‹ Histoire du Canada, de son église et de ses missions [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 48 · HER · texte numérisé non relu

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Le général Carleton, gouverneur du Canada pour l'Angleterre, se trouvait avec ses troupes près de Montréal, cherchant à repousser les attaques de Montgomery, qui était maître de cette ville, et qui désirait effectuer sa jonction avec la division commandée par le colonel Arnold. Carleton n'avait avec lui qu'une poignée d'hommes, le pays étant dégarni de troupes anelaises, Il avait fait d’inutiles efforts pour exciter les milices canadiennes à se lever dans les campagnes, et à s'unir à lui pour la défense du Canada. On demeuruit sourd à sa voix, tout en prêtant l'oreille aux cris de liberté poussés sur lu frontière.

Ce fut un moment d’indécision terrible pour l'Angleterre. Si le clergé canadien se prononçait contre elle ou seulement demeurait dans l'indifférence, c’en était fait de toutes les possessions anglaises de l’Amérique, Mais l’évêque Briand fut sublime de loyauté. Carleton lui écrivit, et, dans sa détresse, il eut recours à celui à qui le gouvernement anglais refusait, au mépris des traités, le titre d’évêque, pour lui donner celui de surintendant de l'Église romaine. L'évêque, à la réception de sa lettre, publia un mandement court, muis énergique, où il rappelait aux Canadiens la foi Jurée si récemment au roi d'Angleterre, et la justice qui venait de leur être rendue par l'acte du parlement. Le mandement eut pour effet, sinon de faire prendre les armes à toute la milice des campagnes en faveur du gouvernement, au moins de faire demeurer les habitants paisibles chez eux, et d'empêcher le clergé Il 3

34 HISTOIRE d'écouter les promesses des Américains, promesses qu'ils eussent certainement mieux gardées que ne l’a fait la Grande-Bretagne. Mais, à la voix de l’évêque, la noblesse canadienne, au nombre de mille à douze cents hommes, se réunit à Québec, et fit savoir à Carleton qu’elle était prête à combattre sous ses ordres.

Le gouverneur, reconnaissant que le salut de la province dépendait de la possession de cette place impor tante, se replia alors sur Québec. Il y arriva le 19 novembre, sans avoir éprouvé la moindre opposition de la part d’Arnold, qui venait de passer le Saint- Laurent, à une légère distance au-dessus de cette ville. Toute l’armée américaine ne tarda pas à en occuper ensuite les environs, et Arnold établit son quartiergénéral à la Pointe-aux-Trembles, à vingt-un milles de Québec, attendant l’arrivée de Montgomery pour commencer l’attaque de la place.

Le retour du général Carleton à Québec fut salué avec acclamation par tous ceux qu'avait réunis la défense commune. Les Canadiens rivalisèrent de zèle avec les vétérans anglais pour travailler aux préparatifs de la défense; et, malgré la faiblesse numérique de toute la garnison réunie !, ils attendirent avec une confiance parfaite l'attaque des forces combinées des Etats-Unis. Le siége ou plutôt le blocus dura pendant tout le mois de décembre. Montgomery réunit alors un

Y Outre cette poignée de mille à douze cents Canadiens, il n'y avait pour toute défense dans la place que 350 hommes de troupes régulières et 450 matclots de la marine anglaise.

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DU CANADA 30 conseil de guerre, et il fut résolu d'enlever Québec d'assaut durant la nuit An 31 décembre.

Les assiéseants s’approchèrent de la citadelle dans le plus grand silence, aidés encore dans leur dessein par une tempête de neige considérable. En arrivant sous la porte de Prescot (Prescot-Gate), par le chemin qui tourne le long du rocher menant de la basse à la haute-ville, l'armée se trouva encombrée dans le passage étroit qui conduisait à la porte de la place, et le bruit confus des soldats américains se faisant entendre, malgré toutes leurs précautions, au-dessus de la voix de l'ouragan, à l'oreille attentive de la sentinelle extérieure, celle-ci ne recevant aucune réponse au qui vive, donna l'alarme à la garde anglaise. Montgomery disposa aussitôt ses hommes à l'attaque, avec une rapidité et une précision admirables, et s’avança vivement à l'assaut. Les Anglais et les Canadiens ouvrirent en même temps un feu terrible sur l’ennemi au moyen de l'artillerie qui commandait le passage. C’est alors seulement que les gémissements des blessés révélèrent ouvertement l’ennemi, et ce ne fut que lorsque tout autre bruit que celui du feu de la place eut cessé de se faire entendre que les assiégés cessèrent de tirer. L’aube du matin se leva. Mais aucune trace de l'évènement de la nuit n’était visible. Une neige épaisse couvrait le corps du malheureux Montgomery et ceux de sa vaillante troupe tombés victimes de leur bravoure.

