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Français avec la multitude loujours renaissante et tou-
jours croissante des Anglais ; l'absence complète de
tout renfort achefait de grandir leur méfiance, et il devenait très difficile de les mettre en mouvement. Saint-Castin et les autres capitaines vinrent done, à l'appel de Subercase, accompagnés d’un nombre d'hommes si restreint que lon ne put songer à organiser une petite armée intérieure, comme on l'avait fait avec tant de succès dans les sièges précédents.
On pouvait d’autunt moins y songer que les Acadiens eux-mêmes étaient atteints pur cette épidémie du découragement. Se sentant isolés et comme abundonnés dans le désert par la mère-patrie, en face de l'animosité persistante et passionnée des Anglais, ils étaient à la fin saisis d'une inquiétude vague qui ressemblait à de lellroi. Port-Royal, à trois reprises différentes, avait repoussé l'ennemi par une résistance héroïque ; mais ces succès eux-mêmes, si extraordinaires et qui n'avaient été obtenus que par un emploi judicieux du peu de ressources dont disposait la colonie, avaient épuisé le pays, et l'abandon dont ils étaient l’objet avait lassé le courage des plus valeureux. Seul, M. de Vaudreuil envoya à leur aide un détachement de milice canadienne ; mais cette faible troupe fut d'un médiocre secours. Ces hommes se luissèrent aller à l'abattement général, plusieurs désertèrent, et c’est à tort certainement que Garneau, dans son histoire fi excellente d’ailleurs, reproche à Subercase de n'en avoir pas tiré meilleur parti!
L'Ilameuu Pages 844 et 345,
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Telle était la situation de l'Acadie à la fin de l'été 1710, lorsque la flotte anglaise partie de Boston et portant avec elle 3,400 soldats, entra dans le hassin de Port-Royal.
Le colonel Nicholson, qui commandait l’expédition, fit aussitôt sommer Subercase de se rendre, Mais le commandant français, quoiqu'il ne se fit pas d’illusion sur l'issue d’un combat si disproportionné, était résolu à faire son devoir et à tenir tant qu'il pourrait. Il se laissa donc bombarder au milieu des murmures et de la désertion de ses gens, et ce n’est qu'après dixneuf jours d’une résistance opiniâtre qu’il se résigna à capituler (43 octobre 1710). Les termes de cette capitulation furent d’ailleurs des plus honorables : « La garnison sortira en ordre de bataille, avec armes et bagages, tambours battants et les rouleurs au vent. — Il'lui sera fourni des navires et les provisions suffisantes pour se rendre à La Rochelle ou à Rochefort. — Elle emmèénera avec elle six canons et deux morliers à son choix. — Les habitants qui demeurent dans le rayon de Port-Royal auront le droit de conserver leurs héritages, récoltes, bestiaux et meubles, en prétant le serment d’allégeance ; s'ils s’y refusent, ils auront deux ans pour vendre leurs propriétés et se retirer dans un autre pays, ete., ete. »
Conformément à ces clauses, la garnison et les officiers, au nombre de,156 hommes, furent embarqués pour La Rochelle ; les employés, les engagés, quelques marchands et un petit nombre d'habitants rentrèrent en même temps en France; mais la grande majorité des Acadiens demeura dans le pays, tant à Port- Royal, à qui les Anglais imposérent dès lors le nom
d'Annapolis (du nom de leur reine Anne), que dans et fire le reste du pays qui dut aussi échanger son nom (iaspés d’Acadie contre celui de Nouvelle-Ecosse. un fra Maitres enfin de l’Acadie, les Anglais allaient pou. BR ©! le fi voir porter toutes leurs forces contre le Canadi, de net L'année suivante (1741) vit l'achèvement de leurs pré. rivage paratifs à cet effet. Deux armées relativement formi- possib dables furent assemblées, et l’ancien plan fut repris gradèr d'attaquer le Canada à la fois par terre et par mer. À Poston Pour faire face à ce danger, le plus redoutable qui eût BB ‘utres encore été suspendu sur le Canada, le gouverneur, pour jt M. de Vaudreuil, déploya une vigueur, une énergie rive ja au-dessus de tout éloge. Les Troquois, caressés à la enr vue fois par lui et par le gouverneur de la Nouvelle-York, plus de hésitaient : il appela aussitôt à lui les sauvages de li V'aissea rive gauche des grands lacs. Ceux-ci accoururent et, | | perdaie