‹ Histoire du Canada et des Canadiens français de la découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 39 sur 54 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

De l'indépendance des Etats-Unis à la guerre anglo-américaine (1776-1814)

La période que nous allons maintenant raconter est la plus sombre de l’histoire intérieure du Canada. Son peuple avait laissé passer l'heure de reconquérir sa liberté. Il allait éprouver les lourdes conséquences de la servitude. Dure servitude, en effet, que celle qui, pendant quelques années, pesa sur le Canada ! Les Anglais, irrités de leurs échecs dans leur lutte contre leurs anciennes colonies, peu sûrs de la fidélité de ceux qui acceptaient encore leur domination, voyant partout des suspects et redoutant partout des rebelles, déplovaient les tisueurs d'une ombrageuse tyrannie. Le « Conseil législuil » que le gouvernement convoquail ou ajournul à son gré el où, d’ailleurs, les Canadiens français n'élaient représentés que par une minorité dérisoire (8 membres sur 23, en 1877) était trop inféodé à la couronne, trop acquis aux intérêts anglais, pour Jamais lire à ces mesures draconniennes l'ombre d’une opposition. Aussi les gouverneurs avaient-ils libre carrière pour arrèter, emprisonner où déporter les citoyens suspects,

Parmi les mesures que consacra ce Conseil de ty-

runnie, dans sa session de 1777, les plus importantes avaient rapport à l'administration judiciaire et à la levée des milices. Sur ce dernier point surtout, les ordonnnances du Conseil renfermuaient des dispositions extrèmement dures. Tous les habitants, à partir d'un certain àge, furent astreints à un service mihtaire rigoureux ; ils pouvaient être contraints de porter Les armes hors de leur pays pendant un temps indéfini, et ceux qui élaient laissés dans leurs foyers étaient tenus de cultiver les champs de leurs voisins levés pour liuxmée. Les Canadiens protestèrent, mais faiblement, Leur situation mal définie, la crainte des maitres dont ils avaient perdu l’occasion de secouer le joug, puralvsuit leur voix et ôtait toute force à leurs protestations.

Au surplus, ce n'était encore là que le connmencement des abus. Le gouverneur Carleton avant demandé et oblenu son rappel, fut remplacé par un vieux mililire d'origine suisse, Haldimand, sorte de lansquenet impérieux et fantasque, excellent peut-être pour le conrmandement d'un cump, mais aussi mal préparé que possible, piu' son caractère et par ses façons, au gouver: nement d'un peuple habitué à un régime légal. Entouré de provinces en révolution, il crut qu'il ne pourruil maintenir lobéissance que par une rigueur inflexible. Les corvées redoublérent et devinrent un vrai fléau pour les campagnes. Des plaintes s'élevèrent. Haldimand, les attribuant à l'esprit de révolte et aux menées des émissaires américains, n'en sévit qu'avec plus de rioueur, faisant emprisonner les citoyens par centaines, sans distinguer souvent entre l’innocent et le coupable.

Le secret des lettres était violé; sur le soupçon le

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LES CANADIENS FRANÇAIS 319 plus léger, sous le prétexte le plus frivole, des citoyens honorubles étaient arrêtés et enfermés sous les verrous ; d'autres disparaissaient secrètement, et leurs parents n'apprenaient que longtemps après dans quels cachots ils étaient détenus. Cette tyrannie inquiète du souverneur trouvait des complices mathonnètes dans les magistrats des tribunaux qui dépendaient, comme tous les fonctionnaires, du bon plaisir de la couronne. Les accusés étaient atteints non seulement dans leur liberté individuelle, mais encore dans leur fortuine, cet plusieurs furent ruinés par des dénis de justice ou par des jugements iniques, rendus en violation de toutes les lois et de toutes les formes de la justice. On commença piu les personnes de moindre condition pour remonter ensuite aux plus notables. C'est ainsi que MM. Jouturd, Cazeau, Hay, Carignan, Du Fort, négociunts, La Terrière, directeur des forges de Naint- Maurice, Pellion, d'autres encore, furent détenus à bord des vaisseaux de guerre à Pancre à Québec, ou

jetés dans les cachots, sans qu'on leur fit connaitre le

crime dont ils étaient accusés, On arrêta aussi un étranger qui fut renfermé mystérieusement dans fi partie Lx plus inaccessible de la prison, Le bruit public le représentait comme un de ces gentilshommes franœus qui, depuis que La Favette était en Amérique, lusaient, disait-on, des apparitions secrètes en Canada, pour y remplir des missions politiques, qui sont restées cependant un mystère jusqu’à ce jour. Bientôt les prisons ne suffisant plus, le couvent des Récollets fut ouvert pour recevoir les nouveaux suspects. Un ancien magistrat, nommé Du Calvet, qui avait été un monient le fournisseur des troupes américaines quand elles

occupaient Montréal et qu’on soupconnuit d'entretenir avec les Américains une correspondance secrète, fut arrêté tout à coup, en son manoir de la Rivière David, par une troupe de soldats (27 septembre 1780), dépouillé de son argent et de ses papiers, conduit à Québec, détenu d’abord sur un vaisseau, puis dans un cachot militaire, et enfin transféré dans le couvent des Révcollets. En vain il demanda sa mise en liberté provisoire sous bonne et sûre caution, en vain il réclama qu’on instruisit au moins son procès, on lui refusa tout. Après deux ans et huit mois de détention, il fut enfin remis en liberté, sans qu'on lui eùt même dit quel était son crime !.

