LES GOUVERNEURS DU PAYS DEPUIS LA CONFÉDÉRATION
Lord Monck était gouverneur du Canada, à l'époque de l'établissement de la Confédération. C'était un homme sage, paisible et modeste. Il fut remplacé en 1869 par Lord Lisgar qui remplit avec grand tact ses fonctions, et
céda la place au célèbre Lord Dufferin, dont le nom a sa place marquée dans la diplomatie britannique, comme l'un des hommes d'Etat les plus avisés et les plus populaires de son temps. Au Canada, comme aux Indes et en France, il a fait honneur à l'Angleterre et a laissé un souvenir ineffaçable des qualités politiques et oratoires qui le distinguaient, de la largeur de son caractère et de la distinction de son esprit.
Il a, au Canada en particulier, semé en abondance des paroles de paix, de conciliation et de bienveillance que nos hommes publics aiment à citer. Il a exprimé mainte fois, dans le langage le plus raffiné, la haute idée qu'il avait des destinées du Canada, et dit ce que pourraient faire pour la grandeur et la prospérité de ce pays, l'union et l'harmonie des différentes nationalités qui l'habitent. Il ne manquait jamais l'occasion de manifester ses sympathies pour les Canadiens-Français, son admiration pour leurs institutions glorieuses et leur loyauté inébranlable. Deux discours cueillis au hasard dans les journaux de l'époque, donneront une idée juste de ses idées et de sa manière de s'exprimer en français :
Répondant à une adresse de la Société Saint- Jean-Baptiste de Québec, il disait :
" Il est inutile pour moi de vous exprimer
tout le plaisir que j'éprouve en me retrouvant encore une fois au milieu de vous, pour prendre part à ces fêtes distinguées et artistiques, dont la race française aime à occuper ses loisirs ; aujourd'hui, surtout, où je me vois au milieu des membres patriotes et loyaux de la Société St-Jean-Baptiste. Un des traits caractéristiques de votre nationalité, a toujours été celui d'égayer les occupations sérieuses de la vie, et d'introduire comme contraste, à côté de l'ombre monotone des labeurs de chaque jour, cette diversité et cet éclat de couleurs qui donnent un cachet unique à vos relations sociales.
"Cette heureuse disposition de votre caractère s'étend non seulement sur votre existence sociale, mais se retrouve partout où vous avez passé ; dans votre architecture, dans votre littérature et dans votre histoire, qui brillent d'une individualité toute sympathique.
" L'éclat, la puissance dramatique et une inspiration chevaleresque sont les traits dominants qui, dès le commencement, ont donné aux annales du Canada ce cachet romanesque que l'on ne rencontre nulle part ailleurs sur ce continent.
" Le génie de Washington Irving et de Hawthorne a sans doute essayé d'accomplir pour la Nouvelle-Angleterre et les contrées voisines
ce que Sir Walter Scott avait fait pour son pays, mais chacun de ces auteurs a été obligé d'imaginer de temps à autre des décors presque fantastiques, et, grâce au charme de leur style, ils ont pu un moment faire illusion. Fermez leurs livres, /^+ vous vous éveillez en face de la réalité, qui v "ias ! est loin d'être ce qu'ils ont décrit.
"De fait, plusieurs influences ont concouru à décider nos voisins de l'autre côté de la frontière à se séparer complètement de leur passé, et à laisser dans l'oubli les sombres annales des premiers jours de leur colonie.
"Mais, chez vous, la chose est toute différente, votre passé n'a pas voulu mourir, n'a pas voulu s'effacer, sa vitalité était trop exubérante, il est trop riche d'œuvres splendides, trop sonore, trop brillant, trop rempli des exploits des grands seigneurs, des créations des hommes d'Etat, du martyre des saints missionnaires, du dévouement de femmes héroïques ! Tout cela ne pouvait rester enseveli dans l'oubli des âges, ou être étouffé dans le bruit des événements qui se succédaient.
