de son église, et prit le titre d'évêque de Toronto, du nom de cette ville, à qui on avait donné le titre de capitale du Haut-Canada.

Toronto était le nom indien d’un village qui avait reçu anciennement des Anglais le nom d’York. C'était alors déjà une jolie ville, dans une situation délicieuse sur le lac Ontario, qui en cet endroit forme une rade magnifique fortifiée par une forteresse en bon état. Quelques années à peine s'étaient écoulées depuis que Toronto n’était qu’un désert occupé par un petit nombre de huttes sauvages, et maintenant elle possédait tous les édifices qui sont du ressort d’un gouvernement,

et plusieurs temples, chaque secte ayant le sien à côté de l’église des Catholiques ‘.

Ce fut l’évêque Power qui rendit les missions du Haut-Canada aux pères de la Compagnie de Jésus. Nous avons dit que le premier poste où ils se fixèrent fut l’ancienne Assomption, dans la petite ville de Sandwich, vis-à-vis de Détroit. L'île Walpole, qui ressemble à un oasis de verdure sur les eaux du détroit, à l'entrée du lac Saint-Clair, fut l'endroit qu'ils choisirent pour leur première mission. Cette île n’avait d’autres habitants que des Indiens, mélange de diverses tribus, mais qu’unissait un esprit de nationalité dont on trouve rarement des exemples. Seuls ils se glorifiaient parmi les autres Peaux - Rouges d’être restés fidèles aux coutumes de leurs ancêtres. Ennemis, par conséquent de tout ce qui pouvait avoir l’apparence du Christianisme, ils nourrissaient et fortifiaient par l’habitude des pratiques mystérieuses de l’antique jonglerie américaine leur éloignement pour la prière et la civilisation chrétienne. Les missionnaires y furent, ainsi que dans les commencements de leur apostolat dans le Canada, deux siècles auparavant, exposés à de rudes épreuves ; mais Dieu cependant ne les laissa pas sans consolations.

À vingt-cinq milles de Walpole, à l'endroit où les eaux du lac Huron se précipitent dans la rivière Saint- Clair, les méthodistes avaient établi une station ap-

Toronto avait en 4335 une population de 40,000 habitants.

pelée Port-Sarnia sur une réserve indienne où chaque année ils viennent renouveler les hurlements et les convulsions de leur camp-meeting. Ce fut néanmoins en ce lieu que Dieu préparait un troupeau aux missionnaires de Walpole, qui ne tarda pas à leur donner des preuves de sa ferveur. De Port-Sarnia à la grande île Manitouline la distance est d'environ deux cents milles. Les Jésuites y trouvèrent, en y débarquant, une population de près de douze cents Sauvages, établis dans cinq villages différents. L’un d’eux avait des cabanes bien bâties, une belle église, une école et des ateliers, où l’église d'Angleterre avait réuni tous ceux qu'elle avait attirés dans son sein. Ces convertis du protestantisme ne montaient cependant qu'à centsoixante, quoique la secte donnât régulièrement une habitation gratuite et d’autres gratifications à ceux qui consentaient à se faire protestants.

Les Catholiques, au nombre de sept cents, ne recevaient rien, et ils augmentaient tous les jours. La grande île Manitouline était admirablement située pour recevoir les Indiens. Vaste, riche, et fertile, on pouvait la considérer dès lors comme la terre promise future où le Seigneur se disposait à appeler les restes dispersés des tribus algonquines ‘. Leurs longues infortunes et leur fidélité avaient fait monter vers le Ciel un cri de détresse qui avait touché le cœur de Dieu. Que

* La langue algonquine était la langue commune des Hurons, des Ottawas, et de la plupart des anciennes nations alliées de la France en Amérique au nord des grands laes; c’est de cette langue que ces peuplades prenaient également le nom commun d’Algonquins.

de changements s'étaient opérés dans les deux mondes depuis que les Jésuites avaient cherché à fonder leur première mission dans l’île Manitouline, en 1649, après le martyre sublime des Lallemand et des Brébeuf! Mais rien, depuis cette époque, n’avait changé dans

l'île sacrée des Wyandots. Ses rivages, ses forêts, ses rochers granitiques avaient conservé leur beauté primitive, et la race mystérieuse des grands lacs y a fixé de nouveau son wigwam. Les steamers gigantesques des Etats-Unis, des navires de tout genre sillonnent les eaux du lac Huron, où ils ont remplacé les canots d’écorce de bouleau ; mais c’est à peine si l’un d’eux aborde par intervalle aux rives de la Manitouline. Les Sauvages seuls continuent à s’y transporter dans leurs barques et leurs canots, creusés dans un tronc d’arbre, comme au temps du père Daniel.

Au mois de juillet, époque des présents, on voit ces canots arriver par centaines de tous côtés, mais principalement du lac Supérieur. Les tentes, les huttes de jones et de branchages s’élèvent rapidement, et l’on voit se dresser des camps autour des baies pittoresques de l’île Manitouline. On voit bien çà et là des hommes et des choses qui annoncent la civilisation, mais dont la présence même est un contraste. Le grand spectacle, c'est la vie sauvage en temps de paix et dans ses jours solennels. Alors la Robe Noire peut, comme il lui plaît, se promenér autour de ces camps, entrer dans les cabanes, prendre place sur la natte du chef ; le missionnaire peut causer, prêcher, se faire tout à

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