CHAPITRE TI
Du traité de Gand à l'insurrection de 1838 (1815-1839)
La paix rétablie rendit bientôt tout leur intérêt aux questions d'administration intérieure, toute leur ardeur aux luttes de race et de nationalité.
Sir Georges Prévost réunit les Chambres au mois de janvier 4815. La première mesure de la Chambre d'assemblée fut d'appeler à sa présidence un jeune homme de 26 ans, Papineau (fils de celui que nous avons déjà vu mêlé aux luttes parlementaires). Les députés avaient deviné en lui l’homme qui devait être, pendant quarante ans, le champion infatigable et le défenseur souvent éloquent de l'indépendance politique de ses compatriotes. Son élection seule était une preuve que les Canadiens français entendaient prendre une part active à l'administration de leurs affaires, conlrôler de près les actes de leurs gouvernants et combattre les abus dont ils souffraient.
L'un des plus criants d'entre ces abus était la façon dont les terres du domaine public étaient distribuées, et à cette question semblaient liés le développement
et l'existence même de notre race dans le Canada. Le souvernement anglais tenait du nôtre une immense quantité de terrains qui s'étaient encore accrus des biens des corporations religieuses à lPépoque de la suppression de l'ordre des Jésuites. IF s'agissait de savoir à quices terrains seraient concédés, Le nombre des Canadiens français s'étant considérablement aceru par la prodigieuse fécondité des mariages, ils avaient cherché dans les travaux agricoles le débouché que les Anglais fermaient à leur activité du côté du commerce et de l'industrie. Les Canadiens francais demandaient donc que ces terres leur fussent eraluitenent concédées. Le gouvernement métropolitain, toujours préoccupé de dénationaliser la Nouvelle-France, repoussa leur supplique et distribua ces terres à des favoris. De 1793 à 1814, plus de trois millions d'acres avaient été ainsi partagés entre deux cents privilégiés dont quelques-uns recusent des étendues de terrain vraiment exorbitantes, qui 12,000 acres! qui 24,000, qui bren davantage encore, comme ce gouverneur, Shore Milnes, qui s'attribua pour sa quote pau prés de 70,000 acres! Ces accapareurs, où laissaient leurs terres incultes, en attendant qu'elles eussent acquis une plus-value par le seul mouvement de Ir colonisation, ou v'attiraient des Anglais ou des Ecossais, sous prétexte d'empêcher les Canadiens de fraterniser avec les Américains, « Folle et imbécile politique!» , s'écriait un député, Andrew Stuart, en 1823. « On craint le contact de deux populations qui ne s'entendent pas, et on met comme une barrière contre Îles
1 L'acre valant environ 40 ares, deux acres et demi équivalent à un hectare.
nada. Le immense ecrus des que de la sait de sa Le nomrablement uiages, ils * débouché u coté du rançcius de- U graluitelitain, tou- Ile-France, ‘rres à des ms d'acres ents priviues de teracrest qui ce gouverquote par laissaient Bussent acle la colo-
Écossais, fraterniser itique !», N23. « On entendent ‘ontre les
équivalent à
Américains, des hommes de même sang, de même neue, de mème religion et de mêmes mœurs !»
Les Canadiens français multipliaient leurs réelamalions. [ls soutenaient, en se fondant sur l'équité, que la distribution des terres devait se faire entre les cantons ou « townships » en proportion du nombre des habilants de chacun d'eux, et non suivant le caprice des autorités. La querelle vint devant le Parlement de Londres où l’on se tira d'affaire par une distinetion judaïque. On reconnut qu’en droit, les Canadiess francas pouvaient demander les terres incultes, mais qu'en fait, le traité relatif à la cession de la Nouvelle-France avait abandonné la concession de tout le territoire publie au libre arbitre de la couronne d'Angleterre.
Cette sorte de cote mal taillée souleva dans le Bas- Canada des orages que quelques concessions purent bien conjurer un instant, mais qui se relormérent bientôt après. Au temps où nous sommes arrivés (1815) la question fut à nouveau soulevée à l’occasion des biens des jésuites. Pie VIF ayant rétabli l’ordre que son prédécesseur Clément XIV avait supprimé, les Canadiens catholiques demandérent à grands cris que les biens vonfisqués en 177% à cette riche et entreprenante soviété lui fussent restitués,
Ilest intéressant d'ajouter que les mesures prises î ve moment pour renforcer l'élément anglo-saxon au détriment des anciens habitants tournèrent contre le but de leurs auteurs. Les colons anglais et écossais étabis dans les districts canadiens se fondirent assez tapidement dans la population environnante et adoptèrent, avant la fin d’une génération, la langue, les mœurs et (par l’effet des mariages mixtes) la religion de leurs
3460 HISTOIRE DU CANAPA
voisins, si bien qu’il n’est pas rare aujourd’hui de rencontrer dans Îles districts du Bas-Canada des fermiers qui portent des noms anglo-écossais, des Donaldson où des Mae Gregor qui vont le dimanche à la grand'messe avee leur famille et qui parlent le pur français du XVI siècle, ignorant parfois jusqu'au premier mo de la langue de leurs ancêtres.
Cependant, les relations se tendaient de plus en plus entre l’Assemblée canadienne et les gouverneurs. Deux juges, suspects de malversations, Monk et Sewell, ayant été mis en accusation par la Chambre, le général Drummond, qui avait remplacé Prévost, netint aucun compile de ce vote et même le fit censurer par la couronne. La Chambre tint bon, et Drummond n'eut raison de «i résistance qu'en prononçant sa dissolution. Les électeurs réélurent d'ailleurs, presque sans modifications, la même Chambre (1810).
Le gouvernement anglais, pour apaiser les esprits, dut rappeler le général Drummond et le remplacer par un gouverneur (lord Sherbrooke), qui montra des dispositions plus habiles et plus conciliantes que son prédécesseur (1816).— Sherbrooke se lassa d’ailleurs assez vite des difficultés de sa tâche et demanda son rappel au bout de deux ans (1818). Le duc de Richmond, lordlieutenant d'Irlande et connu par son faste et ses prodigalités, fut appelé à lui succéder.