" Bien que l'arrivée de vos compatriotes anglais parmi vous, et les changements politiques qui ont accompagné leur établissement à Que-
bec, eussent pu élever une barrière entre le présent et le passé du Canada, la solution de la continuité historique a été bien moins marquée dans ce pays qu'elle ne l'a été aux Etats- Unis.
" Et sans vouloir faire du changement de régime une époque à part dans l'histoire de cette colonie, le gouvernement et le peuple anglais, par un sentiment qui les honore autant qu'il vous honore vous-mêmes, a préféré adopter votre passé, à condition que vous partagiez leur avegueil et de plaisir que n'importe quel canadiend'origine anglaise, qui n'éprouve autant d'orgueil et de plaisir que n'importe quel canadiea français à la vue des exploits militaires des capitaines français du XVIIe et du XVIIIe siècles ; des découvertes héroïques et périlleuses des Pères Jésuites; des entreprises et des efforts qui furent couronnés par la fondation de Québec et de Montréal; des splendeurs semi-féodales de vos vice-rois. De plus, dans le charmant poème d'Evangéline, dans les romans émouvants de Fenimore Cooper, dans les pages pittoresques, dramatiques et si bien écrites de Parkman, on voit que c'est au Canada, que le poète, le romancier et l'historien, même des Etats-Unis, doivent recourir pour trouver le sujet de leurs romans et l'intérêt de leurs récits.
" Quant à moi, je puis vous assurer que chaque fois que je parcours la plate-forme garnie de canons de votre citadelle, ou que je fais le tour de vos remparts, ou encore, quand je passe devant vos maisons ayant " pignon sur rue," je me crois, instinctivement, aussi bien le successeur direct de ces braves et chevaleresques vice-rois qui ont présidé à l'origine de votre colonie, que je suis le successeur de Lord Lisgar, Lord Monk ou Lord Elgin.
" Comment donc pourrais-je ne pas apprécier l'honneur que vous me décernez, en unissant mon nom d'une manière aussi flatteuse que vous le faites aujourd'hui à la mémoire de ces hommes illustres ? Et quelle douce certitude pour moi d'apprendre que votre affection me conservera une place dans ces annales honorables !
" Il est vrai que mes prétentions à tel honneur sont bien moindres et moins engageantes que les leurs. Ce sont eux qui vous ont conduits sur le champ de bataille et vous ont rendus victorieux. Ce sont eux qui ont partagé vos souffrances, et qui, dans mille occasions, dans les temps d'épidémie et de famine, de siège et d'invasion, ont exposé leur vie pour vous.
" Tout ce que j'ai pu faire pour vous a été
de vous prouver mes sympathies pour vos aspirations ; mon respect pour votre caractère et votre génie ; mon espoir dans votre avenir, tel que les circonstances l'ont permis.
" Mais, croyez-moi, en quittant ce pays, et en énumérant les divers motifs de reconnaissance que je dois au peuple canadien, la courtoisie, la bienveillance, l'hospitalité dont j'ai été l'objet de la part de mes concitoyens canadiensfrançais, ne s'effaceront jamais de ma mémoire et je suis fier de penser que, sous mes auspices et à mon humble suggestion, les remparts de Québec sont destinés à renaître à une nouvelle splendeur, et à perpétuer le souvenir de la tendre sollicitude que j'ai toujours portée à la plus belle cité de ce continent et à ses aimables citoyens."
En réponse à une adresse qui lui fut présentée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Détroit, Lord Dufferin exprimait des pensées et des sentiments dont le souvenir mérite d'être conservé.
