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130 HISTOIRE ; de l’année la face des affaires. Le commodore arhéricain Perry, après avoir été bloqué pendant longtemps à Érié, captura la flotte anglaise tout entière sur le lac
du même nom, et coupa par ce moyen les vivres à |
Proctor, qui ne réussit qu'avec des difficultés inouïes à se créer de nouvelles communications à travers l’épaisseur des forêts.
* Mais sa situation n’en était pas moins dangereuse: elle était la même que celle du général américain Hull un an auparavant à Détroit ; il avait toutefois un avan-
tage sur cet officier, celui de compter de fidèles alliés :
dans les Iroquois établis dans cette partie du Haut-Canada depuis l'indépendance des États-Unis. Malheureusement pour lui, après la destruction de sa flotte, il perdit par sa lenteur un temps précieux, etau commen:
cement d'octobre il se trouva par sa propre faute en pré. |
sence d’un ennemi formidable. Il n'avait avec lui qu'un corps de mille hommes et environ douze cents Sauvages, lorsque les Américains, au nombre de plus de trois mille, lui présentèrent la bataille sur les bords pitto-
resques de la rivière de la Tranche, à trois journées de | marche seulement (56 milles) de Détroit. Les Riflemen' |
des États-Unis chargèrent tout-à-coup avec une telle furie, qu’ils rompirent la ligne des Anglais ; toute l’armée britannique se trouva promptement dans une extrême confusion, et la plus grande partie devint prisonnière. Les Iroquois se comportèrent bravement sur un autre
* On appelle en Amérique Riflemen ceux qui sont armés du riffe, espèce de carabine cannelée de laquelle les Américains se servent avec beaucoup d’habilaté.
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Redevenus maîtres de toutes les eaux, les Américains réunirent leurs forces à l'extrémité du lac Ontario et du lac Champlain, sous îes ordres des généraux Wilkinson et Hampton, dans l'intention d'attaquer simultanément Montréal avant de donner le temps aux troupes renfermées”dans le Haut-Canada de descendre au secours de cette ville. La réussite de ce plan leur assurait la possession de toute cette province depuis Montréal jusqu’à Détroit, et forçait l’armée anglaise tout entière ou à mettre bas les armes, ou à sefrayer un chemin au travers des forêts jusqu’à Québec ‘. Rien ne pouvait empêcher Wilkinson de trouver des bateaux et des pilotes pour passer son armée sur l’île de Montréal, trois ou quatre jours après avoir quitté le lac Ontario, et Hampton n'était qu’à deux journées de marche du Saint-Laurent.
Dans cette extrémité, sir George Prevost fit un second appel à la loyauté du peuple canadien, appel que l'évêque appuya par un mandement énergique, en ordonnant partout des prières pour le succès des:armes britanniques, et pour qu’une heureuse paix vint bientôt couronner leur victoire. Jamais peut-être, depuis la domination anglaise, les paroles de l’évêque de Québec
1 Montgommery Martin, The Canadas, in his Brilish Colonies.
Un sat ©
132 HISTOIRE n’avaient eu autant de retentissement. Les milices des
| campagnes se réunirent avec un empressement qu'elles
n'avaient jamais déployé auparavant, et se rangèrent sous la bannière de Saint-George. La citadelle de Qué:
bec avait été fortifiée avec le plus grand soin; mais il |
fallait dégarnir la ville de ses troupes pour les porter
vers Montréal. Au signal donné par l’évêque, tous les |
jeunes élèves du séminaire en état de porter les armes formèrent eux-mêmes une milice nouvelle, qui fut chargée de monter la garde sur les remparts de Qué-
bec, et de veiller à la sûreté du château Saint- Louis, où était demeuré le gouverneur. Ce seigneur .en té ‘| moigna publiquement sa satisfaction aux élèves, ainsi |
qu’à M. Plessis, qu'il chargea de faire part aux mili. ciens de la campagne des sentiments dont il était animé à leur égard.