La Chambre canadienne — qui avait déjà engagé ln luite contre lord Sherbrooke à propos de la question des subsides qu’elle ne voulait voter qu’autant qu'elle en aurait la libre disposition — recommença la lutte, plus énergiquement encore, contre lord Richmond.
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LES CANADIENS FRANGAIS #7
C'est ainsi qu’elle refusa de voter la liste civile que le souverneur s'était avisé, proprio molu, d'augmenter d'un cinquième et qui comprenait plusieurs charges que Ja Chambre jugeait inutiles ou exorbitantes. TI fallut encore proroger, puis dissoudre la Chambre. tichmond mourut sur ces entrefaites de la morsure d'un renard (1819) et dans l’espace de quelques mois le gouvernement passa successivement aux mains de trois gouverneurs, Monk, Maitland, enfin lord Dalhousie qui fut nommé, en juin 1820, aux fonctions de « gouverneur général des colonies anglaises de l'Amérique du nord. »
À ce moment l'Angleterre, reconnaissant qu’elle aurait bien de la peine à vaincre l’obstination des Canadiens d'origine française, sembla vouloir entrer dans la voice des concessions. Pour donner satisfaction aux catholiques, le cabinet de Londres reconnut officiellement l’évéché romain de Québec, et nomma son titulaire (M. Plessis) membre du conseil législatif. A peine reconnu par Londres en qualité d’évêque, M. Plessis recevait de Rome le titre d'archevêque et pour lui constituer une province ecclésiastique, trois nouveaux évéchés étaient créés à Montréal, Rose et Régiopolis (Kingston). Par où l’on peut voir, une fois de plus, qu'il est plus facile de céder à l'ambition cléricale que de la rassassier. La diversion que le gouvernement anglais avait pensé faire avec cette mesure n’empêcha pas d'ailleurs le développement de l'esprit d'opposition dans le pays. Cette opposition tenait à des causes trop profondes pour qu'on püût l’apaiser avec des semblants de satisfactions.
Les griefs du peuple canadien étaient de diverse
Fe FA
nature, mais peuvent se résumer ainsi : L'Angleterre refusait au Canada la réalité de ce self-government et de ces libertés parlementaires dont elle se montrait, pour elle-même, si jalouse. Le gouvernement dela métropole disposait de la plus grande partie des revenus de la colonie, notamment des recettes des douanes dont l'assiette était établie par le gouvernement métropolitain, sans consultation préalable de la colonie. Des deux assemblées dont l'accord était nécessaire pour la validité des mesures législatives dont initiative était laissée à la colonie, l’une, le « Conseil législatif » était recrutée en dehors de toute participation du peuple, ses membres étant nommés à vie par la couronne et presque exclusivement pris parmi les Anglais, voire même parmi les fonctionnaires du gouvernement. Rien d'étonnant donc qu’une pareille assemblée adoptät aveuglément tout ce que lui demandait le pouvoir et arrêtàät au passage tous les projets de loi votés par la Chambre d’assemblée, quand ces projets n'avaient pas l'agrément du gouverneur et de loligarchie anglaise, qui croyait alors de son intérêt de maintenir les Canadiens français dans une étroite sujétion. La partialité du gouvernement en faveur de cette oligarchie se manifestait surtout dans la distribution des emplois publics. C’est ainsi que, sur une population comptant alors, pour tout le Canada, 600,000 habitants environ, dont 525,000 d’origine francaise, 47 officiers seulement et les moins rétribués appartenaient à la race française, tandis que 157 étaient d'origine britannique!. Ajoutons que les Canadiens français ressentaient très vivement l'espèce d’infério-
1 L.N. Carrier. — Les évènements de 1837-38, page 11.
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rilé el mème d'ostracisme où leurs voisins anglais prétendaient les maintenir, dénigrant leur origine, leur langue, leurs institutions et leur rappelant, plus que de raison, leur état de peuple conquis. Tous ces tisons de colère, qui depuis longtemps couvaient sous la cendre, s'enflammaient peu à peu à l'air de la liberté qui soufait de la République voisine et menaçaient d'allumer l'incendie aux quatre coins du Canada. Papineau se faisait à la Chambre et dans les comices populaires, l'habile, éloquent et tenace interprète des griefs et des revendications de ses concitoyens. À ses côtés el soulant partout la mème flamme patriotique, combattaient de vaillants chiunpions : Cuvillier, Bédid, Viger, Quesnel, Neilson, Vallière de Saint-Réal, Bourdage, ele. Leur programme, qui allait prendre corps dans les «quatre-vingt-douze résolutions », demandait en substance la refonte de F1 Constitution, sur la base de l'élection du Conseil législatif, le droit pour li Chambre d'assemblée de contrôler et de voter Les subsides, l'exclusion des fonctionnaires des deux Chambres, l'indépendance des juges, Là responsabilité des membres du gouvernement devant les Chambres. Jiunais cause plus juste ne mérita d'être défendue sur le terrain légal, avec une énergie plus opinttre el un dévouement plus absolu.
Mais bientot le terrain légal lui-même alluit manquer sous les pieds des défenseurs de l'indépendance canadienne. Les gouverneur: se succédaient au Canada, épousant tous les mêmes querelles et conservant les ubus de pouvoir et les pratiques arbitraires qu'ils eussent si énergiquement combattus at home. Ne pouvant oblenir Fabdication du parti @ réformiste », ni empécher lagilation de s'étendre, le cabinet anglais imagina,
peut-être à linstigation de lord Dalhousie, un projet qui devait, dans sa pensée, subordonner à tout jamais l'élément français à l'élément anglo-saxon dans ce pays qui avait été la « Nouvelle-France. » Il fit présenter à la Chambre des communes d'Angleterre un projet de loi qui abrogeait la Constitution de 4791, en particulier dans celui de ses articles qui séparait le Bas et le Haut- Canada et réunissait de nouveau les deux provinces sous un méme gouvernement, Ge projet de loi « devait donner au Haut-Canada une représentation relativement beaucoup plus nombreuse qu'au Bas-Canadir. » I maintenait l'institution d’un Conseil législatif élu par li Couronne et donnait aux membres de cette sorte de Chambre haute le droit de prendre part aux débats de l'Assemblée législative. Il proscrivait enfin lusaze légal de la langue française dans le Parlement et devant les tribunaux.