Pendant que le Canada gémissait sous cette ler reur, à laquelle, avec un peu plus d'énergie, ses citoyens auraient pu si facilement se soustraire, les Américains vcontinuaient de faire échec aux armées anglaises. La capitulation de Saratoga avait eu un immense retentissement, non seulement aux Etuls. Unis, mais en Europe, et particulièrement en France. Benjamin Franklin, envoyé par le Congrès à Paris, \ fut recu par le ministère avec bienveillance el par le peuple avec un vérilable enthousiasme. Après divers pourparlers, le duc de Choiseul vint enfin à bout des scrupules monarchiques de Louis XVI et décida le roi de France à reconnaitre la jeune république en signant avec elle un traité de commerce et d'alliance (1778). L'orgueil anglais chancela à cette nouvelle. On parla d’accommodement avec le congrès de Philadelphie.

À Giuncau, — Lauverdière,

’entretenir ecrète, fut ière David, bre 1780),

conduit à ais dans un couvent des liberté pro- | il réclama Jui refusa ntion, il fut it ième dit

is cette ter rgie, ses ciistraire, les aux armées vait eu un aux Etats.

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à bout des décida le roi e en signant nce (1778).

le. On park Philadelphie.

On alla jusqu'à proposer dans la Chambre des Lords de reconnaitre l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique. À celte nouvelle, le vieux lord Chatham, qui n'avait plus qu'un souffle de vie, se fit transporter dans la haute Chambre : € Aujourd’hui, s’écria-t-il, russemblant les derniers éclats de sa voix, j'ai vaincu la maladie, je suis venu ici encore ‘une fois, la dernière fois peut-être; mais j'avais besoin d’épancher de mon cœur l'indignation que j'éprouve lorsque j'entends lhuiniliante proposition d'abandonner la souveraineté de l'Amérique... Tant que la tombe ne se sera pas referinée sur loi, J'userai mes dernières forces à protester contre le démembrement de cette antique et noble monarchie ; je ne souffrirui pas que la nation se déshonore par lignominieux sacrifice de ses droits. »

I fallait done une dernière lutte pour briser cette chaine que la métropole britannique voulait maintenir au cou de ses anciennes colonies. L’Angleterre fut particulièrement malheureuse dans ces dernières campagnes.

D'abord ses antiques alliés, les Iroquois, furent battus et chassés de leur pays par le général Sullivan qui marcha contre leurs cantons à la tête de cinq mille hommes. Refoulés au-delà des grands lacs, les débris de ces tribus qui avaient autrefois joué un si grund rôle dans les démèlés entre Anglais et Français, perdirent désormais toute importance et, affaiblis, dépouillés, se préparèrent avec résignation à cette lente disparition à laquelle semblent fatalement voués tous ces enfants Ges forêts qui n'ont voulu où n’ont pu s'assouplir aux nécessités sociales d'une civilisation trop nouvelle et trop raffinée pour eux.

FO gare

Privée du concours de ses sauvages alliés, lPAnoleterre fut encore battue dans ses soldats et dans ses marins, sur terre et sur mer. Nos flottes, que Choiseul avait reconstituées, conquéraient sur l'Angleterre les iles de Grenade et de Saint-Vincent. Sur le continent américain, des alternatives de succès et de revers, la ville de Philadelphie prise et reprise disaient assez que les Américains n'avaient besoin que d’un renfort du dehors pour briser définitivement le joug anglais. Le comte de Rochambeau, venu de France à la tète de six mille hommes de troupes aguerries, leur amena ce renfort qui décida de l'issue de la guerre. L’Angleterre n’éprouva plus désormais que des défaites. Ses troupes, battues à Cowpens, Guildford, Eutawsprings et Williamsburg, du côté de la Virginie et des Carolines, par les corps des généraux Morgan, Green et Lifayette, furent refoulées dans le cul-de-sac de Yorktown par l’armée de Washington et le corps français de Saint- Simon, et là, renouvelant la capitulation de Saratoux, 6,000 hommes de troupes régulières et 1,500 matelots furent obligés de poser les armes. Cette victoire assura définitivement l'indépendance des Etats-Unis. (était la deuxième armée anglaise qui était faite prisonnière dans cette guerre: désastre presque inouï dans les fastes militaires modernes. Le général Cornwallis, qui commandait les Anglais, n’eût voulu rendre son épée qu'à Rochambeau et à Lafayette, mais ceux-ci le renvoyérent à Washington, déclarant qu’ils n'étaient euxmêmes que des auxiliaires (1781).

L’Angleterre fut accablée par la nouvelle de la capitulation de Yorktown et fléchit sous le poids de lPinéluctuble nécessité. Le 3 septembre 1783 fut signé le

, l'Anans ses ‘“hoiseul Lerre les ontinent evers, li Lssez QUE nfort du anglais.

à la tête ur amenit L'Angleaites. es AWSPriNys des Caroeen et La- Yorktown , de Suint- Saratogu, ( matelots ire AssUl'i is. C'était risonnière ji dans les wallis, qui a son épée -ci le ren-

(aient eux-

de la capts de l'inét signé le

traité mémorable pur lequel l'Angleterre reconnaissait l'indépendance des Etats-Unis et l'Europe la première nation libre du Nouveau-Monde. Le Canada, qui n’a vait fait aucun effort pour conquérir sa propre indépendance, ne fut naturellement pas compris dans le traité. À tort ou à raison, la population avait cru plus prudent de rester fidèle à sa nouvelle métropole que d'entrer dans une alliance dont elle entrevoyait surtout les dangers. Les Canadiens virent cependant le territoire que leur avaient légué leurs aïeux, échancré et diminué, du côté du Sud, par les stipulations du traité de paix. Tout ce qui, après la conquête de la Nouvelle-France, avait été détaché, aussi impolitiquement qu’injustement, de son territoire pour agrandir les provinces voisines, fut réclamé par les Américains, et le ministère britannique se vit contraint d'accéder à leurs prétentions. Qu'eût-11 pu dire en effet? A toutes les raisons qu’il pouvait invoquer, les Américains avaient réponse toute prète avec l’adage antique : Patere legem quam fecisti!.

