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le choix
du nouveau coadjuteur fut, comme à l'ordinaire, l’œuvre du gouvernement. Suivant avec habileté sa tactique habituelle à l'égard du clergé catholique, il chercha à “accaparer cette fois à son profit toute son inluence spirituelle, en imposant à l’évêque un coadjuteur capable, à la vérité, mais tout dévoué malheureusement aux intérêts britanniques. Le nouvel élu, Charles-François Bailly de Messein , prêtre canadien , d’une famille distinguée, mais pauvre, avait de l'esprit, de l'éclat, et nul ne lui contestait son talent. Il avait étudié en France, où il avait acquis des manières qui l'avaient promptement avancé dans les bonnes grâces du général Guy Carleton; depuis lord Dorchester, à plusieurs reprises gouverneur-général du Canada ; et ce seigneur l’avaït emmené avec lui en Angleterre en qualité de précepteur de ses enfants. Ebloui de la faveur du gouvernement, il se laissa entraîner à la remorque de la politique anglaise, à laquelle il dut sa nomination. Au commencement de sa prétrise, il avait été missionnaire et vicaire-général de l’évêque Briand dans les provinces du golfe, et, depuis son retour d’Angleterre, il avait été nommé curé de la Pointe-aux-Trembles, paroisse peu distante de Québec. « Îl venait souvent en ville, disent les papiers du temps !, mais le château le voyait plus souvent que le séminaire, » Il y eut un semblant d'opposition parmi le clergé, lorsque ce choix eut été ‘connu ; car nul n’était plus im-
''Gaselle de Québec, arucle inséré, — Année 1789—-90.
populaire que Bailly de Messein dans toutes les-iclasses de lu société canadienne. Personne n'osa cependant éle- ‘ver la voix contre lui, et l’évêque Hubert demanda à
Rome de-confirmer cette élection, qu'il disait avoir été |
faite par le clergé canadien ; il eut dans la suite tout le
temps de s’en repentir. Le pape Pie VI-lui expédia la
* même année la bulle qui confirmaitce choix si peu conforme aux désirs des Canadiens, avec le titre d’évêque de Capse, sous lequel Bailly de Messein fut consacré, le 12 juillet 1789. *: :
Après avoir terminé la cérémonie de nsisdhe l'évêque de Québec voulut aussitôt renvoyer son: nouveau coadjuteur, et lui intima l’ordre de retourner à sa paroisse. Celui-ei, qui espérait, déjà partager avec l'évêque titulaire les soins de l’épiscopat; et obtenir une part dans l'administration du diocèse, lui fit connaître sa pensée, en le priant de lui communiquer au moins avant son départ les pouvoirs de grand-vicaire. L’évêque de Québec s’en excusa timidement; maïs son refus piqua au vif l’évêque de Capse, qui lui demanda d’une manière assez hautaine pourquoi donc il l'avait fait son coadjuteur. — Ce n’est pas moi qui vous ai fait coadjuteur, répondit alorsle prélat avecune amertume qui montrait tout son regret et sa douleur ; et, si je vous ai sacré, ce n’a été que pour assurer l’épiscopat dans le Canada, et non pour m'aider ; Dieu merci, le Ciel m'a donné assez de force et de santé pour conduire par moimême mon diocèse, et, s’il lui plait, jusqu'à ma mort, je n'aurai jamais besoin de votre aide. — Ces paroles
dureté:
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DU CANADA ü5 blessèrent profondément l'orgueil du coadjuteur, qui se retira le cœur plein de fiel contre son évêque. H s’en retourna à ir Pointe-aux-Trembles, d’où il adressñ ensuite à l’évêque Hubert des reproches aussi signicatifs que peu respectueux pour sa personne, insérés dans une lettre qui fut rendue publique dans la Gazette de Québec du:29 avril 1790.
