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22 HISTOIRE presseutir que trop les intentions du gouvernement, alors représenté par le président du conseil de la colouie, faisant fonctions de gouverneur. En lisant les divers mémoires qui datent de cette époque , et en les comparant aux traditions encore vivantes aujourd’hui sur d'Esglis, il est impossible de ne pas reconnaitre dans la nomination de ce prélat l'œuvre de la politique anglaise et protestante. Louis-Philippe Mariaucheau d’Esglis, d’une famille distinguée, mais appauvrie, du Canada, était alors un vieillard de plus de soixante ans, c'est-à-dire de quatre ans plus âgé que celui à qui on le donnait pour coadjuteur ", et de facultés intellectuelles au dessous du médiocre. C'était bien l’homme le moins capable d’administrer un diocèse aussi vaste, et surtout dans des circonstances aussi difficiles que celles où se trouvait le Canada. Je n'ai rencontré aucun document qui m'indiquât que le clergé eût fait la moindre démarche pour s'opposer à un choix si déplo- ‘able ; mais, en supposant qu'il en eût fait, ces démarches durent être timides , et par conséquent inutil's auprès du conseil de Québec, qui était résolu sans doute à remplir les intentions du gouvernement et à humiler le clergé du Canada , en y avilissant l'épiscopat.
Ni l'évêque ni le clergé ne se <entirent apparemment la force de résister à Ja violence morale qu'on leur faisait subir, et, à Ja demande de l'évêque Briand, qui
PME Briand n'avait alors que cinquante-six an.
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DU CANADA 23 eut encore la douleur d'être forcé de motiver aussi honorablement que possible, vis-à-vis du Saint-Siége, la présentation de l'abbé d'Esglis, Rome lui expédia ses bulles, datées du 12 septembre 1771. Le 12 juillet 1772, d’Esglis fut consacré sous le titre d’évêque de Dorylée, in partibus, dans la chapelle du séminaire. Mais, aussitôt après la cérémonie, le nouveau prélat retourna à sa paroisse, où Briand le renvoya exercer ses fonctions curiales, sans même lui donner l'ombre d’un pouvoir de plus que ceux qu’il avait exercés auparavant comme simple desservant. Ceci seul servirait à prouver combien 1l comptait peu sur les capacités de l'homme qu'il avait été contraint de prendre pour coadjuteur. MS" Turgcon, archevêque actuel de Québec, me racontait à ce sujet, dans une visite que je fis avec lui à l'ile d'Orléans, que l'évèque Briand, après avoir renvoyé d’Esglis, se tournant vers quelques prêtres de son clergé qui lui exprimaient leur surprise du refus qu'il venait de faire de donner à son coadjuteur les pouvoirs de grand-vicaire , ajouta avec un sourire significatif : Ut sciant gentes quoniam homines sunt. Car il voulait donner à entendre par ce texte que M. d’Esglis ne devait pas se croire plus savant alors qu'avant sa consécration, Telle était, et telle est encore aujourd'hui l'opinion qu'on avait de ce choix, le premier et le plus triste de tous ceux que fit l’Angleterre pour le siége catholique de Québec. Ce ne fut que deux ans après, qu'à la sollicitation du gouverneur, l’évêque Briand déclara l'abbé d'Esglis coadjuteur
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de Québec, et qu'il le présenta en cette qualité au clergé de son diocèse! Par égard néanmoins pour la dignité dont il était revêtu, il avait accordé à l’abbe d’Esglis, qui était loin d’être riche, des moyens d’existence plus convenables à son rang, en lui allouant une partie des dîmes de la paroisse de Varennes(10 septembre 1773).
* Mandement de ME Briand, du 14 mars 1774. — Archives de l'archevéché de Quéhec.
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