‹ Histoire du Canada et des Canadiens français de la découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 36 sur 54 · SG A SAR · texte numérisé non relu

SG A SAR

$ PARTRES

aucun probablement ne regretterait la domination des cabinets de Londres.

Dans le même ordre d'idées, ajoutons que la conquête par l'Angleterre de l'Amérique du Nord eut pour conséquence presque forcée la destruction de la race indigène.

« Les Anglais ne sauvent point, dit Michelet, ne conservent point les races. Ils les remplacent seulement. — Et cela encore ne se voit que dans les rares climats moyens, où l'Anglais peut s’acclimater. Dans l'Inde, qu'est-il advenu? Les Anglais en firent la conquête extérieure. Ïs n'y vivent point et ils n’ont pu y rien créer. Dupleix, mieux compris, mieux aidé du cabinet de Versailles, aurait égalé, je le crois, la cruelle habileté, les ruses, les succès de lord Clive. Je n'v ai aucun regret. Ce qui me laisse du regret, c'est que la France, répandue, mêlée à l'élément indien, eût duré, fait race. Le mariage de Dupleix avec une femme indienne, de capacité si grande, dit assez ce que ce mariage eût pu avoir de fécond!, »

Avec des hommes de la trempe des Canadiens français, l'Angleterre pouvait s'attendre à rencontrer des

1 Michelet, Hist. de France. T. XIX, p. 191. T1 ne faut pas exagérer pourtant, comme Michelet est enclin à le faire, la fréquence des alliances entre les Français d'Amérique et les « Indiennes ». Grâce à l'austérité des mœurs, qui fut toujours en honneur dans la Nouvelle- France, le chiffre des naissances illégitimes fut toujours très restreint et plus restreint encore le chiffre des mariages entre Français et « sauvagesses ». Ge n’est que dans les districts éloignés des Pays d'en Haut, dans les forêts parcourues par les coureurs des bois que le « métissage > prit une certaine extension ; mais comme l'établit M. Sulte, dans son Histoire des Canadiens-Français, dans tout le Canada proprement dit la race francaise s’est conservée très pure et sans mélange de sang indigène,

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résistances, et elle allait voir en effet qu'il lui était plus difficile encore de s’assujettir les volontés que de conquérir des territoires.

Ce n’est pas que les Canadiens, devenus sujets anglais contre leur volonté, fussent capables d’opposer à leurs nouveaux maitres autre chose qu'une résistance passive. Mais il y a dans l’inertie même d'un peuple qui se renferme sous sa tente et se reluse à tout commerce intime avec ses vainqueurs, une force latente qui peut inquiéter ces derniers plus que des rébellions ouvertes. Repliés sur eux-mêmes et s'adonnant presque exclusivement aux soins de l'agriculture, celle de toutes les professions qui permet le mieux les farouches isolements, les Canadiens-Français firent ce qu'avaient fait les Saxons au lemps de la conquête normande: ils vécurent à part, voués au culte de leurs souvenirs, sans se mélanger avec leurs conquérants.

Le régime purement militaire qu’établit le gouverneur Murray n'était pas fait d’ailleurs pour leur faciliter l'adhésion à leur nouveau sort. Pendant quatre ans, le règlement des affaires criminelles et même des affaires civiles, fut abandonné à la direction des conseils de guerre, et les Canadiens furent soumis à tout l'arbitraire de la loi martiale.

Pour mieux affirmer sa volonté de rompre brusquement avec l’ancien ordre de choses et de ne rien laisser subsister des liens qui avaient uni autrefois dans une commune solidarité les habitants du vaste terriloire qui avait formé jusque-là la Nouvelle-France, l'Angleterre démembra ce territoire en quatre ou cinq 'onçons. Le Canada proprement dit fut divisé en

trois gouvernements (Québec, Montréal, les Trois. Rivières), dont chacun eut un général où un colonel à sa tête, Le Labrador, depuis ki rivière Saint-leun jusqu'à la baie d'Hudson, Pile d'Anticosti, File de la Madeleine, furent annexés au gouvernement de Terre- Neuve ; les îles Saint-Jean et du Gap-Breton furent jointes à la Nouvelle-Ecosse : les terres des grands lacs aux colonies voisines. Un peu plus tard le Nouveii- Brunswick allait être distrait lui-même de la Nouvelle- Ecosse, pour recevoir une administration particulière et prendre le nom qu'il porte encore aujourd'hui. Entr'autres avantages de cette mesure au point de vue anglais, se trouvait celui d'isoler plus complètement l'un de l'autre les deux rameaux de la famille francaise dans FAmérique du Nord, les Canadiens elles Acadiens.

Puisque le nom des Acadiens est revenu sous notre plume, c’est le moment de dire encore un mot des débris de cet héroïque petit peuple.

Lorsque la paix de 1763 fut signée, on peut estimer, dit leur sympathique historien !, qu'il restais encore 250 ou 260 familles dispersées soit dans li presqu'ile acadienne, soit pour le plus grand nombre sur les côtes du Nouveau-Brunswick, depuis Shédiac jusqu'à la baie des Chaleurs ; en y joignant 140 familles cantonnées dans les îles Saint-Jean et du Cap-Breton, d’où les Anglais avaient aussi déporté presque toute la population française, on a le compte à peu près exact de la fraction du peuple Acadien, qui avaient pu se maintenir près des lieux défrichés et labourés par leurs pères.

1 Rameau, p. 358.

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LES CANADIENS FRANOAIS 281

Ov, au moment où nous somines parvenus, ee noyau se grossit par Parrivée d'une caravane héroïque, revenue des Etats-Unis à travers le désert pour retrouver ses foyers, « Parmi les plus courageux et les plus robustes de ces prisonniers qui avaient été emmenés, en 1799, dans la Nouvelle-Angleterre, un certain nombre résolurent, en effet, après la paix de 4763, de proliter de lapaisement des esprits pour rentrer dans leur chère Acadie, Sans argent, sans autres ressources que leur courage et leur industrie, écrasés par dix ans de servitude, en butte à la malveillance, à lanimosité des populations qui les entouraient, is retrouvérent dans excès imème de leur désespoir, une énergie singulicre, Hs partirent, emmenant leurs femmes et leurs enfants. Cest ainsi que 440 à 4150 familles affrontérent à pied, el presque sans approvisionnements, les périls etla fatigue d'un retour par terre, en remontant les côtes de la baie de Fundy (ancienne baie Francaise) jusqu'à listhhme de Shédiae, à travers 450 lieues de lorèts et de montagnes complétement inhabitées ; des femmes enceintes faisaient partie de ce misérable convoi, qui accouchérent en route... Quelques-uns des plus fatigués s'arrêtérent sur les bords du fleuve Saint- Jean, ott ils rencontrérent plusieurs familles acadiennes qui s’v étaient toujours maintenues ; mais le gros de la loupe dépassa Chipody et Peticodiac, et poussa jusqu'à Memerancouque. Là, ils rencontrèrent de nouveau des funilles acadiennes, qui v vivaient sur les débris de leursanciens héritages ; c'était précisément dans ce canton que s'était établi, en 1700, avec ses tenanciers, Thibaudeau, le meunier de la Prée-Ronde. En ce lieu, on délibéra parmi les émigrés si on ne s’arrêterait point