Après avoir fait l'éloge des hardis découvreurs, auxquels les Etats-Unis et le Canada doivent les premiers établissements dans les vallées du Mississipi et du St-Laurent, il disait:
" Ma' s ce n'est pas à ce seul titre que nous sommes obligés envers la race française. Il
ne faut pas oublier que c'est à son élévation d'esprit, à son amour de la liberté, et à son exacte appréciation des droits civils contenus en germe dans la constitution primitivement accordée par l'Angleterre au Canada, que nous devons le développement de cette autonomie parlementaire dont le pays est fier à si bon droit ; et je puis vous assurer, qu'aux yeux d'un anglais, il y a peu de choses plus agréables à observer que la dignité, la modération, et l'habileté politique avec lesquelles les hommes publics français du Canada aident leuris collègues anglais à appliquer et à faire fonctionner ces grands principes de droit et de pratique constitutionnels, qui sont la base du gouvernement libre de ce pays.
" Messieurs, j'ai toujours considéré, comme du meilleur augure, la collaboration de la race française dans le Canada ; cette race, qui a déjà contribué si puissamment à civiliser l'Europe, ne peut manquer de suppléer et de corriger de la façon la plus heureuse les qualités et les défauts considérés comme inhérents au John Bull traditionnel ; d'un autre côté on me pardonnera, si, comme anglais, j'espère que nous pourrons lui rendre le même service. Avec la générosité, l'esprit d'invention, l'élan, la grâce, la délicatesse, la précision de jugement et la finesse artistique des Français, avec le
flegme et le tempérament britanniques, on peut dire que nous réunissons les éléments qui gouvernent en grande partie le monde moral et le monde physique."
Et, en une autre occasion non moins touchante, lors de son départ il répondait à une adresse des deux Chambres, dans les termes suivants :
" Vous dire que je suis profondément touché, de l'adresse dont les deux Chambres de la Législature de Québec m'ont honoré, serait n'exprimer que faiblement ce que j'éprouve, car, en un pareil moment, je ne puis m'empêcher de me rappeler que, en débarquant sur vos rivages, il y a six ans, je ressentis pour la première fois combien est loyal, fidèle, cultivé et généreux le peuple au milieu duquel je venais fixer mon séjour. Nul vice-roi ne pouvait, certainement, voir s'ouvrir sa carrière sous de plus heureux auspices que ceux que vous m'aviez ménagés.
" Depuis lors, Lady Dufferin et moi nous avons eu la bonne fortune de revenir fréquemment à notre résidence d'été, dans les murs de votre fière citadelle, et, à chaque retour, ce lieu nous est devenu plus cher par l'éclat de la société et les liens que l'amitié resserrait sans cesse davantage.
" D'année en année, j'ai eu occasion d'apprécier l'attachement des habitants de Québec au trône, au gouvernement de Sa Majesté la Reine, ainsi qu'aux intérêts de l'empire, et, lorsque, tout récemment, un nuage portant la guerre dans ses flancs menaça la Grande-Bretagne, rien ne me causa de plus légitime orgueil que de voir que les sujets franco-canadiens de Sa Majesté ne restaient pas d'un iota en arrière de leurs compatriotes écossais et irlandais, dans l'expression de leur désir de se rallier pour la défense de ses possessions.
" Il est bien vrai que les différences de races qui existent au Canada, compliquent jusqu'à un certain point les problèmes que les hommes d'Etat ont à résoudre, cependant les inconvénients qui peuvent quelquefois en résulter sont plus que contre-balancés par plusieurs avantages qui en dérivent. Je ne crois pas que l'homogénéité ethnologique soit un bienfait sans mélange pour un pays. Il est incontestable que le côté le moins attrayant du caractère social d'une grande partie des populations de ce continent, est le cachet d'uniformité que présentent plusieurs de ses aspects, et je pense qu'il est heureux pour le Canada de pouvoir compter sur la coopération de différentes races. L'action réciproque des idiosyncrasies nationales introduit dans notre existence une ver-
deur, une fraîcheur, une variété, une couleur, une impulsion éclectique qui, sans cela, ferait défaut ; il serait d'une très mauvaise politique de chercher à les faire disparaître.
