‹ Histoire du Canada depuis la Confédération, 1867-1887 [microforme]Chapitre 5 sur 35 · LES TERRITOIRES DU NORD-OUEST · texte numérisé non relu

LES TERRITOIRES DU NORD-OUEST

Sir Georges-Etienne Cartier et M. McDougall étaient allés en Angleterre et avaicnt réussi à décider la fameuse Compagnie de la Baie d' Hudson à renoncer aux droits qu’elle possé-

dait sur ces territoires, moyennant une somme de $1,460,000, outre le maintien des comptoirs qu’elle occupait, 50,000 acres de terre, et la vingtième partie de toutes les terres colonisables comprises dans la zone fertile.

Des résolutions basées sur ces conditions furent soumises à la Chambre et suscitèrent des débats animés. L'opposition prétendit que les arrangements projetés, l’organisation et l’administration du nouveau territoire, la construction des canaux et des chemins de fer et l'exécution des travaux nécessaires, entraineraient des dépenses trop considérables pour le pays, et obligeraient les vieilles provinces à

faire des sacrifices trop onéreux pour le profit qu’elles en retireraient.

La Confédération continuait l’œuvre de l’Union des deux Canadas.

De même que les revenus de la province de Québec avaient servi à payer les canaux et les chemins de fer nécessaires à la prospérité du Heut-Canada, de même aussi les ressources des deux vieilles provinces allaient servir à ouvrir et à développer des territoires nouveaux. Quelques hommes politiques considéraient que les provinces d’Ontario et d Québec, avant de songer à faire de si grands sacrifices pour créer une concurrence dangereuse à leurs produits agricoles et forestiers, devaient réserver toutes leurs forces pour leur propre développement, pour le défrichement et la colonisation de leurs terres incultes, Cette manière de voir s’imposait particulièrement à ceux qui se plaçaient au point de vue national de la province de Québec dont les revenus étaient alors bien insuffisants pour pourvoir à ses besoins les plus pressants. Les ministres et leurs amis répondaient que les millions jetés dans le Nord-Ouest produiraient des gerbes d’or qui répandraient la richesse et la prospérité dans toutes les parties du Canads.

En ce qui a trait à l’intérêt général du Canada, il faut bien avouer que l’annexion et le

ésirable de l’établisse.

ment de la Confédération. Les membres du gouvernement ne manquèrent pas d’exprimer cette opinion et d’ajouter que l’union de toutes les possessions britanniques de l’Amérique du Nord aurait pour effet, non seulement d'assurc. leur prospérité commerciale et industrielle, mais encore de donner à l'Angleterre un point d'appui puissant et d’opposer une barrière à l'influence débordante des Etats-Unis.

Les résolutions présentées par le gouverne.

ment furent adoptées Par une grande majorité. Le premier décembre 1869 avait été fixé pour la remise officielle par la Compagnie de la Baie d’Hudson au gouvernement canadien des territoires du No Ouest dont l’administration

prendre possession du siège du gouvernement.

Mais les territoires du Nord-Ouest étaient habités par une Population composée aux trois

ont le caractère était Métis et les sauvages

avaient vécu heureux sous le régime paternel de la Compagnie de la Baie d'Hudson qui les traitait en enfants gâtés et leur laissait la libre et entière jouissance de leurs forêts et de leurs prairies et le droit absolu de chasse et de pêche, ne leur demandant en retour que de la laisser s’enrichir par la traite des pelleteries. Aussi, quand ils apprirent que la Compagnie les avait vendus eux et leur pays au gouvernement canadien, sans souci de leu volonté, lorsque les arpenteurs pénétrèrent chez eux comme en pays conquis pour faire l’arpentage de leùrs terres sans leur perm:ssion, sans respect pour les bornes établies depuis un temps immémorial et de façon à porter sérieusement atteinte à leurs droits de propriété, ils s’indignèrent et se demandèrent s'ils devaient se laisser traiter comme des esclaves.

Parmi les mécontents un jeune homme surtout se fit remarquer par l’éloquence de ses paroles et l’énergie de ses protestations. II s’appelait Louis Riel. II était le fils d'un homme cher aux Métis, sa mère était sauvagesse. Il avait fait de bonnes études au séminaire de Montréal où ses allures originales et ses talents avaient attiré l’attention sur lui. Il avait bonne figure et haute mine, une forte constitution, et un amour immodéré de popularité allié à un patriotisme farouche. Il paraissait parfois

bisarre, sombre, rêveur, Passant facilement de la gaîté à la tristesse, recherchant la solitude où il se plongeait dans des rêveries profondes, II avait, comme l'oiseau dans la cage, la nostalgie de la liberté, du grand air, des forôts et des vastes prairies. II était doué d’une vive intelligence, mais ses facultés brillantes manquaient d'équilibre ; il avait plus d’imagi. nation que de discernement, plus de talent pour Concevoir un plan et l’exposer que pour le mettre à exécution.