Un document de ce genre publié, pour la M fois, d’une manière si:inusitée et si peu conforme aux . convenances et aux formes canoniques, jeta la consternation dans tout le clergé, en même temps qu'il révélait toute l'ambition du coadjuteur. De son côté, celuici se sentait d'autant plus froissé de ce qu'il appelait la dureté de l'évêque de Québec, ordinairement si timide
et si indécis, qu'il croyait reconnaître dans la conduite
du prélat l'œuvre: d’un jeune :sous-diacre qui lui servait de secrétaire, Octave-Joseph Plessis, lequel à beaucoup de souplesse et de pénétration joignait un mérite supérieur à celui de ses compatriotes , et paraissait, dans le poste de confiance où la Providence l'avait placé, avoir exercé une: influence toujours croissante
sur l’évêque Hubert. On vit dès lors l’évêque de Capse
agir en opposition constante avec son . supérieur ; trop enivré sans doute des éloges qu’il recevait des ennemis de sa religion, il manqua plus d’une fois à ce qu'il devait à son chef et à ce qu'il se devait à luimême, et, s’il ne trahit pas entièrement les intérêts de l'Église et de ses concitoyens, on ne peut malheureusement le justifier d’avoir fait avorter plus d’une fois les
56 HISTOIRE bonnes intentions de l'évêque Hubert, et d’avoir pro- .fité plus tard de sa timidité pour l’entraîner violemment dans plus d'une démarche inconvenante et peu La première occasion où les deux évêques se trouvèrent publiquement en opposition ne tarda pas à se présenter. En 1789, le gouvernement avait conçu la pehsée de fonder dans la province de Québec une université mixte, c’est-à-dire à la fois protestante et catholique. Un comité présidé par l'honorable William Smith ! fut institué pour l'examen de ce projet; mais, comme il était difficile de feire quelque chose de ce genre sans le concours du clergé catholique, Smith écrivit à l'évêque de Québec ainsi qu'à son coadjuteur pour avoir leur avis. Hubert exprima qu'il ne croyait pas que le temps füt venu de fonder une université à Québec, appuyant son opinion de motifs assez plausibles. Il ajoutait que, pour mettre la province en état de jouir par la suite d'un bienfait aussi précieux, il fallait commencer par encourager les études dans le collége fondé depuis peu par les Sulpiciens de Montréal, et dans le séminaire de Québec. « C’est à quoi, disait l'évêque, je veille avec la plus grande attention. » Il proposait en outre de fonder un troisième collége, ou plutôt de remettre sur pied celui qui avait autrefois existé dans la maison des Jésuites, lequel aurait eu pour dotation les biens de ces religieux.
1 Le pére de l'historien fanatique, ennemi du clergé et de l'Église Catholique en Canada,
VUS Um vs v
« Je rends aux Révérends Pères Jésuites, joutait-il encore, toute la justice qu’ils méritent pour le zèle avec lequel ils ont travaillé, dahs cettecolonie, à l'i2struction et au salut des âmes. Néanmoins je ne serais pas éloigné de prendre dès maintenant des mesures pour assurer leur collége, ainsi que leurs autres biens, au peuple canadien, sous l'autorité de l’évêque de Québec. Maïs à qui appartiendrait le gouvernement du collége des Jésuites, s’il était remis sur pied ? D'abord au R. P. de Glapion, jusqu’à sa mort, et ensuite à ceux qui seraient substitués par l’évéque. Est-on surpris d’un tel projet? Voici ne des principes sur lesquels je l’établis :
» 1° Le fonds de ce collége ne consiae que dant les biens des Jésuites. |
» 2° La province n’a droit de se les approprier qu’ à raison de leur destination primordiale.
» 3° La propagation de la foi catholique est le principal motif de tous les titres.
» 4° Les circonstances des donations et la qualité des donateurs prouveraient toutes que c'était là leur intention. Les Canadiens considérés comme cathol:ques ont donc à ces biens un droit incontestable.
