CHAPITRE IV
De l'union des deux Canadas jusqu'à la démission du cabinet Lafontaine ^1840-1851)
] /Angleterre avait suivi, non sans inquiétude, les phases d'une insurrection qui menaçait, si elle avait pu compter sur le secours des États-Unis, de lui enlever ses dernières possessions dans l'Amérique du Nord. Lord Durharn, le prédécesseur de sir Joint Colborne comme gouverneur du Canada, avait été chargé d'aller faire sur place une enquête afin d'éclairer le Gouvernement et le Parlement anglais sur les changements qu'on sentait la nécessité d'apporter à l'état des choses et, en particulier, à la constitution de 1794, instrument désormais faussé et hors d'usage. Toute la politique de lord Durhani était d'étouffer, si possible, la nationalité canadienne française, trop vivace à ses yeux et de donner une prépondérance exclusive à l'élément anglosaxon. On lui prête ce mot typique : « Le Canada doit être angliflé, dût-il pour cela cesser d'appartenir à la Grande-Bretagne. »
Son projet, qui fut d'ailleurs adopté, dans tous ses articles, par le Parlement britannique, était, en effet,
bien conçu pour amener à ce résultat. Le bill qui réunissail les deux Canadas, le Bas-Canada (français) et h1 Haut-Canada (anglais) jusqu'alors séparés, voté dans la session de 1840, promulgué le 23 juillet 1840, et mis ou vigueur le 10 février de l'année suivante, portait, entre autres dispositions :
Que l'anglais serait la seule langue légale et parlementaire ;
Que le nombre des représentants serait le même (de quarante-deux) pour chacune des deux provinces, quoique le Haut-Canada n'eut alors qu'une population bien inférieure à celle de la province française (500,000 contre 700,000 en 1844);
Que le chiffre de la représentation, ainsi que l'assiette des divisions électorales ne pourraient êtreehangés que par une majorité <\v^ deux tiers <\c^ voix dans l'Assemblée législative;
Que la dette du Haut-Canada, qui s'élevait alors à près de six millions de piastres, passerait à la charge de l' Union, el grèverait parsuite de moitié le Bas-Canada qui n'avait presque pas de dettes et fournissait la plus grande somme des revenus publics;
Enfin, que le choix de la capitale serait laisse'1 au bon plaisir du gouvernement, lequel préféra à Québec et à Montréal, qui avaient tous les droits à cel honneur, une petite ville du Haut-Canada, Kingston, qui n'avait d'autre titre que d'être habitée par une population exclusivement anglaise
On peut voir, par là, combien l'acte d'Union était partial et injuste, et connue il favorisai! l'élémeni anglo-saxonau détriment de l'élément français, Ce n'était, d'ailleurs, que la continuation du système employé de-
puis la conquête, et qui poursuivait obstinémenl l'absorption ou l'annihilation de la nationalité française, dans le pays qui avail été la Nouvelle France. La constitution de 17(,H avail été déjà forgée dans ce but; la nouvelle constitution devait, dans la pensée de ses auteurs, parachever l'œuvre, en réduisant les Canadiens français à l'étal de minorité d'abord, à l'étal d'incapacité ensuite.
Les protestai ions t\c<~ Canadiens français ue manquèrent point, on peut le croire, contre ce tissu d'injustices; mais la métropole était décidée à passer outre. Forcés de subir un nouvel ordre de choses, établi s;ms l'assentiment ni même sans la consultation préalable de la population, qu'ils n'avaient point désiré et pour lequel ils n'avaient même pas été consultés, les Canadiens d'origine française firent contre maie fortune bon cœur, resserrèrent entre eux les liens de la fraternité de race et manœuvrèrent si bien sur ce terrain parlementaire,' nouveau pour eux, et où ils allaient désormais se trouver en face d'une majorité de race et de langue différente1, qu'au bout de quelques années ils avaient obtenu le retrait des clauses les plus vexaLoires de l'acte d'Union, forcé l'estime de leurs adversaires, rétabli leur race sur un pied d'égalité parfaite avec la race anglo-saxonne, assuré le self-government à leur pays en enlevant à la métropole quelques-unes des prérogatives qu'elle s'était
* En effet, tandis que les 42 collèges électoraux du Haut-Canada étaient représentés exclusivement par des Anglo-Saxons, ceux-ci pouvaient encore compter sur une dizaine de sièges du Bas-Canada ou la population anglaise égalait on dominait la population francocanadienne.
jusque-là le plus jalousement réservées, enfui préparé ['indépendance, très réelle, dont jouit aujourd'hui le Canada français qui, depuis la constitution de 1866, s'administre lui-même et par mi parlemenl particulier, pour toutes les questions dont il ne doit pas partager le règlement avec ses confédérés.
L'histoire de ces conquêtes successives occupe toute la période qui va de 1841 à 1866. Nous regrettons de ne pouvoir la suivre dans ses détails et d'être obligé de nous en tenir aux grandes lignes.