Les dispositions de ce bill étaient par trop iniques et criantes pour emporter lassentiment du Parlement anglais lui-même. Les Canadiens français’ envovèrent protestation sur protestation et pétition sur pétition !. Un courant d'opinion se produisit, à la Chambre des communes d'Angleterre, en faveur du peuple opprimé, et, à la suite d’une séance des plus orageuses, le bill fut repoussé en seconde lecture et dut être retiré par
le ministère. Lord Dalhousie essaya de se maintenir
quelque temps encore aux affaires, mais l'Assemblée canadienne, qu'il avait une première fois dissoute el qui lui avait été renvoyée par le pays, lui faisait une opposition ardente. Papineau fut encore une fois élu
UMM. Papineau et Neilson, délégués à Londres, y portérent des pétitions couvertes de plus de 60,000 signatures.
, un projet tout jémais ans CE PUS présenter à n projet de particulier et le Faut- X provinces oi « devuil on relatives-(Cranudi. »
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hambre des le opprimé, uses, le bill e retiré pur e maintenir l’Assemblée dissoute el j faisait une une fois élu
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LES CANADIENS FRANÇAIS Jo
président de P'Assemblée, Le gouverneur refusa de raitier cette nomination, L'Assemblée persista dans son vote et reconduisit Papineau au fauteuil, I fallut encore une fois dissoudre la Chambre (1827).
La situation se tendait à lextrème. En vain, pour amener une détente, le gouvernement remplaçust-il Lord Dalhousie (1828) pi un nouveau gouverneur, sir James Kempt — bientôt remplacé à son tour par lord Avlmer (1830), — Les Canadiens maintinrent leurs prétentions et relusérent de désarmer. Une échauffourée qui se produisit le 21 mai 1831 à Montréal, à l'oc- “sion d'une élection chaudement contestée et dans laquelle trois Canadiens francais furent tués par les lroupes anglaises, eut pour résultat d'enflammer encore les esprits. Le choléra, qui éclata sur ces entrelaites (1832) et fit en quelques mois des ravages terribles au Canada !, inena, pour un temps, une diversion aux préoccupations de li politique ; mais à peine le fléau avait-il disparu que l'agitation reprenait, enlretenue dans les campagnes comme dans les villes, pu: des meetings et des réunions populaires où les orateurs faisaient wrdemment le procès au gouvernement colonial.
Ces revendications trouvèrent leur expression dans un long manileste, connu sous le nom des « quatrevingt-douze résolutions », qui contenait l'énuméralion complète des griefs du peuple canadien contre le souvernement anglais. Le manifeste se terminait par une mise en accusation du gouverneur général devant ki chambre des lords. Les débats furent longs et ar-
lOn estime qu'à Québec seulement le fléau emporta plus de 9,000 personnes,
dents, et déterminérent mème une scission dans le parti réformiste,. MM. Neilson, Guvillier et Quesnel refusaient de suivre M. Papineau dans la voie des mesures extrêmes qu'il préconisait. Néanmoins les «2 résolutions » furent votées par a Chambre el bientôt après appuvyées d'un grand mouvement de pétitions qui S'organisa dans le pavs. On remarqua en particulier l'adhésion des & cantons de FESt» peuplés cependant, pour une forte part, par une population d'orit ine anglo-saxonne.
Les élections qui eurent lieu en octobre et novembre 183% augmentérent encore leffervescence, Neilson el quelques autres partisans des voies de modération échouèrent au scrutin, tandis que Parineau et ses anis furent tous réélus. La nouvelle Chambre Souvril le 21 février 1835 avec Papineau pour président. Le premier acte de l'Assemblée fut de renouveler les protestations de la législature précédente et en particulier la demande de la mise en accusation du gouverneur. Lord Avimer prorogeu la Chambre (18 mars 1899), mais dans l'intervalle de la prorogation, lui-même étut rappelé par le Gouvernement anglais et remplacé par lord Goslord: ce dernier, nommé avec le titre de « commissaire royal », devait être assisté de deux conmissaires adjoints, sir Charles Grey et sir Gipps, el tous les Lois avaient charge de faire une enquête sur les causes de l'agitation et d'en soumettre les résultats à li couronne. La Chiumbre fut convoquée pour le 27 octobre. Lord Gosford lut un message qui protestait d'inteu- Lions conciliuntes : la Chambre v répondit sur le meme ton, mais elle refusa formellement de reconnaitre les pouvoirs de Lx commission d'enquête.
ion dans le et Quesnel la voie des uimoins les hambre el avement de emarqui en St » peuplées * population
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mars 180), Li-mème élu emplacé par . le titre de le deux conpps, el torts juète sur Îles résultats à li vle 27 oclostuit d’inteusur Le meme connaitre les
LES CANADIENS FRANÇAIS Jo)
Cependant, au dehors, Pagilation des partis allait croissant. Pendant que Le € parti réformiste » se grossissait de tous les mécontents qu'avait faits Padministration anglaise, le parti anglais de son côté, dont l'immigration anglo-saxonne avait sensiblement ausmenté les rangs depuis 50 ans, formait des associations «constlitutionnelles » dont les principaux centres se trouvaient à Montréal et à Québec. Les «constilulionnels » de Montréal formérent même un corps de carabiniers volontaires composé de 800 hommes, avec le but avoué de comprimer le parti de la réforme; le uouverneur ordonna Et dissolution de cette troupe. Dans le Haut-Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, ot dominait l'élément anglo-saxon, lu presse et l'opinion appuvaient aussi toutes les mesures prises où à prendre contre les Ganadiens-ÆFrançais. FH fallait à tout prix, disuit-on, angliciser Le Bas-Cunadi, dûtle Canada pour cela cesser d'appartenhe à PAngleerre, On affectuit de traiter les Canadiens d'origine l'ançcaise comme une race inférieure à qui lon pouviuit suis scrupule refuser les droits qu'ont toutes les nalions civilisées de S'administrer elles-mêmes.
Le temps se passait sans amener aucune améliorulion dans la situation. Loin de là, les manifestations populaires devenaient de jour en Jour plus menu- “antes; on invoquait les souvenirs de lindépendance des Etats-Unis, on répandait des appels aux armes, on alla jusqu’à pendre le gouverneuren effigie.