» 5° L’instruction des Sauvages et la subsistance de leurs missionnaires paraissant entrer pour beaucoup dans les motifs qui ont dirigé les donateurs des biens des Jésuites, n'est-il pas à propos que l’évêque de Québec, qui députe ces missionnaires, puisse déterminer en leur faveur l'application de la partie desdits
» biens qui sera jugée avoir été donnée pour eux, plu- » tôt que de les voir à la charge du gouvernement, ‘» comme plusieurs l'ont été depuis un certain nombre » d’années? Or, en conservant les biens des Jésuites » aux Canadiens, sous l'autorité de l’évêque, celui-ci » serait en lieu de faire exécuter cette partie essen- » tielle de l'intention des donateurs, cc il est d’ailleurs », itrès-probable que le public et le collége ati un » à cet.arrangement !. »
La rédaction de cette lettre, si subtiles pour le fonds et la forme à tout ce que l’évêque Hubert aurait pu produire, était le résultat d’un conseil tenu au séminaire, assemblé sous l'inspiration du jeune secrétaire de l’évêque: l’ancien évêque Briandet les sommités du séminaire s’y étaient réunis avec eux; deux prêtres français, MM. Robert et. Gravé, étaient alors à la tête de l’établissement fondé par François de Laval, et ce dernier avait été grand-vicaire de Québec successive-
ment: sous Olivier Briand et Mariaucheau d’Esglis, qui l'avait destitué par un caprice de vieillard. Le plan
proposé dans ce conseil et envoyé au comité, au nom de l’évêque Hubert, était loin de répondre aux vues du gouvernement, qui désirdit vivement appliquer les biens des Jésuites, sinon à une université toute protestante, du moins à une œuvre mixte et où il aurait été plus facile dans la suite de protestantiser les Catholiques.
! Lettre de l'évèque de Québec à l'honorable W. Smith, chief justice, etc., 18 novembre 4789, imprimée à Québec.
La | lord Da à-fait € rait le sacré, d sité. Se celle de de la li dans de chant donnée comme suite er ment, q testantc en mat phique:
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La lettre du coadjuteur, inspirée dans les salons de lord Dorchester, était, comme on le peut penser, toutà-fait conforme à ses vues. Bailly de Messein conjurait! le comité, au nom de tout ce qu’il y a de plus sacré, de constituer immédiatément la nouvelle université. Sa lettre ayant été écrite assez longtemps après celle de l’évêque de Québec, il avait eu tout le temps de la lire et de la méditer. Il en parla dans la sienne dans des termes méprisants et pleins d'insulte, « sachant bien, disait-il, à qui attribuer cette rapsodie, donnée au nom de l’évêque, qui n'y avait été que comme l'instrument de l'intrigue, etc. » Il relevait ensuite en termes pleins d’éloges les plans du gouvernement, qui cherchait à établir sinon la suprématie protestante, au moins un système d’indifférence religieuse en matière d'éducation, ‘analogue au collége. philosophique que le roi Guillaume d'Orange s'était efforcé de fonder, il y:a trente ans, dans là ville de Louvain. Cette idée ressort si évidemment de la lettre de l’évê. que de Capse, qu'il est impossible de s’y méprendre et de ne pas croire qu’il y eût alors une véritable conspiration tramée dans le but d'opérer un schisme dans le Canada.
Outre les divers détails que nous avons othite de la lettre de l’évêque de Québec, cette lettre donnait encore un aperçu de l’état où se trouvait l'éducation canadienne à cette époque. Le collége du séminaire de Qué-
1 Copie de la ler de l'évêque de Capse, ctc., au président ducumité d'éducalion, 8 avril 4790, Québec.
HISTOIRE bec était la seule institution où l’on pôt faire un cours
complet d’études, et les enfants protestants y étaient admis: D 6 <a" La |
Pr
la généralité des Canadiens ne savait pes lire et'n'aimalt que à se. rendre. aux éooles, ERRITNS Les. réponses Semtetdiatares meules: empéchèrent le comité de prendre aucune décision. Il: résulte toutefois des conclusions qui farent tirées à la suite de la lettre de l'evêque Hubert que la majorité des membres était favorable à ses idées, et que, sans les obtenue alors pour !e rétablissement du collége des Jésuites, qui aurait été par la.suite constitué en université catholique, avec l’affectation.des grands biens que le gouvernement mit sous le séquestre et dont seul il profits, après la mort du dernier membre. nds Compagnie de Jésus en Canada.
. Le père de Glapion, dont id avait été nai. dis la lettre de l'évêque de Québec, mourut avant la publication de celle de l’évêque de Capse, le 24 février
manifes lettre a blait ce sieurs à avec de plupart de celle
évrier
1700. «Le dergé, dit le Gasotie de Québec! perd
que tout-b-ooup- parut: dans ls Gasoïte M ouiee, un manifeste qui neuiblait on être a jte
blait ce prélat des reproches
sieurs actes de nr cl ut: em
avec des paroles séditieuses, ernilrtephees dela plupart des fêtes patronales chômées en Canada, même de celle dé cie EM la Lot vénérée des Catholi
\ Gazette de Québec du & mars 4790. Article communiqué.