Le 10 février 1<S4I , le nouveau gouverneur «lu Canada, M. Thompson, récemment créé baron de Sydenham et de Toronto, prêtait serment et dictait une proclamation an peuple des deux provinces où il dissimulait peu ses préférences pour le Haut-Canada. Trois jours après, paraissait la liste du Ministère, exclusivement composé d'Anglais du parti tory, et dont quelques membres étaient particulièrement impopulaires, non seulement auprès de la population du Ris- Canada, mais encore auprès «l'une notable partie de celle du Haut. La période électorale, qui s'ouvrit sur ces entrefaites, fut l'occasion d'une bonne et active campagne, qui propagea, dans tout le Bas-Canada, avec les idées de liberté et de protestation contre l'arbitraire gouvernemental , des notions exactes sur le fonctionnement du régime parlementaire. Quelle que fût la pression exercée dans ces élections par le gouvernement de lord Sydenham, l'opposition conduite par un homme éminent, M. La Fontaine, et prenant pour « plateforme» la protestation contre l'Union, fit passer, dans le Bas-Canada, vingt-trois de ses candi-
dats contre dix-neuf inféodés au gouvernement. Dans le Haut-Canada, la lutte électorale n'eut pas lieu sur la question de l'Union, acceptée par tous les partis, mais sur le terrain des réformes et de la substitution d'un régime véritablement parlementaire avec ministère responsable devant les Chambres, au gouvernement personnel et irresponsable qui était encore en vigueur, sous la nouvelle constitution comme sous l'ancienne. Les « réformistes » l'emportèrent aux élections sur le parti conservateur alors connu sous le nom de « Family compact », et la nouvelle Chambre compta vingtsix députés du premier parti contre seize seulement du second.
Lord Sydenliam manœuvra de façon à se concilier, pour un temps au moins, les réformistes du Haut- Canada. Il voulait, avant tout, faire ratifier l'acte d'Union par la majorité de l'Assemblée législative, et il y parvint sans trop de peine; vingt-cinq voix seulement, presque toutes de Canadiens français, protestèrent contre cette constitution imposée sans consultation préalable du pays. Sur une interpellation des réformistes, les ministres durent aussi prendre l'engagement de résigner leurs fonctions, du jour où ils n'auraient plus l'appui de la majorité de la Chambre. « Nous tenons enfin le gouvernement responsable », s'écria-t-on de toutes parts, et, en effet, depuis ce moment, le Canada posséda la réalité du régime représentatif, dont il n'avait eu que l'ombre jusqu'à ce moment.
Lord Sydenliam ne tarda pas d'ailleurs à s'apercevoir, aux résistances que soulevèrent dans la Chambre plusieurs de ses propositions, que l'esprit d'indépendance avait souftlé sur ses administrés. Bien que la
majorité de l'Assemblée législative eul été composée artificiellement et comptât une quantité de créatures du gouverneur, cette majorité même manqua au pouvoir en mainte occasion. C'est ainsi qu'un projel d'émission de papier-monnaie, proposé par le gouvernement, fui repoussé; c'est ainsi encore que, malgré le ministère, la Chambre prescrivit une enquête sur les élections contestées el entachées de fraude. Le Conseil législatif, sorte de Chambre des pairs servile, dont tous les membres étaient nommés par le gouvernement, fui employé à réfréner ces velléités d'indépendance; il refusa son approbation à dix-huil projets de loi adoptés par la Chambre «les députés. L'opposition allait croissant dans tout le pays, el notamment dans le lias- Canada, mais le gouverneur ne vécut pas assez pour en voir le triomphe. Le 19 septembre lS'i-l, le lendemain même de Ja clôture de la session parlementaire, lord Sydenham mourut des suites d'une chute de cheval qu'il avait faite quelques jours auparavant. Il laissait la réputation d'un homme énergique et liabile, mais aussi d'un administrateur partial el peu scrupuleux sur le choix des moyens. Parmi les Canadiens-Français en particulier, cotte mort n'excita que peu de regrets.