pour s'y fixer, Un grand nombre cependant voulurent pousser jusqu'au bout ce triste pélerinage ; ils désiraient revoir le fertile bassin des Mines et la riante vallée de Port-Royal. Sur cent trente familles de proscrits qui se trouvaient réunies à Memerancouque, soixante-dix reprirent donc le cours de leur exode, passérent listhme et tournèrent le fond de la baie Française. Peut-être eussent-ils mieux fait de rester à Memerancouque! IIS trouvèrent leurs patrimoines, les champs des vieux compagnons de Poutrincourt, de d'Aulnay, de Bourgeois, de Jean Terriau, ils les trouvérent confisqués, défigurés, distribués en des mains ennemies, qu'inquiétait leur présence. Repoussés de partout, et ayant successivement dépassé Cobeguit, ! seigneurie de Mathieu Martin, la Grand'-Prée, toutes les rivitres des Mines el leur vieux Port-Royal devenu « Annapolis », ils durent à l’aumône du gouvernement anglais l'abandon de quelques grèves désertes, sur la baie Sainte-Marie, où ils purent enfin, tristes et découragés, se reposer de ce lugubre voyage. Là ils furent rejoints par quelques-uns de leurs compatriotes, qui subsistaient encore dans les bois de l'intérieur, derniers survivants de ceux qui s'étaient échappés de Port- Royal en 1755. Tous ensemble se remirent au travail et se rattachèôrent à ces dernières espérances qui renaissent même du désespoir; ils y firent souche el sont devenus “l’origine des paroisses acadiennes de Sainte-Marie, Metegan, Saint-Vincent-de-Paul, la Rivière-aux-Anguilles, Pobomcoup, etce., etc., dans les districts de Clare et du Cap-Fourchu (Yarmouth)"'. »

1 Rameau. Une Colonie féodale, pp. 359 et 360.

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Avant l'arrivée des émigrés de la Nouvelle-Angleterre, le nombre des Acadiens demeurés dans les limites de l'ancienne Acadie, était d'environ mille sept cents en 1768, et, grâce à ce renfort, ce chiffre se trouva dépasser deux mille quatre cents. Nous verrons, dans l'avant-dernier chapitre de cet ouvrage, à quel point cette population, si faible encore au point de vue numérique, s'est accrue depuis lors par le seul mouvement ascendant de la natalité et par l'excédent remarquablement constant des naissances sur les décès, Longtemps l'Angleterre a pu les dédaigner et même ignorer leur existence, Ts forment aujourd'hui, ils iormeront plus encore dans quelque cinquante «ns (car leur nombre se double, par sa propre fécondité, tous les vingt ou vingt-cinq ans), un véritable peuple avec lequel il faudra compter, autant par intérêt que par équité.

Quoique cela nous fasse sortir de l'Amérique du Nord, il n’est pas hors de notre sujet de dire ici quelques mots de la tentative de colonisation que le gouvernement français voulut faire à cette époque dans l'Amérique du Sud, dans la partie de la Guyane qui porte le nom de Guyane française.

Depuis la tentative de La Villegagnon au Brésil (voir au chapitre Ier de cette histoire) aucun essai sérieux n'avait été fait pour donner corps aux anciens projets d'une € France antarctique ». L'idée de coloniser les rives de lOyapock s’offrit à l'esprit du ministre Choiseul au moment de la signature du traité de Paris, en 1763. Pour « résarer » la perte du Canada et conserver à la puissance française un pied solide en Amérique, ce ministre se prit à caresser l'étrange dessein

28/ HISTOIRE DU CANADA d'établir sur le sol de la Guyane une puissante colonie, en y transplantant une population nationale et libre,

capable de résister par elle-même aux attaques étranecres et de servir de boulevard aux lunbeaux de possessions qui nous restaient encore en Amérique !. Sans ombre d'enquête sur les conditions elimatériques d'un sol qui dévore ses habitants, sans même avoir pris les précautionsles plus élémentaires pour recevoiret abriter les milliers de familles qu'on allait v déverser, le gouvernementfrançaislncades agents d’'émigration dans toutes les directions, mais principalement dars les villages de l'Alsace, de la Lorraine et du Palatinal. Nous avons retrouvé, au ministère de la marine, le texte de appel qu'on répandit dans ces provinees et qu'accompagnuit une carte de Ja Guvane. Ce curieux document disait:

« Les Européens qui passent dans ce beau pays?

€ qui donne deux récoltes par an, v obtiennent un ter- Q rain en propriété, en arrivant. HSvsontnourris, logés, n @ bien habillés ot fournis de tout ce qui leur est néces- ; «saire pour eux, leurs femmes et leurs enfants, pen- à & dant deux ans et demi, et on leur donne tous les h « outils dont ils ont besoin pour I culture des terres x « et pour différents métiers, ainsi que tous les secours À « nécessaires en cas de maladie. On ne leur demande : «€ aucun droit ni impôt et on ne les inquiète point sur h € leurs erovances. On leur paye leur voyage pour se : « rendre jusqu'à Rochefort, d’où on les transporte à

1 Voir Histoire philosophique des Deux-Indes, par Paynal.

Tome I de Fédit, de 1780. Suivant cet auteur, la population totale de li Guyane francaise ne s'élevait pas, vers cette époque, à plus de "

90 funilles françaises, 195 indiens et 4,900 noirs,

2 C'est nous qui soulignons,

‘olonie, t libre, s étrunposses- 1, Sans es d'un pris les tabriter HOouUvernstoutes ages de 1S AVONS e Pappel npagral L disuil:

U Duys * it un teris, logés, st nécesits, pentous Îles es terres s SECOUTS lemande Joint sur pour se

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gratis à la Guyanne, eLils ont, en attendant, la sub- « sistance durant le temps qu'ils séjournent dans le € port, leur est payé en outre, avant Fembarque- <iment, une Somme de 50 livres par funille composée « du père, de la mère et d'un enfant, et 10 livres par « chaque tète d'enfant, S'ils'en trouve davantage dans € a famille, afin de les mettre en état de se pourvoir «des hardes les plus nécessaires pour leur traversée € pendant laquelle ils sont nourris gratis ! »

Alléchés pur ces promesses et par les mirifiques descriptions qu'on leur faisait des richesses de Ex Guvane, de la beauté du sol, de la vigueur de la végétation, il west pas étonnant si beaucoup de paysans el petits fermiers de Ja vallée du Bas-Rhin, beaucoup de pères de lunille chargés d'enfants se décidèrent à émigrer, Les rues de Saint-Jean-d'Angély et de Rochefort où le rendez-vous avait été donné furent pleines pendant plusieurs mois de ces troupes d'émigrants arrivant par caravanes du fond de nos provinces de lugue allemande, Le premier convoi partit pour CGavenne ou plutôt pour les bords du Kourou où devait S'établir fa nouvelle colonie, à la date du 14 novembre 1763: il se composait de TE bâtiments, portant enserble 4,429 colons, D'autres convois suivirent bientôt avec d'au- Les émigrants par centiines; mais déjà les premiers avaient eu les plus graides peines du monde à se caser au cunp du Kourou où rien n'était prèt pour les recevoir, On déversa les arrivants dans les iles du Diable

l'Archives de la Marine. Ge document manuserit, que nous “ons consulté, est revêtu du visa ministériel et porte, en outre, lt mention à ke imain : À Paris, de Fimprimerie de MR, Pour étre le lout traduit en allemand.

qui reçurent officiellement, à cette occasion, le nom d'îles du Salut; mais à peine les nouveaux venus étaient-ils débarqués à terre, dans un désordre facile à imaginer, que d'autres bâtiments étaient en vue, amenant des milliers de nouveaux colons. En vain, linteudant Thibaut de Chanvalon, remplaçant le gouverneur (le chevalier Turgot) qui n'avait pas jugé à propos de quitter la France, suppliait-1l qu’on arrêtit les envois d'hommes, il était déjà trop lard et ses cris d'alarme n'arrivérent au ministère qu'après que le mal fut irrépirable. Douze mille malheureux: hommes, femmes et enfants (d'aucuns disent quatorze mille) furent ainsi, dans le courant de l'année 1764, jetés sur ces plages torrides, où ils ne trouvaient pas de logements prépurés, pas même de tentes. Les fièvres, les épidémies sévirent avec une violence extrème sur ces rassemblements humains. Les émigrants à peine déposés à terre mouraient par centaines !. Le désordre fut bientôt tel dans ladminishration de la colonie que lintendant ct ses officiers cessèrent de connaitre le nombre des individus confiés à leurs soins. Aucun registre n’était plus tenu. Les colons mouraient, et nul ne savait ce que devenait leur héritage. Aux troubles et aux séditions qui marquèrent l’arrivée des premiers colons, furieux de trouver la réalité si peu conforme aux promesses qu'on leur avait fautes, succéda bientôt, sous le poids de la commune misère, un morne accablement.