ques, puisque c’est le jour du triomphe de l’auguste Mère du Rédempteur. Tout le monde, et l'évêque le premier, convenait que les fêtes patronales étaient peut-être.en trop grand nombre dans un pays où l'été
est si court, et il avait été déjà question d'en retran-
cher encore plusieurs. Mais dans une contrée où l’on
aime à voir la Religion s’environner de toutes les pômpes de son culte, où l'éclat des solennités, la régularité du chant et des cérémonies, ont tant de puissance pour retenir les peusles dans la foi, dont elles sont ia magnifique expression ; dans une contrée où le protestantisme anglican échousit malgré tous les efforts d’un prosélytisme habile, et parvenait à peine à faire quelques mi-
sérables gpostats, précisément peut-être parce qu'il
n'avait qu’un culte vide et sans vie à opposer aux s0lennités vivifiantes du Catholicisme : pour tous ces motifs, il ne fallait certainement procéder qu'avec la plus grande circorispection à la suppression de quelques-unes de ces fêtes, que les ennemis de l'Église auraient v'ulu voir mettre sur un pied d'égalité avec l'anglicanisme, en les réduisant au juste nombre des jours fériés,par les ministres de l’église établie,
À une époque d’ailleurs bù les idées sophistiques de la France s’introduisaient dans le Canada, avec les récits plus ou moins exagérés de la révolution qui s’opérait dans la monarchie française et que les ennemis de la religion cherchaient à introduire dans l'antique constitution de l'Église; dans le temps même que les protestants inséraient dans la Gazette de Québec des
nmenso tribes ce Souverf nérable schisme consti n’était-i de soule mandar qu'il pot pitamm surtout quille a et de che du bien supérieu lonnes d que tout eussent moyen €!
l'évêque odieuse charité « doivent :
l'Église.
On ne où ce Dé
\ Gazette «
ntique jue les ec des
mensonges de toute espèce, et les plus violentes diatribes contre le gouvernement et la personne sacrée du Souverain-Pontife, contre les institutions les plus.vénérables du Catholicisme ‘, tout en applaudissant au schisme que l’on cherchait à établir au moyen de la constitution civile du clergé ; dans ce temps-là donc, n’était-il pas bien téméraire, pour ne pas dire criminel, de soulever publiquement l'opinion populaire , en-demandant tout à coup dans la discipline des réformes qu’il pouvait ne pas être opportun d’accorder si précipitamment ? N'était-il pas criminel pour un prêtre, et surtout pour un évêque, de troubler le pays, si tranquille auparavant, par des clameurs de démagogue, et de chercher ainsi à semer la division, sous prétexte du bien public, en venant outrager la personne de son supérieur ecclésiastique, de son évêque, dans les colonnes d’un journal protestant ? En supposant. même que toutes les réformes demandées par le coadjnteur eussent été parfaitement justes dans leur objet, le moyen employé pour les obtenir, et la violence faite à l'évêque de Québec, n’en étaient pas moins une chose odieuse et contraire aux lois canoniques, comme à la charité et à l’esprit de’ subordination et de. paix qui doivent: régler tous les rapports entre les ministres de l'Église. pi On ne peut imaginer la douleur et la consternation où ce manifeste plongea toutes les classes de citoyens
\ Garelle de Québec, années 1789 — 90 — 91,
\ NX
sincèrement attachés à leur religion. L'évêque Hubert garda le silence ; mais tout le elergé, que Bailly de Messein disait, dans cette lettre, être complice de sa eonduite, s’empresss dele désavouer par la même voie; et,
durant plusieurs semaines, chaque. journal: âpporta |
de nouvelles signatures pour démentir les paroles du coadjuteur , et protester de l’obéissance et du respect
des prêtres à l'évêque de Québec. Pas un n’y manqua;
et, à la suite de la première protestation, on troùve la signature de l’ancien évêque Briand ‘, avec: ces paroles : « Nous approuvons vos sentiments, nos très » chers frères, et vous nous consolez dans l'excès de » nos douleurs. » Cette unanimité dut en effet consoler le cœur de ce prélat, et apporter quelque baume
à celui de l'évêque de Québec. Elle aurait dû ouvrir les |
yeux du eoñdjuteur ; mais les protestations des laïques eux-mêmes, qui joignirent leurs noms à ceux du clergé, ne parvinrent pas à lui faire reconnaître l'abîme qu'il creusait sous ses pas, et l'avenir désastreux dont sa con-
duite menaçait l'Eglise du Canada,
Sa lettre sur l’université, datée du 5 avril, ab été envoyée au comité, un peu avant l’époque de celle qu'il écrivit, par la voie du journal, à son évêque. Au mois d'octobre suivant, ce document était rendu publie, et annoncé comme étant en vente chez tous les libraires. Ce second outrage dut être vivement senti de tout le monde; mais on ne lui avait déjà que trop fait con-
\ Gatelle de Québec du 6 mai 47900.