Sir Charles Bagot, qui lui succéda comme gouverneur, arriva à Kingston le 10 janvier 1842. L'une de ses premières déclarations Cul : qu'il « ne ferait aucune distinction de race ni de partis politiques, et que son seul désir était de se concilier l'approbation et l'appui de toutes les parties du pays. » Il témoigna toul d'abord de la réalité de ces dispositions en donnant à Ac* Canadiens d'origine française quelques emplois impor-
tants dans l'administration et dans la magistrature. Mais Ifs griefs des Canadiens français étaient trop nombreux pour être apaisés à si bon compte. « ... Nous avons bu la coupe jusqu'à la lie, s'écriail dans le Canadien un publiciste de talent, M. Etienne Parent. Depuis un demi-siècle, nous sommes abreuvés d'amertume; on pouf nous faire endurer plus que nous n'avons souffert, nous sommes familiers avec les souffrances et nous les redoutons moins que le déshonneur. . . Ces réflexions ne sont pas les divagations d'une imagination échauffée; c'esl l'expression fidèle et réfléchie du sentiment qui anime un demi-million d'hommes dans le Bas-Canada. L'appâl des faveurs a pu amollir quelques courages, mais la masse de la population ne fléchira jamais. Le soleil du pouvoir pourra dessécher quelques rameaux, mais l'arbre conservera toujours sa sève el sa verdeur. »
Le nouveau gouverneur convoqua les Chambres pour le <s septembre 1842. Dans l'intervalle de la dernière session, le parti libéral avait été renforcé dans les deux Canadas parmi certain nombre d'élections partielles. Grâce à ces nouvelles recrues, l'opposition était en état de livrer au ministère un vigoureux assaut. Pour en détourner la menace, le gouverneur lit appel à M. Lafontaine, le chef reconnu de^ Canadiens français, et, lui demanda d'entrer dans le cabinet, de concert avec les conservateurs anglais qui y figuraient déjà. AI. Lafontaine eut la fermeté de refuser. 11 avait lutté jusquelà avec les réformistes du Haut-Canada; c'était avec eux seuls qu'il voulait arriver aux affaires. Il fallut en passer parla. M. Lafontaine fut chargé de composer lui-même et à litre de premier ministre le nouveau
Cabinet. [1 s'associa, pour celte tâche, Roberl Baldwin, le chef des libéraux du Haut-Canada. La population du Canada français salua avec enthousiasme ce fait si nouveau de l'avènement «le l'un des siens à la tête des affaires publiques, dans ce pays civilisé par elle et où elle était, depuis quatre-vingts ans, traitée en inférieure H en étrangère.
Le ministère Lafontaine-Baldwin put compter, dès son arrivée aux affaires, sur une majorité considérable dans la Chambre. Il en profita pour taire voter, dans la session suivante, plusieurs mesures de réparation et d'équité. Les ministres tirent transférer la capitale du Canada-Uni de Kingston à .Montréal qui était déjà la ville la plus populeuse (40,000 âmes en 1842) et la plus richedu Canada. Ils tirent modifier l'assiette delà liste civile et reconnurent à la Chambre seule le droit de voter le budget et defixer les impôts. Enfin, en rendant les juges indépendants delà couronne et en faisant proclamer l'incompatibilité entre les fonctions administratives et le mandat de représentant, ils mirent fin à des abus qui avaient menacé de corrompre, dès le début, le fonctionnement du régime parlementaire.
Ces mesures, quoique votées toutes à une majorité considérable, n'allèrent pas sans de vives protestations du fait des conservateurs dépossédés du pouvoir et qui affectaient de prétendre, par l'organe de sir Allan Mac Nab, que « les rebelles étaient récompensés, au détriment des sujets iidèles et loyaux de Sa .Majesté ».
Sir Charles lingot, enlevé sur ces entrefaites par la mort, fut remplacé comme gouverneur par lord Metcalfe (1843). Ce dernier gouverna quelque temps de concert avec le cabinet libéral; mais bientôt, trouvant
son rôle trop borné par celui îles ministres, il voulut faire acte de gouvernement personnel et, de son chef* nomma à divers emplois publics des personnages plus ou moins hostiles aux vues du Cabinet. Les ministres, qui n'avaient pas été consultés, protestèrent au nom des règles ordinaires du gouvernement constitutionnel ; mais en vain. Metcalfe prétendit qu'il dégraderait le caractère de sa charge et sacrifierait la prérogative royale s'il consentait à soumettre aux ministres le choix des fonctionnaires publics. Voyant qu'ils ne pouvaient vaincre l'entêtement du gouverneur, les membres du Cabinet Lafontaine-Baldwin prirent le parti de donner leur démission. Lord Metcalfe constitua un conseil provisoire de trois membres, où un Canadien- Français, M. Denis Viger eutle tort d'accepter de figurer. Ce conseil ne pouvait d'ailleurs prétendre à rallier les sympathies et la confiance de la Chambre. Après divers atermoiements, il fallut dissoudre celle-ci et, convier le pays à des élections générales.
La cause représentée par les ministres démissionnaires triompha à une grande majorité dans le Bas- Canada. M. Viger fut battu dans deux collèges électoraux, tandis que M. Lafontaineet ses amis réunissaient la presque unanimité des votants. Malheureusement, le Haut-Canada ne seconda pas ce mouvement de protestation. Les intrigues du ministère se donnèrent là libre carrière et trouvèrent des électeurs trop crédules ou trop inconstants *. Les réformistes ne purent faire
* « On doit remarquer, dit un auteur, que les Haut-Canadiens ont, de tout temps, montré de l'inconsistance en politique: à chaque élection, les partis conquéraient tour à tour la majorité. Il suffirait
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passer qu'une dizaine de leurs candidats. Finalement, à l'ouverture du second Parlement, le Cabine! Viger- Draper se trouvai! en possession (rime majorité de quelques voix.