1 Nest-il pas douloureux de penser que si ce grand effort d'émigration inuble avait été fait dix ans plus tôt, il nous aurait vraisemblablement conservé la Nouvelle France d'Amérique? Fait cent ans plus tôt, au temps de Colbert, et dirigé vers le Canada, il nous eût assuré l’hégémonie du continent américain,

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On ne se disputait plus que pour la distribution des aliments et des remèdes. La plupart des employés étaient morts où mourants; Pépidémie avait atteint l'intendant lui-même. Au commencement de 1765, le chevalier de Balzac, chargé de faire le recensement de la population du Kourou n’y comptait plus que 918 survivants sur plus de 5,000 colons qui y avaient été déposés; il fallut s'en rapporter aux témoignages pour évaluer le nombre des morts. Ceux qui survivaient n'avaient plus qu'une pensée : revenir en France au plus vite. Le gouvernement français, avisé enfin des désastres de cette expédition, donna des ordres pour le rapatriement de ceux qui voulaient revenir. A part une soixantaine de familles allemandes et acadiennes (cr plusieurs Acadiens, fuyant Ki domination des Anqlais, avaient accepté Poffre d'être transportés en Guyane) qui consentirent à demeureret qui se fixérent sur les rives du Sinnamary, où ils vécurent du produit de leurs bestiaux, tous les malheureux restes de cette latale expédition accueilirent avec empressement Pollre de retourner en France. Hs furent ramenés à Ro- “hefort et à Saint-Jean-d’Angély où quelques-uns se lixèrent? (1765).

1 Les documents officiels parlent de près de 5,000 colons transportés au Kourou. M. de Chanvalon porte à 9,000 individus des deux sexes le nombre des émigrants amenés dans la nouvelle colonie, M, Malouet (Mémoires et correspondances sur l'administralion des colonies) fait monter à 14,000 le nombre des imdividus qui furent conduits au Kourou. Combien de familles s'éteignirent sans hisser trace de leur existence!

2 Au nombre des trop rares survivants de ce désastre se trouvait le bisaïeul maternel de l’auteur, Jean-Adam Diethau où Deatho, alors dyé de seize ans, et originaire de Kaibach, près Rockenhausen (Palatinat), Son père, François Diethau, émigré du Palatinat avec sa

M. de Choiseul, à qui remontut pour une bonne part lt responsabilité de cctte entreprise imprudenie ment conçue et trop légèrement exécutée, essavi de se dégager en faisant arrêter el juger d'abord Fintendant Thibaut de Chevalon, puis le gouverneur, le choevalier Turgot. Le procès dura longtemps sans mener de grands résultats, La faute de loutes ces vies perdues, de tout cet argent dépensé en pure perte (Mie louet parle de 309 millions) étuit moins aux hommies qu'au régime, Après nous le déluge disait Louis XV, A vrai dire, le déluge montuit déjà et le vaisseau de l'ancien régime craquait et faisait eau de toutes parts. En attendant, suivant le mot du Fabuliste

Les petits pütissaient des sotlises des grands,

Mais ilnous faut revenie maintenant aux Canadiens. qui seuls ont eu véritablement une histoire depuis hi conquête, et nous n'abandonnerons plus désormais jusqu'à a fin de ce récit, cette branche de beaucoup ta plus importante du tronc français transplanté sur le sol américain.

Non content de démembrer fe territoire, on S'en pri aux lois des anciens habitants. Le roi d'Angleterre, nulu proprio el sans consulter même son Parlement,

abolit les lois françaises, pour v substituer Panas confus et incohérent de Ia législation anglaise : et celt

pour favoriser quelques émigrants anglais qu'on es

savait, sans y réussir, d'attirer au Canada! « C'élait re-

nouveler, dit Garneau, Fattentat contre les Acadiens,

femme et ses douze enfants, laissa ses os sur terre américaine. So acte d'inhumation porte la date du 22 avril 1760. (Actes de état civil des Hes-du-Salut (Guyane française) conservés aux Archives

de lt marine).

bonne ruden sa va de l'inton- ) le che- «unener ICS perrte (Mi honinies ouis XV.

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s'il est vrai de dire que la patrie n’est pas dans l’enceinte d'une ville, dans les bornes d’une province, mais bien dans les affections et les liens de famille, dans les lois, dans les mœurs et les usages d’un peuple. »

Les instructions royales ordonnaient aussi qu’on exi- “eàt des Canadiens un serment personnel de fidélité à la couronne britannique?, et on menaça les habitants qui refuseraient de le prêter d’être bannis du Canada. On les somma enfin de livrer leurs armes, ou de jurer qu'ils n’en cachaient aucune. Ces décrets tyranniques furent publiés, mais le gouverneur Murray n’osa pas en presser l'application : il craignait un soulèvement de la population exaspérée.

Pour n'être pas seul à porter le poids du mécontenlement que ces mesures soulevaient, le gouverneur anglais (le général Murray avait été investi de ces fonctions le 21 novembre 1763) s’adjoignit un conseil exécutif, qu'il composa lui-même de ses lieutenants-gouverneurs, des principaux fonctionnaires et de quelques notables anglais. Un seul des membres de ce conseil fut pris parmi les Canadiens français. Encore alla-t-on chercher un homme des plus obscurs et des plus insignifiants (François Mounier). Comme l'intolérance de la législation anglaise du Lemps n’admettait pas les cu- (holiques-romains aux emplois de la magistrature, il fallut, le district des Trois-Rivières ne contenant pas de protestants, procéder à une nouvelle division du pays,

1! Tome II, page 379.

? Le serment du Test qu’on voulut exiger aussi des officiers et des fonctionnaires obligeait ceux-ci, en vertu d'un double acte du Parlement anglais de 1673 et 1678, à déclarer qu'ils ne croyæent pas

à la transsubstantiation et qu'ils réprouvaient le culte de la Vierge et des saints,

et on coupa ce district en deux pour rattacher chacune de ses parties aux districts de Québec et de Montréal. Le nouveau « conseil exécutif », digne pendant du Conseil des Dix de Venise, heurtait de front, par une foule de mesures vexatoires, les sentiments, les hubitudes et les intérêts de la population d’origine frunçaise. Diverses ordonnances prises dans son scin modifiaient le cours des monnaies, obligeaient les propriétaires à faire enregistrer à nouveau les titres primitifs de leurs terres, défendaient de quitter Le pays sans permission, etc. Les libertés les plus élémentaires et dont la privation aurait suffi pour amener une révolution en Angleterre étaient, au Canada, subordonnées au caprice des nouveaux maitres. Au commencement de 1765, les Canadiens ayant demandé la permission de s’assembler pour conférer de leurs intérèts, le conseil n’y consentit que sous les conditions que l’assemblée se tiendrait à Québec, en présence de deux membres du conseil, qui auraient le pouvoir de la dissoudre au premier mot déplaisant. Pareille demande faite, l’année suivante, par les habitants de Montréal, se heurta aux mêmes entraves.

