CHAPITRE VI Tableau du Canada contemporain
Iwest pas hors de notre propos, avant de clore ce volume, de consacrer un chapitre au tableau du Canada contemporain. Pour ètre cotuplel, même dansles limites lorcément restreintes de ce livre, ce lableau devrait ernbrasser [y géographie physique et la géographie politique, la description du sol et la description des honimes, avec leur caractère, leurs iœurs, leur littérature, l'état ictuel de leur langue, l'étude de leurs aspirations et de leurs espérances. Nous avions préparé el mème exécuté ce travail Sur un plan assez étendu; mais nous avons compris qu'il fallait nous borner, sous peine de rompre les proportions d’un ouvrage qui doit, d'après son litre, être plus historique que descriptif. Nous réserant donc de publier à part, S'il v a lieu, ces études, dont quelques-unes ont déjà paru dans Ja Bibliothèque universelle et Revue suisse! ; nous nous Contentons d'en donner ici un court résumé,
1 Voir, dans la livraison d'août 1883 de cette Revue, l'étude intilulée : La langue et Lu litlérature françaises «u Canada (nous 1
CU
Au point de vue géographique, le Canada peut être considéré comme une seule et immense vallée formée par le majestueux Saint-Laurent et par les nombreux el eux-mêmes considérables affluents qui s'y déversent.
Cette vallée du Saint-Laurent, se rattachant, à Pouest, à l'immense bassin des grands lacs, forme la plus vaste plaine, non-seulement de l'Amérique, mais du glohe. M. de Humboldt en estime la superficie à 270,000 lieues carrées, étendue presque égale à celle de toute l'Eul'ope.
La dépression du sol qui forme la vallée proprement dite du Saint-Laurent et qui contient les terres dalluvion les plus riches, est accentuée au nord par Îles hauteurs qui forment la chaine des Laurentides, dont le sommet le plus élevé, le mont Bior, ne dépasse pas 700 mètres. Au delà de cette chaine s'étend tout un immense plateau, relativement aride, semé de lacs innombrables d'étendue variable, qui déversent leurs eaux, par les fissures des Laurentides, dans le Saint- Laurent ou dans ses affluents septentrionaux. Ce pliteau n'est lui-même séparé de la baie d'Hudson et de l'Océan arctique que par detrèsmédiocres soulèvements du sol qui rendent souvent indécise la ligne de partage des eaux.
À sa sortie du lac Ontario, le Saint-Laurent mesure déjà douze kilomètres de largeur. L'énorme fleuve se grossit encore de l'apport de plusieurs tributaires avant de déboucher dans l'Océan par cet estuaire de trente lieues de large qui ressemble à la mâchoire d'un rereproduisons plus loin en appendice), et dans la livraison de f6-
vrier 1884, l'étude intitulée : La religion, l'instruction publique et les mœurs au Canada français.
la peut être illée formée 1ombreux el déversent.
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quin géant s'ouvrant pour engloutir Terre-Neuve et les iles avoisinantes. Les principaux affluents de ce géant des fleuves sont: du côté nord (rive gauche), Outaouais, large rivière qui, sortie du lac Témiscamingue, reçoit elle-mème le tribut de plusieurs rivières, presque toutes connues sous des noms français : la Bonne-Chère, la Rivicre-du-Lièvre, le Rideau, le Gâtineau, la Rivière- Rouge, la Nation, etc. Au-dessous de Montréal, le Saint-Laurent reçoit encore, sur sa rive gauche : l'Assomption, le Saint-Maurice, dont le cours a plus de rois cents milles et qui reçoit les eaux de lacs nombreux ; le Batiscan, la Rivière-Sainte-Anne, le Jacques- Cartier, le Montmorency et enfin le Saguenay qui, depuis sa sortie du lac Saint-jean Jusqu'à sa jonction avec le Saint-Laurent, roule dans un lit tourmenté, évidemment creusé par quelque cataclysme de la voute terrestre, une nappe d'eau d'un à deux kilomètres de largeur, entre d'énormes falaises à pic; deux de ces lalaises colossales, le & cap Trinité » et le « cap Eternité » mesurent l’une 1,700, l’autre 1,800 pieds de hauteur !.
Du côté sud (rive droite), les affluents du Saint-Laurent sur terre canadienne sont: le Chäteauguav, le Richelieu qui sort du lac Champlain et qui ax ceci de particulier qu'il est plus large à sa naissance qu’à son débouché; le Saint-François, le Nicolet, le Bécancour et la Chaudière; nous passons sur quelques cours d'eau de moindre importance.