Mais l'opposition, conduite par les ministres démissionnaires, MM. Lafontaine el Baldwin, étail assez uombreuse et assez compacte pour que le gouverneménl dû! compter avec elle, à toute heure. Aussi l'une des premières mesures de l'administration, en quête de popularité, fût-elle <l<i demander à la reine une amnistie générale pour tous les condamnés qui avaienl pris pari aux mouvements insurrectionnels de 1837-1838. Cette amnistie ne fui accordée formellemenl par le gouvernement anglais, que six ans plus tard, en 1849; mais, dès 1843, par l'elfe! de grâces particulières, les portes des prisons se rouvrirent pour une foule de détenus politiques, et plusieurs exilés, entr'autres le célèbre Papineau, furenl admis aussi à franchir le seuil de leur terre natale. Papineau, qui avait cherché un refuge en France, revint au Canada en 1845; les Canadiens français lui firent une véritable ovation.
Le ministère conservateur prit encore l'initiative de proposer une adresse à Sa Majesté britannique pour demande!' l'abrogation delà clause de l'Acte d'Union qui proscrivai! l'usage légal de la langue française. Celle motion fut reçueaux applaudissements unanimes de l'Assemblée el votée aussitôl par acclamation.
qu'un gouverneur montrât de la sympathie envers là minorité, pour que cette minorité devînt la majorité: ces! ce qui a l'ail souvenl ta faiblesse el l'embarras des gouvernements. Les Bas-Cana diens étaient beaucoup plus fidèles à leurs principes... » Louis I'. Turcotte. Le Canada sous l'Union, p. 166,
LES CANADIENS FRANÇAIS 'SS'l
Néanmoins, eu ne fut que trois ans plus lard et sons le second ministère Baldwin-Lafontaine, que la disposition qui proscrivait notre langue fut définitivement rapportée.
Mais, pendant qu'ils accordaient aux Canadiens français ces satisfactions surtout morales et nous pourrions ajouter lotîtes platoniques, les ministres assuraient aux habitants du Haut-Canada, sur lesquels ils s'appuyaient surtout, des avantages beaucoup plus réels, accordant à la province supérieure la plus grosse part des subsides pour les travaux publics, pour la construction de canaux, chemins, etc. — Le Haut-Canada recevait encore une somme de Ï0,000 livres sterling, à titre d'indemnité pour les pertes qu'il avait subies [tendant les troubles civils ; pendant ce temps, le Bas- Canada, qui avait des réclamations au moins aussi justes à faire valoir, était renvoyé, pour le règlement de ses indemnités, aux calendes grecques.
dépendant lord Metcalfe, déjà saisi par les .étreintes d'un mal <jui devait le conduire au tombeau, avait demandé son rappel et, en attendant la nomination de son successeur, avait passé les rênes du gouvernement à lord Cathcart, commandant des forces militaires de l'Angleterre au Canada (1845). Le gouvernement métropolitain confirma ce choix à titre provisoire et d'autant plus que l'état, tort tendu à ce moment, des relations de l'Angleterre avec les Etats-Unis pouvait faire désirer à la première do ces puissances de voir l'administration de la colonie entre des mains militaires.
Déjà quelques années auparavant (1841) des difficultés s'étaient élevées, entre la République américaine
et les possessions britanniques, au sujet d'un territoire en litige sur la frontière nord de l'Etal du Maine. L'Angleterre avait envoyé à cette occasion à Washington un plénipotentiaire, lord Ashburton, qui tut assez peu heureux dans ses négociations ei fini! par concéder aux Etats-Unis tout le territoire contesté, plus de quinze cent mille hectares, qui, d'après la carte dressée au congrès de Versailles, mais ignorée du plénipotentiaire, appartenaient légitimement au Canada. (Tétait encore en 1845 une question de frontières, mais cette fois à l'extrême Ouest, sur les rivages du Pacifique, qui menaçait de mettre de nouveau aux prises les États-Unis et leur ancienne métropole. L'Angleterre ne fut pas plus heureuse dans la conduite et dans l'issue de cette nouvelle contestation.
Au delà «les montagnes Rocheuses, découvertes et franchies pour la première lois (en I7k>) par un Français, le chevalier La Varenne dé la Vérandrye1, s'étend, des bouches de l'Orégon aux confins de la presqu'île d'Alaska, tout une vaste région où la colonisation commençait seulement alors à envoyer ses premiers pionniers, mais qui ne devait pas tarder à recevoir un accroissement considérable de population et à prendre une importance réelle. Les Etats-Unis, héritiers des prétentions de la France, depuis la cession de la Louisiane, et de l'Espagne depuis le traité de 1819, se heurtaient lààdes prétentions contraires des Anglais el même (!»•< lUisses. Un arrangement était intervenu en 1821.
1 Né au\ Trois-Rivières (Nouvelle-France); quatre de ses lits el l'un de ses neveux, nommé de la Janeraye, l'accompagnèrent dans ce voyage qui s'accomplit au milieu de difficultés innombrables. Voir p. 198.
entée la Russie et les États-Unis, suivi l'année suivante .l'un traité entre la Russie et la Grande-Bretagne. Le territoire «le l'Amérique russe était limité au sud par une ligne qui, partie du détroit de Vancouver, embrassait l'archipel du prince de Galles et la Nouvelle-Cor^ nouailles et, longeant la côte jusqu'au mont SaimVElie, se dirigeait ensuite vers le Nord et la mer glaciale, selon le 144° de longitude (méridien de Greenwich) l.