Par suite de cet abandon, les villes de Québec et de Montréal ne se trouvèrent plus qu'à quelques lieues de la frontière ; le Canada perdit le lac Champlain avec ses montagnes et ses défilés, qui lui servaient de burricre naturelle. Ses frontières rétrogradèrent aussi du voté de l'Ouest où plusieurs postes fonts par les Français et portant des noms français (Saint-Louis, Détroit, etc.) furent compris dans les limites de la république américaine, « Plus de la moitié des Canadiens de ces contrées éloignées, écrit Garneau, devinrent Américains sans cesser d’être Français. »

{ Subis la loi que toi-même as faite.

ïe D'autre part, le Canada, restant soumis à lt couronne britannique, dut à cette circonstance de devenir le lieu de refuge, la terre d'adoptior "* cette partie des

Anglais ou colons anglais qui n'avasa pas voulu s'is-

socier au mouvement de l'Indépendance et qu'on con-

naissuit sous le nom de « Loyalists ». Plus de 25,000

de ces « Lovalists » quittèrent la république des Elats-

Unis pour se fixer dans les limites laissées à la souve-

raineté britannique. Hs s'établirent principalement dans

le Haut-Canada, dans la Nouvelle-Ecosse et le Nou-

veau-Brunswick (ancienne Acadie). La conséquence

de cette émigration fut de renforcer considérablement,

dans ces territoires, l'élément anglais et d'y diminuer

d'autant lPimportance et l'influence ‘* l'élément frun-

çais. Sans le fait de cette émigral “onsidérable, il

est probable, nous l'avons dit, que lu race et la langue

française domineraient aujourd'hui en maitresses dans

toute l'étendue de la Confédération canadienne, du

volfe du Saint-Laurent et des côtes de Terre-Neuve aux

Montugnes-liocheuses et aux rivages de l'Océan paciti-

que.

Toutelois, là paix rélablie procuru, à ce moment, deux avantages au Cunadu; elle mit fin au régime

d'état de siège qui pesait sur lui el elle accéléra lélablissement d’un gouvernement représentatif. Les partis qui avaient divisé le Canada, depuis la conquete, étaient maintenant unanimes au moins sur un point, savoir : la protestation contre le régime arbitraire et despotique du gouverneur Haldimand. Cet ancien migistrat qu'il avait fait arrêter el emprisonner sans autre forme de procès, Du Calvet, à peine relàché, se

à la cou-

de devenir partie des voulu s'isqu'on con de 25,000 des Elats- \ la souvement dus 4 le Nounséquence rablement, y diminuer ment f'unidérable, il + La langue esses cuis

dienne, du -Neuve aux

cé pacifi-

e moment, au l'ÉSHNC éléra l'élite . Les partis conquete, re un point, bitraire et ancien Inüner Suis relàché, sc

d'obtenir la mise en accusation d'Haldimand. Cest à ce moment qu'il publia son pamphlet : Appel à la justice de l'Etat. Dans son rude mais éloquent langage, il décrit en traits ineffacables le sort tragique de son peuple : « Qu'il est triste d'être vainen s'éerie-t-il! S'il n'en coûtait encore que le sang qui arrose Îles champs de bataille, la plaie serait bien profonde, bien douloureuse, elle saignerait bien des années, mais le lemps la fermerait, Mais être condamné à sentir continuellement la main d'un vainqueur qui s'appesantit sur vous, mais être esclave à perpétuité du souverain constitutionnel du peuple le plus libre de Ta terre, c'en est trop ! Serail-ce que notre lâcheté à disputer la victoire, en nous dégradant dans l'esprit de nos conquérants, aurait mérité leur colère et leur mépris? Mais ce furent les divisions de nos généraux qui les firent battre ; mais nous, nous primes leur revanche, et nous lavâämes l’année d’après, le 28 avril 4760, la honte de leur défaite sur le même champ de bataille !... »

Du Calvet n’obtint pas ce qu'il demandait, la mise en accusation d'Haldimand. Toutefois, l'Angleterre, pour donner quelque satisfaction à l'opinion publique, rappela lautoritaire gouverneur (1785) et, après un court intérim, occupé par le colonel Hope, renvoya au Canada pour l’administrer, l'ex-gouverneur Carleton qui, par leffet du contraste avec son successeur, était devenu presque populaire sur les bords du Saint-Laurent, Carleton, élevé à la pairie sous le nor de lord Dorchester, arriva à Québec le 21 octobre 1786. L'un de ses premiers soins, suivant les instructions qu'il avait reçues de son gouvernement, fut de nommer des

rendit à Londres où il remua ciel et terre pour cher

commissaires chargés de recueillir toutes les informations possibles sur l’état de la province et sur les moyens de remédier aux maux du pays.

Ces maux étaient en grand nombre. Les justiciables se plaignaient d’avoir des juges, mais pas de justice, les juges appliquant, selon leur caprice ou l'occasion, tantôt les lois françaises, tantôt les lois anglaises, tantôt « l'équité naturelle ». Les marchands, qui pour la plupart étaient anglais (il eût été en effet bien difficile aux Canadiens français, sans relations avec le dehors, d’empêcher le commerce de tomber entre des mains anglaises) réclamaient l'introduction des lois anglaises dans toutes les matières de statut personnel, üe négoce et de police. Les cultivateurs d'autre part, du moins certains d'entre eux, se prononçaient contre le système des tenures féodales, sans bien savoir encore par quoi le remplacer. L'emploi à faire des biens des