" Mes plus chaudes aspirations en faveur de cette province ont toujours été de voir ses habitants français accomplir, pour le Canada, les fonctions que la France elle-même a si admirablement remplies pour l'Europe. Enlevez de l'histoire de l'Europe le rôle de la France, retirez de la civilisation européenne la part que la France y a prise, quel vide se produira !
"Je suis très sensible à la bonté que vous avez eue de parler en termes aussi flatteurs de mes humbles efforts, pour favoriser les embellissements de votre cité, en préservant et décorant ses pittoresques créneaux, connus du monde entier. Bien que diverses circonstances aient retardé l'exécution de ce projet, je suis heureux de vous annoncer que, sous peu de jours, on en verra le commencement, non sans profit, je l'espère, pour ceux de vos concitoyens qui, dans ces derniers temps de pénurie, ont eu de la difficulté à se procurer de l'emploi. En terminant, permettez-moi de vous exprimer, au nom de Lady Dufferin, combien elle est touchée des compliments que renferme votre adresse. Dans aucune partie de la Confédération, elle
n'a rencontré plus grande courtoisie alliée à plus d'attention chevaleresque et réfléchie, que dans la cité de Québec, dont la pittoresque situation et les délicieux paysages qui l'environnent ne s'effaceront jamais de sa mémoire, ni de la mienne."
Il est bon de conserver ces nobles paroles afin de les citer au besoin, de les rappeler à ceux qui pardonnent difficilement aux Canadiens-Français de vouloir garder si précieusement leur caractère national et ne veulent pas comprendre que la diversité des nationalités puisse être un bienfait, un élément de progrès pour un pays.
Au départ de Lord Dufferin, une pluie d'adresses et d'adieux touchants lui arriva de toutes les parties du Canada avec les souhaits de bonheur les plus sincères pour lui et sa digne et sympathique compagne, Lady Dufferin.
Mais l'Empire avait besoin ailleurs de ses services et de ses talents d'homme d'Etat, de diplomate consommé.
Et puis, son successeur, le marquis de Lorne, nous arrivait pour le remplacer, avec sa noble épouse, la princesse Louise, fille aimée de la reine Victoria. C'était une compensation dont le prix fut apprécié ; c'était un hommage à l'importance du Canada, une reconnaissance de la haute position qu'il occupait dans l'esprit des hommes d'Etat anglais.
Le marquis de Lorne et la princesse furent accueillis arec enthousiasme et ils justifièrent la confiance du gouvernement anglais et les espérances des Canadiens. Ils marchèrent de bon gré dans la voie brillante que leur avait tracée Lord Dufferin. Ils furent charmants, sympathiques, bienveillants et déployèrent un tact, un discernement et une impartialité qui les rendirent populaires.
C'est au marquis de Lorne que le pays doit la fondation de la Société Eoyale et son nom restera glorieusement attaché à cette œuvre de progrès scientifique et littéraire.
Dans la déplorable affaire Letellier, il fit preuve d'énergie et de volonté, il considérait que la destitution du lieutenant-gouverneur était un acte injuste et arbitraire, et malgré les attaques violentes de certains journaux conservateurs, il résista à la pression que l'on voulait exercer sur lui jusqu'au jour où il reçut instruction du Secrétaire des colonies de suivre l'avis de ses ministres. On avait décidé à Londres que l'article de la constitution qui donnait au gouverneur le droit de démettre un lieutenant-gouverneur, voulait dire " le gouverneur en conseil." Cette interprétation mit les lieutenants-gouverneurs à la merci du parti dominant. ■ :-i
Le marquis de Lorne mérite des éloges sincères pour avoir, dans cette circonstance, défendu bravement l'autonomie provinciale,
La princesse Louise était jolie, gracieuse, aimable et bienveillante, une vraie princesse de roman ou de conte de fée. Elle aimait les beaux-arts, la musique, la peinture, elle a laissé au Canada des dessins et des toiles qui dénotent beaucoup de goût et de talent.