Quelques autres attaques, aussi infructueuses, suivirent encore de la part de l’armée américaine. Elle

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36 HISTOIRE se résolut enfin à lever le siége, le 6 mai 1776, ct repassa la frontière. Elle y fut décidée par l’augmenta. tion des troupes anglaises qui arrivèrent au printemps et par la levée des milices canadiennes, dont l’ensemible présentait une force de plus de treize mille hommes. On peut donc dire avec certitude que si le Canada ne tomba pas au pouvoir des Etats-Unis, l’ Angleterre en fut redevable à la noblesse canadienne, qu’elle chercha ensuite, et qu’elle ne réussit que trop bien, par sa jalousie, à abaisser et à anéantir. Elle le dut surtout à l’évèque Briand. Ce prélat empêcha seul ‘n soulèvement général des campagnes en faveur des Américains, et prêta ainsi, par un sentiment extrème de fidélité, son influence au gouvernement britannique, qui l’en récompensa par la suppression de plusieurs des droits de l'Eglise et l'érection d’un évêché anglican dans le Canada, auquel fut transmis officiellement le titre d’évêque de Québec.

J'ai raconté plus haut la résistance opposée par Récher, curé de la cathédrale, et les marguilliers de la fabrique, à la prise de possession de cette église par l’évèque de Québec. En 1768, le curé était mort. Les chanoïnes, restes vénérables du chapitre, se réunirent alors pour prier l’évêque de rétablir les anciennes dignités. Mais l’opposition formée par le curé subsista après sa mort, et les marguilliers continuèrent à nier les droits de l’évêque sur l’église. Cette première cause empêcha le prélat d'obtempérer au désir des chanoines. En 1771, les réparations de la cathédrale étant terminées,

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on vint prier l’évêque Briand de vouloir bien la bénir, et d'y officier, suivant l’ancienne coutume. C'était le vœu de la populatin; mais la fabrique continuait dans son opposition, et l’évêque, ayant annoncé par mandement qu'il viendrait bénir l’église, fit savoir en même temps aux habitants de Québec qu’il ne la bénirait que comme église paroissiale ordinaire, et que, pour les offices pontificaux, il continuerait à les célébrer dans la chapelle du séminaire. Les choses allèrent ainsi pendant près de trois ans. En 1774, le peuple commença à se plaindre vivement de la fabrique, dont l'opposition désordonnée le privait du spectacle imposant des grandes cérémonies religieuses aux Jours des fêtes pontificales.

Les marguilliers se virent forcés de transiger avec le pouvoir épiscopal. Le gouverneur britannique se porta médiateur entre eux et l'évêque, etc'est alors seulement qu’on s’aperçut des conséquences de cette malheureuse opposition. La fabrique, craignant d’être supplantée dans les attributions qu’elle avait usurpées, si elle laissait le chapitre s'installer dans la cathédrale, avait fait de son côté des plaintes au gouverneur ; elle avait représenté que les chanoines étaient un corps plutôt nuisible qu'utile aux intérêts de l’église de Québec; que, d’ailleurs, il était sans ressources, puisque la colonie était aésormais séparée de la France, qui les avait fournies auparavant, et que le moment était on ne peut mieux choisi pour le supprimer, puisqu'il nerestait plus que quatre ou cinq vieux chanoines de l’ancien chapitre.

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38 ILISTOIRE

Le mémoire des murguilliers, envoyé par le souverneur à Londres, y fut accueilli avec la plus grande faiveur. Le ministère y voyait l’occasion de diminuer encore l’influence du clergé par la suppression d’un corps qui relevait l’éclat de l’église de Québec, et dont l’absence priverait l’évêque de ses conseillers naturels. Il fut décidé que, pour répondre aux vœux des Catholiques du Canada, représentés par les marguilliers de Québec, on ferait comprendre au surintendant de l'Église Romaine les inconvénients attachés au rétablissement des dignités de la cathédrale !, Cette communiation, qui fut faite à l'abbé Briand, apparemment lorsque les plaintes du peuple eurent forcé les marguilliers à un arrangement avec l’évêque, dut encore une fois percer son cœur d’une douleur bien amère. On ne sait cependant pas trop comment cette décision fut réellement accueillie par tous. Ce qui est certain toutefois, c’est que l’évêque rentra en apparence avec tous ses droits dans son église, Les chanoines y vinrent aussi, et reprirent leurs anciennes places : personne ne les leur contesta ; mais ils s’éteignirent sans que d’autres vinesent les remplacer, et Québec demeura et demeure encore aujourd’hui sans chapitre et sans dignités. Cependant Québec est un siége archiépiscopal, et Montréal, qui n’est qu'un siége suffragant de cette métropole, a un chapitre, canoniquement érigé par les soins de l’évêque actuel de cette ville. — La rentrée de l’évêque