Jésuites, dont le gouvernement s'était emparé en 1766, fournissait aussi matière à d’amples discussions, L'’écho de ces discussions et de ces plaintes commençait à parvenir régulièrement en Angleterre, où l'opinion et les journaux s’en saisissaient, Une agilation pacifique fut organisée pour réclamer l’introduc-

tion en Canada du régime représentatif, et une pétition signée par les habitants tant anglais que français ful adressée à la couronne pour deman:ler une constitution et un parlement local. La grande intelligence de Fox avait parfaitement compris la légitimité de ces exiwences venant d’un peuple qui croissait tous les jours en nombre et en force : « Dans un pays, disait-il, où « l'abondance des moyens de subsistance accroitra ra- « pidement la population, où le bas prix des terres

informat sur Îles

usticiables ustice, les l’occasion, ses, tantôt ur la pluifficile aux 1ors, d’emmains ans anglaises onnel, de e part, du t contre le oir encore s biens des ‘é en 1706, ns.

intes comleterre, où Une agilal'introduc- 1e pétition ‘ançais ful mstitution ce de Fox > Ces exIs les jours isait-il, où croilra rai

des terres

« rendra tous les citoyens propriétaires, il faut s’at- «tendre à voir s'affirmer des prétentions égales à « l'exercice du pouvoir. À ce peuple de pères de « famille, tous propriétaires, avant par conséquent des « habitudes morales et paisibles, souvent inconnues « des prolétaires, il faut accorder dans le gouverne- « ment une action plus directe que celle que s’est « réservée le peuple le plus libre de l’Europe... Le Ca- « nada, disait-il encore, doit rester attaché à la Grande- « Bretagne par le libre choix de ses habitants ; impos- « Sible de le conserver autrement, » Cette sage opinion, qui, en laissant au Canada l’administration de ses propres affaires, eût épargné bien des difficultés à la métropole, ne prévalut pourtant pas, au moins complétement. La grande secousse de la Révolution française ébranlait alors dans tous les pays les institutions de l'ancien régime, suivant de près la guerre de l’Indépendance qui avait fondé les Etats-Unis et arraché ces colonies populeuses et industrieuses au joug de l’Angleterre ; cette double commotion, en inspirant au gouvernement anglais des craintes sur la solidité du lien colonial qui lui attachait encore le nord de l'Amérique, disposait fort peu ses hommes d'Etat à faire des concessions sérieuses à l'esprit libéral. On louvoya, on prit un moyen terme. Pitt introduisit devant le Parlement un bill qui devait, suivant lui, « mettre fin à la rivalité « existante entre les anciens habitants français et les « émigrants qui vont au Canada de la Grande-Bretagne « et de ses colonies. » Ce projet de loi divisait, pour la première lois, le Canada en deux provices : le Bas- Canada (capitale Québec) peuplé presque exclusivement de Français, et le Haut-Canada, dont la principale

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bourgade était alors Kingston, sur l'emplacement de l’ancien fort Frontenac, et qui commencait à se peupler de loyalists anglais réfugiés des Etats-Unis. On gratifia le pays ainsi partagé d'un semblant de constitution libre. On accorda à chacune des deux nouvelles provinces un « Conseil législatif » sorte de Chambre haute dont les membres, nommés à vie par la couronne, ne verraient rien que par les : x du gouvernement, el une Chambre basse où € Chambre d'assemblée » élue, pour # années, par les francs tenanciers des villes. La Chambre du Bas-Canada devait compter cinquante membres et celle du Haut-Canada, seize.

Cette Constitution, connue sous le nom de Constitution de 1791, ne donnait au Canada français que lapparence du self-government. En ellet, la Chambre d’assemblée, procédant de l'élection, allait bien voir siéger sur ses banes, dans le Bas-Canada, une majorité de Canadiens de race française, mais comme le concours des deux Chambres et du gouverneur, représentant le pouvoir exécutif, était nécessaire pour donner aux lois leur validité, et comme en fait la Chambre élective devait voir souvent ses décisions annulées par les gouverneurs, appuyés sur leur Chambre haute servile, les Canadiens ne gagnérent guére à cette Constilution que d'échanger le joug des gouverneurs anglais conire celui d’une oligarchie bâtarde où l'élément im glais ne cessait pas d'avoir x prépondérance, On eomprend que cette fiction de gouvernement parlementaire indisposa bientôt plus qu'elle ne ramenx les esprits de nos anciens « regnicoles ».

Au moment où la nouvelle Constitution entra en vigueur, la population des deux Canadas pouvait être

‘ement de e peupler On gratifit nstitution elles probre haute ronne, ne lement, el lée » élue, villes, La cinquante

» Conslituque lap- Chambre bien voir e majorité ie le conl'epr'ésenur donner Chiunmbre ulées par haute serte Conslirs anolais ément in- . On comementaire esprits de

tra en viuvait être

LES GANADIENS FRANCAIS 520

d'enva'on 135,000 mes, dont 15,000 seulement dans le

Haut-Canada, et dans ce chiffre la population angliise entrait à peine pour 15,000 âmes. La population franco-canadienne s'était doublée tous les trente ans, depuis 1679, par le seul excédant des naissances sur les décès. Voici d'ailleurs la grudation suivie : En 1679, 9,400 âmes; en 1720, 24.400; en 1734, 37.200. I n°v eut d'interruption à ce doublement trentenaire que pendant la période qui s'écoula entre 173% et 1765, à cause des guerres qui remplirent celte période el de l'émigralion en France qui suivit la conquête, À partir de 1763, la population avait repris son mouveinent ascensionnel si remarquable.