par leur seule présence, continrent les Troquois. Cepen- Ainsi dant, la flotte anglaise approchait ; commandée pu M. de l'amiral Walker, elle ne comptait pas moins de quatre- tre l'art vingt-dix voiles et était montée par 6,500 hommes de nouvell troupe, sous les ordres du général Hill. D’autre pat, de battr Nicholson, à la tête de 5,000 hommes, s’avançait dans Sauvé, la direction du lac Saint-Georges et de Montréal. Après L'ant avoir tout réglé avec ses lieutenants et distribué dans bruits d les principaux postes, à Montréal, aux Trois-Rivières 1712; se et sur le littoral du fleuve, les faibles moyens de M tibuin défense qu'avait pu fournir la colonie épuisée, le gou- les An verneur général alla s’enfermer dans Québec pour ; devaien attendre courageusement l'ennemi. Mais le Les éléments vinrent inopinément à son secours. buisson Assaillis par une furieuse tempête et connaissant mil LL de guer
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et firent naufrage près des Sept-Iles, en face de la Gaspésie. Huit des plus gros navires se brisèrent avec un fracas épouvantable. La foudre tomba sur un autre et le fit sauter. Le lendemain matin, les corps de plus de neuf cents malheureux étaient trouvés épars sur le rivage. L’amiral anglais jugea qu'il ne lui était pas possible d’aller plus loin. Les débris de la flotte rétrogradérent donc et s'en revinrent, les Américains à Boston, les Anglais en Europe. Mais les uns et les autres furent encore éprouvés durant le retour, comme pour justifier le dicton populaire qu’un malheur n’arrive jamais seul ; le vaisseau amiral de 70 canons sauta en vue de Portsmouth et entraîna dans sa destruction plus de 400 hommes, et, vers le même temps, un vaisseau américain de 36 canons et trois transports se perdaient à la sortie du golfe Saint-Laurent.
- Ainsi délivré, et sans coup férir, de cegrand danger, M. de Vaudreuil put envoyer de nouvelles forces contre l’armée de Nicholson ; mais celui-ci, à la première nouvelle du désastre arrivé à la flotte, avait jugé bon de battre en retraite. Le Canada était encore une fois sauvé.
L'année 1711 s’écoula paisiblement. De nouveaux bruits de guerre vinrent troubler ‘encore la colonie en 112; mais tout se borna à une expédition contre une tribu indienne, celle des Outagamis, ou Renards, que les Anglais avaient réussi à soulever contre nous. Ils devaient s'emparer de Détroit et le livrer aux Anglais. Mais le gouverneur de Détroit, un officier nommé Dubuisson, prévenu à temps, se mit sur ses gardes, et avec vingt Français, renforcés de quelques centaines de guerriers des Hurons, des Outaouais et des Illinois,
il repoussa leur attaque et les assaillit à leur tour dans leurs retranchements. Après une longue résistance, les Outagamis furent obligés de se rendre à discrétion et furent massacrés, au nombre de deux mille, par nos sauvages alliés. Ce massacre, que le capitaine Dubuisson essaya vainement d'empêcher, ôta, pour le moment du moins, tout espoir aux Anglais de s'emparer de Détroit, qui passait à juste titre pour la clef de la région des lacs,
Le traité d'Utrecht, signé le 11 avril 1743, termina cette longue lutte dans laquelle tant de sang avait coulé et qu'avaient signalée tant de lamentables épisodes. Le seul échec que nous eussions subi pendant cette guerre, la prise de Port-Royal, était en quelque sorte compensé par nos succès au Canada et à Terre- Neuve, et assurément, si la France eût été victorieuse en Europe, la paix lui aurait fait retrouver ses colonies d'Amérique dans leur intégrité, avec les mêmes frontiéres qu'au traité de Ryswick. Mais l'étoile de la France avait pâli durant cette funeste guerre de la succession d'Espagne. La France, épuisée et saignée à blanc de toutes manières, ne pouvait plus dicter de conditions À ses adversaires et était obligée de subir les leurs. Louis XIV dut donc consentir à laisser échancrer au nord et à l’est ce grand domaine de la Nouvelle-France qui, mieux colonisé et défendu, eût pu suffire à la gloire de son règne. Il abandonna aux Anglais la baie d'Hudson, l’Acadie, l'ile de Terre-Neuve, où la France réserva seulement quelques plages pour ses pêcheurs, avec le droit d'y faire sécher le poisson. L'Angleterre pouvait se tenir pour satisfaite, en attendant mieux.