« Rien d'étonnant, dit Garneau, qu'avec un pareil système de tyrannie et de bouleversement, on trenblât de voir la victime abattue s’insurger de désespoir. » Une sourde irritation fermentait en eflet dans les esprits; les murmures, d’abord contenus, éclalaient un peu partout. « Ceux qui connaissaient les Canadiens, de tout temps si soumis aux lois, commencèrent à craindre les suites de ce mécontentement profond, lorsqu'ils les virent critiquer tout haut les actes du gouvernement, et montrer une hardiesse qu’on ne

cure tréal.

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qu'on he

leur avait jamais vue. » Les Canadiens réclamaient surtout et avec instance qu'on leur rendit leurs anciennes lois. IIS ne comprenaient rien, disaient-ils, au chuos de la législation anglaise, et d'autant moins que les procès étaient plaidés dans la langue anglaise qu'ils n'entendaient pas. L'institution même du jury en mauère criminelle, une loi excellente cependant, et que notre Assemblée nationale devait, un peu plus tard, emprunter à l'Angleterre, soulevait une opposition unanime dans le pays, « la noblesse se trouvant humiliée d’être jugée par des vilains, et ces derniers disant qu'il était injuste qu’on les dérangeàt de leurs occupations, sans leur donner aucune indemnité pécuniuire!. » Pour conjurer l'orage et apaiser un peu les esprits, le général Murray rendit une ordonnance qui autorisait l'usage des lois francaises dans les causes relatives à la propriété foncière. Mais dans cette voie des concessions où son caractère naturellement équitable el bienveillant le portait à entrer, Murray allait rencontrer une formidable opposition de la part de son entourage, composé d'Anglais soupçonneux, exclusifs et d'une honorabilité fort suspecte, àen croire le témoi- «nage de Murray lui-même. «Une nuée d’aventuriers, d'intrigants, de valets, s'était, en effet, «battue sur le Canada, à la suite des troupes anglaises et après la capitulation de Montréal?. Des cabaretiers, des marchands d’une réputation véreuse, composaient la classe la plus nombreuse de ces nouveaux venus. Les hommes probes et honorables formaient l'exception. « Il

{ Debates and proceedings of the British House of Commons, from January Lo the {st october 1774.

2? Dépèches de Murray, citées par Garneuu.

PC nn de

292 HISTOIRE DU CANADA m'a fallu, écrivait le gouverneur au ministère, choisir

des magistrats et prendre des jurés parmi quatre cent cinquante commerçants, artisans et fermiers, méprisubles tout d'abord par leur ignorance. Is huïissent là noblesse canadienne à cause de sa naissance, et parce qu'elle à des titres à leur respect; ils détestent les autres habitants, parce qu'ils les voient soustrüits à l'oppression dont ils les avaient menacés. »

Cet élément peu recommandable réussit cependant à force de se démener, à provoquer le rappel du wou-

verneur Murray en Angleterre (1765) et son remplacement par le brigadier général Carleton. Murrav pavi ainsi &e la perte de son emploi le crime, irréparable 1] alors, d'avoir montré quelque sympathie et quelque F

équité pour la race vuineue !,

L'Angleterre envoya au Canada, en qualité delieutenant-souverneur, et pour remplacer Murray, le géné-

. . x S ral Carleton; un nouveau juge en chef, M. Hey, etun | , L L] » L , ) { nouveau procureur général, M. Mazères, fils d'un refu- ; ., , . / EL - pl gié huguenot, l’accompagnaient (1766). Cette nouvelle À ist : ot sie ‘ S' administration ne changea pus les dispositions des C- : x St ; ve nadiens qui persistérent dans leur attitude de protes- À ve ET . Ê : qu tation et dans leur calme résistance à l'arbitraire qui ll ne re ee [ra 1 Murray eut à réprimer, pendant sou administration, un soulèvement des Indiens du pays d'En-Haut, rassemblés sous la conduite d’un chef Outaouais, nommé Pontiac. pu C'est aussi sous l'administration de Murray que parut (21 juin des 1764) le premier journal canadien de langue française, la Gazette où de Québec. Mais ce journal dut longtemps se contenter de noter, sans les commenter, les nouvelles du Canada et de Pétranger, el avi l’on y chercherait vainement un reflet de l'opinion au Canada üu sad

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continuait de peser sur eux. Quelques délévués choisis parmi les plus notables d'entr'eux, avaient été envoyés à Londres avec mandat d'adresser des représentations augouvernement de Londres et d'obtenir tout d’abord le retrait de la mesure qui leur imposait l'usage des lois anglaises. Les Canadiens espéraient trouver parmi les parlementaires anglais des auxiliaires et des défenseurs dans une cause aussi légitime, et, en effet,ils ne restèrent pas tout-à-fait sans alliés. Quelques Anglais éclairés el équitables, — et au premier rang d'entr'eux Thurlow, qui fat plus tud lun des chanceliers les plus éminents de la couronne d'Angleterre, — montrérent que le droit des gens, d'accord avec l'intérêt bien en lendu de la métropole anglaise, commandait à celleci de ne pas inquiéter les Canadiens d'origine française ete leur laisser leurs institutions, leur culte et leurs lois.

Quoique appuvées par une foule d'excellentes raisons, les réclamations des Canadiens n'auraient probablement jamais été accueillies par le gouvernement de Londres, si les premiers grondements de lorage qui s'amassait du côté des colonies anglo-américaines, à la veille de la guerre de l'Indépendance, n'avaient, mieux que tous les arguments, convaincu l'Angleterre de la nécessité de faire des concessions à l'élément canadienfrancais.

En 1774, le ministère saisit le Parlement anglais d'un projetde loi, qui donnait satisfaction à quelques-unes des réclamations des Canadiens. Le bill ou acte de Québec, comme l’appellent les annales parlementaires, avait pour principal objet de restituer au Canada l’usage les lois civiles françaises, notamment de la cou-

tume de Paris qui formait, avant la conquête, le code général de:la colonie. D’autres articles assuraient aux catholiques le libre exercice deleur religion et les dispensaient du serment du « Test » !. L’Acte reculait les limites dans lesquelles on avait circonscrit précédemment la province de Québec. IT établissait enfin un « Conseil législatif », nommé il est vrai, par la couronne, et dont les membres (17 au moins, 23 au plus) pouvaient être choisis indifféremment parmi les protestants ou les catholiques.

Ce bill passa, mais non sans une vive opposition de la part de plusieurs membres du Parlement anglais qui étalèrent à cette occasion cette morgue naïve et cel égoïisme national qui ont si souvent caractérisé les procédés et la politique de nos voisins. Ainsi les partisans du bill ayant fait observer qu'il n'y avait, au Canada, que 3,000 Anglais contre plus de 100,000 habitants d’origine française?, quelques orateurs prétendirent que le nombre, en pareil cas, n’était pas à considérer. Burke pr'ononça même, à ce propos, les vaniteuses et soltes paroles suivantes : « Un vieux proverbedit qu’un Anglais à toujours valu deux Français. Je croisque, dansle cas actuel, cinquante Français valent à peine un Anglais. » Ce n’est pas aux vainqueurs de Fontenoy, de Carillon et de Sainte-Foy, aux défenseurs de Montréal et de llle-aux-Noix que ces expressions injurieuses

1 Voir note, page 289.

2 La population canadienne française, s'élevait, en effet, en 1774, an chiffre approximatif de 100,000 habitants. C'était déjà un accroissement considérable sur les chiffres de 1760 et un nouveau trait de cette multiplication prodigieuse de la population sur laquelle nous aurons plusieurs fois occasion de revenir,

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osilion de mglais qui aive et cel sé les propartisans u Canada, habitants dirent que er. Burke soltes pa- Anglais a slecas ac- Anglais. »

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et, en 1774, éjà un acn nouveal sur laquelle

pouvaient faire tort devant l’impartiale justice de l’hisloire.