naître cé clama ce lence. :
Cette faisant pouvant pour l’u indéfinini toutump de remet des Jésui entre les père We 1794, ac Compagn que de Qu pétuer so!
restait se à cette oc aux hôpit maison de eut plus” cette anci agents de Cepend par-les tr vigilance
| Gazelte d
Au mois iblie, et e tout le ait con-
DU CANADA 65 naître ce qu’on pensait de lui. Aussi personne ne réclama cette fois, et Hubert continua à garder le silence. : l k Cette lettre d’ailleurs n'obtint aucun résultat satisfaisant dans le public; ct le gouverneur-général, ne pouvant faire adopter le plan de l'évêque de Capse pour l’université, ainsi que nous l’avons dit, l’ajourna indéfiniment, n’osant, d’un côté, frondef” l'opinion de toutum peuple, et, del’autre, se souciant peu sans doute de remettre à l’évêque de Québec le collége et les biens des Jésuites, qui eussent été une arme trop puissante entre les mains des Catholiques. La mort, quienleva le père Well, à Montréal, au commencement de l’année 1791, achevait de décimer les restes vé::érables de la Compagnie de Jésus. Le père Cazot, frère lai, que l’évêque de Québec avait élevé aux ordres sacrés, afin de per: pétuer son ordre aussi longtemps que possible, et qui restait seul avec le père dé Villeneuve, se transporta à cette occasion à Montréal. Il distribua aux pauvres, aux hôpitaux et aux églises, tout ce que renfermait la maison de la Société dans cette ville ; et, lorsqu'il n’y eut plus rien à donner, il revint à Québec, laissant cette ancienne demeure des civilisateurs du Canada aux agents de la couronne, qui en prirent alors possession ! . Cependant le coadjuteur ne se laissait pas rebuter par les mépris “ont il se voyait l’objet; malgré la vigilance du jeune secrétaire, il continuait ou par lui-
! Gaïelle de Québec, 44 avril 4791.
même ,.ou par les partisans peu nombreux ides ré: formes, à obséder l’évêque de Québec. Celui-ci, redoutant leurinfluence auprès dugouvernement, avec lequel les évêques de Québec curent toujours si peur de se compromettre, finit, quoiqu'à regret, par céder à leurs importunités. Un mandement dicté par la faiblesse fut publié le 4ÿavril 4791 ; il supprimait la plus grande partie des fêtes chômées, en établissant cependant que quelques-unes seraient soleunisées lorsqu'elles tomberaient au dimanche. Du nombre de ces dernières était Y Assomption de la sainte Vierge, la patronne même du Canada, qu: l'on se disposait ainsi à ne plus célébrer qu’à de longs intervalles. Hubert, prématurément forcé à cêtte suppression par son coadjuteur, n’en écrivit à Rome qu'après coup, expliquant comme il pouvait sa conduite, sans en donner les véritables motifs. Par un décret de la Propagande en date du 28 novembre 1799, il lui fut répondu qu’une partie des fêtes sup-
primées par lui pouvaient demeurer dans l’état où il |
les avait mises; mais il y en avait d’autres, entre lesquelles se trouvait l’Assomption, qu’il lui fut ordonné de célébrer solennellement, chaque année, au moins au dimanche dans l'Octave de cette grande fête, C'était bien malgré lui que l'évêque Hubert l'avait supprimée ; aussi dut-il ressentir plus de joie que d’humiliation en revenant sur ses pas, ct en se soumettant, par un nouveau mandement ! adressé au clergé et aux fidèles
\ Mandements de Ms" Hubert, évêque de Québec, 1791-92. Aux archives de l'archevéché.
de son € rain-Po
s'étant:
nuer à j décesseu
Mais, rable à] nécessitk rendit ] l'acte co tout oct:
dans le’ ct l’enti terres é C’est ce C’est su puya pa furent p lages du siége an ce term glicane :
ides ré i, redouec lequel a se COmMeurs imesse fut s grande dant que s tomberes était même du “célébrer urément ven écrie-il pous motifs.