Si incomplète et si partiale que fût la Constitution de 4791, elle fut accueillie et fètée par la plupart des Canadiens français comme le présage de jours meilleurs. Un banquet fut organisé à Québec sous les auspices du CGlub constitutionnel » qui venait de se fonder dans celle ville. « Nous nous réjouissons, ditle président, de «ee que celte province, après avoir été, depuis lt con- €quète, victime de l'anarchie, de la confusion et de € Farbitraire, prend enfin cet équilibre heureux, dont « l'harmonie générale doit être le résultat. Nous nous « réjouissons de ce qu'en donnant des enfants à lt parie nous aurons la douce satisfaction de lui offrir des € hommes libres. Le nouvel acte qui règle cette pro- € Yince est un acheminement, j'espère, à quelque chose «de plus avantageux pour elle, La politique à mis la €première main à cet ouvrage; lt philosophie doit « l'achever !, »

{Gazette de Montréal, de Mesplet, citée par Garneau.

On reconnait bien là le style et les idées du temps. ’armi les {oasts portés à ce banquet, figurérent les suivants : A la Révolution de France! A la Révolution de Pologne! À Pabolition du système féodal! A la liberté de la presse! A la liberté civile et religieuse! ete. C'étaient les priacipes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui passaient l'Océan et qui soulevaient dans la ci-devant Nouvelle-France les mêmes acclamations qui les avaient salués dans la France continentale.

La propagande des idées de la Révolution francaise avait, en effet, pénétré jusqu'aux extrémités du fleuve Saint-Laurent et éveillé dans plus d'un esprit des idées et des espérances nouvelles. Mais le clergé catholique, qui, depuis 1763 et par suite du retour en France de presque toute l'aristocratie et fi bourgeoisie coloniales, avait pris la direction du parti français au Canada, s’unit, en cette occasion, comme il l'avait fait pendant la guerre de l'Indépendance, à ladministration anglaise pour combattre et étoufler ces premiers germes de l'esprit de liberté et d'égalité. Le curé de Québec, l'abbé Plessis, prononçant l’oraison funèbre de l’évêque Briand, se faisait, sans vergogne, l'interprète de ces sympathies nouvelles qui le jetaient dans les bras de l'Angleterre par crainte des idées révolutionnaires et peut-être aussi par l’espoir de coifler la mitre épiscopale. « Nation généreuse, s’écriait-il, nation industrieuse qui avez fait germer les richesses que cette terre contenait dans son sein; nation exemplaire qui, dans ce moment de crise, enseignez à l'univers attentif en quoi consiste cette liberté après laquelle

tous les hommes soupirent et dont si peu connaissent

s du temps.

rent les suiévolution de

A la liberté gieuse! ele.

des droits de n et qui soue les mêmes , France con-

plution franx extrémités s plus dun les. Mais le par suite du tocratie et fi tion du parti on, comme il dance, à ladétouller ces , d'égalité. Le ant l’oraison ns vergogne, qui le jetaient nte des idées joir de coifler ’écriait-il, narichesses que n exemplaire 7 à l'univers près laquelle 1 connaissent

les justes bornes ; nation compatissante, qui venez de recueillir avec tant d'humanité les sujets les plus fidèles et les plus maltraités de ce royaume auquel nous appartinmes autrefois; nation bienfaisante, qui donnez chaque jour au Canada de nouvelles preuves de votre libéralité, — non, non, vous n'êtes pas nos ennemis, ni ceux de nos propriétés que vos lois protègent, ni ceux de notre sainte religion que vous respectez. Pardonnez done nos anciennes défiances à un peuple qui n'avait pas le bonheur de vous connaitre, et si, après avoir appris le bouleversement de l'État et la destruction du vrai culte en France, et après avoir goûté pendant trente-cinq ans les douceurs de votre empire, il se louve encore parmi nous quelques esprits assez aventgles ou assez mal intentionnés pour entretenir les mêmes ombrages et inspirer au peuple des désirs eriminels de retourner à ses ancieas maitres, n’imputez pas à la totalité ce qui n'est que Le vice d’un petit nombre. »

Les Canadiens entendaient avec un étonnement douloureux ces paroles tomber de ces chaires qu'ils étaient élevés à considérer comme les bouches mêmes de la vérité, Moins habitués que les prêtres de Rome à subordonner aux intérêts de l'Eglise les affections les plus légitimes, les liens de la patrie et du sang, ils allaient aussi moins loin qu'eux dans leurs anathèmes et ils s'obstinaient à conserver le culte des souvenirs et leur tllachement pour cette noble France, berceau de leur race, qui à ce moment même, faisait reculer et trembler toute l’Europe monarchique et féodale. Ils n'avaient d'ailleurs sur tout ce grand drame que des perceptions confuses, et le clergé pouvait d'autant mieux réussir à

les mettre en garde contre l'esprit de la Révolution que les seules nouvelles qui pénétrassent au Canada des événements de cette époque ne parlaient que des excûs commis par les révolutionnaires, de léchafaud de Louis XVI, dela guillotine en permanence, et laissaient dans l'ombre tout le côté glorieux et vraiment fécond de cette grande crise !

D'ailleurs, les questions intérieures vinrent bientol absorber lattention des Canadiens et les détourner des préoccupations d'ordre général et extérieur.

La nouvelle Constitution entra en vigueur le 26 dé. cembre 1791. Quoiqu'ils disposassent d’une immense majorité dans les élections, les Canadiens français avaient, dans leur province du Bas-Canada, élu seize Anglais sur cinquante membres, afin de témoigner de leur désir d'union et de conciliation. Loin de se mon- Lrer reconnaissants de ce procédé, les Anglais n’en concurent que plus de confiance en eux-mêmes et plus de dédain de leurs commettants et, dès l'ouverture de la Chambre, ils mirent à nu leurs sentiments en demandant la nomination d'un président de leur origine et

1 Le Canada recut, à la fin du siècle dernier, un certain apport de Fémigration française, Parmi les émigrés royalistes qui furent obligés de S'expatrier à la Révolution comme les Huguenots avaient dû le faire à la Révocation de l'Édit de Nantes, un certain nombre pensa à s'établir au milieu des Canadiens, Dans l'été de 1799, trentehuit gentilshommes S'embarquèrent pour le Canada et recurent des terres dans les cantons où tornships de Windhium et de Niagara. On cite parmi eux: le comte de Puisaye, Le comte et le vicomte de Chalus, MM. d'Allôgre, de Marseuil, Quéton de Saint-Georges, de Saint-Aulaire, de Farey, de la Richerie et autres gentilshommes. (Archives canadiennes recueillies par M. Audet, sous la direction de M. Chapleau). Quelques représentants de ces funilles existent encore, parait il, dans les provinces d’Ontario et de Québec.