Quoiqu'il en soit, le bill fut voté par 56 voix contre 20, et la législation française fut restituée à la « province de Québec » comme on appelait alors le Canada.

Cet acte de juste restitution eut un double effet. D'une part, il calma l'agitation qui s'étaitmanifestée au Canada et contribua à réconcilier l'esprit de ses habitants avec la domination dela couronne britannique. D'autre part, il accrut l’irritation des Anglo-Américains qui, depuis 1765, entretenaient l'agitation provoquée par le « bill du limbre » et parlaient de plus en plus hautement de secouer le joug trop lourd de leur métropole. L'acte de Québec leur fournit un nouveau grief. Ils y virent une faveur indûment faite aux catholiques-romains au détriment des protestants. Ils s’'indignèrent qu'un parlement britannique eût pu consentir ce traitement à « une religion qui avail, disaient-il, inondé lAngleterre de sang et répandu dans toutes les parties du monde, l'impiété, l'hypocrisie, la persécution et le meurtre !. » — Ce langage n'était guère fait, il faut en convenir, pour attirer les Canadiens catholiques dans les bras des Anglo-Américains ; il était done particulièrement déplacé et maladroit dans un temps où les champions de l'Indépendance américaine souhaitaient de faire un faisceau de toutes les colonies d'Amérique contre la métropole anglaise et pressaient le Canada d'envoyer ses délégués au Congrès de Philadelphie.

Les Canadiens, en effet, déclinèérent l’invitation qui

1 Résolution votée au Congrès de Philadelphie, 1774,

leur était faite de prendre part à ce congrès, le prenier acte décisif de la Révolution américaine, Les Américains revinrent à la charge et dans ce même congrès où avaient été prononcées les paroles malheureuses que nous venons de relater, on décida, après le vote des célèbres « adresses au roi et an peuple de la Grande-Bretagne », la rédaction d’une troisième adresse, destinée, celle-ci, aux Canadiens et où on les conjurait, — au nom de leurs intérêts, el au nom de ces principes de liberté que Montesquieu venait de formuler dans son beau livre de l'Esprit des Lois, — d'entrer dans la Ligue de l'indépendance anéricaine, « Saisissez, disait cette adresse, saisissez l’occasion que la Providence elle-même vous présente ; si vous agissez de façon à conquérir votre liberté, vous serez effectivement libres. Nous connaissons trop la uénérosité des sentiments qui distinguent votre nation pour présumer que la différence de religion puisse préjudicier à votre amitié pour nous. Vous n’ignorez pas qu'il est de la nature de la liberté d'élever au-dessus de toute faiblesse ceux que son amour unit pour la même rause., Les cantons suisses fournissentune preuve mémorable de cette vérité : ils sont composés de catholiques et de protestants, et cependant ïls jouissent d'une paix parfaite, et par cette concorde qui constitue et maintient leur liberté, ils sont en état de défier et méme de détruire tout tyran qui voudrait la leur ravir. »

in tout autre temps, ce langage, ces avances, auraient eu les plus grandes chances d’être entendus par les Canadiens français. Mais alors, leur vieille rancune contre les « Bostoniens » — comme ils appelaient les habitants de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-

le pre- 1e, Les * ième ps maldécida, et nu n d’une nadiens érôts, el Lesquieu prit des ce ainé- 2 l'occaente ; si té, vous op la uénation sse prérez pas essus de la même uve Imécathont d'une stitue et et méme +} ces, alidus par ‘ancune ient les ouvelle-

York, — ranimée par les récenteset intempérantes déclarations de leurs orateurs, ferma leurs oreilles à ces invitations. Anglais pour Anglais, ils préféraient encore et de beaucoup les plus éloignés aux plus rapprochés, surtout depuis la satisfaction qu'ils venaient d'obtenir du parlement anglais par le rétablissement de leurs lois françaises. Les griefs soulevés par les colons anglo-américains, à propos destaxes, lestouchaient fort peu. La noblesse et le clergé catholique, les deux “lasses dont la population canadienne recevait docilement son mot d'ordre, étaient rattachées à l'Angleterre par la préoccupation de conserver leurs privilèges, nolamment la tenure seigneuriale et la dime, qu'elles craignaient de perdre dans le mouvement niveleur d'une révolution. C'est par ces circonstances et par ces raisons que s'explique cette apparente anomalie d'un peuple qui pouvant, à ce moment, conquérir son indépendance et secouer le joug que la fortune de la guerre lui avait imposé contre son gré, laisse passer cette occasion inespérée et se réconcilie avec la domination de l'Angleterre, malgré l'opposition de la race, de la religion et de la langue, juste au moment où ses voisins, Anglais de race et de langue, vont briser, avec le concours des armes françaises, le lien qui les unissait à leur mère-patrie.

Le général Carleton comprenant, cetle fois, de quelle importance il était pour l'Angleterre de s'assu: ta fidélité ou pour employer le mot consacré, « la loyauté » (loyalty) des Canadiens français, travaillait à se les attacher par quelques faveurs, d’ailleurs assez maigres. Il en nomma plusieurs à des charges publi-

ques, et ayant à choisir les vingt-trois membres du Conseil législatif, il en prit un tiers parmi les Canadiens catholiques.

Ces concessions faites, 1l est vrai, sous le coup de la nécessité, furent appréciées surtout par la petite arislocratie canadienne, qui en bénéficiait le plus directement, et plusieurs seigneurs terriens Jugérent à propos, dans un transport de reconnaissance, d'offrir au général Carleton de marcher contre les «rebelles » à la tête de leurs censitaires, Mais les Canadiens « Siinples censitaires » n'en étaient pas à ce diapuson d'enthousiasme. « Le peuple n'avait pas encore oublié, dit Garneau, et ne pouvait oublier de sitôt la conduite tenue à son égard depuis la conquête, el ils n'étaient pas disposés à défendre le drapeau britannique, avec le même dévouement qu'ils eussent fail pour le drapeau des nôlres, comme ils désignaient le drapeau français, dans leur simple mais énergique langage!, »

“pendant, les évènements se précipitaient ; et loin qu'il pût songer à aller attaquer les Américains chez eux, à la tête des Canadiens, le gouverneur Carleton vittout à coup sa province menacée elle-même d'une invasion des Américains insurgés. Au commencement de mai 1775, une troupe de ces derniers, comptant environ trois cents hommes, traversa le lac Champlain, s’empara de Carillon et du fort Saint-Fréderice qui n'étaient défendus que par de faibles garnisons; le fort Saint-Jean tomba aussi entre les mains des « rebelles », mais pour être repris le lendemain par

4 Are édit, T, II, p. 426.

mbres du les Cana-

coup de la Jetite arislus direcugérent à ce, d'offrir rebelles »

Canadiens ce diapaencore oude sitôt la nquête, el au britanussent fut ignaient le énergique

t; el loin icains chez r Carleton ême d’une 1encement ptant enhamplain, iderie qui sons; le nains des emain par

80 volontaires canadiens, sous le commandement de M. Picoté de Bellestre.