The justire and poliey, ete. — Archives de l’archevêché de Québec.

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Briand dans sa cathédrale eut lieu le 16 mars 1774. Ces preuves sitristementsignificatives de la fâcheuse influence exercée par des laïques dans l'Église re sont malheureusement pas lesseules dont elle ait à se plaindre en Canada, par suite de la trop grande part qu’ilsse sont arrogée dans les fabriques, aux dépens de l’évêque et des curés ‘. Lasuppression du chapitre de Québec avait eu lieu sans bruit ; son extinction sefit de même, et. lorsque le dernier chanoïineexpira, c’est à peine si l’on se souvenait encore au Canada que ce corps eût existé. La fabrique y gagna en pouvoir, mais la religion y perdit proportionnellement une partie de sa considération. j'était ce que voulait le ministère anglais, qui croyait voir dans l'avenir le moment où cette suppression, suivie bientôt après de celle des Jésuites et des Récollets, amèncerait la décadence complète du Catholicisme en Canada.

Le pape Clément XIV ayant supprimé la Compagnie de Jésus par bref du 21 juillet 1773, les Jésuites avaient dès lors cessé de se recruter. Leurs établissements dans le Canada avaient été fondés dans le but d’instruire la jeunesse et de faire des missions chez les

1 Dans le cinquième concile provincial de Baltimore, tenu en 1843, les Pères décrétérent que désormais, dans toutes les églises où il y avail un board of trustees (conseil de fabrique), aucune décision, de quelque nature qu’elle pat ètre, concernant les droits temporels de l'Eglise, ou son administration en ce qui concerne le choix des personnes employées à son service, comme chantres, sacristains, etc., ne serait valable sans le consentement exprès du curé. Plusigirs fabriques résistérent; onles excommunia, en leur abandonnant les églises dont elles se prétendaient maîtresses; on interdit ces églises, on en bâtit d’autres où l’on put, et l'on s’en passa ailleurs jusqu’à parfaite soumission des rebelles. Depuis lors, presque tous se sont soumis, grâce à l'énergique volonté de M5" Hughes, archevêque de New-York.

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Sauvages. Les biens qu'ils possédaient dans cette con-

trée, destinés à pourvoir à ces divers services religieux, leur provenaient, partie de fondations dues aux rois de LA France et à des particuliers, partie d’acquisitions faites par la société elle-même. Cette société ayant été dis- : soute, il était naturel de laisser aux anciens membres LA existant en Canada l’usufruit de leurs biens, et, selon di le droit de l’Église Catholique, de les transférer ensuite | à un autre établissement religieux, régulier ou séculier, qui serait chargé de remplir les fonctions attri- ‘à ji buées aux Jésuites, c’est-à-dire, d'instruire la jeunesse | catholique, et de porter chez les Sauvages la lumière ï de l’Evangile et les bienfaits de la civilisation. Nous

allons voir comment ces conditions furent remplies. Trois ans après la suppression de cette illustre compagnie, il y avait encore au Canada douze Jésuites, qui, avec un zèle sans exemple, continuaient, comme de k. mA

simples prêtres séculiers, à exercer leurs fonctions ha- ‘ d’e

bituelles, et, jusqu’à la fin de l’année 1776, les classes : lai

demeurèrent ouvertes dans leur collége de Quéhec. 4 pr

Ce collége était vaste et magnifique; un assez grand | tra

in nombre d’éleves y recevaient encore une éducation gra- L l'É tuite. Mais, en 1776, le gouvernement, comptant, 4 acc

| comme toujours, sur l'obéissance et la soumission pas- 1 {il sives du chef du clerge , signifia aux pères jésuites que À les leur maison avait reçu une autre destination. On y | tioi

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DU CANADA #1 jours en gardant l’administration de leurs biens. Cette première spoliation fut bientôt suivie d'une seconde et d’une troisième ; on leur enleva leur maison des Trois- Rivières, dont le gouvernement fit une prison, et, après la mort du père Well, qui demeurait dans celle de Montréal, le gouvernement en prit possession, ainsi qu'il avait fait des autres.