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entre lesordonné Au moins >, C'était pprimée ; miliation , par ui
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archives de
de son diocèse, aux ordres qu'il avait reçus du Souverain-Pontife.
La même année que l’évêque de Québec avait lancé son premier mandement à ce sujet (1794), des doutes s'étant élevés sur son autorité comme surintendant de l'Eglise romaine en Canada, relativement au droit
que les évêques de Québec avaient toujours possédé
d’ériger de nouvelles paroisses, églises où presbytères, une ordonnance de la législature anglaise lui confirmu cette prérogative, en reconnaissant qu’il devait continuer à jouir à cet égard des mêmes droits que ses prédécesseurs.
Mais, pour contrebalancer ce qu’il y avait de favorable à l’évêque dans une mesure que dictait alors la nécessité des circonstances , le parlement britannique rendit ln même année l’avte communément appelé l'acte constitutionnel. T1 y était ordonné que, dans tout octroi de terres nouvelles à faire par la couronne dans le Canada, il serait réservé pour l'établissement ct l'entretien d’un clergé protestant urie quantité de terres égale à un septième de celles ainsi octroyées. C’est ce qui fut appelé la réserne du clergé protestant. C’est sur cet acte que le gouvernement anglais s’appuya pour doter les membres de l’église établie, qui furent placés alors dans les villes et les plus gros villages du Canada, et surtout pour fonder le nouveau siége anglican que l’on voulait ériger à Québec. Sous ce terme générique de clergé protestant, l'église anglicane a toujours eu la jouissance exclusive de ces re-
venus, qui sont devenus fort considérables, Mais depuis plusieurs années les membres de l’église écossaise ont voulu établir leur droit d’être mis sur le même, pied que l’église anglicane, et ont demandé que les revenus fussent également partagés entre l’une et l’autre église.
A la suite de l’église écossaise, les diverses dénomina. .
tions protestantes ont prétendu qu’elles étaient incluses sous le même terme; et qu'un partage égal de
tous ces revenus devait être fait entre tous ceux qui
n'appartenaient pas à l’Eglise Catholique. Cette question était traitée au long par lord Durham dans son Rapport à la Reine"; etil y était dit « que les prétentions » exclusives de l’église d'Angleterre, au milieu des dissensions soulevées au sujet de cette pâture entre les diverses sectes, sont de nature à risquer la perte de la colonie et à hasarder une des plus belles pos- . sessions de l'empire britannique. »
L'acte constitutionnel donnait donc une existence complète et légale à l’église anglicane dans le Canada. L’archevêqué de Cantorbery, qui prétendait à une sorte de suzeraineté pontificale sur tous les domaines de l'empire britannique, dans le dessein de fortifier son établissement (church establishment) dans le Canada, érigea, de concert avec le gouvernement, un siége épiscopal à Québec, comme s’il n’y en avait jamais eu dans cette ville. C’est pour cette raison que le minis-
! Räpport de lord Durham, étc. Le Maut-Canada, — Cette question était pen dante à la chambre des représentants de Montréal lorsque je me trouvais dans cette ville, cn mai 1846, el les débatsà ce suiet varaisstieus axirémemext animés,
tére ans naître } avait ju de l'Égl Church.) rénce de de place anglican tinés à € foule de:
nion pul juin 174 Gazelte, que de L Québec , livres st se confir!