Le Congrès de Philadelphie profita de ces premiers succès pour tâcher d'agir sur l'esprit des Canadiens en répandant dans tout le pays les exemplaires d'une proclamation encore plus insinuante que les précédentes. Il croyait savoir, en effet, que la grande majorité des Canadiens, le clergé et la noblesse exceptés, étaient aussi mécontents du nouvel ordre de choses que les colons anglais eux-mêmes, et que les soldats du Congrès seraient plutôt reçus en libérateurs qu’en ennemis!. Précédée de ce manifeste qui appelait les Canadiens à faire cause cet mmune avec leurs libérateurs et promettait, en tout cas, de resnecter leurs personnes, leurs biens, leur liberté, leurs autels, l'armée des « provinciaux », — on désignait aussi de ce nom les Américains soulevés — s'avanca, lorte de 2,000 hommes, dans la direction du fort de Sorel, Dans cette conjoncture pressante, Carleton, qui n'avait sous ses ordres que deux régiments comptant ensemble 800 hommes, sentit le besoin de s'assurer le concours de la population canadienne. L’évêque de Québec, à qui le gouvernement anglais venait d’accorder une pension de 200 livres sterling, adressa un mandement aux catholiques de son diocèse pour les exhorter à soutenir la cause de l'Angleterre, inenaçant d’excommunication tous ceux qui se montreraient rebelles. En même temps, le gouverneur proclamait la loi martiale (8 juin 1775) et appelait la milice sous les armes pour repousser l'invasion et maintenir

{ Garneau, T, 11, p. 428

la paix intérieure. Mais ni le mandement de l’évêque, ni la proclamation du gouverneur ne purent faire sortir les habitants de leur indifférence. Ceux du bas de la province, éloignés du théâtre des hostilités, regardaient d'un œil tranquille se dérouler les événements; ceux du haut, plus rapprochés du théâtre des opérations, chancelaient et paraissaient pencher du côté delarévolution, mais pourtant ils désiraient rester aussi dans la neutralité. « La vérité, écrit Garneau, c’est que le gouvernement de leurs sympathies n'était plus en Amérique : la seule vue d’un drapeau fleurdelisé eût profondément agité tous ces cœurs en apparence si apathiques. ! »

Ne pouvant, malgré les offres séduisantes qu'il offrait aux engagés (200 arpents de terre pour chaque volontaire, libres d'impôt, 50 de plus s’il était marié, et 50 pour chacun de ses enfants), ne pouvant réussir à recruter que quelques maigres contingents, Carleton, en désespoir de cause, s’adressa aux cantons iroquois. Ceuxci qui n'avaient aucun motif de préférence pour l’un ou l’autre parti, se firent prier quelque temps, acheter cher, et finirent par s'engager à prendre la campagne aux premières feuilles du printemps.

Cependant, les troupes américaines montaient vers le nord, et au bruit de leur approche, les autorités anglaises perdaient pied de plus en plus. Les paroisses de la rivière de Chambly s'étaient déjà prononcées en faveur des Américains. Le district des Trois-Rivières refusait, de son côté, d’obéir aux ordres du gouverneur anglais. Les forts de Chambly et de Saint-Jean passèrent ainsi, presque sans coup férir, entre les mains des

1 T. II, p. 430.

l'évêque, faire sorbas de la gardaient : ceux du ns, chanvolution, la neutra- JOUVErNemérique :

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roupes « provinciales ». Maitre de ces deux positions importantes, le général Montgomery, qui commandait ces troupes, marcha droit sur Montréal et fit occuper Sorel et les Trois-Rivières.

Carleton, jugeant impossible de défendre Montréal s'enfuit en toute hàte vers Québec ; encore fut-il obligé sur sa route, de prendre, pour s'échapper, les habits d'un paysan. Lui parti, les habitants de Montréal ouvrirent leurs portes au général Montgomerv, et les faubourgs surtout manifestèrent vivement leurs sympathies pour le mouvement révolutionnaire. La ville des Trois-Rivières suivit l'exemple de Montréal. À Québec même, où Carleton s'était réfugié, la population était partagée en deux camps, le clergé et l'aristocratie 10ocale tenant pour le gouvernement de l'Angleterre, tandis que les artisans et les petits marchands sympathisaient ouvertement avec l'insurrection. Carleton parvint cependant, en s'appuyant sur le premier de ces partis et en obligeant les suspects de sortir de Ja ville, à maintenir Québec dans lobéissance à la couronne, Ge dernier boulevard restait donc à la puissance unglaise. Bientôt, un millier d’'Américains, aidés d’un contingent de Canadiens, parurent devant les murs de la ville. Montgomery linvestit complètement, et il eût réussi sans doute à la prendre, s'il eût eu en mains les moyens de faire un siège en règle et de prolonger linvestissement. Mais bientôt la disette, la petite vérole, les rigueurs de l'hiver et la désertion de beaucoup de Canadiens, froissés du rôle secondaire qu'ils jouaient dans les rangs américains, firent des brèches sensibles dans son armée. Montgomery se décida à risquer une attaque générale de la place ; mais

cette attaque fut repoussée; le général Montgomery perdit la vie dans cet assaut ; ses troupes, privées de ce chef héroïque, durent reculer, et, tout en continuant sous le colonel Arnold de bloquer Québec, elles durent renoncer à l'espoir de s’en empuarer par un coup de main.

L'hiver de 1775-76 se passa dans l’expectative. Le uouverneur Carleton qui attendait de puissants secours de l’Angleterre se maintenait sur la défensive. Les Américains, de leur côté, avaient demandé des renforts au congrès de Philadelphie. Les Canadiens francuis restaient partagés. Un royaliste, M. de Beaujeu, avant voulu se porter au secours de Québec, avec 350 hommes qu’il avait rassemblés dans les paroisses de la rive droite du fleuve, un parti contraire de Canadiens se forma, surprit son avant-garde, lui tua plusieurs hommes et aurait massacré le reste, sans les officiers qui les en empêchèrent, Cette manifestation populaire lit comprendre à M. de Beaujeu l’inutilité de ses efforts el il licencia ses gens.

La vraie lutte, au suplus, n’était pas sur les champs de bataille, mais dans le champ des idées. Les Américains l'avaient bien compris, et ils envoyaient députations sur députations aux Canadiens des diverses classes, pour les engager à s'unir contre l'Anglais de la métropole présenté comme l'ennemi commun. Franklin fit partie d’une de ces députations et, pour gagner l'élément clérical, on lui adjoignit le jésuite Carroll, mort depuis, en 1815, archevèque de Baltimore. Leurs instructions les chargeaient de représenter aux Cantdiens que les intérêts des deux pays étaient communs et inséparables et de les engager à entrer dans la con-

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fédération formée cor tre la Grande-Bretagne. Carroll était spécialement € : 4é d'assurer aux prêtres canadiens qu’en cas d'alliance avec les États-Unis, leur culte et la propriété des ordres religieux seraient respectés et garantis, et que les catholiques, au lieu d’être simplement tolérés comme en Angleterre, auraient des droits égaux à ceux des protestants.

Il n’est pas douteux, en effet, pour l'historien, que siles Canadiens français avaient été unis à ce moment là, comme l'étaient les Américains eux-mêmes, pour la conquète de leur indépendance politique, ils seraient arrivés, en dépit des troupes qu’y envoya bientôt l'Anuleterre, à secouer le joug de la métropole britannique ; mais si profonde était encore la défiance que les « Bostoniens » inspiraient à leurs voisins du Canada, si vives étaient les rancunes contre certaines démarches et paroles imprudentes des représentants des colonies, que les avances les plus caressantes étaient loujours accueillies avec froideur par Le gros de la population, tandis que le clergé et les classes influentes, par une crainte vraie ou aflectée des idées protestantes et républicaines de leurs voisins, les rejcetaient de partipris.

Garneau montre bien, ici encore, au point de vue es Canadiens français, le fort e, le faible des deux opinions en présence.