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Par l'Acadie :si longtemps convoitée, par Terre-Neuve et par ses établisssements de la baie d'Hudson, elle étreigaait le Canada qui nous restait encore dans un cercle de fer et elle pouvait attendre patiemment qu'une nouvelle occasion lui donnût cette grande enclave. « On peut juger, dit à ce propos Raynal, combien ces sacrifices consentis par Louis XIV marquaient son abaissement, et combien il en dut couter à sa fierté de’ céder trois possessions qui formaient, avec le Canada, l'immense pays connu sous le nom glorieux de Nouvelle- France ! »
L'Acadie, au moment où le traité d'Utrecht l'arra-
E chait de nos mains, comptait une population d'un peu
plus de 2,000 habitants, répartis dans les quatre districts dela presqu'île : Port-Royal, les Mines, Beaubassin et Chipody ; nous disons de la presqu'ile, parce qu'en eflet la rive droite de la baie Francaise (baie de Fundv) et la vallée du fleuve Saint-Jean n'étaient pas compris dans Ja cession faite à l'Angleterre.
«Cette population si minime, dit un historien de l'Acadie (Rameau), parait, au premier abord, bien peu digne de considération, et quand on songe qu’il v avait déjà plus de cent ans que M. de Poutrincourt avait jeté les premiers fondements de cette colonie, on ne peut empêcher de reconnaître qu’elle avait bien peu prospéré. Mais, d'autre part, quand on réfléchit au petit ombre d'émigrants qui vinrent de France se fixer en Acadie (60 familles environ et 150 célibataires); quand on songe aux invasions, aux difficultés et aux souffrances de tout genre que ces pauvres gens eurent à subir, va lieu de s'étonner de trouver un tel nombre d'habitants si solidement établi dans le pays. Mais ce petit
peuple devient bien plus intéressant encore et plu: digne d'étude quand on jette les veux sur la suite de son histoire et sur le développement rapide, considé. rable, qu'il prit dans la suite, malgré la conquête et |: domination étrangère. Abandonnés au milieu de brouillards de Terre-Neuve, délaissés et oubliés par l monde entier, même par leurs nouveaux maitres qui entretenaient à peine une petite garnison à Port-Roval, ces familles continuèrent à croitre en nombre, au poin de devenir un objet d'inquiétude pour l'Angleterre et de déterminer celle-ci à une mesure d'ostracisme qui es sans exemple dans l’histoire comme elle est sans cett exeuse et qui marquera ses auteurs d'un stigmate éternel. » Mais nous aurons occasion, au cours de notre his: toire,de raconter ces évènements douloureux. Bornonsnous à saluer ici d’une pensée d'affection et de sympathie ces braves Acadiens, cette honnête et mâle lignée d'enfants de la vieille France qui, séparés de leur berceau par plus de 1,500 lieues d’Océan et par bientôt deux siècles de domination étrangère, gardent encore piensement le souvenir et la langue de l’ancienne mérepatrie et se transmettent, de père en fils, avec les traditions de vaillance et de générosité de leurs aïeux, les vieilles ballades de langue d’oui dont leurs mères bercèrent leur enfance.
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