Au mois de mars 1837, le Parlement anglais fut saisi du rapport des trois commissaires du Canada. Les cominmissaires S'éluient inspirés, dans leur travail, de toutes les préventions et de toutes les passions de l’oli-
tr
garchie anglaise, qui, depuis Ex conquète, dominait en maitresse au Canada. Les commissaires recommiduient d'employer les deniers publics sans Pautorisation de la Chambre; de mettre en accusation les députés opposants, comme coupables de violation du serment qu'ils avaient prêté. Ils suggéraient encore de rnodifier la Constitution, en faisant une nouvelle loi électorale, de maniére à augmenter lt représentation anglaise, en exiveunt de l'électeur français un cens double de celui de Pélecteur anglais. Is exprimaient aussi l'avis que le Conseil légi-}aiuf ne devait pas étre électif, etque les Ministres ne devaient pas ètre responsables devant les Chambres. La Chambre des communes et x Chambre des Lords adoptèrent ces conclusions à
une lorte majorité.
On imagine sans peine Pémoi et Firrilation que ce rapport et ce vote cuusèrent sur les deux rives du Saint- Laurent, Des meelings, où accouruient des foules nombreuses, se Uinrent à Suut-Ours, à Saint-Laurent, à Québec, à Sainte-Scholastique et dans la plupart des comtés du Bas-Canada?. On y dénonçait, en termes violents, la rupture du lien d’obéissance de la colonie à sa métropole; on faisait publiquement appel aux svmpathies et au concours du peuple américain pour secouer le joug de l'Angleterre; on s’engageait à ne plus
1 L. N. Ciurier. Les évènements de 1837-1838, p. 34.
2 I paraît qu'à l'Assemblée tenue à La Prairie, qui eut lieu vers le 15 septembre, assistaient M. de Pontoy, ambassadeur de France aux Etats-Unis, et M. de Saligny, attaché d'ambassade, venus K pin ordre du gouvernement français, pour se renseigner sur Les canses
et sur les chances du soulèvement,
ominait en
l'éCOMAHNAAN-
l'autorisun Les dépuion du sercore de !n0lle loi élecntation üttcens double aient aussi étre électif, esponsables umunes et nclusions à
ion que ce ‘es du Sunlfoules noni- -Laurent, à plupart des
en termes
la colonie t appel aux ricain pour ait à ne plus
eut lieu vers eur de France venus à pit sur es Causes
consommer les articles manufacturés ou autres importés d'Angleterre; on fondait une caisse nationale pour la libération du Canada, sous le nom de «€ tribut Papincau », à limitation du tribut O’Connell qui avait conlribué à la libération de l'Irlande. On organisuit des processions et on v promenait des bannières où lon pouvait lire des inscriptions comme les suivantes : « Fuyez tvrans, le peuple se réveille! » — « L'union du peuple, terreur des grands!» — « Plutôt une lutte stglante que loppression d'un pouvoir corrompu! » Un drapeau blane arboré en souvenir de l'ancienne l'rance, portait, dessiné dans ses plis, l'aigle américain entouré d'étoiles, avec la devise : Libre comme l'air ! et de l'autre côté un aigle canadien portant dans son bee une branche d'érable. Au-dessus une seule étoile avec cette inscription significative : € Notre avenir! » Sur un pavillon noir portant une tête de mort, avec des os en croix, on lisait les nomsdes derniers gouverneurs anglais : € Gruig, Dalhousie, Aylmer, Gosford ! »
La plus imposante el la plus célèbre de ces assemblées 5opalaires se tint à Saint-Charles, le 23 octobre IS37 ; six comtés, ceux de Richelieu, de Saint-Hvacintie, de Rouville, de Verchôres et de Acadie, v avaient envoyé leurs représentants. On y adopta une série de résolutions toutes marquées au coin de la passion et de ki violence, et on v rédigea une sorte d'appel au peuple, qui fut ensuite distribué à profusion dans les comtés français. — «ITest évident, écrivait lord Gosford at ministre des colonies (2 septembre 1837), que la hction de Papineau ne sera pas satisfaite, tant qu’elle
L L-N, Carrier, p. 49,
n'aura pas mis à exéculion ses projJels, qui sont fi sépuralion de ce pays d'avec PAngleterre, et Pétre blissement d'un gouvernement sous là forme républi- Cuine. »
Des paroles, les Canadiens français ne tardèrent pas à passer aux actes. Un mandement de Mgr Lartigue, évêque de Montréal, qui rappelait les principes de l'Eglise sur les rapports des sujets et des souverains, ne calma guère que ceux des Canadiens qui étaient déjà résolus à ne pas bouger. Les autres — si bons catholiques qu'ils pussent être — passèrent outre.
Le 7 novembre au malin, un groupe de jeunes gens du parti de la réforme, qui S'appelaient eux-mêmes es « fils de la liberté », se rencontrèrent dans fire Saint Jacques à Montréal, avec quelques «constitutionnel» où & lovalists ». IE v eut rixe, coups de pierres el mème coups de pistolets, quiheureusement ne tucren personne. Une sortie en armes des membres du «lovalists club » suffit pour refouler les manitestnts, el les soldats du régiment royal, appelés sous les armes, n'eurent qu'à parader dans les rues. Les loyalists luncérent des pierres contre la maison de M. Papineuu el mirent ses fenêtres en pièces. IS envahirent les bureaux d’une feuille &« patriote » le Vindicalor, bristrent les presses et jetèrent à la rue le matériel de linprimerie; Montréal fut soumis à une sorte d’élal de siège : pendant loute la nuit, des patrouilles «rnices parcoururent les quartiers de la ville.