Mais le débat restait pendant entre la Grande-Bretagne <jui par la compagnie de la baie d'Hudson possédait depuis longtemps des comptoirs fortifiés sur le fleuve Orégon, et les Etats-Unis, ceux-ci persistant à réclamer tout le bassin del'Orégon et prétendant que la Louisiane, que le premier consul Bonaparte leur avait cédée, en 1802, pour 75 millions de francs, s'étendail sur les deux versants des Montagnes-Rocheuses jusqu'au quarante-neuvième degré de latitude nord. La prétention était hardie, mais elle s'adaptait si bien à la laineuse doctrine de Monroë (l'Amérique aux Américains) que le gouvernement des Etats-Unis n'hésita pas à la soutenir à grand renfort d'arguties et aussi pardes paroles menaçantes. La guerre parut un moment sur If point d'éclater. « Mais il advint, dit l'histoire ou la légende -, que, vers cette époque, un frère du premier ministre britannique taisait partie de l'état-inajor d'un navire de guerre en station sur les cotes du pays contesté. Grand amateur de pèche, il ne trouvait que déception dans l'exercice de son sport favori. Les sau-
1 On sait qu'en 18<»7. la Russie a cédé ce territoire aux États- Unis, il forme maintenant le « territoire d'Alaska. »
2 II. de Lamothe. — Cinq mois chez les Français d'Amérique, p. -254.
mous de la Colombie, pou [kits aux nouveautés de La civilisation se refusaienl obstinémenl à mordre aux hameçons perfectionnés. De dépit, le noble pêcheur écrivit à Londres que toul ce pays ne valait pas la peine qu'on se querellât pour le conserver, et son frère le premier ministre s'empressa de suivre ce conseil désintéressé. Se non ù vero, èbentrovato; ce qui est, certain, c'est qu'aujourd'hui encore lous les habitants de la Colombie anglaise sonl convaincus de l'authenticité de cette histoire. Si le grand fleuve ( >régon n'est pas la limite méridionale de leur province au lion «le la ridicule ligne quarante-neuvième, si les colonies naissantes du Puget-Sound et tout le territoire actuel de Washington ont passé sous la bannière étoilée, tout cela, disent-ils, tienl uniquement à cequeles saumons du pays n'ont point su comprendre toul l'honneur que leur Taisait le frère du premier d'Angleterre, en daignant les prendre do s;i propre main. On sait que depuis la récente décision arbitrale de l'empereur Guillaume, dans J'affaire de l'île San- Juan, les Anglais n'ont même plus Ja possession exclusive du délroil le plus rapproché des cotes de leur colonie de Vancouver ' . »
i Quoique les Canadiens aienl encore assez de terres inhabitées
pour ne savoir qu'en taire, ces petites amputations territoriales -
sommées sans leur intervention, pre que à leur insu, cl par des négociateurs le plus souvent ignorants de leurs intérêts, onl piqué
au vif leur ai ir-propre national. La métropolel'a enti, el lors du
traité de Washington où la question des pêcheries du golfe Saint- Laurent devait être débattue, en même temps que le règlement des déprédations de l'Alabama, elle adjoignit un homme d'Etat canadiens sir J.-A. Macdonald, à son plénipotentiaire ordinaire. Cet un précédent important et un pas de plus vers la reconnaissance formelle du droit du Canada à intervenir dans toute négociation internationale
L'écho de ces difficultés diplomatiques avait un moment agité les deux Canadas. La Chambre vola, sans discussion, une loi qui organisait une milice canadienne pour la défense du territoire. Un député du Canada français, le Dr Taché, prononça, à cette occasion, un discours animé d'un souille belliqueux, où il rappelâtes exploits de ses compatriotes en 1812 etprotesta qu'en semblable occurence les Canadiens français étaient prêts à agir de même, quelles que lussent les injustices du parti anglais à leur égard.
Cette agitation ne tarda pas à disparaître avec les causes qui l'avaient l'ait naître, et les Canadiens tant Irai irais qu'anglais purent de nouveau porter leur attention sur les intérêts et les luttes de la politique intérieure. La rivalité entre les deux provinces et les deux races était toujours l'aliment principal de ces luttes. C'est à ce moment qu'on voit s'ébaucher les premières tentatives de rapprochement entre les Canadiens français et les conservateurs du Haut-Canada. C'est à ce moment aussi que se fait jour, dans les débats parlementaires, la théorie, longtemps discustée, de la « double majorité », théorie d'après laquelle les cabinets qui présidaient au gouvernement des deux provinces ne devaient rester en fonctions qu'autant qu'ils s'appuyaient, dans le Parlement, sur la majorité des représentants de l'une et de l'autre province.
Mentionnons ici la prise de possession par lord Elgin (20 janvier 1847) des fonctions de gouverneur du Canada. Cette administration, l'une des plus longues qu'ait eues le Canada, puisqu'elle dura jusqu'en 1854,
où sus intérêts seraient mis en question. (Lamuthe, ouvrage cité, p. 235.)