Quelq pas enco!
vivemen
1 Cette tac des évèques d cu pratique p sieurs (Brougl de Sydney, o!
catholiques d tifs cn mème à la race ang papauté sur t donner le titr glise de gouv mission par' de est fort de leu s’est passé del gants d’Angle
S depuis aise ont me, pied
revenus e église.
nomina- .
jient inégal de
eux qui
te queslans son tentions lieu des re entre la perte
Îles pos-
xistence Janada.
t à une omaines ifier son Canada, ége épismais eu e minis-
ion était pen is dans celle nimés,
DU CANADA 6) tère anglais avait toujours refusé jusque-là de reconnaître le titre des évêques de Québec, et ne lui en avait jamais donné d’autre que celui de surintendant de l'Église Romaine (superintendent 0f the Romish Church.) H cherchait ainsi à se conserver une apparence de canonicité à leur façon, et à ne-pas avoir l'air de placer:un évêque là où il y en avait déjà un !. Les anglicans préparèrent avec adresse tous les plans destinés à cet arrangement, et répandirent à dessein une foule de rumeurs, afin de sonder plus facilement l’opinion publique à ce sujet. C'est ainsi qu’au mois de juin 4793 le bruit courut , d'après un article de la Gazette, que le docteur Mountain, chapelain de l’évêque de Lincoln, avait été nommé au nouvel évêché de Québec , avec une provision annuelle de deux mille livres sterling. Cette nouvelle en effet ne tarda pas à se confirmer.
Quelques mois après, les protestants, qui n'avaient pas encore d'église dans Québec, et qui-convoitaient vivement celle des Récollets, où chaque dimanche,
1 Cette tactique du ministère britannique, qui profila si longtemps de la faibles:, des cévèques de Québec pour les empècher de prendre le titre’ de teur siège, fut mise cu pratique par le protestantisme anglican plus d'une fois depuis. — « Ces Messieurs (Brougham et Ci}, écrivail, il y a quelques années, M:" Polding, archevéque de Sydney, ont la prétention de défendre, comme une chose illégale, aux évêques catholiques d'Angleterre ou des colonies de prendre le titre de leurs siéges respectifs cu mème temps que la juridiction. » — Etailleurs : « C’est un plan trés cher à la race anglicane actuelle que de donner au chef du diocèse de Cantorbery unc papauté sur toutes les possessions britanniques. As tendent par-dessus tout à se faire donner le titre de Catholiques, qu'ils ambitionnent ardemment. L'usage où est l'Eglise de gouverner les contrées soumises à l'autorité protestante et les pays de mission par' des vicaires apostoliques, avec etitre d'évéque in partious infidelium, est fort de leur goût, en cc qu'il favorise leurs vues. » Je ne rappellerai pas ce qui
s’est passé depuis lors au sujet de l'archevèché de Westminster ct des sièges suffragants d'Angleterre,
après la messe, ils s’assemblaient pour leur service,
firent courir le bruit que le père Berrey, seul religieux survivant, disaient-ils ‘; de l’ordre séraphique en Canada, avait consenti à céder son église aux anglicans pour y établir leur culte, et son couvent pour servir de résidence au nouvel évêque. Ce bruit, répandu à dessein par les sectnires, et qui ne dénotuit que trop leurs iutentions, mit en émoi toute la ville de Québec. II fut démenti peu de jours après par les amis du père Berrey et de plusicurs religieux de l’ordre qui vivaient encore, et qui réclamèrent hautement contre toute dispositic« tendant à leur enlevér leur monastère. Mais ces bruits, tout faux qu'ils étaient, ne laissèrent pas que de jéter le trouble dans le clergé'et dans tous ceux qui pouvaient avoir des raisons de redouter les entreprises des protestants. Trop faibles d’ailleurs pour se montrer avec fermeté aux ennemis de leur religion, üs se contentaient de gémir avec l’évêque, sans oser prendre aucure mesure hardie qui pût imposer aux anglicans. ?
Au milieu de tous ces bruits, le nouveau prélat choisi pur l'Angleterre pour représenter l’église établie en Canada arriva enfin à Québec, avec sa femme et ses enfants : c'était, comme la rumeur l'avait annoncé un an auparavant, le docteur Jacob Mountain. Une députation composée de tout ce que le culte anglican avait de distingué dans la ville alla le complimenter;
‘ Gazelle de Québec, 19 septembre 1793.
et, peu neur-gé les céré de Qué honnet terre ( Dans nait ins d'évèq ment u rait da tionné vie que l'orgue dernie qui, à tombea tôt, con tombe :
porter :
à la mc Avec l reconn:
à la ch sieurs manda imprin
V Articl de Québec
service, religieux e en Ca-
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servir de lu à desrop leurs EC, Il fut re Dervivaiént joute disre. Mais rent pas ous ceux es entrepour se igion, iis ser prenix angli-
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DU CANADA 71 et, peu de jours après, par lettres-patentes du gouverneur-général, il fut installé, selon les formes et avec les cérémonies de l’église anglicane , seigneur-évêque de Québec (lord bishop of Quebec), avec tous les droits, honneurs, dignités, et privilèges des évêques d’Angleterre (mai 1794).