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le vicomte de nt-Georges, de entilshommes, is la direction inilles existent Juébec.

l'usage exclusif de Ja langue anglaise dans les débats. Ces propositions cavalières furent repoussées après des débats très animés que soutinrent, du côté français, avec énergie el parfois avec talent, MM. Papineau père, Taschereau, de Lotbinicre, de Rocheblave et Bédard. La majorité choisit corne président un de ses membres : Antoine Panet, eL il fut décidé que les procèsverbaux de PAssemblée seraient rédigés dans les deux lungues, et que les députés feraient leur discours à leur gré dans celle qu'ils entendaient et parlaient le mieux. Une des décisions importantes que prit celle premicre législature, fut sa déclaration que le vote des subsides appartenait dune manière exelusive à la Chiunbre élective et qu'aucune Di d'approprition ne pourrait ètre amendée par le Conseil législatif. Elle vola en mème Lemps un hnpot sur les boissons Hiporles, afin de créer un revenu qui put faire face aux dépenses, mesure nécessaire pour assurer si propre indépendance, eur le trésor anglius paval encore une lorte proportion du budget du Canada. Dans les diverses sessions qu'il tint jusqu'en 1796, ce premier parlement canadien s'occupa encore de plusieurs questions Linportance diverse : li question de Pinstruction etdes écoles auxquelles demandait qu'on attribut les biens des Jésuites, saisis par le gouvernementanghus peu de lemips après la conquètes ft question des rentes el autres charges seigneuriales dont certains seigneurs ou détenteurs de fiefs élevaient le laux outre mesure : celle des routes et chemins; celle du numéraire, ete. Lord Dorchester (Carleton) repassa en Angleterre dans l'été de 1796. Son dernier acte fut d'organiser ou

de donner ordre d'organiser, conformément à une

suggestion de Du Calvet, un régiment canadien à deux bataillons. Mais ce corps fut licencié plus tard, li métropole jugeant sans doute qu'il n'était pas prudent d'enseigner l’usage des armes aux colons, et se rappelant que les Etats-Unis avaient préludé à la guerre de l'indépendance par celle du Canada où ils avaient fait Icur apprentissage militaire !.

Avec l'arrivée du nouveau gouverneur, le général Prescott, coincidèrent presque les élections qui devaient renouveler la Chambre d'assemblée. Les électeurs de race francaise furent moins généreux où moins nails celle fois que la première, et ils écartèrent les noms de plusieurs des députés sortants, à cause de leurs tentalives pour proscrire fax langue française. D'autre part, le couvernement, rassuré du côté des Etats-Unis, avec qui il venait de signer un traité d'initié et de comimerce, el déterminé à angliciser, bon gré mal gré, la

population canadienne, allait prendre, vis-ä-vis de la Chambre élue, une attitude d’hostilité et de défiance de

plus en plus prononcée.

Le général Prescott ouvrit la seconde assemblée provinciule le 2% janvier 1797. Le gouverneur, sous prétexte que la République française envoyait partout des émissaires pour troubler x tranquillité des Etats, et que le Canada n’était pas à l'abri de ces dangereuses tentatives, demanda et obtint des lois de proscription contre ces émissaires imaginaires et contre les complices qu'ils pourraient avoir au Canada. La loi de l’habeas corpus protectrice de la liberté individuelle fut

1 Garneau, T. I, p. 115.

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suspendue, et l'ordre fut donné à lous les juges de paix, à tous les capitaines de milice d'arrêter quiconque chercherait, par intrigues ou par discours, à troubler la tranquillité publique. De braves cultivateurs qui se plaignaient des nouvelles lois sur les chemins furent inquiétés. Un Américain enthousiaste, Mac Lane, qui avait pris au sérieux les craintes du gouvernement an- “ais, et qui croyait les Canadiens français tout prêts à s'insurger, vint à Québec ct se fit passer pour un général français avant mandat de Pambassadeur de France aux Etats-Unis. Ce malheureux fut livré traitreusement par son hôte, un sieur Black, et pendu, sur un jugement sommaire, comme coupable du crime de haute trahison. Le corps, détaché du gibet, fut livré au bourreau qui lui Uranchata tête, la prit par les cheveux et la montra au peuple, en disant : « Voici li tète du lraitre. » I'ouvril ensuite le cadavre, en irracha les entrailles, les brüla, et fit des incisions aux quatre membres, sans les séparer du tronc. Jamais pareil spectacle ne s'était encore vu au Canada. L'objet de ces hideuses burbaries était de frapper de terreur lPimagination populaire; mais elles dépassèrent le but el ne servirent qu'à mieux montrer l'instabilité et les craintes des autorités anglaises.

Les gouverneurs se succédaient assez rapidement dans la colonie sans qu'aucun d’eux réussit à combler le fossé qui séparait toujours Canadiens français et Banadiens anglais, fossé que ces derniers étaient dailleurs les premiers à creuser, en circonvenant tous les nouveaux fonctionnaires et en leur persuadant que les Canadiens d’origine française passaient leur vie à des complots contre la couronne et les institutions britan-

niques, Au général Prescott (1797-1799), succéda si Robert Shore-Milnes dont Padiministration ne fut nuire quée par aucun fait bien saillant et qui lui-même céda lu place, en 1805, au conseiller Dunn, en attendant Far rivée de son successeur, sir Jiunes Craig.