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lui généralement habile, modérée et impartiale. Lord Elgin prit au sérieux son rôle de gouverneur constitutionnel: toute sa politique fut de laisser faire ses ministres, qu'il prit toujours, conformément aux règles du parlementarisme, dans la majorité de I;» Chambre (Hue. Jl n'en fallait pas davantage pour lui assurer une belle paye dans l'histoire du Canada et une grande place dans la reconnaissance du peuple canadien.
11 nous faut aussi mentionner, à la même époque, un grand mouvement d'émigration qui, parti d'Irlande à la suite de l'horrible lamine qui sévit dans cette contrée en 1846-1847, jeta sur la terre du Canada près décent mille malheureux, que décimèrent, pendanl la traversée et à leur arrivée, la fièvre typhoïde et d'autres maladies épidémiques, suite de la misère et des privations. Une faible part de ces infortunés survécurent au tléau qui lit rage encore après leur débarquement sur la terre hospitalière du Canada; niais l'historien aime à noter, pour l'honneur de L'humanité et du christianisme, le dévouement dont firent preuve, à cette occasion, les populations canadiennes, menacées ellesmêmes de la contagion, et au premier rang les membres du clergé de toutes les confessions. Dans la liste des victimes de leur charité, on trouve les noms du maire de Montréal, Al. Mills, de l'évêque de Toronto, M. Power, du grand vicaire Hudon, de M. Chaderton, pasteur protestant, de M. Roy, curé de Charlesbourg, etc. (1847).
L<'s élections générales eurent lieu au commencement de l'année suivante (1848). Elles assurèrent Je
triomphe du parti libéral pu réformiste, dans toute l'étendue de l'Union. Dans le Bas-Canada c'est à peine si le ministère conservateur put taire élire élire cinq ou six de ses candidats; dans le Haut-Canada, l'opposition porta aux affaires vingt-six députés contre seize (•lus seulement partisans de la politique ministérielle.
A la rentrée du nouveau Parlement, le candidat des libéraux pour la présidence de la Chambre, M. Morin, réunit cinquante-quatre voix contre dix-neuf données à sir Allan, candidat des conservateurs, et la môme proportion se retrouva dans le vote qui mit tin aux jouis de l'ancien cabinet. Lord Elgin lit appeler les chefs du parti libéral, MM. Laf'ontaine et Baldwin, et les chargea de constituer la nouvelle administration. Les libéraux recueillaient les fruits de leur sagesse ol de leur persévérance à réclamer l'application des principes du self-govemment. A partir de ce moment, on peut dit que le Canada fut vraiment l'arbitre de ses propres destinées.
Parmi les premières mesures dues à l'initiative du nouveau ministère, il faut noter les efforts faits pour ouvrir à la colonisation les cantons de l'Est, les rives du Saguenay et du lac Saint-Jean et pour diriger sur ces points, non-seulement le courant de l'immigration venue de l'étranger, mais le trop plein de la population canadienne-française elle-même, qui dès lors, paraissait vouloir se porter de préférence vers les Etats-Unis.
Un fait considérable aussi pour l'avenir commercial du Canada lut l'abrogation, par le Parlement anglais (1849), de l'acte de navigation dont les disposi-
tions fermaient les ports <lu Canadaàtous autres vaisseaux qu'à ceux de la marine anglaise. Désormais le Canada put importer «les marchandises et exporter directemenl ses produits. La liberté de la navigation amena dans le Saint-Laurenl du* vaisseaux américains, français, allemands et autres. Un traité conclu à la même époque avec le gouvernement des Etats-Unis permil aux Canadiens de recevoir en douane les marchandises destinées aux États-Unis et de Faire passer parles Etats-Unis les marchandises destinées à l'exportation. Ainsi le Canada devenait de plus en plus indépendant, tant au point de vue commercial qu'au point de vue politique, de la métropole anglaise : sous ce régime nouveau, son industrie et son commerce ne devaient pas tarder à prendre un nouvel essor.
C'est encore en cette année 1840 que l'usage de la langue française fut officiellement rétabli dans les délibérations du Parlement canadien et dans les actes judiciaires. Lord Elgin poussa la courtoisie jusqu'à prononcer lui-même le discours de la couronne en langue française. L'émotion fut grande sur les bancs occupés par les députés de race française. « Que je me sens heureux et soulagéj s'écria le vénérable M. Viger, d'entendre dans ma langue les paroles du discours du trône! »
On comprend que ces concessions faites par l'Angleterre, que ces conquêtes précieuses obtenues par les Canadiens français désormais placés sur un pied d'égalité parfaite avec les Anglais et voyant un des leurs a la tête du cabinet, aient désarmé bien des rancunes et produit une détente générale dans les dispositions
de toute cette population de race et de langue françaises, qui après avoir si longtemps lutté pour ses droits les plus élémentaires, voyait maintenant son indépendance et ses libertés assurées.