« Quelques personnes, dit-il, reprochent aux seisneurs, au clergé et à la bourgeoisie leur détermination plus imprévoyante encore, semble-t-il, qu'intéressée. Elles regrettent que d’injustes préjugés aient pu faire perdre à leurs compatriotes l’occasion d'obtenir leur indépendance et leur liberté sans verser peut-être une

304 IHISTOIRE DU CANADA

soutte de sang, car une fois expulsés du pays, les Anglais n'y seraient jamais revenus. Les colonies confédérées s’engageaient à recevoir les Canadiens dans leur alliance en leur réservant lu faculté de se donner telle forme de gouvernement qu'ils Jugeraient convenables, pourvu qu'elle fût républicaine et qu’elle admit la liberté de conscience ; en d’autres termes ils auraient eu le droit de se gouverner eux-mêmes à leur gré, sur la base du principe électif, suivant leurs anciennes lois ou suivant de nouvelles; en un mot, le Canada eût formé un des Etats de l’Union, dans laquelle il serait entré comme pays indépendant. Au lieu de cela, qu’a-t-on eu, disenlelles amérement”? Le gouvernement despotique de 1774 dans lequel on à admis quelques Canadiens français par pure politique ; la constitution de 1791, avec une législation à trois branches, sur deux desquelles les Canadiens n’ont jamais eu d'influence, puisqu'elles étaient à la nomination de la métropole, qui conserva dans la réalité tout le pouvoir ; le régime de l’Union en 184, avec la restriction de leurs droits politiques, ufin de les mettre en minorité et, on l’a reconnu publiquement, d’anéantir leur race : et, dans cette longue période d’asservissement, d’injustite et d’humiliation, le personnel de l’exécutif à toujours été étranger et hostile aux Canadiens. Voilà ce que nous avons eu pour avoir repoussé la liberté et l'indépendance nationale.

« À ces reproches, d’autres donnent pour réponse qu'il n’y avait pas de sûreté à prendre des engagements avec un peuple en insurrection et dont la cause était loin d’être gagnée; que, malgré ses promesses, il n’était pas prudent pour des catholiques d’origine française de se fier à un congrès anglais et protestant, qui venait

s, les Anglais confédérées leur alliance lle forme de bles, pourvu la liberté de nt eu le droit ur la base du is ou suivant formé un des entré comme -oneu, disenlotique de 1774 diens français 791, avec une desquelles les e, puisqu'elles , qui consel\a me de l’Union its politiques, à reconnu funs cette longue d’'humiliation, té étranger el s AVONS EU pour ‘e nationale.

pour réponse s engagements la cause étail esses, il n’était igine française tant, qui venait

récemment encore de faire de si vives remontrances à l'Angleterre, parce qu’elle avait étendu une main prolectrice sur leurs lois, leurs institutions et leurs autels, qu'enfin la lovauté leur faisait un devoir de rester fidèle à leur prince, et que leur nationalité aurait couru plus de dangers avec une république anglo-américaine qu'avec une monarchie européenne.

« Nous nous abstiendrons, ajoute Garneau, d’apprécier ici la valeur de ces plaintes, échos sourds muis siynificatifs des sentiments d’un peuple que sa nationalité a fait proscrire. L'union des deux Canadas est venue trop tôt justifier les raisons de ceux qui voulaient se joindre aux républicains américains en 1770!. »

La nouvelle de l’arrivée des 7 à 8,000 hommes de troupe (des mercenaires allemands pour la plupart) que le gouverneur Carleton avait demandés à l’Angleterre et qu'amenait le général Burgoyne, décida les Américains, après une nouvelle et inutile tentative contre Québec, à évacuer leurs positions devant cette ville. Une sortie que fit le gouverneur les surprit au milieu de ce mouvement ct précipila leur retraite pendant laquelle les Américains eurent à souffrir cruellement. Beaucoup de leurs soldats auraient péri sans l'humanité des Canadiens français qui leur donnèrent des habits et des aliments. Après les avoir poursuivis quelque temps, Carleton revint sur ses pas et rentra à Québec, d’où il envoya des détachements pour ramasser leurs trainards et brüler les maisons des habitants qui s'étaient joints aux rebelles; « car les Anglais, dit

1 Gurneau, Histoire du Cunadu, 1e édit, Tome IL, p. 28.

ki. Garneau, qui respectaient encore les propriétés des insurgés dans leurs anciennes colonies, suivasent leur vieille coutume dans le Canada habité par une race étrangère. En 1776, comme en 1759, comme en 1837- 3, ils marchaient la torche de l'incendie à la main, comme si les Canadiens eussent mérité un châtiment plus cruel que les Américains!. »

Le congrès envoya bien quelques renforts à l'armée qui opérait en Canada; mais tandis que les troupes de Carleton et du général Burgoyne réunies montaient à 13,000 soldats, c'était à peine si l’armée américaine, avec les secours qui lui vinrent, comptait 5,000 hommes valides. Les Américains se replièrent donc d'étape en étape, abandonnant Sorel, puis Chambly, puis le fort Saint-Jean et se repliant sur l’Ile-aux-Noix et sur ER les forts Saint-Frédéric et Garillon, d’où ils étaient | partis huit mois auparavant. Deux rencontres navales eurent mème lieu entre les flottilles anglaise et

pos américaine sur les eaux du lac Champlain, et la Lu seconde amena du destruction de la flottille américaine | (1776).

Nous venons d'écrire 1 date d’une année à Jamais fumeuse dans l’histoire de Amérique du Nord et on peut le dire dans les annales de l'humanité : 1776. C'est le 4 juillet de cette année-là que le congrès de Philadelphie, brisant les derniers liens qui unissaient les colonies anéricaines à la Grande-Bretagne, publiait la Déclaration d'indépendance et consommait la séparation des treize provinces devenues les Etats-Unis

LT. A, pe. 25.

tés des ent leur ne l'ace en 1837la main, hâtiment

à l'armée oupes de ntaient à néricaine, 000 honne d'étape ÿ, puis le oix et sur ils étuient es navales iglaise el un, el la méricaine

» à jumuis ord et on Lé : 1770.

‘ongles de unissaient e, publiait jt la sépa- Etats-Unis

d'avec leur ancienne métropole. Les bras de leurs citoyens improvisés soldats allaient, contre tout l'eflort des armées levées par l'argent anglais, maintenir cette indépendance et ce devait être l'honneur de tant de volontaires français, La Fayette en tête, puis l'honneur du gouvernement français, de ses soldats sous Rochambeau, et de ses marins sous Suflren, de concourir à fonder la grande nation qui « en moins de cent ans est devenue l’égale des premières puissances européennes et la rivale commerciale de son ancienne métropolef, »

L’Angleterre cependant s’obstinait dans ses illusions et pensait avoir aisément raison de cette révolte de colons soulevés. Une cruelle défaite que Burgoyne essuya l’année suivante (1777) à Saratoga, vint ébranler cette confiance des Anglais en eux-mêmes, en portant un coup sensible à leur renom militaire. Atteint et complètement cerné par ces milices américaines qu'il croyait indignes de se mesurer avec ses troupes régulières, Burgoyne dut passer pi de nouvelles Fourches Caudines. Les 5,800 hommes detroupe qu'il commandait mirent bas les armes, le 16octobre. Plus tard, Burgoyne dans sa défense, essaya de rejeter la faute de ce grave échec sur les Canadiens français qu'il avait dans les rangs de son armée et qui l’auraient insuffisamment secondé. Mais, comme le fait observer Garneau, c’est là une pauvre et insoutenable explication, puisque dans son armée de 8,000 hommes, c'est à peine s'il comptait 148 combattants de leur nation. Ces Canadiens français, transportés à Boston avec la masse des pri-

1 Notes sur le Canada, pru' Paul de Caves, p. 38,

sonniers, furent un jour visités par La Fayette : « Eh! quoi, dit celui-ci en s'adressant aux gentilshommes de la troupe, vous vous êtes battus pour rester colons, au lieu de passer à l'Indépendance! Restez donc escluves !1 »

Ce mot ne s’appliquait sans doute qu’à ceux des Cunadiens français qui avaient pris du service dans les troupes anglaises; il allait même, en bonne justice, par dessus leur tête, droit aux meneurs aristocratiques et cléricaux qui, par haine des principes nuissants de la Révolution, avaient conseillé d’épouser la cause de l'Angleterre. Les conséquences de leurs conseils timorés allaient peser sur tous leurs compatriotes et décider pour longtemps de la servitude du Canada.

