‹ Histoire du Canada depuis la Confédération, 1867-1887Chapitre 32 sur 37 · JOSEPH-ADOLPHE CHAPLEAU · texte numérisé non relu

JOSEPH-ADOLPHE CHAPLEAU

Quant à Chapleau il ne joua pas, à Ottawa, le rôle brillant qu'on lui avait prédit. Son éloquence chaude, entraînante, imagée, mais souvent vague et désordonnée, parut un peu légère

dans ce milieu froid et sévère, et ne produisit qu'une admiration passagère. Ses démêlés avec M. Langevin, son amour du pouvoir et le souci exagéré de ses intérêts personnels l'ont empêché de jouir autant de la confiance que de l'admiration de ses contemporains et de jouer un rôle à la hauteur de son intelligence. On admirait plus son talent que son caractère.

Quand on a prêché toute sa vie le patriotisme, le désintéressement et le dévouement avec une voix d'or et des accents merveilleux, il faut être capable parfois de pratiquer ces vertus, de payer de sa personne. Mais les héros sont rares surtout dans un pays où il est si dangereux d'être héroïque, et sous un régime où la raison d'Etat et l'opportunisme jouent nécessairement un si grand rôle. Le soldat qui risque sa vie sur un champ de «bataille a, pour stimuler son courage, l'espoir de gagner ses épaulettes, d'obtenir la croix des braves. Mais l'homme politique qui, parmi nous, sacrifie sa position et se sépare de son parti par principe, craint avec raison de se ruiner sans profit pour personne et même d'être accusé par ses meilleurs amis de compromettre inutilement les intérêts de son parti, de son pays.

Il faut pourtant qu'il y ait de ces hommes qui puissent, à un certain moment, se démet-

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