Le marquis de Lansdowne qui occupe aujourd'hui une position si importante dans la politique anglaise, succéda au marquis de Lorne.
Le gouvernement anglais a toujours été heureux dans le choix des gouverneurs du Canada, et c'est grâce, en grande partie, à sa sagesse sous ce rapport qu'il a conservé à l'Angleterre la fidélité et la loyauté des Canadiens. Les hommes qu'il nous envoie appartiennent à ce grand monde anglais, où l'on est gentilhomme naturellement, sans morgue, sans affectation, où l'on croit qu'on ne peut avoir une éducation parfaite sans parler le français.
Lord Grey et sa famille distinguée nous offrent en ce moment un exemple frappant des qualités qui caractérisent la haute société anglaise. C'est une belle et noble famille où régnent le bon ton, la politesse la plus exquise.
la bienveillance et la sympathie la plus sincère sans distinctions nationales ou religieuses. Lord Grey est impérialiste convaincu, il voudrait faire de toutes les parties de l'Empire britannique un immense bloc capable de résister à tous les assauts: c'est un sentiment naturel, un sentiment patriotique chez un anglais, dans une famille qui est l'un des piliers de l'Angleterre. Mais il a su jusqu'à présent concilier ce sentiment avec nos besoins et nos aspirations, il cherche à nous être agréable, à nous faire aimer l'Angleterre, ses institutions et ses dignes représentants. Ses discours et ses conversations rappellent la tournure d'esprit brillante et gracieuse, et la largeur de vues de Lord Dufferin.
L'hostilité qu'il a rencontrée au Canada à l'égard de ses projets d'imx)érialisme l'ont un peu déconcerté sans l'aigrir.
N. B. — Plusieurs matières intéressantes qui auraient pu entrer dans ce livre seront traitées dans notre prochain volume.
EXTRAIT DU JUGEMENT DE L HON. JUGE TASCHE- REAU DANS LA CAUSE DE LA CONTES- TATION DE l'élection DE CHARLEVOIX.
Après avoir cité les sermons prononcés pendant l'élection par les curés de plusieurs paroisses du comté, il dit :
Tous ces discours, accompagnés de menaces et d'affirmations de cas de conscience, étaient de nature à produire dans l'esprit du plus grand nombre des électeurs du comté, condamnés à entendre ces choses pendant plusieurs dimanches consécutifs, une crainte sérieuse de commettre un péché gTave, et d'être privés des sacrements de l'Eglise. Il y a en cela l'exercice d'une influence indue de la pire espèce. En effet, ces menaces et ces déclarations tombaient de la bouche du prêtre parlant du haut de la chaire et au nom de la religion, et étaient adressées à des gens peu instruits et généralement bien disposés à écouter la voix de leurs curés.
Je conçois que ces discours peuvent n'avoir produit aucun effet sur la partie intelligente et instruite des auditeurs ; mais je n'ai aucun doute qu'ils ont dû affecter la majorité des personnes ignO' rantes, quoique, à raison du secret du vote au scrutin, on n'ait pu trouver plus de six ou huit voteurs qui aient été influencés, d'après la preuve, au point de n'être plus libres dans l'exercice de leur franchise. D'après le témoignage de plus de quinze témoins, un très grand nombre ont changé d'opinion par suite de cette influence indue. Il est élémentaire, au reste, de dire que pour l'annulation d'une élection un seul
cas bien établi d'influence indue suffit, quelque écrasante qu'ait été la majorité du candidat élu.
D'après l'ensemble de la preuve, il me paraît évident qu'un système général d'intimidation a été suivi, que l'influence indue a été exercée, et que les électeurs ne se sont pas considérés libres dans l'exercice de leiîr franchise électorale.