Celui-ci arriva au mois d'octobre 4807, L'Angleterre éluit alors au plus fort de sa lutte contre Napoléon, et, dans ce conflit colossal, Les svmpathies des Etats-Unis élaient visiblement pour la France contre FAngleterre. Unenouvelle guerre entre les Elats-Unisetleur ancienne métropole paraissait mème à la veille d'éclater, et le Gunada risquait d'être encore une fois le point de mire de la République voisine. Dans ces conjonetures, fi liche du nouveau gouverneur était des plus délicates el demandait bien des ménagoments, Craig ne se mil pas en peine pour si peu, el s'inspirant des procédés les plus tvranniques d'Haldimand, sembla prendre a biche de se faire redouter et hair des Canadiens francas. Les débats de fa Chambre législative fui avant déplu, il commença par proroger, puis s'enhardit à dissoudre cette assemblée, S'appuyant sur le principe de la liberté de la presse inserite au frontispice de Ki loi britannique, un journalde langue française, le Canadien s'était fondé à Québec en F806, eLavail pris pour devise: «Nos institutions, notre fangue el nos lois ». Ge journi défendait, avec beaucoup de réserve d'ailleurs et de ménagements pour les intérêts métropolitains, les idées de sa devise et le programme de la majorité de là Chambre. Le gouverneur Craig en prit ombrage ; 1H saisir les presses du Canadien et arrèter limprimeur, M. Lefrançois, sous inculpation de haute trahison. Trois joursaprès, plusieurs députés et citoyens notables,

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MM. Bédird, Papineau, Taschereuu, Blanchet, ete., élaient urrètés et jetés en prison. Ce coup d'Etat embaurrassa bientôt son auteur, L'attitude ferme et digne des prisonniers contraslait étrangement avec sa propre altitude à lui, lantasque et brutale. I finit par les relàcherles uns après les autres, sans leur faire subir de procès.

Craig essava de mater le clergé catholique, comme ilavait voulu fire de l'Assemblée législative, tout en remplaçant icises procédés de terreur par des moyens plus habiles et plus insinuants. Il eût voulu amener l'église canadiénne à signer avec la couronne d’Anglelerre une sorte de Concordat, le gouvernement prometant de reconnaitre les titres et les bénéfices de l'évêque et du clergé catholique, stceux-ci voulaient reconnaitre à la couronne le droit qu'avaient autrelois les rois de France de nommer aux cures et aux évèchés. L'attitude soumise et servile de l'évêque Plessis qui avait été Jusqu'à lire en chaire les proclamations du despotique vouverneur, avait fait croire à Craig qu'il ferait du prélat cequ'il voudrait. Mais sur le terrain des intérêts de Rome, l'homme d'église retrouva la rigidité dont il lasait si bon marché sur le terrain de la politique nationale. Il répondit à Craig par un non possumus inflexible, « Si ses prédécesseurs et lui-même, dit-il, s'étaient montrés zélés pour les intérèts del Angleterre, au point de s'être mis à dos une partie de leurs compa- Liotes, c'est que l'Angleterre les avait laissés, depuis la conquèle, diriger leur église en toute liberté. La collalon, la juridiction et l'institution canonique ou le pouvoir donné aux prètres de gouverner spirituellement leurs troupeaux, ne pouvaient venir que du pape seul.

L'introduction d'un nouvel ordre de choses sur ce point serait capable, ajoutait-il, de mettre toute Ki province en feu. » Craig dut abandonner ses visées.

Plus le gouverneur devenait impopulaire auprès des Canadiens français, plus il était sûr d'être acclamé par l'élément anglais de la colonie. Mais celui-ci n'était encore qu'une faible minorité, et le gouvernement britannique sentait le besoin de s'appuyer sur la majorité d'origine française pour le cas d’une rupture probable avec la République voisine. I rappela donc Craig et lui donna comme successeur le gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, sir (Georges Prévost, suisse d'origine, homme sage, affable et conciliant. Le nouveau gouverneur manœuvra de façon à se concilier tous ceux que son prédécesseur avait irrités. Le député Bédard, que Craig avait fait jeter en prison, fut nommé juge des Trois- Rivières; M. Bourdages, adversaire non moins ardent

de la précédente administration, devint colonel de la

milice. Le clergé catholique fut aussi l'objet d'avances nouvelles, auxquelles il répondit en assurant à nouveau la couronne anglaise de su fidélité. Les Canadiens francuis avaient été si peu habilués jusque-là à des égards de la part de leurs conquérants, que le résultat presque immédiat de ces avances du nouveau gouverneur, ful de rallier autour de lui la presque. un: ité des syimpathies. Aussi, quand 1: e éclatu de nouveau entre l'Angleterre et le ats-Unis (48 D), les habitants du Canada furent-ils, en quelques jours, tous debout pour défendre leurs fronticres contre l'invasion qu'on redoutait. Les Chambres accordèrentau gouver »menttout cequ'il demanda et mêèmeau-delà pour souteunir les frais de la guerre. Il se manifesta bien certaines

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hésitations parmi quelques jeunes députés, qu'avait plus particulièrement outrés la conduite de Craig. MM. Viger, L. 4. Papineau, Borgia et autres, tinrent une réunion secrète à Québec pour examiner si les Canadiens ne devraient pas rester neutres et laisser au parti oppresseur qui dominait le Canada, le soin de se défendre comme il le pourrait; mais M. Bédard et ses amis combattirent ces vues qui furent abandonnées.