Les Récollets avaient, de leur côté, recu défense de recruter de nouveaux novices ; néanmoins on les laissait encore en possession de leurs maisons de Montréal, des Trois-Rivières et de Québec. Durant le siège de cette dernière ville par les Anglais, leur église avait beaucoup souffert; ils étaient cependant parvenus à la réparer convenablement. Mais, tout en se vantant de leur modération, les vainqueurs avaient forcé cesreligieux à leur céder à moitié l’usage de cette église, et chaque dimanche, à l'issue de la grand’messe, il fallait se hâter d’emporter le saint Sacrement dans la sacristie, afin de laisser le champ libre aux exercices profanes de l'office protestant. C’est ainsi que l’Angleterre observait les traités, et reconnaissait (bill de 1774) que le clergé et l'Église Catholique jouissaient de leurs dus el droits accoutumés.

Instruits par l'expérience, les plus distingués d’entre les Canadiens, animés de l'espoir d'améliorer la condition commune, avaient envoyé à Londres une députation pour solliciter le gouvernement en faveur de l’ancienne population de la colonie. Leurs efforts obtinrent quelque succès. En conséquence, au printemps de l’an-

née suivante (1784), l’ordre vint d'Angleterre au conseil législatif de Québec de passer une loi pour la sûreté etla liberté personnelles des habitants du Canada, aussi bien Anglais que Français. Le conseil, entièrement composé deprotestants toujours hostiles aux Catholiques, ne pouvait s'opposer directement à la volonté du gouvernement de la métropole, énoncée cette fois dans l'intérêt des Canadiens ; mais il tenta de limiter le bienfait royal en excluant du bénéfice de l'acte d’Habeas corpus les réguliers de l’un et de l’autre sexe. Le clergé comprit alors les fâcheuses conséquences que cette exclusion ia

pourrait entrainer pour les réguliers, surtout pour les

communautés de femmes, et il réclama vivement afin d'obtenir justice. Des adresses publiques signées du vicaire-général du diocèse, des supérieurs du séminaire, et du père gardien des Kécollets, vinrent frapper à la porte du conseil, pour y être admis comme partie intervenante et complaignante de la nouvelle législation que l’on agitait, et la proposition d'exclusion fut rejetée !.

Cette adresse et le succès qu’elle obtint prouvaient deux choses dont le clergé aurait dû profiter : la première, qu'il avait devant lui une voie légale et toujours libre par laquelle il pouvait demander justice des actes je que l’opposition protestante cherchait à établir contre l'Eglise Catholique; la seconde, que s’il avait toujours ea le courage d'employer cette voie, chaque fois que le

Bibaud, JJistoire du Canada, Québec.

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gouvernement avait entrepris quelque chose de fâcheux pour la Religion Catholique, il aurait pu réussir à empêcher bien des spoliations et des empiètements, dont les Catholiques sont encore aujonrd’hui les victimes, et contre lesquels ils étaient "tant plus fondés à réelamer, qu'ils avaient rendu davantage de services au gonvernement, dans le temps des troubles. Mais lee... #ce faillit trop souvent au clergé, lorsqu'il n'avait besoin que de se montrer et de faire valoir ses droits, ainsi qu'il aurait dû le faire lors de la suppression du chapitre et du collège des Jésuites de Québec.

Depuis cette époque, l'évêque Briand avait vu dimi- .

nuer chaque année le nombre de ses conseillers naturels, et la sage coutume de tenir de temps en temps des synodes diocésains, tant recommandée par les anciens canons, et si féconde en résultats heureux pour le pasteur et le troupeau, était tombée également en désuétude. Une seule dignité existait encore, celle de grandvicaire, et l’évêque, dénué des conseils et des appuis naturels qu’il rencontrait auparavant dans cette hicrarchie secondaire, si utile surtout dans un si vaste diocèse, où ils lui avaient jusque-là facilité les détails de l'administration, paraissait être retombé au rang de simple vicaire-apostolique, que lui avaient souhaité les vues ambitieuses du curé Récher. Privé de ces soutiens, qui se trouvaient par leur dignité naturellement interposés entre lui et les missionnaires, il voyait peser sur sa tête tout le poids des affaires et de la responsabilité de son diocèse.

