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LE PARTI CONSERVATEUR ET LA QUESTION RELI- GIEUSE — ROME PARLE

En 1880, le parti conservateur était revenu au pouvoir à Québec comme à Ottawa. Chapleau était le chef du gouvernement provincial. Les programmistes qui avaient contribué puissamment au succès du parti conservateur crurent que l'heure du triomphe de leurs idées était arrivée. Ils demandèrent à Chapleau d'amender les lois du pays de façon à assurer pour toujours le principe des immunités du clergé et de soustraire les prêtres à l'autorité des tribunaux civils. Mais Chapleau refusa énergiquement de se soumettre à une demande aussi extraordinaire, et il devint plus que jamais suspect aux yeux des extrémistes appelés, dans le peuple, les Castors, et d'une portion du clergé. La discussion fut si violente que Rome jugea encore opportun d'intervenir pour mettre fin à une discussion si délicate et si dan-

gereuse et pour rappeler les ordonnances déjà énumérées par le Saint-Siège, relativement à l'intervention du clergé dans les luttes politiques.

Une lettre du Cardinal Simeoni disait :

A Monseigneur Alexandre Taschereau, Archevêque de Québec.

Illustrissime et révérendissime Seigneur,

" Il est venu à la connaissance de la Sacrée Congrégation de la Propagande que dans votre province, certains membres du clergé et du corps séculier continuent à s'ingérer trop dans les élections politiques, en se servant soit de la chaire, soit des journaux ou autres publications.

" Il est également connu de la susdite Congrégation que certains suffragants de votre Seigneurie cherchent actuellement à recourir au parlement pour faire modifier la loi des élections relativement à l'influence dite " indue."

" Or, pour ce qui concerne le premier point, je m'empresse de rappeler à votre Seigneurie que déjà, en l'année 1876, la Suprême Congrégation du Saint Office vous a communiqué l'instruction suivante :

" Il faut faire entendre aux évêques du Ca-

" nada que le Saint-Siège reconnaît parfaite- " ment Pextrême gravité des faits rapportés " par eux, et qu'il y a à déplorer particulière- " ment le tort dont en souffrent l'autorité du " clergé et le Saint Ministère. C'est pourquoi, " afin de réparer de si grands dommages, il faut " en extirper la racine. Or, la cause de ces " grands inconvénients se trouve dans la divi- " sion de ces évêques entre eux, tant au sujet "de la question politique qu'au sujet d'autres " questions qui s'agitent en ce moment au Ca- " nada. Afin donc de mettre un terme îl ces " dissensions si regrettables, il sera nécessaire " que ces évêques, de concert avec Monseigneur " le Délégué Apostolique envoyé au Canada, " s'entendent pour déterminer une ligne de con- " duite uniforme à suivre par tous et chacun "d'eux à l'égard des partis politiques.

" Une autre cause des mêmes inconvénients " se trouve dans l'ingérence trop grande du " clergé dans les affaires politiques, sans se sou- " cier assez de la prudence pastorale. Le re- " mède convenable à cet excès de zèle, c'est de " rappeler à ces évêques ce qui leur a déjà été " recommandé par cette Suprême Congréga- " tion, mercredi, 29 juillet 1874, à savoir que, "à l'occasion des élections politiques, ils se " conforment, en leurs conseils aux électeurs,

" à ce qui se trouve décrété dans le Concile Pro- " vincial de 1868.

" Il faudra ajouter que l'Eglise, en condam- " nant le libéralisme, n'entend pas frapper " tous et chacun des partis politiques qui, par " hasard, s'appellent libéraux, puisque les dé- " cisions de l'Eglise se rapportent à certaines "erreurs opposées à la doctrine catholique, et " non pas à un parti politique quelconque dé- " terminé et que, par conséquent, ceux-là font " mal qui, sans autre fondement, déclarent être " condamné par l'Eglise un des partis poli- " tiques du Canada, à savoir le parti appelé " " Réformiste ", parti ci-devant chaudement " appuyé même par quelques évêques.

" Enfin, pour ce qui regarde l'objet principal " des doutes proposés, à savoir quelle mesure " il y a à prendre relativement aux catholiques, " qui, pour cause de prétendue ingérence indue "du clergé dans les élections politiques, re- " courent au tribunal civil, on ne peut, à ce su- "jet, donner une règle générale aux évêques, " et il appartiendra en conséquence à qui est à " l'office de pourvoir, dans chaque cas, à la " conscience de celui qui a fait ce recours. Que " les évêques prennent donc les mesures néces- " saires pour sauvegarder l'honneur du clergé, " ayant soin surtout d'empêcher, autant que

" possible, que des personnes ecclésiastiques " soient obligées de comparaître devant le juge " laïque.

" Il faudra enfin exhorter les éyêques à ob- " server, par rapport aux affaires politiques, " la plus grande réserve, eu égard particulière- " ment au danger qu'il y a de provoquer à une " guerre violente contre l'Eglise, les protestants " déjà inquiets et irrités contre le clergé, sous " prétexte d'ingérence indue dans les affaires " politiques.

" En outre, il faut faire en sorte que le clergé "évite toujours de nommer les personnes en " chaire, encore bien plus si c'est pour les dis- " créditer à l'occasion des élections, et qu'il ne " se serve jamais de l'influence du ministère " ecclésiastique pour des fins particulières, si ce " n'est lorsque les candidats pourraient devenir " nuisibles aux vrais intérêts de l'Eglise."

"Confonnément à cette instruction, votre Seigneurie doit faire connaître sans retard à tous ses suffragants, au clergé et à tous ceux que cela concerne que c'est l'intention du Saint- Père que les susdites prescriptions du Saint Office soient rigoureusement observées.