L'influence indue que la preuve révèle en cette cause, me semble avoir été aussi générale et aussi effective que celle qui a donné lieu aux diverses décisions qui ont été rendues sur la matière, tant en Angleterre qu'en Canada, dans les causes suivantes:
1° Mayo élection case (1857.)
2° Longford case.
3° The Galtway cases.
4° Bagot case.
5° La cause de Bonaventure.
Le principe de toutes ces décisions est que le prêtre ne doit pas faire appel aux craintes de ses auditeurs, ni dire que l'électeur qui votera pour tel candidat commettra un péché ou encourra des censures ecclésiastique?, ou sera privé des sacrements.
L'habile avocat de l'Intimé a prétendu devant la cour de première instance que les prêtres-curés, accusés d'avoir exercé une influence indue, n'étaient pas justifiables d'un tribunal civil, au moment oîi ils firent le? discours qu'on leur reproche ; que comme curés ils avaient mission d'instruire leurs paroissiens et de les prévenir contre des erreurs telles que le libéralisme politique. Il a aussi invoqué le traité de paix de 1763 qui, lors de la cession du Canada à l'Angleterre, a garanti aux Canadiens le libre exercice de la religion catholique. J'admets sans la moindre hésitation et avec la plus sincère conviction le droit du prêtre catholique à la prédication, à la définition du dogme religieux et de tout point de discipline ecclésiastique. Je lui nie dans le cas pré-
sent, comme dans tout autre cas semblable, le droit d'indiquer un individu ou un parti politique et de signaler et vouer l'un ou l'autre à l'indignation publique, en l'accusant de libéralisme catholique ou de toute autre erreur religieuse. Et suriout, je lui nie le droit de dire que celui qui contribuerait à l'élection de tel candidat commettrait un péché gTave.
En admettant la singulière doctrine que je combats, on permettrait à un curé de travailler, par ses dénonciations, à exclure un protestant de toute candidature à la représentation du peuple, sous le prétexte qu'il est opposé à la religion catholique. Le bon sens des autorités ecclésiastiques et du public a fait justice d'une telle prétention, qui n'a jamais été sérieusement appuyée.
Comme conséquence nécessaire de son opinion, l'Intimé a prétendu que même en cas d'abus en fait de prédication ou dans l'exercice de leur ministère comme pasteurs, les prêtres-curés ne relèvent pas d'un tribunal civil, mais du tribunal ecclésiastique seul chargé de les restreindre, et que, dans la présente cause, les actes qu'on leur reprochait étaient en matière spirituelle, et non en matière temporelle.
Une seule réponse suffirait pour mettre à néant cette prétention singulière. C'est que le tribunal qui doit prendre connaissance d'une contestation d'élection est indiqué par la loi, qui, par ce choix, exclut toute autre juridiction.
Cependant, disons un mot du prétendu tribunal ecclésiastique, dont l'Intimé invoque la juridiction comme exclusive. Je me demande, oii le trouveronsnous ce tribunal en Canada? Pour moi, il est invisible, insaisissable, il n'existe pas en ce pays, il ne peut y exister effectivement que par l'action conjointe de l'Epi 'copat et du pouvoir civil, ou par le consentement mutuel des parties intéressées, et dans 06 dernier cas il n'existerait qu'à titre d'arbitrage
conventionnel, et n'obligerait que les parties ellesmêmes, et par la seule force de leur convention. Si un tel tribunal existe, je ne lui connais aucun code de loi ou do procédure; il n'a aucun pouvoir d'assigner les parties et leurs témoins, ni d'exécuter ses propres sentences. Et s'il existait, il serait assez singulier de voir le juif aller demander à un évêque catholique le redressement de torts que lui aurait causés un prêtre catholique, solliciter de cet évêque la justice qu'il peut obtenir des tribunaux civils, ou se soumettre à une peine afflictive qui serait prononcée par ce trihunal ecclésiastique! On pourrait multiplier les exemples, et en dire autant de tout autre individu appartenant à n'importe quelle dénomination religieuse autre que la religion catholique.