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11 IHISTOIRE

Si l’on ajoute à ce fardeau les souffrances d’une muladie cruelle dont il était attaqué depuis deux ans, il sera facile de faire comprendre la situation pénible où se trouvait l'évèque Briand. Dans cet état, 5e sentant incapable de travailler davaatage, il résolut de résigner entre les mains de son coadjuteur cet évêché dont le gouvernement n'avait été pour lui qu’une source de chagrins et de souffrances, dans les circonstances pénibles où il en avait été chargé. Ce n’était pas qu'il ne redoutât de mettre un si pesant fardeau sur des épaules aussi débiles que celles de son successeur; mais son âge avancé, et celui plus avancé encore de l’évêque de Dorylée, lui faisaient craindre de laisser le diocèse sans pasteur, si tous les deux venaient à mourir à la fois; tandis qu’en donnant sa démission, il y avait à espérer que, d’après l’arran sement convenu, on laisserait d’Esglic prendre un coadjuteur plus jeune et plus en état de conduire les affaires.

En conséquence de cette résolution, il écrivit au gouverneur Henry Hamilton (24 novembre 1784); celuiciaccueillit avec hienveillance la demande de l’évêque, en lui exprimant poliment son regret de lui voir quitter son siége, et, le 29 novembre suivant, Louis-Philippe Mariaucheau d’Esglis accepta la résignation de son prédécesseur ‘, en lui laissant les pouvoirs de vicaire-général du diocèse. [Il prit possession de son église le 2 décembre suivant, et, deux jours après, par mande-

Documents relatifs à la démission de M5' Briand, septième évêque de Qnébec. Aux archives de l’archevéché de cette ville.

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ment adressé à tout le clergé de son diocèse, il annonc: la détermination qu'avait prise l’évêque Briand. D'Esulis, dont l’épiscopat fut aussi nul que sa personne et son caractère dans l’histoire de l'église canadienne, se retira, aussitôt après son installation, dans son presbytère de Saint-Pierre de l’île d'Orléans, où il continua à demeurer jusqu’à sa mort.

Le lendemain même de la résignation d'Olivier Briand , le clergé, qui voyait avec autant de chagrin que ce prélat le fardeau de l’épiscopat sur les épaules de l’évêque d’Esglis, obtint de lui donner pour coadjuteur le prêtre Jean-François Hubert, né en Canada aussi bien que lui. Ce choix n'était peut-être pas beaucoup plus remarquable que le précédent, si l’on considère les lumières et la fermeté si nécessaires dans unévèrue, Mais ces qualités étaient celles précisément que le gouvernement britannique redoutait de rencontrer dans le premier pasteur de l’église du Canada. En donnant la préférence à Hubert sur les candidats dont la liste lui avait été présentée auparavant pour le cas éventuel de la mort de l’évêque, le gouverneur, qui agissait au nom du ministère, avait prévu qu'il n'aurait rien à redouter du caractère timide et doux du nouveau coadjuteur. Mais à cette timidité excessive, commune alors bien plus qu’à présent à une grande partie du clergé franco-canadien, Hubert Joignait une grande innocence de mœurs, un désintéressement peu commun, et un zèle ardent pour le salut des âmes. Elevé au séminaire de Québec, dont il avait été directeur pendant

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douze ans, et supérieur pendant cinq, il s'était, depuis

trois ans, consacré aux missions parmi les Sauvages, et ‘al

demeurait alors précisément au village des Hurons de vo

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l'Assomption, près de Détroit !, pour lesquels il conils 4

serva toujours depuis une affection toute paternelle.

Elevé malgré lui à l'épiscopat , il fut proposé à Rome nes comme s’il avait été le choix spontané du clergé et de M

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l'évêque, qui n'étaient malheureusement que les instru. mentstimides etcraintifsdu gouvernement anglais. Accepté, sur la relation de l’évêque de Québec, par la con-

grégation de la Propagande, il fut nommé évêque d’Al- les

myre, par une bulledu 1#juin 1785. Telle était à cette étui accé fut-

aux

époque l’idée que tout le monde et surtout le clergé

avaient de l'incapacité, pour ne pas dire davantage, de Mariaucheau d’Esglis, alors titulaire de Québec, que le coadjuteur Hubert, craignant que la consécration épiscopale ne fût atteinte de nullité s’il la recevait de ses a! ue l': Mar ! A » Bri: l . . os À 1680 les mains, pria l’ancien évêque Briand, qui vivait retiré au | dais Qué]

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