Déjà, d'ailleurs, un souffle belliqueux avait passé sur tout le pays. Les villes et les campagnes retentissuient du bruit des armes; les milices s’exercaient sous la direction de leurs officiers; « la population française était ressaisie pur cette ardeur belliqueuse qui forme un des traits caractéristiques de la race!. »

Les troupes américaines devaient attaquer le Canada par divers endroits. Nous ne raconterons pas les nombreuses péripélies de cette guerre de deux ans, entremêlée de succès et de revers pour les deux armées. Il nous suffira de dire que les Franco-Canadiens ne démé- 'iérent pas, durant toute cette campagne, du renom de bravoure guerrière qu'ils tenaient de leurs ancêtres, et se montrérent les dignes frères d'armes de nos pères, les Français d'Europe qui, en ce même temps, preaient Moscou après des étapes marquées par les noms de tant de capitales. C'est notamment à la valeur de ses milices canadiennes que le lieutenant-colonel de Salaberry dut la belle victoire qu’il remporta sur le général unéricain Hampton, près des rives du Chäteauguay, le 26 octobre 1812. L'armée américaine, forte de 7,500 lhntassins, 400 cavaliers et deux batteries d'artillerie,

L'Garneau, T. I, p. 169.

340 HISTOIRE DU CANADA s'était mise cn mouvement pour opérer sa jonction avec un autre corps d'armée que commandait le général Wilkinson. Salaberry qui n'avait que 300 hommes sous la main, entreprit avec ce faible détachement de retarder sa marche. I remonta la rive gauche du Chäteausuay, et se retrancha dans une excellente position, à deux lieues environ au-dessous du confluent de là Rivière-des-Anglais. La gauche de sa petite armée était appuyée à la rivière; la droite et le front étaient couverts par des abattis d'arbres. Le 26 octobre, Hampton porta en avant une forte colonne d'infanterie, et la bataille s'engagea vers les deux heures de l'après-midi. Les Canadiens, protégés par les abattis, accueillirent les troupes américaines avec un feu trèsvif sur toute la ligne. Tfampton eut beau concentrer ses forces et attaquer tantôt une aile, tantôt l’autre, toutes les tentatives furent inutiles. Le détachement du commodore américain Purdy qui s'était porté sur la rive droite du fleuve pour prendre la position à dos, arriva au moment où Hampton qui crovait avoir affaire à des forces considérables, battaiten retraite. Cétait un nouveau combat à engager, mais Salaberrv, n'avant plus rien à craindre du côté de Hampton, s’y offrit bravement avec ses Canadiens. I prit les troupes de Purdt en flanc et les mit en pleine déroute. Dans Fespace de quatre heures, trois cents braves avaient remporté une brillante victoire sur une armée de 7,000 hommes !. L'affaire de Châteauguay, sans ètre bien sanglante, eut toutes les suites d’une grande victoire, en déterintnant la retraite d'une armée nombreuse, et en faisant

1 Garneau, — Laverdière,

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échouer le plan d'invasion le mieux combiné qu'eût encore formé la République américaine pour la conquête du Canada,

Lette guerre, qui dura trois ans sans être glorieuse ni pour les Anglais ni pour les Américains, se termina par un traité dont personne n'eut lieu non plus de se olorifier. La paix de Gand (1844) trancha le différend

1 Un monument commémoratif de cette victoire a été élevé, le 7 juin 1881, à Chambly (province de Québec). La statue de Salaberrv est Fœuvre d'un Canadien français, M. Hébert, et a été fondue dans les ateliers d'un autre Canadien francais, M. L.-J, Bérard, Un des meilleurs poètes du Canada contemporain, M. Fréchette, à compost pour la circonstance une belle pièce de vers qui raérite d'être reproduite ici:

Vous fütes glorieux, jours de milhuit cent douze, Quand nos pères, grands cœurs qui batiaient sous Hi blouse, Oubliant d'immortels affronts, Sous les drapeaux anglais, en cohortes altières, La carabine au poing, se ruaient aux frontières En éhantant avee les clairons !

Gars à la joue imberbe, hommes aux mains robustes, Toujours prèts à venger toutes les causes justes Comme à braver tous les pouvoirs ! Toujours prèts — ces vaillants — au premier eri d'alerte, A répondre, arme au bras et la poitrine ouverte A l'appel de tous les devoirs!

tegardez-les passer, ces héros d'un autre âge, Couserits dont le Sang-froid, la gaité, le courage, Font honte au soldat aguerri !

Où vont-ils? Au combat! D'où viennent-ilst De France : Comment s'appellent-ils? Ts S'appellent vaillinee Demandez à Salaiberrs.

Ce sont les Voltigeurs! Ils sont trois cents à peine: \ais, vainqueurs d'une lutte ardente, surhumaine, Is vont de leur sang prodivué Sous des trombes de feu, riant des projectiles, Un contre vingt, inscrire auprès des Thermopyles, Le nom rival de Châteauguay, Avenir, saluez, saluez tous ces braves, Leur héroïsme à su, repoussant les entraves Qu'on forgeuit pour nos conquérants, Rajeunir sur nos borus la légende de gloire, Qui dit que lorsque Dieu frappe fort dans l'histoire, C'est toujours par la main des Francs.

sur les bases du rétablissement du statu quo ante bel lum. Seule, la question de la détermination de Ja ligne frontière entre l'Etat du Maine et le Nouveau-Brunswick (partie de l’ancienne Acadie) fut réservée à une commission nommée par les deux gouvernements. Le différend qui s’éleva tout d’abord entre les commis saires des deux pays se prolongea pendant fort longtemps. En 1831, le roi de Iollande, choisi pour arbitre, rendit une décision que les États-Unis refusirent d'admettre, et ce n’est qu'en 1836 que la question fut définitivement résolue, conformément aux prétentions de la République américaine.

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