À la suite de cette échauflourée, le gouvernement lança des mandats d'arrestation contre Les prineipinix meneurs du parti canadien, nolammentcontre MM. Papineuu, Neilson, O’Callaghun et Morin; muis ceux-t1
qui sont fi re, et létane républi-
ardèrent pas sr Lartique, rincipes de SOUVOTuINS, qui étaient — si bons it outre.
jeunes gens x-mènies les la rue Saintitutionnels»
pierres el ne tucrenl iembres du iunilestants, iWsles armes, oyalists lui- Papineau el rent les bualor, brise- Griel de Pin te délal de
iles armées
uvernemeont
Prinepatn te MM. Paluis CeUX-Ul
purent se dérober aux poursuites et trouvèrent asile chez des particuliers. Parmi les personnes arrêtées se lrouvaent deux respeclables citoyens de KSaint-Jeand'ibeiville, M. Desmarais et le docteur Davignon. Un détachement de cavalerie tout entier avait été envoyé pour opérer et protéger cette capture. Mais voici que, comme Îles cavaliers ramenaient leurs prisonniers à Montréal, ils furent assuillis, en passant près de Loneueil, par un partinombreux d'habitants de la paroisse qui s'était organisé pour délivrer les prisonniers. Les cavaliers sommés de les rendre eCentendant siffler les balles à leurs oreilles, jugérent à propos de prendre fa fuite à travers champs et abandonmérent à voiture qui contenait les prisonniers.
L'excilation des esprits était générale ; mais elle était partieulièrement vive dans les comtés situés au sud de Montréal, sur les bords de la rivière Richelieu. La plupart des habitants de Saint-Charles, de Saint-Denis et des villages environnants avaient pris les armes et le mouvement insurrectionnel S'étendait de proche en proche dans toute la contrée.
Le commandant général des forces anglaises au Canada, sir John Colborne, chargé de soumettre « les rebelles », partagea ses troupes en deux colonnes : l'une commandée par le Feutenant-colonel Witherall, l'autre placée sous les Gicres du Tientenant-colonel Gore : cette dernière comprenait quatre bataillons d’inlanterie, une compagnie d'artillerie avec une pièee de campagne et un piquet de cavalerie. Parties de Montréal le 22 novembre, les troupes que commandait le lieutenant-colonel Gore arrivèérentle lendemain ma- Un, vers neuf heures, à Saint-Denis, après une marche
de nuit faite par une pluie battante et des chemins affreux.
Les insurgés les attendaient; ils avaient été prévenus de leur arrivée par un courrier envoyé par le curé de Sorel. Aussitôt qu'on vit apparaitre les soldats, on sonna le tocsin et sept ou huit cents « patriotes » se trouvérent réunis; ils étaient mal armés, n'ayant guère qu’une centaine de fusils, et pour le surplus, n'étant munis que de sabres ou de faulx. Papineau se trouvait là, caché dans la maison du docteur Nelson. On lui conseilla de ne pas exposer sa vie : «Ge n’est pas en combattant, lui dit-on, que vous serez le plus utile: nous aurons besoin de vous plus td. » Papineau se laissa convaincre et chercha son salut dans une fuite qui lui fut, plus tard, durement reprochée,
Les insurgés commencèrent le feu par une décharge de mousqueterie sur l’avant-garde des troupes qui se trouvaient dans un vallon; celle-ci essuya le feu sans perte; puis toutes les troupes donnèrent de l'avant et s’emparèrent d’une grange et de quelques maisons attenantes. Elles ouvrirent un feu de mousqueterie el d'artillerie sur les insurgés qui S’étaient retranchés, pour la plupart, dans une grande et solide maison appartenant à une dame Saint-Germain; un boulet lancé contre cette maison fit une lrouée dans le mur et tua du coup trois des plus braves combattants. Néanmoins, voyant que sa canonnade et sa mousqueterie produisaient peu d’eflet, le colonel Gore ordonna au capitaine Markham d'aller s'emparer d’une distillerie appartenant à MM. Nelson et Marchesseau, où une vingtaine d’insurgés s'étaient abrités et d’où ils faisaient beaucoup de mal à ses troupes; mais ce fut en vain qu’on
& chemins
é prévenus le curé de S, On sonna
» se trouant guére us, n'étant se trouvait On lui conest pas en plus utile ; apineau se s une fuite
e décharge pes qui se e feu sans l'avant et $ maisons queterie el etranchés, maison apulet lancé aur et iua éanmoins, ie produi- 1 capitaine appartevingtaine nt beauün qu'on
essayva de les déloger, un feu bien nourri décima la compagnie et blessa mortellement le capitaine Markham ; l'assaut dut être abandonné.
Sur ces entrefaites, des gens de Saint-Roch, de Contrecæœur et de Saint-Ours arrivèrent un peu après midi pour se joindre aux insurgés. Encouragés par ce renfort, ceux-ci prirent l'offensive et attaquérent les soldats qui se trouvaient dans la grange et en arrière avec lant de furia, qu'ils parvinrent à les déloger, en leur fuüsant subir des pertes considérables; les autres détachements furent aussi vivement houspillés et, après un combat de six heures, le colonel Gore fut forcé de battre en retraite, abandonnant la victoire aux insurgés, qui restérent maîtres de sa pièce de canon, firent quelques prisonniers et poursuivirent lennemi jusqu'à l'entrée de Saint-Ours. D'après un témoin oculaire, le nombre des soldats tués, tant pendant l'action que pendant la poursuite, aurait été de trente. Les patrioles avaient perdu, de leur côté, sept morts, parmi lesquels un membre du Parlezaent, M. Ovide Perreault".
Vainqueurs dans le combat de Samt-Denis, les insurués furent moins heureux du côté de Saint-Charles. Le colonel Witherall qui devait opérer de ce côté avait sous ses ordres sept compagnies d'infanterie et deux pièces d'artillerie, outre un piquet de cavalerie. Le 25 novembre, cette colonne arriva, après avoir recu sur sa route quelques coups de fusil, devant les retranchements des insurgés au camp de Saint-Charles. Der- 'ière ces retranchements, formés de troncs d'arbres recouverts de terre et appuyés à une grande maison
{ L.N. Carrier, p. 77.
seigneuriale, laquelle avait été convertie en forteresse et percée de meurtrières, se trouvaientréunis de quitre à cinq cents hommes, luplapart sans armes, comme ceux de Saint-Denis: ils obéissaient aux ordres d'un nommé Brown; mais celui-ei s'étant dérobé par la fuite dès le commencement de l'attaque, M. Marchessean prit à sa place le commandement. Deux canons, que les insurgés avaient avec eux, ne leur furent d'aucun secours. Le colonel Witherall, disposant de forces très supérieures em nombre, tourna les retrinchements, prit possession de la colline sur laquelle il placa son artillerie et enveloppa les deux côtés de la fortifieation de manière à ne laisser aux © rebelles » d'autre issue que par la rivière ; alors il donna l’ordre d'attaquer les retranchements, et une décharge générale de mousqueterie précéda l'assaut. Les insurgés répondirent par une fusillade bien nourrie qui jeta, pendant un moment, la confusion parmi les assaillants : mais ceux-ci se reformèrent bientôt et soutenus par les coups répétés de l'artillerie, dont les boulets eurent bientôt renversé les minces retranchements dont se couvraient leurs adversaires, ils reprirent vigoureusement loflensive. Les insurgés echôrent pied et, comme ils s'enfuyaient dans la direction de la rivière, le colonel Witherall ordonna de charger à la bavonnette. Ge fut le
signal d’un massacre effroyable : cent vingt-cinq hom-
mes environ parmi € les patriotes » tombérent sur le champ de bataille : il + eut une quarantaine de blessés et autant de prisonniers, Witherall fit brûler le camp el tout ee qu'il contenait!