Il parla aux Métis de leurs droits et de leurs exploits, de ce qu'ils avaient fait pour protéger la Compagnie de la Baie d' Hudson contre les sauvages et pour lui conserver ses possessions. II leur demanda s’ils devaient se laisser vendre eux et leurs enfrnts comme de vils troupeaux de moutons, s'ils devaient se laisser dépouiller de leurs terres et de leurs forêts, et se laisser chasser par des aventuriers d’un pays colonisé par leurs ancêtres, Les Métis se sentirent fiers de se grouper autour de ce jeune homme dont la parole ardente éveillait dans leurs âmes des sentiments d'indépendance et de fierté et les appelait à défendre leurs droits les plus sacrés. Ils se .éunirent plusieurs fois en assemblées publiques, adoptèrent des résolutions, empéchèrent en différents endroits les arpenteurs de continuer leurs travaux et envoyèrent un mes-

sage au lieutenant-gouverneur MeDougall pour lui défendre de franchir la frontière de leurs pays.

M. MeDougall était à Pembina, sur le sol américain, où il avait reçu instruction d’attendre la proclamation officielle de la remise au Canada des Territoires du Nord-Ouest. Mais impatient, irrité, II eut la mauvaise pensée de franchir la frontière en conquérant. II ne put aller loin, car il avait peine mis le pied sur le sol canadien qu’il était sommé par un détachement de Métis de rebrousser chemin immédiatement. Comme toute résistance était inutile, il reprit confus et furieux le chemin des Etats- Unis,

Dans l'intervalle les Métis se soulevaient partout, s’organisaient et constituaient un gouvernement provisoire dont Riel était nommé président, et Ambroise Lépine, général ou commandant militaire. En même temps, ils prenaient possession du fort Garry.

Le premier de décembre, jour fixé pour la prise de possession des Territoires du Nord- Ouest, le gouvernement canadien, qui avait sommé la Compagnie de la Baie d'Hudson de prendre les mesures nécessaires pour apaiser les esprits, refusa d’accepter la cession de ce Pays avant qu'elle y eût rétabli la paix.

Malheureusement le gouverneur McTavish

était malade, et les principaux fonctionnaires de la Compagnie étaient peu disposés à faire du sèle pour mettre à exécution un changement de mains qui dérangeait leur situation. D'ailleurs —. g ent que, d’après les conventions in.

enues, “autorités de la Compagnie cessait le

ler décembre et qu’il appartenait au gouver.

nement canadien de faire valoir ses droits.

ordre ils Feconnaissaient l’auto.

ra que ce fait important fut plus tard invoqué avec énergie, pour justifier les actes de ce gou-

vernement de factc

à prendre au sérieux les obs-

haient de prendre Possession

de son royaume, La colère, toujours mauvaise conseillère, lui fit faire un coup de tête. Agissant au hasard sous l’impression que le transport officiel des territoires avait eu lieu suivant les Conventions, il lança une proclamation dans laquelle il protestait énergiquement contre l'insurrection, ordonnait aux insurgés de se débander et de retourner en paix dans leurs

familles, les menaçant de peines sévères s'ils

n’obéissaient pas. II poussa même l’impru/ dence jusqu’à donner au colonel Dennis bautorisation de lever un corps d'armée pour étonffer la rébellion,

Cette proclamation lancée avant que le transfert eût été fait légalement, était sans valeur et fournissait À Riel une arme redoutable dont il sut profiter pour affermir son pouvoir, et démontrer que la seule autorité établie et légitime était celle du gouvernement provisoire organisé par la population réunie en convention, et que tous Ini ‘evaient respect et obéissance. Conformément aux instructions illégales données par le gourerneur MeDougall au col. Dennis, des corps de volontaires avaient été organisés et avaient pris les armes. Ils ne furent pas heureux, les Métis les dispersèrent et firent leurs chefs prisonniers. Parmi eux se trouvait un nommé Scott, un orangiste violent, fanatique, qui après avoir été arrêté, une première fois, avait juré de s'abstenir de toute intervention et de prêter obéissance et fidélité au gouvernement provisoire. A peine relâché, il avait recommencé à conspirer et s'était enrôlé dans la bande organisée par le major Boulton pour combattre le nouveau gouvernement.

Arrêté pour la deuxième fois, il prit plaisir à défier, à insulter les membres du gouverne-

ment, Riel surtout, à proférer des menaces de mort contre eux ; Il se porta même à des voies de fait sur ses gardes, Le gouvernement provisoire crut devoir se protéger et se faire resdeter en demandant au Conseil de guerre qu’il avait organisé de faire subir un procès à cet énergumène pour avoir repris les armes contre le gouvernement malgré son serment d’allé.

geance, et s’être rendu coupable de voies de fait envers ses gardes, II refusa de se défendre, de faire entendre des témoins et conserva visà-vis de ses juges toute son arrogance. Il fut trouvé coupable et condamné à être fusillé.