L'erreur de M. Papineau — le vieux combattant de toutes les luttes libérales, que la reconnaissance de ses concitoyens venait de renvoyer au Parlement, — fut de ne pas s'associer, à ce moment, à cette détente universelle et de conserver dans une situation toute nouvelle l'attitude et le langage, les passions et les défiances d'autrefois. Au lieu de reconnaître les avantages déjà obtenus sur le terrain constitutionnel et de joindre ses efforts à ceux de MM. Lafontaine, Caron el autres qui tâchaient de tirer des institutions en vigueur tout ce qu'elles pouvaient donner, pour améliorer de pins en plus la condition de la race française au Canada et redresser ses derniers griefs, M. Papineau s'obstinait «à dénoncer l'Acte d'Union de 1841, au moment môme où — par suite de l'accroissement de la population du Haut-Canada, qui promettait de dépasser sous peu celle du Bas-Canada, — le vice originel de la constitution, l'inégalité qu'elle consacrait dans la représentation des deux provinces, allait disparaître ou même profiter à la province inférieure. En homme qui « n'a rien oublié, ni rien appris», il se posait en théoricien de l'absolu; il citait en exemple les nations d'Europe alors travaillées, à la suite de notre République de 1848, de la fièvre des révolutions; il attaquait, il harcelait le ministère Lafontaine-Baldwin, lui reprochant de trahir les principes qui l'avaient porté au pouvoir et laissant entendre que, pour son compte personnel, il préférerait l'annexion à la grande Repu-
Nique voisine, à un état de choses où le Canada frai> çais n'aurail pas sa complète autonomie.
Mais cette attitude de l'ancien tribun populah*e ne correspondait plus à la situation, non plus qu'aux sentiments <le la grande majorité de la population d'origine française. Aussi cette voix, qui soulevait autrefois dos orages, n*éveillait-elle plus que de rares échos; presque isolé dans le Parlement, sou influence allait aussi diminuant auprès de ses concitoyens. Le temps était à la conciliation, non aux luttes, ni à la discorde.
Une mesure de haute équité, prise par le Parlement sur l'initiative du Cabinet, vint cependant réveiller, un moment, la violence des partis et raviver le feu *U^ haines de race qu'on croyait éteint. On se souvient que les habitants du Bas-Canada avaient ^vainement réclamé, sous le ministère précédent, leur part des indemnités accordées à leurs voisins du Haut-Canada en réparation des dommages causés par l'insurrection del837- 1838. Le ministère Lafontaine-Baldwin — qui avait déjà obtenu do la couronne une amnistie générale pour les personnes impliquées dans l'insurrection — voulut panser aussi les blessures matérielles de celle crise et proposa d'affecter 100,000 livres sterling, en vue d'indemniser les victimes innocentes de la guerre civile. Les conservateurs du Haut-Canada poussèrent les hauts cris, et voyant là un moyen de reconquérir l'influence qu'ils avaienl perdue dans leur province, ils tirent de l'agitation autour de cette mesure et réveillèrent, les jalousies et les humiliés de race encore mal assoupies, en prétendanl que le ministère voulait récompenser les « rebelles français 9 et punir, du même
coup, les « loyaux » de leur dévouement à la métropole. Les discussions furent Vives dans le Parlement et ce fut le tour des Anglais de menacer de se joindre aux Etats-Unis, si on ne faisait pas droit à leurs réclamations. « Les Haut-Canadiens, disait sir Allan Mac Nab se plaignent d'être aujourd'hui placés sous la domination de maîtres français. J'avertis le ministère du danger; je l'avertis que sa conduite est propre à jeter le peuple du Haut-Canada dans le désespoir, et à lui faire penser que, s'il doit être gouverné par des étrangers, il lui serait bien plus avantageux d'être gouverné par un peuple voisin et de même race, plutôt que par des hommes avec qui il n'a rien de commun, ni le sang, ni la langue, ni les intérêts. »
Malgré ces clameurs la proposition du gouvernement fut votée à une forte majorité (48 voix contre 23) ; mais les excitations passèrent de la tribune du Parlement dans le pays et amenèrent en plusieurs endroits de regrettables collisions entre les Canadiens des deux origines. A Belleville, les deux partis en vinrent aux mains et sans cause. A Montréal même, une bande d'Angio- Saxons fanatiques assaillit le gouverneur, lord Elgin, à sa sortie du Parlement où il venait de sanctionner l'acte réparateur, en lançant sur lui et sur son escorte des pierres et des œufs pourris. Après cet exploit, qui heureusement n'entraîna pas d'accidents graves, la bande se retourne contre le palais du Parlement, fait le siège de l'édifice et lance une grêle de pierres dans la salle que les députés abandonnent en désordre. Les émeutiers pénètrent alors dans la salle, brisent les pupitres et les fauteuils, maltraitent les députés qu'ils rencontrent et proclament, de leur autorité propre, la dissolu-
lion du Parlement. Au même moment une main criminelle allumait Fincendie; el l'édifice toul entier «lu Parlement, y compris les archives el la bibliothèque qui contenait vingt-deux mille vol mues, devenail la proie dos flammes (25 avril L840).
L'émeute fut bientôl réprimée et quelques arrestations eurent raison de ces forcenés. Montréal perdit, à ces troubles, son rang de capitale, el l'Assemblée législatives vota une adresse au gouverneur, lui demandant • le convoquer la législature alternativement, de quatre ans en quatre ans, à Québec et à Toronto. La session en cours s'acheva à Toronto. Il fut convenu que Québec aurait le Parlement pendanl les quatre années suivantes.