Au lieu de ce système idéal (M. le juge Routhier admet qu'il n'existe pas en ce pays), nous avons une loi spéciale, la loi électorale de la Puissance, et pour la Province de Québec, nous avons en outre nos codes civil et de procédure, qui protègent l'exercice des droits de tous, catlioliques, protestants ou autres. Tous sont égaux devant ces lois, qui déclarent que quiconque porte préjudice à un autre doit réparation et indiquent les moyens à employer pour obliger à cette réparation.
Dans cette cause, les Pétitionnaires, électeurs de la division électorale de Charlevoix, demandent l'annulation de l'élection de l'Intimé, sur le principe qu'au moyen de ses agents, il a emporté l'élection par des moyens indus, et ils s'adressent au tribunal civil seul constitué pour cet objet. Le tribunal ecclésiastique ne pourrait ni annuler, ni maintenir l'élection, ni condamner d'ime manière effective aucune des partie? à payer les dépens. Le Parlement ne pourrait ratifier le jugement d'une telle Cour sans renoncer à ses privilèges, et sans violer les principes constitutionnels les plus élémentaires.
LISTE DES MEMBRES DES DIFFERENTS MINIS- TÈRES QUI ONT ADMINnSTRÉ LES AFFAIRES DU PAYS DEPUIS LA CONT^ÉDÉRATION.
Premier ministère Macdonald, 18G7-1873.
Vingt-cinq ministres ont fait partie de ce ministère depuis l'établissement de la Confédération jusqu'à la formation du ministère Mackenzie. Voici leurs noms :
Sir John A. Macdonald, Sir A. T. Galt, Sir John Rose, Sir Francis Hincks, Sir S. L. Tilley, Wm. McDougall, Sir Hector L. Lange\ùn, Sir George - E. Cartier, Hugh McDonald, Sir Charles Tupper, J. C. Chapais, C. Dunkin, J. H. Pope, Sir A. Campbell, John O'Connor, Peter ilitchell, W. P. Howland, A. Morris, T. M. Gibbs, A. J. F. Blair, Joseph Howe, Ed. Kenny, Théodore Robitaille, J. C. Aikins, Archibald.
Ministère Mackenzie, do 1873 à 1878 :
Alexander Mackenzie, Aimé Dorion, Télesphore Foumier, Edward Blake, Rodolphe Laflamme, Sir Richard Cartwright, Wm. Ross, Wm. B. Vail, H. G. Jones, Isaac Burpee, Letellier de St-Just, C. A. P. Pelletier. Donald H. Macdonald, Lncius S. Hunting Ion, Albert J. Smith, Félix Geoffrion, Joseph Cauchon, Wilfrid Laurier, David Laird, David Mills, Thomas Coffin, David Christie, R. W. Scott.
Comme on le voit, des chan.iïements fréquents eurent lieu dans la composition des deux premiers ministères. Des portefeuilles
importants changèrent de titulaires plusieurs fois.
Deuxième ministère Macdonald, de 1878 à
Sir J. A. Macdonald, K.C.B., James McDonald, Sir Alexander Campbell, Sir J. S. D. Thompson, Sir S. L. Tilley, A. W. McLelan, Sir Charles Tupper, George E. Foster, Sir Hector Langevin, John H. Pope, L. F- R. Masson, Sir R. A. Caron, Sir Mackenzie Bowell, John Carling. John O'Connor, John G. Haggart, G. E. Foster, C. H. Tupper (fils de Sir Charles Tupper), L. F. G. Baby, J. C. Aikens. John Costigan, Sir D. L. Macpherson, Tho.nas ,White. Edgar Dewdney, Joseph A. Mousseau, C. C. Colby, 'J. A. Chapleau, Frank Smith, J. J. C. Abbott.