1 L'opinion de La Fayette sur la question ne semble pas avoir lou- Jours été aussi fixée et aussi nette qu'il le parait dans cette réponse. Dans une lettre peu connue adressée par La Fayette à M. de Vergennes, alors ministre des affaires étrangères, et datée du Havre, le 18 juillet 1779, le compagnon d'armes de Washington propose an gouvernement français une expédition maritime à Halifax et s'exprime ainsi :

« L'idée d'une révolution au Canada paraît charmante à tout bon Français, et si des vues politiques la condamnaient, vous avouercz. Monsieur le comte, que c’est en résistant aux premiers mouvements du cœur. Les avantages et les inconvénients de ce projet demandent une grande discussion, dans laquelle je w'entrerai pas ici. Vaut-il mieux laisser aux Américains un objet de crainte et de jalousie par le voisinage d’une colonie anglaise, ou bien rendrons-nous La liberté à nos frères opprimés pour retrouver tous les profits de nos anciens établissements, sans en avoir la dépense et les déprédations? Mettrons-nous dans la balance du Nouveau-Monde un quatorzième état qui nous sera toujours attaché et qui, par sa situation offrirait une grande prépondérance dans les troubles qui diviseront un jour l'Amérique”? Les opinions sont très partagées sur cet article. Je connais la vôtre, Monsieur le comte, et mon penchant ne vous est pus inconnu. » (Revue rétrospective, 2 sér., vol, 8, p. 292 et Revue des Deux-Mondes, 1er avril 1879, p. 639.)

: Q<Eh!

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des Cudans les stice, par tiques el nts de la cause de | timorés t décider

as avoir Lottte réponse.

M. de \eru Havre, le propose all fax et s'ex-

à tout bon $ avouercz.

uouvements demandent ici. Vaut-il jalousie qi us la liberté nos anciens tions? Metorzième état offrirait une à jour l'Amné-

Je connus us est pus t Revue des

On a vu plus haut, reproduite de l'historien Garneau, la double série de considérations qui sollicitait en sens contraire les Canadiens français, pendant la guerre de l'Indépendance américaine, les uns, surtout dans les rangs du peuple, tenant pour l'alliance avec les Américains contre les Anglais, les autres, dans les classes dirigeantes surtout, tenant pour la monarchie, même anglaise, contre ce qu'ils regardaient comme l'effort de révolutionnaires dont le triomphe <«erait redoutable pour leurs institutions et pour leur église.

La question se pose tout naturellement ici : De ces deux opinions, laquelle sauvegardait le mieux les intérêts et l'avenir de la race francaise en Amérique” Valait-il mieux pour les Canadiens, et nous ajouterons si l’on veut: pour les Canadiens catholiques, quand le choix dépendait d'eux, entrer dans l'Union américaine et devenir un grand Etat dans la confédération des Etats-Unis, ou demeurer dans la dépendance de l'Angleterre avec l'espoir que cetle dépendance serait un jour une protection pour la nationalité franco-canadienne elle-même contre l'absorption redoutable de la République voisine ?

(rarneau, sur cette question, hésite à se prononcer el c’est tout juste si on peut entrevoir que ses sympathies étaient pour l'Union américaine. La plupart des autres historiens du Canada, surtout les historiens « conservateurs », se prononcent au contraire pour l'opinion qui à prévalu et vont jusqu’à déclarer qu’en repoussant les avances des Etats-Unis et en demeurant sujets brifanniques, « les Canadiens obéissaient à l'instinct se-

cret et sûr de la conservation nationale !. » Les Anglais, d’après cette école, représentaient une occupation étrangère, oppressive, mais éloignée ; les Américains représentaient une influence prochaine, active et dissolvante, sur le pays.

Pour notre compte, nous n’hésitons pas à nous inscrire en faux contre cette thèse. Nous considérons — en nousplaçant au point de vue canadien bien plus encore qu’au point de vue français, -- comme un très grand malheur pour l'avenir de notre race au Nouveau- Monde que les Canadiens n'aient pasaccepté les avances de leurs voisins des anciennes colonies anglaises, et n'aient pas saisi cette occasion inespérée de secouer le joug de leurs conquérants de la veille et de ressaisir leur pleine indépendance. On objecte que cette indépendance n’eût été qu’un changement de maitres ; que l'union avec les Etats-Unis comportait des charges et des dangers : que le Canada ne représentant qu'un Etat sur treize ou quatorze peuplés d’Anglo-Saxons eût été en danger de perdre plus promptement son caractère propre et son autonomie, en danger d’être envahi tout à la fois par lapopulation américaine et par la langue et les mœurs que représentait cette population.

Ce prétendu dangernous apparait comme absolument imaginaire et chimérique, tandis que l'invasion anglosaxonne n'allait être qu’une trop funeste réalité avec la conduite que les Canadiens adoptèrent. Supposé en effet que le Canada fût devenu un Etat de l'Union américaine. Cet Etat entrait dans la confédération avec ses vastes frontières que personne n'eût songé à lui contes-

1 F. Rameau. La France auxColonies,. p. 433. L'abbé Ferland, l’abbé Laverdière expriment les mêmes'vues.

Les AnoccupAs Amé- », active

pus ins- Tons — plus enès grand jouveauavances aises, et couer le ressaisir te indéres ; que harges et t qu'un xons eût caractère vahi tout a langue solument n anglolité avec pposé en ion améavec ses i contes-

& Ferland,

ter, allant du golfe Saint-Laurent aux grands lacs et audelà. Le Nouveau Brunswick actuel, le Haut et le Bas- Canada, la partie septentrionale des États du Maine, de Vermont, de New-York, tout ou partie des États actuels de l'Illinois, du Michigan, du Ouisconsin, le Manitoba et les territoires du Nord-Ouest restaient virtuellement dans les limites de cet Etat. Croit-on que les Américains eussent songé à s'établir dans ces vastes solitudes, parcourues jusqu'alors par les seuls pas des Indiens el des Français, quand plus près d'eux, dans l’ouest, sous un climat moins rigoureux, tant de terres restaient à défricher, tant d'espaces à conquérir? Non, les Canadiens restaient bien les maitres chez eux, grâce aux prérogatives et à l'autonomie très étendues dont jouissent les Etats de l'Union, maitres de s'administrer à leur euise, maitres de leurs institutions, maitres de leur aste sol, maitres d'y projeter dans toutes les directions ‘des colonies filles et prolongements de la leur. Leur langue ne courait pas le danger qu'elle a couru depuis par suite d’un mélange trop intime avec les éléments anglais. Les Canadiens eussent été stimulés non absorbés par leurs confédérés américains. Plus tard des États nouveaux se fussent formés sans doute du partage de l'Etat

primitif devenu trop grand et trop peuplé; mais ces fragments eussent reproduit l'esprit, gardé la langue etles institutions du corps primitif. Lescommunications avec la vieille France eussent été d’ailleurs plus faciles,

plusrégulièreset plus suivies. La Révolution française qui

fut incomprise ou honnie par les Canadiens, eût été une

occasion de rapprochement par la similitude des insti-

tutions. La France, alliée constante de la République

américaine, eût couvert de sa protection morale cet

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