1 L.N, Carrier, p, 81.
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Les troupes anglaises retournérent à Montréal après cette affaire; elles furent, un instant, arrètées à la Pointe-Olivier par un parti de patriotes qui essavaient de leur couper là route mais elles eurent facilement raison de cette résistance et purent venir à Montréal recueillir les lauriers de leur facile triomphe.
Si la victoire de Kaint-Denis avait exalté, pour un moment, au plus haut degré l'enthousiasme des «fils dela liberté», le fatal dénouement du combat de Saint- Charles vint les rappeler bien vite à Ta triste réalité, en leur montrant la disproportion entre les forces de Finsurrection et celles du gouvernement: Faune, comptant seulement quelques volontaires mal aguerris, presque entiérement dépourvus d'armes etde munitions, Fautre S'appuyant sur des soldats depuis longtemps exercés à ka dscipline et abondamment pourvus de tout ce qui manquait si complétement aux insurgés, Aussine pouvail-il v avoir de doute sur le résultat de cette campasne, Le colonel Gore, qui avait éprouvé Péchee de Sunt-Denis, recut de nouveaux et considérables renlors: deux pièces de canon, éinq compagnies dinfanlerie el un escadron de cavalerie, Avec ce corps d'armée le colonel Gore reprit l'offensive contre les insurgés de Saint-Denis: mais ceux-ci, sentant l'impossibilité de soutenir une lutte si inégale, quittérent ce bourg et se dispersèrent de divers côtés. Les soldats en arrivant louvérent done le village désert tous, hommes, lemmnes et enfants avaient abandonné leurs demeures elsétaient réfugiés soit dans les bois, soit dans les paroisses situées de lautre côté de la rivière, Suivant les instructions qu'ils avaient reçues, les soldats mirent le
tllige au pillage. Hs saceagérent et incendiérentune
cinquantaine de maisons, outre celles du docteur Nelson, des capitaines Jalabert et Chamart, et de quelques autres notables insurgés.
Quelques jours après les combats de Saint-Denis et de Saint-Charles, le 5 décembre (1837) la loi martiale fut proclamée dans toute l'étendue du district de Montréal. En même temps le gouverneur général, lord Gosford, promettait mille louis de récompense à qui livrerait M. Papineau; la capture de plusieurs autres hommes marquants appartenant au parti patriote était également mise à prix. Déjà quarante-cinq détenus politiques se trouvaient dans la prison de Montréal, et onze dans celle de Québec.
Ces mesures rigoureuses, jointes aux appels que le clergé ne cessait de faire entendre dans le sens de là soumission aux autorités, jointes surtout au sentiment généralement répandu que le mouvement, en dehors du secours des Etats-Unis, (lesquels ne manifestaient alors aucune velléité d'intervenir dans les affaires de leurs voisins), n'avait aucune chance de succès: ces mesures, disons-nous, eurent pour effet de réduire de beaucoup le nombre des insurgés. Les gens d'humeur pacifique envoyèrent des protestations de fidélité à la couronne britannique, tout en déclarant qu'ils maintenaient leurs droits et réclamaient le redressement de leurs justes griefs; ils demandaient aussi la convocition des Chambres, que lord Gosford n’accorda pas. Le gros du peuple canadien s’en est tenu dès lors à ces démonstrations platoniques. Il ne resta plus dans les rangs des « rebelles », qu’un millier à peine d’exaltés et dans ce nombre même, quelques hommes qui ne cherchaient dans l'insurrection que des occasions de
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désordre ou de rapine. Le gros de ces insurgés était alors à Saint-Eustache, au nord de Montréal; ils s'étaient retranchés dans l'église et dans le presbytère, ets'élaient procuré des armes en enlevant aux Indiens des Deux-Montagnes leurs fusils et deux canons. Sir John Colborne décida de marcher de sa personne pour réduire ce dernier asile de l'insurrection : il n’emmenait pas moins de 8,000 hommes au dire d’un historien !, IT trainait aussi huit pièces de campagne à sa suite. A l'annonce de l’arrivée de ces forces imposantes, le camp de Saint-Eustache se réduisit encore par la défection et la fuite de plusieurs des insurgés, en sorte qu'ilne resta guère, autour du chef, le docteur Chénier, que 290 combattants déterminés. Sommés de se rendre, avec la promesse d’avoir la vie sauve, s'ils consentaient à livrer leurs chefs, ces hommes répondirent en commençant la fusillade. Le feu de lartillerie issiégeante s’ouvrit alors contre l’église où les insurgés ‘étaient barricadés. Les assiégés répondaient par des décharges de mousqueterie. Mais bientôt le feu prit à l'édifice, qui, déjà ébranlé par le canon, menaçait de “écrouler sur ceux qui l’occupaient. Plusieurs des issiégés tentèrent une sortie désespérée, mais ils furent tués — et parmi eux leur chef, le docteur Chénier, — dans le cimetière qui avoisine léglise. Ceux qui demeuraient partagèrent leur sort, les clochers de l’église
Seffondrèrent et bon nombre de ces malheureux furent
ensevelis sous les décombres. À peu près 410 morts
et 105 prisonniers, tel fut le bilan de cette journée
lu côté des insurgés, tandis que les troupes n’eu-
{L.-N. Carrier. — Garnean parle seulement de 2,000 hommes.