L’exécution de Scott enflamma les loges orangistes de tout le Pays qui convoquèrent des assemblées publiques afin de soulever partout le sentiment de la population anglaise, de protester contre ce qu’on appelait le meurtre de Scott et de demander la punition des coupables, Les orangistes s’attaquèrent surtout à Riel et le Poursuivirent de leur vengeance jusqu’au pied de l’échafaud de Régina. Leur fanatisme les a toujours empêchés de faire la distinction pourtant bien simple et bien naturelle entre le crime du meurtrier qui tue son semblable et l’acte d’un tribunal établi par un gouvernement de facto qui condamne à mort un homme en révolte ouverte contre ce gouvernement. Sans doute il eût mieux valu ne pas donner suite à

cette sentence de mort, il eût été sage de la commuer en emprisonnement, mais si cette exécution a été intempestive, elle n’a pas été criminelle. Il y a une différence entre une erreur et un crime. Quel est le gouvernement, quelle est l’autorité qui, dans un temps d’agitation et de révolution, n’a pas abusé de son pouvoir ? Et il ne manque pas d'hommes éminents, d’avocats haut placés qui ont affirmé que la conduite criminelle de Scott méritait d’être punie comme elle l’a été. Mais ce n'est pas le temps de discuter à fond cette question.

Le gouvernement canadien se rendant compte du danger de la situation avait cru devoir recourir à des mesures de conciliation afin d’apaiser les esprits irrités, et dans ce but il avait chargé une commission composée du Rév. M.

Thibault et de MM. Donald.A. Smith et de Salaberry de s’aboucher avec les chefs métis. Pour plus de sûreté il s'était adressé à l’évêque de St-Boniface, Mgr Taché, qu’on avait toute raison de croire l’homme le plus à même de calmer Riel et de pacifier les Métis. Mgr Taché avait été le bienfaiteur de Riel qui lui devait son éducation; de plus, ses vingt années de dévouement et d’apostolat l’avaient rendu cher aux : populations du Nord-Ouest.

Pendant que les négociations étaient en cours, le gouvernement impérial et le gouverne-

nt le colonel Wolseley

projet de loi consti- Manitoba et pourvoyant à

son gouvernement.

La jeune Province était sœurs conseil exécutif, et d’un Conseil lé.

territoires du Nord-

Pour ajouter une nouvelle province à la

Confédération était digne d’envie et de considération.

Promesse leur fut donnée Par plusieurs nom du gouvernement,

Promesses étaient verbales, n. écrit ne liait le gouvernement; il se

croyait en état de repousser les troupes envoyées contre lui et même de les anéantir. Mais les instances de Mgr Taché triomphèrent de ses hésitations et le décidèrent à se soumettre.

Un jour, en 1875, un ami à qui il disait, qu’en 1870, avec le fort Garry en sa possession, il était maître de la situation, lui ayant fait observer que l’histoire expliquerait difficilement alors sa conduite, il répondit avec chaleur :

“C’est vrai, c’est vrai, mais que voulez-vous ? “Mgr Taché était pour moi plus qu’un père, “c'était un dieu pour qui j'aurais volontiers “donné mon sang; lorsqu'il me dit, les larmes „dans les yeux, que je passerais sur son corps “avant d’arriver aux troupes, je cédai à ses “prières, et je donnai l’ordre à mes partisans “ de se disperser en leur disant que nous avions “obtenu ce que nous demandions.”

En effet, lorsque les troupes arrivèrent au fort Garry, elles le trouvèrent abandonné, et elles purent en prendre possession sans coup férir. Mais l’agitation produite par les troubles du Nord-Ouest devait durer plusieurs années encore.

Les loges orangistes et la population anglaise en général demandaient que la mort de Scott fût vengée et que les auteurs de l’exécution fussent arrêtés et punis.

Le gouvernement libéral de la province d’On-

tario se crut obligé, pour calmer l’effervescence

publique, de voter une somme de $5,000 pour l'arrestation de Riel.

Le gouvernement fédéra] était dans l’eau

bouillante : les ministres étaient divisés, ceux

la responsabilité des promesses

tes aux Métis, prêchaient la résis-

tance à la pression du fanatisme ; les autres,

les ministres an

rent de l’argent Pour leur permettre d’aller s'établir aux Etats-Unis,

Un jour, Sir John s’écria dans une assemblée publique en prenant une “ Plaise au ciel que ce brigand de Riel !

Lépine vivaient a

Le vieux renard en à fait bien d’autres ; mais la difficulté, n’était qu’ajournée comme on le verra plus tard.

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