Le prince-régent, depuis George IV, ovine an | gouverneur d'exprimer particulièrement à l’évêque de |
Québec toute la gratitude qu'il éprouvait des preuves de loyauté qu’il avait données (octobre 1813), et bien. tôt après il crut devoir le récompenser en lui: accordant une place au conseil législatif de la province. L’évêque catholique y vint siéger après l’évêque anglican, qui avait le pas sur lui, et cette faveur, en supposant que c'en fût une pour un prélat de
la véritable Église, fut comme la reconnaissance off:
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qu’on lui avait encore refusée l’année d’auparavant. Cependant, le général américain Hampton, après avoir réuni toutes ses troupes, était entré, à la tête de trois ou quatre mille hommes, dans le Bas-Canada, avec l'intention apparemment de prendre position sur le Saint-Laurent, par la rivière de Châteaugay. Le 26 octobre, il s’approcha du détachement du colonel de Sa-* laberry, qui se trouvait posté sur cette rivière, à trente milles environ de la frontière. Cet officier appartenait à une famille française des plus distinguées et des plus anciennes du Canada; depuis sa jeunesse, il avait, dans plusieurs parties du monde, toujours servi avec
honneur dans les troupes britanniques. Il joignait à
l'expérience et à un grand talent militaire une rare activité et une intrépidité personnelle incontestable. Il commandait l'avant-garde de l’armée, composée d’environ trois cents hommes, dont il avait toute la confiance; la plupart étaient netifs du Bas-Canada, voltigeurs on miliciens, d’origine française ou Indiens catholiques. L'armée ennemie, formée surtout de nouvelles recrues, paraissait n'avoir d'autre idée que de gagner la bataïlle par des manœuvres habiles et un feu de peloton. Le colonel de Salaberry, prenant avan-
“tage de l’état boisé de la campagne, mit ses hommes à
couvert derrière les arbres etles buissons, et fit un feu roulant sur les Américains, chaque coup portant la mort dans leurs rangs, et le colonel donnant lui-même l'exemple. Leur perte fut considérable, tandis que Salaberry n’eut que deux hommes tués et seize blessés.
Hampton, découragé, se retira sur la frontière; et de là à Plattsburg, petite ville de l'Etat de New-York,
sur le lac Champlain. Il ydemeurs dans une inactivité
absolue, son armée diminuant à vue d'œil par les maladies ou la désertion.
Pendant ce temps, Wilkinson continuait sa marche
‘sur Montréal. Le 5 novembre, il s’embarqua dans l’île
Grenadier avec ses troupes, qui montaient à-huit ou neuf mille hommes, parfaitement armés et équipés. Le 6, dans la nuït, il passa devant le fort anglais à Prescott. Il faisait un clair de lune magnifique ; la nuit suivante, il aurait pu être sur l’île de Montréal avant
* même que sir George Prevost pût recevoir la nouvelle
de son approche. Mais divers incidents retardèrent sa marche et donnèrent au gouverneur-générul le temps de réunir toutes ses forces. qui montèrent bientôt à plus de vingt mille hommes. Il les disposa avec habileté sous les ordres de divers généraux ; et les Américains, ne pouvant tenir contre des forces si supérieures, se retirèrent après plusieurs rencontres sanglantes (dé. cembre 1813). La guerre continua encore durant la plus grande partie de l’année suivante, la victoire passant tour à tour des Anglais aux Américains, et de, ceux-ci aux Anglais. La paix fut signée à Gand, au
mois de décembre 1814, ratifiée à Washington, le18
février 1815, et publiée à Québec, au mois de mars ; elle mit fin aux hostilités, et rendit au Canada le calme et la tranquillité.
Les services que l’évêque de Québec avait rendus à
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DU CANADA j 135
l'Angleterre durant cette guerre méritaient sans doute une autre récompense que la vaine distinction d’entrer ‘au conseil législatif et d'y prendre place après l'évêque anglican. Le ministère britannique désirait lui accorder une pension qui l’aidât à soutenir son rang; mais il voulait que l’évêque Plessis lui en fit préalablement la demande. L'Angleterre n’a jamais su être véritablement généreuse. On engagea le prélat à présenter une supplique, et il eut la faiblesse de le faire, tant il trouvait douce la faveur de ce gouvernement perfide, lui qui pouvait alors tout demander, lui dont l'influence était réellement alors la seule puissance en Canada capable de contenir les peuples dans le devoir, et qui aurait obtenu, s’il avait osé les réclamer énergiquement, les biens des Jésuites pour les employer au bénéfice de l'Église et de l'éducation catholique. Le ministèrebritannique aurait-il pu refuser quelque chose à celui qui seul lui avait fourni les moyens de garder le Canada? Mais tout ce qu’il en retira fut une pension de mille livres sterling , et l’autorisationd’ériger quelquesnouvelles paroisses dans son diocèse,entre autres celle du faubourg Saint-Roch, que le prélat détacha de celle de Québec, et où il bâtit une grande église.
! Cette pension a été oontinuée, après la mort de Mir Plessis, à Me" Panet, son successeur ; et, après celui-ci, à M6" Signay, qui en jouit jusqu’à sa mort. Le gouverneur du Canada ayar: fait demander, il ÿ a septans, Me" Turgeon, alors coadjuteur de Québec, lui annonça, à travers plusieurs compliments, que cette pension serait retirée après le décès de Mt Signay. Mt Turgeon n’est pas riche ; il n’en répondit pss moins avec noblesse qu'il était au-dessus des inquiétudes de la fortune, et que, lorsque Dieu le ferait archevêque de Québec, il avait assez de foi dans la bonté de sa providence et la charité d’un peuple catholique, pour ñe pas craindre de manquer de ressources.