IISTOIRE DIU CANADA
rent que sept hommes tués et une dizaine de blessé
C'est ainsi que € lordre » fut rétabli à Saint-Æusta. che, Le lendemain, les € vainqueurs » parcoururenl la contrée environnante, A Saint-Benoit où les insurgés avaient, quelques jours auparavant, recruté quelques hommes, les habitants envoyérent au devant du général Colborne des parlementaires chargés de protester de leurs sentiments pacifiques. Mais le général Colborne ne voulut rien entendre et donna l'ordre à ses troupes de marcher sur le village qu'on trouva désert. Maloré 1 soumission des habitants, toutes les maisons furenl mises au pillage par la soldatesque, et le feu fut allumé sur plusieurs points : en quelques heures tout Le vil lage n'était plus qu'un décombre fumant.
Celle fois, on pouvait croire que « l'ordre » était tout à fait «restauré » et que là € société sauvée » en aval fini avec les « rebelles ». Les évêques romains de Montréal et de Québec invitèrent les fidèles à un service d'actions de grâces !
Ce ne ful pas encore la fin cependant, et les troubles recommencérent encore au mois de mars de Punnée suivante (1838). Dans l'intervalle, un nouveau gouverneur, lord Durhiun, était venu prendre la place de lord
Gosford, qui avait demandé et obtenu son rappel. Le nouveau gouverneur arrivait avee de pleins pouvoirs, car le Parlement anglais venait d'adopter, à une füble majorité il est vrai, une loi qui suspendait Fa constitu-
tion de 1791 et avec elle les dernières garanties que les Canadiens français tenaient d’un régime représen- Latif, si bâtard qu'il fût. Lord Durham fit son entree dans Québec, le 21 mai, avec un faste vraiment royul, au bruit des salves d'artillerie, au milieu d'une double
11e de blesse:
à Saint-fustiparcoururenl les insurecs raté quelques ant du général * protester de ral Colborne à ses troupes lésert. Maloré naisons furenl leu fut allumé es tout le vil
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de gens de su suite el dont
DelsONNeS, COMPOSÉ
quelques-uns avaient été condamnées autrefois, pour
des faits peu moraux : des sept membres qui compo-
saient ce conseil, un seul était originaire du Canada.
Les prisons étaient encombrées partout de détenus politiques, des mandats dl'arrèt avaient été lancés contre une quantité de fugitifs et ce n'était pas Fun des moindres embarras de la situation de savoir que fure de cette foule de prisonniers et de contumaces, Lord Durhiun imagina de prockuner une tnnistie, mesure qui fut accueillie avec allégresse dans tout Le Canada, mais 1 excepla de cette amnistie huit des prisonniers 4 les plus compromis, dont 1 ordonna, de son chef, a déportation aux Bermudes; en mème temps qu'il prononcait Ki peine du bannissement contre quatorze conlumaices, qui avaient cherché un refuge aux Etuts- Unis el parmi lesquels se trouvait Papineiur.
Celle facon cavalière de se substituer aux juges, el en mème temps duser du droit régalien de grâce où umnistie fut fort mal prise en Angleterre elle Partement de Londres infligea un désaveu au gouverneur du Canada. Lord Durham donna aussitôt sa démission et repart pour l'Angleterre (le 13 novembre TS58) laissant le gouvernement aux John
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Colborne.
La nouvelle prise d'armes de l'insurrection coincida avec ce départ. Déjà au commencement de murs une troupe de quelques centaines d’insurgés, partis de PEtat
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de Vermont (Etats-Unis) avaient fait une tentative sur le territoire canadien. Ces insurgés avaient pour chef Robert Nelson, frère du Nelson qui commandait à Saint-Denis. Robert Nelson, qui s’intitulait Tui-même « Président du gouvernement provisoire de la République canadienne », avait lancé une sorte de déclaration d'indépendance, aux termes de laquelle « le Bas Canada était relevé de son allégeance envers l'Angleterre, la République était proclamée, l'Eglise séparée de l'État, la tenure seigneuriale abolie, ete. » La tentalive du mois de mars échoua, mais pour être reprise, sur une plus large échelle, au mois de novembre. A ce moment d'ailleurs, le Haut-Canada, peuplé presque exclusivement comme on sait de colons d’origine anglaise, n'était pas moins agité que le Bas-Canada, où dominait l'élément français. M. Mackenzie s'était mis à la tête d’un parti de mécontents et d'insurgés qui, renforcé par un certain nombre d’Américains, inquiétail constamment les postes anglais sur la frontière. Les mouvements insurrectionnels se produisirent donc dans les deux Canadas en mème temps.
Dans ie Haut-Canada les insurgés, débarqués près de Prescott, furent bientôt cernés par des forces considérables et obligés de se rendre. Quelques autres partis inquiétèrent la frontière tout l'hiver, attaquèrent Windsor, Détroit et quelques autres points !; mais toujours talonnés par les colonels Mac Nabb et Prince, ils finirent par s’'évanouir sans avoir obtenu de résultat sérieux.
Dans le Bas-Canada, l'action commença le 3 no-
t Laverdière. — Hist. du Canada, p. 221.
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vembre, sur le canal Beauharnuis, par la prise d’un navire marchand, le Henry Brougham, et par le pillaye de quelques maisons appartenant à des Angluis. Après avoir coupé le chemin de Laprairie à Saint-Jean et arrêté le courrier qui faisait le service de Québec au Bout-de-l’Isle, cette bande se porta vers les villages de Saint-Denis, Saint-Charles et Saint-Ours où elle pensait trouver des armes et des munitions ; mais ne trouvant rien de ce qu’ils cherchaient, les insurgés se dispersèrent. Un autre parti de rebelles s'était formé, vers le mème temps, à Châteauguay et, comme eux aussi manquaient d'armes, ils essayérent de s'emparer par surprise de celles des Indiens Caughnawaga, et choisirent, pour exécuter leur projet, le moment où ces sauvages élaient rassemblés à la messe. Mais une femme de la tribu, demeurée aux champs, les avait aperçus et elle donna l'éveil assez à temps pour que les sauvages, courant à leurs armes, se missent en mesure de repousser cette agression. IIS pousserent leur cri de guerre, chargèrent les agresseurs, les mirent en fuite, et firent 6% prisonniers, qu'ils emmenérent triomphalement à Montréal.
