JOSEPH-ADOLPHE CHAPLEAU
Quant à Chapleau il ne joua pas, à Ottawa, le rôle brillant qu’on lui avait prédit. Son (loquence chaude, entrainante, imagée, mais s0:vent vague et désordonnée, parut un peu légère
dans ce milieu froid et sévère, et ne produisit qu’une admiration passagère. Ses démélés avec M. Langevin, son amour du pouvoir et le souci exagéré de ses intérêts personnels l’ont empêché de jouir autant de la confiance que de l’admiration de ses contemporains et de jouer un rôle à la hauteur de son intelligence. On admirait plus son talent que son caractère.
Quand on a prêché toute sa vie le patriotisme, le désintéressement et le dévouement avec une voix d’or et des accents merveilleux, Il faut être capable parfois de pratiquer ces vertus, de payer de sa personne, Mais les héros sont rares surtout dans un pays où il est si dangereux d’être héroïque, et sous un régime où la raison d’Etat et l’opportunisme jouent nécessairement un si grand rôle, Le soldat qui risque sa vie sur un champ de bataille a, pour stimuler son courage, l’espoir de gagner ses épaulettes, d'obtenir la croix des braves. Mais l’homme politique qui, parmi nous, sacrifie sa position et se sépare de son parti par principe, craint avec raison de se ruiner sans profit pour personne et même d’être accusé par ses meilleurs amis de compromettre inutilement les intérêts de son parti, de son pays.
II faut pourtant qu’il y ait de ces hommes qui puissent, à un certain moment, se démet-
tre au lieu de se soumettre. L'exemple en serait salutaire,
Toutefois on peut affirmer sans exagération que dans la phalange de ministres et de dé.
putés distingués, qui ont gouverné et représenté le Canada depuis la Confédération, les hommes de la province de Québec ont occupé
tiques autant de soin et de temps que leurs
d’une intelligence remarquables. Obligés de
rler deux langues, de s'exprimer en anglais dans une Chambre où le français n’est guère compris, ils ont une tâche difficile, mais leurs études classiques, leur bonne éducation et leur éloquence naturelle leur donnént une supériorité incontestable, dont ils ne se donnent pas toujours la peine de tirer parti. Il faut bien l’a. vouer, ils ont les défauts et les qualités de leur race: doués d’un esprit vif, d’une nature gaie, le travail ardu, opiniâtre et constant, le travail ennuyeux leur répugne et les pousse à rechercher des distractions qui les égaient et les amusent. Brillants dans la discussion, lorsqu'ils veulent se donner la peine de Petre, ils figurent modestement dans les comités, où se fait le principal
qui les rendent forts et pratiques dans les déts. Ce sont d’aimables compagnons, des hommes d esprit qui aiment un peu trop, peut être, les choses qui rendent la vie agréable, et jettent la note gaie dans les joies toujours un peu mélancoliques de leurs collègues anglais. N’empêche cependant que la province de Québec a donné au pays des hommes d'Etat et des orateurs que personne n’a surpassés et dont les noms brilleront dans l'Histoire. Mais la conservation de son influence dans la Confédération, exige de plus que ses hommes soient forts et se préparent par des études sérieuses et un travail ardu à jouer un rôle important dans les conseils de la nation, à mériter le respect et l'admiration d'une majorité composée d'hommes positifs, pratiques et entreprenants.