" Pour ce qui a rapport au second point. Votre Seigneurie devra notifier à chacun des suffragants, de la part de Sa Sainteté, que cha-

cun des prélats individuellement ait à s'abstenir d'agiter ou de faire agiter, soit dans le parlement, soit dans la presse, la question de la modification de la loi concernant la dite influence indue, que s'il arrivait une époque où les évêques réunis jugeassent tous ensemble que le temps opportun fût venu de faire la susdite demande, ils devront d'abord recourir à cette Sacrée Congrégation, pour en recevoir les instructions convenables.

" Dans cette pensée, je prie le Seigneur qu'il vous prodigue tous les biens."

Rome, Palais de la Propagande, 13 septembre 1881.

De Votre Seigneurie, Le très affectionné Serviteur,

Jean, Cardinal Simeoni, Préfet.

J. Massoti,

Secrétaire.

Pour faire cesser les attaques contre l'Université Laval qui n'était pas beaucoup mieux traitée que le parti libéral, l'archevêque Taschereau et les autres évêques de la province lancèrent le mandement suivant :

"' Nous Soussignés, archevêques et évêques de la province ecclésiastique de Québec, réunis

comme Conseil Supérieur établi par la bulle " Inter Varias Sollicitudines " pour la haute surveillance de la doctrine et de la discipline, c'est-à-dire de la foi et des mœurs, dans l'Université Laval, avons reçu de cette institution une plainte contre certains écrits récents, dans lesquels se trouvent une foule d'accusations diverses contre elle. Faisant droit à la dite plainte en vertu des pouvoirs à nous confiés par un règlement apostolique de 1877, déclarons et ordonnons ce qui suit :

" I. Ces accusations n'ayant pas été portées devant notre tribunal, nous devons les regarder et nous les regardons en effet comme non avenues, jusqu'à ce que les accusateurs se soient présentés régulièrement devant nous avec des plaintes nettement formulées et en aient fait la preuve régulièrement.

" II. Nous regardons les auteurs de ces écrits comme coupables, entre autres, des fautes suivantes :

(a) Manque de respect envers le Saint-Siège devant le tribunal duquel les questions traitées étaient pendantes.

" (b) Désobéissance flagrante aux ordres des évoques de cette province et du Saint-Siège.

Les Pères de notre 5e Concile dans leur pastorale commune s'expriment comme suit :

" Nous voulons qu'à l'avenir quiconque croi- " rait devant Dieu avoir un grief contre cette " institution catholique ou quelque autre, le " fasse non pas devant le tribunal incompétent " de l'opinion publique, par la voie des jour- " naux, mais devant ceux que les saintes lois de " la hiérarchie catholique ont institués les juges " et les gardiens de la foi."

" Le décret 12 du 5e Concile donne aux écrivains catholiques de cette province les règles à suivre dans leurs discussions, surtout avec des catholiques. La modération, la prudence, la charité, le respect envers les autorités ecclésiastiques et civiles, envers les établissements placés sous la direction des évêques sont spécialement recommandés. Or, nous le disons à regret, ces prescriptions ont été violées ouvertement.

" Le Saint-Siège a aussi clairement manifesté sa volonté en deux circonstances :

" Dans le décret du 1er février 1876, qui vient d'être confirmé par Sa Sainteté Léon XIII, il est enjoint aux évêques qui croiraient devant Dieu avoir quelque reproche à faire à cette Institution, " de ne jamais recourir à la presse, laquelle, " d'ordinaire, comme l'a prouvé dans le " cas actuel une triste expérience, sert plus à " aigrir les esprits et les questions qu'à remé- " dier au mal et aboutit à préjudice à l'honneur

" de l'Université et souvent même à l'honneur " de la cause catholique. "

"Cette injonction si formelle et si absolue oblige a fortiori le clergé et les fidèles de cette province, comme le prouve, du reste, le document que nous allons citer.

" En 1877, le Saint-Siège, à notre demande, a formulé et sanctionné un règlement sur les droits et les devoirs de ce conseil de haute surveillance créé par la bulle " Inter Varias Sollicitudines." L'article XVI trace nettement aux écrivains catholiques de cette province la marche à suivre quand ils croient avoir raison de se plaindre de l'Université Laval :

XVI " Les écrivains catholiques, en parlant " de l'Université ou de ses professeurs, en tant "que professeurs, devront observer dans leurs " écrits le décret 22 du 5ème Concile de Québec. " Si quelqu'un, qui n'est pas évêque, croit avoir " raison de se plaindre, soit de l'Université, soit " de l'un de ses professeurs, il ne lui reste com- " me autre voie à suivre que de manifester pri- " vément ses plaintes à quelqu'un des évêques. " Il appartiendra ensuite à celui-ci de juger de " ce qu'il faut faire, si les plaintes lui parais- " sent bien fondées, il devra les déférer soit au " chancelier, soit au conseil supérieur, dont il " demandera convocation à l'archevêque."

" m. Les excès de langage d'un adversaire

ni ses désobéissances ne sauraient jamais excuser un écrivain de ses manquements au respect dû à qui de droit, à la justice, à la vérité, à la charité chrétienne et à la prudence. Nous condamnons tous ces manquements de quelque part qu'ils viennent, nous renouvelons les ordonnances et défenses déjà faites à ce sujet. Nous recommandons fortement de s'abstenir de tout ce qui pourrait servir à entretenir l'agitation des esprits. C'est le vœu qu'exprime le Souverain Pontife quand il nous enjoint de travailler sans relâche à ramener dans les esprits la concorde et la paix.

" Donné à Québec sous nos signatures, le sceau de l'archidiocèse et le contre-seing de l'assistant secrétaire de l'archidiocèse, le 21ème jour du mois d'octobre 1881.

E.-A., arch. de Québec.

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