Cette agitation passa vile, comme ces torrents qui tombent en grondant des montagnes, qui menacent, pour un moment, de tout engloutir sur leur passage et qui, rentrés ensuite dans leur lit de cailloux, offrent à peine un mince filet d'eau. Le filet d'eau fut ici un manifeste, signé par quelques centaines d'ultra-conservateurs, d'Américains, de Canadiens-Français démocrates, de commerçants ruinés parle changement de régime commercial, et déclarant que le seul remède aux maux du pays était une séparation amicale et paisible d'avec l'Angleterre et une union conclue, sur de justes bases, avec les États-Unis. MM. Papineau, horion, .1. de W'ill, membres du Parlement, ainsi que les rédacteurs du Courrier, de Y Avenir el du Moniteur canadien, organes démocratiques de Montréal, étaient parmi les signataires de ce manifeste. On s'en émut un momenl en Angleterre, mais il parul bientôt, aux élections partielles qui suivirent, que les chefs de ce mouvemenl
LES CANADIENS FSANÇAIS 39.°»
avaient pou d'attachés dans le pays, et depuis lors le parti «annexionniste », vivement combattu parles organes conservateurs e\ catholiques, ou cessa d'exister, ou jugea plus prudenl de dissimuler ses aspirations. Le calme rétabli, le ministère Lafontaine-Baldwin put continuer, avec le concours du Parlement, sa politique d'améliorations et «le réformes sages el progressives. Une loi dota les deux Canadas d'un meilleur régime judiciaire : le régime municipal fut, de son col*', heureusement modifié, et des droits plus étendus, dans l'administration de leurs affaires locales, furent donnés aux districts et aux paroisses; les écoles furent multipliées, sous le régime du principe confessionnel, c'est-àdire de la distinction entre les divers cultes; le contrôle <\o^ postes rendu à la province etenmême temps le tarif des lettres diminué ; un vaste système deeanaux, destiné àfaciliter dans les passages difficiles (sauts et rapides), la navigation du Saint-Laurent, s'achevait à la même époque. « A la fin de l'année 1850, dit un auteur canadien-français', le Canada se trouvait dans une excellente position ; son commerce devenait de plus en plus florissant; près de cent navires étrangers, profitant des avantages accordés par les nouvelles lois de navigation, avaient visité les poils canadiens. Les canaux de la province venaient d'être achevés et livrés à la circulation commerciale; plusieurs chemins de fer étaient en voie de construction; en outre, une abondante récolle avait amené, en 1850, la prospérité dans les cam-
* Louis P. Turcotte. — Le Canada sous V Union. T. IL '148. — C'esl â cet ouvrage, très complet sur cette partie de l'histoire du Canada, que nous avons emprunté la plupart des renseignements sur la période qui s'éterid de 1 X i f à 1867.
:tfH HISTOIRE nu CANADA
pagnes. Dans le même temps, la province jouissait à l'intérieur de la plus grande tranquillité; l'idée annexionniste avail été abandonnée par ceux-là mêmes qui lui avaienl donné le jour. Ton le l'attention et toute l'énergie des citoyens se concentraient sur les entreprises commerciales, la construction des chemins de fer, la colonisation, etc. » Le succès de La première exposition provinciale, organisée à Montréal en octobre de cette même année 1850 et la part prise par le Canada à l'exposition universelle de Londres en 1854 , permettent de constater les progrès constants et. très réels faits par les arts et les industries canadiennes.
(Test ce moment, alors qu'ils jouissaient dans tout le pays d'une popularité de bon aloi et qu'ils pouvaient compter sur une majorité compacte dans le Parlement, que les chefs du cabinet, MM. Lafontaine et Baldwin, choisirent pour résigner, de la façon la plus inopinée, leurs hautes fonctions. Al. Baldwin, le premier, donnasa démission, au cours de la session de 1851, à la suite d'un vote sur une motion d'intérêt secondaire, où iî n'obtint la majorité que grâce à l'appoint des voix du Bas-Canada. M. Lafontaine annonça l'intention de le suivre dans sa retraite, aussitôt après l'achèvement de la session. Toutes les instances faites pour le faire revenir sur sa détermination furent vaines. La retraite volontaire de ces deux hommes d'État, dans un temps où leur influence el leur autorité étaient encore entières pour le bien de leur pays, peut être diversement jugée par l'histoire; toujours est-il qu'elle excita d'universels regrets. Le Canada français, en particulier, perdit beaucoup à cette retraite de M. Lafontaine, l'homme politique le plus distingué, peut-être, dont puisse s'il-
lustrer son histoire el à coup sûr celai qui réussit. le mieux à rétablir ses concitoyens de race française dans les franchises el dans les droits donl les avait dépouillés la conquête4.
1 M. Lafontaine, après sa démission des fonctions de premier ministre, reprit su place au barreau. En 1853, il fut nommé juge en chef de la cour d'appel, et exerça ces fonctions jusqu'à sa mort survenue en 18G4.