‹ Histoire du Canada et des Canadiens français de la découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 30 sur 54 · CHAPITRE: VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE: VII

De l'arrivée de Montcalm à la perte du Canada (1756-1763)

Les opérations de guerre que nous veno * de raconter duraient déjà depuis près de deux an 1 que la guerre ft encore officiellement déclarée entre les deux couronnes de France et d'Angleterre. La monarchie française répugnait évidemment à cette guerre d'Amérique où elle sentait, à cause de Pinfériorité de «1 marine, que l'Angleterre avait de grands avantages sur elle. La rupture décisive vint donc de la Grande-Bretagne qui lui signitia, le 48 mai 1756, une déclaration solennelle de guerre. Si du moins, comme le conseillail le ministre Machault, on s’en était tenu à cette guerre maritime et si la France avait mis tous ses soins €l toutes ses forces à soutenir ses colonies! Mais l'espril de vertige et d'erreur,

De la chute des rois funeste avant-coureur,

avait dès lors saisi la cour de France. Au lieu d'attrquer sérieusement l’Angleterre chez elle, comme on en

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fit la feinte un moment, ou d'envoyer de fortes armées en Amérique, la France perdit son temps et ses forces tenvahir l'électorat de Hanovre, patrimoine personnel du roi d'Angleterre, Georges IF, et pendant que nos lorces allaient se dépenser dans cette guerre où nous allions bientôt nous heurter à l'épée de Frédéric IT, les Anglais, beaucoup moins soucieux du Hanovre que de leurs colonies, allaient avoir libre carrière pour altaquer les nôtres et fortifier leur domination marilime. L’imbécillité de Louis XV, excitée par la vanité dela Pompadour, allait jeter la France dans la néfaste auerre de Sept-Ans, et consumer, sans profit et sans “loire, le plus clair de ses forces dans ces interminables guerres d'Allemagne où il s'agissait de défaire maintenant au profit de l'Autriche ce que nous avions fait de nos propres mains, dans la campagne précédente, quand nous aidions la Prusse à conquérir cette Silésie que nous voulions maintenant lui reprendre. Mais ne fallait-il pas venger les injures de la fille de Poisson, que Frédéric IT appelait impertinemment « Cotillon », et reconnaitre les aimables procédés de Marie-Thé:èse qui écrivait à la maitresse du roi : « Ma cousine » ? Le pimpant cardinal de Bernis, l'abbé dameret et bel-esprit que l’infante de Parme honorait de ses faveurs, tandis que Frédéric IT se moquait justement de ses vers insipides, n'avait-il pas aussi des motifs personnels de nous jeter dans une guerre contre le roi de Prusse? Qu'’étaient, à côté des graves intérêts de ces réputations susceptibles, les menaces suspendues sur l'Inde, sur le Canada, sur le Sénégal, sur les Antilles françaises? Ah! pauvre France de Jeanne d'Arc,

de Coligny, de Henri IV et de Sully, en quelles mains étais-tu tombée!

On ne pouvait pourtant pas laisser le Canada absolument sans secours. Le gouverneur, M. de Vaudreuil, demandait à cor et à eri des renforts, et M. Doreil, le commissaire des guerres, revenu de son optimise depuis la défaite de Dieskau, écrivait que la colonie « couroit les plus grands risques », et que <a situns lion exigeait « de prompts el puissants secours. »

En réponse à ces pressants appels, le roi se content: d'envoyer deux bataillons des régiments de la Sarre el de Roval-Roussillon, soit ensemble un millier d'honnes, ce qui porta à un peu moins de 4,000 hommes le chiffre de notre armée régulière en Canada, Le marquis de Montealm futenvoyé prendre le commandement général de ces troupes en remplacement de M. de Dieskau et, quoiqu'il n’eût que le titre de maréchal de amp, on lui donna les fonctions et l'autorité de lieutenant général des armées du roi.

M. de Montealm était né en 1712, au château de Gandiac, près de Nimes, et appartenait à une des grandes familles du Rouergue. Il était entré au service dis l'âge de T3 ans, et comptait done à ce moment 5 années de services, Il s'était battu avec une rare bravoure en Allemagne, en Bohème et en Italie, avait recu lrois blessures à la bataille de Plaisance (1746) et deux autres à l'affaire du col de Assiette, TE était bien le général qu'il fallait pour conduire une guerre comme celle qu'il allait faire, guerre de surprises et de manœuvres rapides, demandant surtout de Paetion et de lau-

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