Dans le même temps qu'un prélat protestant venait insolemment se faire instalier sous le titre usurpé d’évèque de Québec, dans une église catholique égal:ment usurpée contre la foi jurée, un autre prélat mourait dans cette ville, dont il avait, lui aussi, ambitionné le titre, et allait rendre compte à Dieu d’une vie que la vanité et l’adulation, plutôt sans doute que l'o’gueil et le manque de foi, avaient. ternie dans ses dernieres années. Nous n'avons pu savoir les causes qui, avant l’âge, conduisirent l’évêque de Capse au tombeau. Déçu peut-être dans ses espérances, ou plutôt, comme on aime à le penser, touché de la grâce, et tombé malade de repentir.et de chagrin, il se fit transporter à l’hôpital-général de Québec, où il se prépara à la mort par tous les actes de la religion et de la piété. Avec les sentiments de l’humilité la plus sincère, il reconnut qu’il avait gravement manqué au respect et à la charité envers.son évêque ; et, en présence de plusieurs témoins ecclésiastiques et séculiers, il lui demanda pardon de tout ce qu’il avait dit, écrit on fuit imprimer de scandaleux ou de nuisible à la religion, ‘
Y Article communiqué par M. Berthiaume, curé de la Pointe-Lévi, à la Gazette de Québec, 5 juin 1794.
et de messéant à son caractère sacré . Charles-François mêmed Bailly de Messcin, évêque de Capse, et coadjuteur de’ NN autori
Québec, mourut, le 20 mai 1794, âgé de cinquante- pect un trois ans. Son corps fut transporté à la Pointc-aux- dans le
Trebles ct inhumé dans l'église de cette paroisse, dantes dont il avait continué d’être curé.:Nous n'entrepren- ciété J drons pas de faire de longues réflexions sur la mort de huit ans | ceiprélat ; nous croyons pouvoir dire cependant qu'elle mission
# était de nature à faire une profonde impression ‘sur continu | l'esprit des Canadiens, ct qu’elle put être regardée à fonde » la fois comme une grâce et comme un châtiment de la recteurs justice divine. S'il avait eu le malheur de devenir évi- ques ; que de Québec, son admir” ‘ration aurait pu avoir les plus cr
plus tristes conséquences pour l’Eglise du Canada : tre-ving car, si Pon ignore jusqu’à quel point il s'était laissé pompe, remorquet à la politique du gouvernement, on nc sait drale, i pas non plus de quelle nature étaient les engagements l'Auberi
qu’il avait pris avec l'Angleterre. De toute manière, son décès était un bienfait pour son pays, où il valait encore micux avoir des évêques faibles et ignorants . que des évêques vendus à l'ennemi.
Les sentiments chrétiens ct le repentir exprimés par l'évêque de Capse vinrent aduucir les derniers moments d'Olivier Briand, ancien évèque de Québec, qui
- mourut un mois après (25 juin 1794), dans le séminaire où il avait toujours résidé depuis son retour d’Angleterre. Ce prélat avait su sc concilier par ses vertus douces et aimables, et surtout par sa patience longanime, que rious appellertons peut-êtretimidité, l'estime
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DU CANADA 3 même du gouvernement anglais, Daus l'exercice de son autorité spirituclle, il s'était acquis lamour et le respect universels du clergé et des fidèles, et les pauvres, dans le sein desquels il avait souvent versé d'abondantes aumônes, s’unirent à toutes les elasces de la s0ciété pour déplorer l’amertume de sa perte. Après dixhuit ans d’un épiscopat pénible, il avait donné sa dcmission en faveur de Mariaucheau d’Esglis. Il avait continué à vivre ensuite au séminaire, dans une profonde retraite , environné des soins empressés des directeurs, qu’il édifia toujours par ses vertus domestiques, sa piété ct sa patience héroïque au milieu des plus cruelles douleurs. IL mourut âgé de près de quatre-vingts ans. Ses funérailles se firent avec une grande pompe, et il fut enterré dans le chœur de la cathédrale, à côté de François de Laval et du pieux de l'Auberivière.