Les débris de ces deux bandes vinrent se réunir autour de Robert Nelson, qui avait établi son quartier général à Napierville, tout près de la frontière américaine, Son armée de volontaires comptait alors audessus de 2,000 hommes, mais il y avait dans ce nombre beaucoup de non-valeurs, et d’ailleurs au même moment sir John Colborne réunissait sous ses ordres
‘une armée de six mille hommes de troupes régulières,
sans parler de 500 volontaires et de 400 sauvages. Nelson, sentant qu’il ne pourrait se maintenir à Na-
pierville où d’ailleurs la retraite menaçuit d'être coupée, se dirigea vers Odelllown et il entra dans celle place, le 9 novembre, à la tête de 800 hommes armés: mais le licutenant-colonel Taylor le rejoignit et à la tête des lr'oupes qu'il avait sous la main, lui livra un combat meurtrier : les insurgés furent défaits et Nelson gagna la frontière avec ceux qui purent le suivre. Les troupes anglaises firent plusieurs prisonniers, entre autres un jeune francais, nommé Andelain, arrivé récemment dans le pays et qui s'était engagé dans les rangs des insurgés.
Quelques autres rassemblements d'insurgés, à Beauharnais, à Terrebonne, à Montarville, près de la rivière Chambly furent également dispersés. L’insurrection était finie, et si les insurgés, au début de cette seconde campagne surtout, avaient en plusieurs occasions conpromis leur cause par des violences contre les personnes et les propriétés, ces violences purent paraitre légères à côté des brutalités de la répression. Au dire de Garneau, sir John Colborne promena partout li Lorche incendiaire et ne laissa que ruines et que cendres sur son passage.
De retour à Montréal où le parti « loyalist » lui fi un accueil enthousiaste, Colborne établit des cours martiales pour juger les prisonniers qu'il ramenait avec lui et toutes les personnes suspectes qui avaient été déjà arrêtées précédemment. Sommaire fut la procédure devant ces conseils de guerre. Quatre-vingtneuf accusés furent condamnés à wiort, quarante-sept à la déportation, les biens des condamnés furent confisqués. Au milieu de ces exécutions sommaires, le Herald de Montréal trouvait moyen de plaisanter :
, d'être couù dans celle Aines AIMÉ :
ignit et à la , lui livra un its et Nelson e suivre. Les nniers, entre in, arrivé r'é-
agé dans Îles
ugés, à Beaude la rivière L'insurrection cette seconde CCASIONS CONIntre les perurent paraitre sion. Au dire nu partout li ss et que cen-
yalist » lui fil blit des cours qu'il ramenail es qui avaient ire fut la pro- Quatre-vingtuarante-sept à furent confisnmmuires, le
pluisanter :
« Nous avons vu, écrivait ce journal, x nouvelle polence faite par M. Brondson, et nous croyons qu'elle va ère aujourd'hui élevée en face de la nouvelle prison, de sorte que les rebelles qui y sont enfermés, pourront jouir d'une perspective qui ne saurait manquer de leur procurer un sommeil profond et des songes agréables. Six ou sept pourront s’y tenir à l'aise, mais dans un cas pressé, on pourra y en loger un plus grand nombre. »
Il convient d'ajouter que la plupart des condamnés à mort virent leur sentence commuée; mais douze d'entr'eux gravirent cependant les escaliers de l’échafaud. Voici les noms de ces malheureux : Joseph Cardinal, Duguet, Decoigne, Robert, les deux frères Sanguinet, Hamelin, Andelain, Norbonne, Nicolas, Donais et Chevalier de Lorimier. Plusieurs de ces condamnés étaient honorablement connus et appartenaient à la bonne bourgeoisie. Cardinal était notaire, et Duguet lui était attaché comme clerc. Andelain était le jeune Français dont nous avons fait connaissance et qui s'était engagé comme volontaire pour servir la cause de lindépendance canadienne. Chevalier de Lorimier à écrit, avant de marcher au supplice, quelques pages touchantes, qui portent la marque d’un noble esprit et d’un grand cœur.
Et maintenant, s’il nous fallait juger cette insurrection, nous dirions qu'elle fut sans doute imprudemment soulevée et inconsidérément conduite; mais, si les insurgés eurent de graves torts, le gouvernement, lui, sembla prendre à tâche de justifier, par la violence et la barbarie de ses moyens de répression, cette ac-
cusation de tyrannie qui seule pouvait excuser, et, dans une certaine mesure, rendre légitime la révolte de ses sujets. Au point de vue des résultats, cette insurrection, condamnée d'avance à l'échec, sembla compromettre, pour un temps, la cause de là liberté et du « self-government » qu’elle voulait servir. Et cependant, si les Canadiens français obtinrent plus lard les garanties parlementaires qu'ils avaient vainement revendiquées depuis la conquête anglaise, S'ils parvinrent à asseoir leur gouvernement sur là base d’une représentation exacte de leur nombre et de leurs intérêts, s'ils sont aujourd'hui, vis-à-vis de l'Angleterre, sur un pied d'égalité complète avec leurs co-sujets de race anglo-saxonne, et si enfin le lien mème de Ja colonie avec la métropole s’est aujourd'hui relàché au point que le Canada est à proprement purler une « puissance » indépendante, et que les Canadiens français peuvent, sans cesser d'être « loyvaux », acclamer la France dans leurs assemblées et même arborer son drapeau dans leurs jours de fête, — qui dira que la cause n’en remonte pas à cette insurrection de 1837-1838, et que l'honneur n’en revient pas à ces exultés, à ces fous, qui, sans trop calculer les conséquences de leur révolte, sentirent bouillonner leur sans quand la coupe d’oppression et d’opprobre fut pleine jusqu’au bord, s’armèrent des premières armes qu'ils rencontrèrent et versèrent leur sang généreux, sur les champs de bataille ou sur l’échafaud, pour cette cause sacréé de l'indépendance de leur terre natale”?
xeuser, et, me la rerésultals, à l'échec, cause de li iluit servir.
inrent plus vaient vaigluise, S'ils sur Ja base abre et de is-à- Vis de uvecu leurs afin le lien aujourd'hui rement pure Les Cauu- « Jovaux », “ et mène
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