S'il n'oflre nulle part la majesté écrasante des paysages de la Suisse ou la riante hiumonie de tant de
{ Voir Arthur Buies : Le Saguenay et la vallée du lac Saint- Jean, Montréal,
sites de la France, le Canada ne laisse pas d'offrir à l'ail du voyageur quantité de perspectives pittoresques. Ge qui en fait surtout le caractère, c’est leur étendue. Sur le continent américain, il semble que tout soit plus large, plus vaste que dans notre vieille £urope. Plaines sans limites, forêts ausst vieilles que la terre, et naguère encore vierges de la cognée du bücheron; fleuves ou lacs dont l'œil a peine à distinguer les deux rives, iles verdoyantes, rapides et «sauts » torrentueux, chutes et cataractes imposantes comme celles de la grande et de la petite Chaudières sur lOutaouais, comme celles de la rivière Chaudière et du Montmorency, tout cela donne à la province de Québec une physionomie à part, dont la grandeur ne diminue pas le charme. L'aspect du Saint-Laurent, en particulier, surtout depuis’ Québec où il S'élargit et se transforme en une vérituble mer, n’a rien qui puisse lui être comparé dans l’ancien et dans le nouveau Monde.
Quoique le Canada soit sensiblement sous la mème latitude que la France (Montréal est sous le mème
degré que Li Rochelle et Québec sous le même degré que Nantes) son elimat, comme d'ailleurs celur des Etats-Unis, est bien moins égal et moins tempéré que
celui de notre pays. On v passe, suivant les saisons, pur les extrêmes du froid et du chaud. Le Gulf Stream n'y fait pas sentir pendant l'hiver comme sur les cotes occidentales de notre Europe, la bienfaisante chaleur de ses eaux, et le Canada n'a pas davantage ces brises et ces nuées humides de l'Atlantique qui rafraichissent et attiédissent notre atmosphère au temps des ardeurs du soleil. « Les vents glacés balaient du nord au sud la grande plaine dont nous avons parlé et pas une chaine
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de montagnes n'est là pour briser leur violence; ils arrivent sans obstacle du pôle au tropique où ils rencontrent l’été avec lequel il faut qu'ils luttent corps à corps. Aussi n'est-il pas rare, en juillet et en août, de voir le thermomètre Réaumur s'élever à 280 1/2, tandis que le mercure gèle en hiver !. » La neige commence à tomber en novembre; il gèle en décembre et, en janvier, le froid se fait sentir dans toute sa rigueur. Le dégel ne se produit qu’en avril ou au commencement de mai; le printemps commence aussitôt et est presque immédiatement suivi par les ardeurs de lété. La chaleur est déjà très forte dans les premiers jours de juin et devient caniculaire en juillet et en août. Ÿ Seuls, les mois de septembre et d'octobre, ce qu’on appelle aux Etats-Unis l'/ndian summer (l'été indien) sont ordinairement très agréables. Un des inconvé- 4 nients de l'été américain est la quantité de moucherons et de moustiques qu'il fait éclore surtout dans le voisinage des rivières. Les « moustiques noirs », les « cousins » où « maringouins » sont particulièrement nombreux et agressifs du 20 mai à la fin de juin. Ces
désagréables insectes s’acharnent après les hommes et les bôtes et leur causent de cuisantes tortures. Ces lourments ne sont pas rachetés par le spectacle des beaux papillons qui émaillent les prairies du Canada et le Ja brillante « mouche à feu » qui illumine les forêts le cette partie du Nouveau-Monde ?,
N'exagérons pas cependant les rigueurs et les ennuis de ce climat. Comme le fait remarquer un auteur ca-
1 Balbi, Géographie universelle.
2 Voir, dans la collection de l'Univers pittoresque, le volume consacré aux États-Unis et au Canada.
nadien! « si les hivers sont rigoureux au Canada et si la neige y couvre le sol pendant près de cinq mois de l’année, en revanche, ces froids secs et vivifiants donnent de la force et de l'énergie aux populations qui l’habitent ?; cette neige elle-même est le préservatif le plus efficace des plantes qu’elle garantit contre la gelée, outre qu’elle procure aux habitants des villes et des campagnes un mode de locomotion des plus rapides et des moins coûteux. Au surplus, tandis qu'à Saint- Pétersbourg la température moyenne des trois mois d'hiver est de dix degrés (centigrades) au-dessous de zéro, elle ne dépasse jamais huit degrés à Montréal. La moyenne de janvier, le mois le plus rigoureux de l’année, varie entre neuf et dix degrés 3%. Si les étés y sont très chauds (la moyenne de juillet varie entre vingt et vingt-deux degrés centigr.), l'atmosphère n’y est pourtant jamais lourde et suffocante comme dans les régions de l'Amérique du sud et dans certaines contrées du sud de l’Europe, et cette température provoque et soutient une des végétations les plus luxuriantes qu’il y ait au monde. Ajoutons que l’atmosphère du Canada est admirablement pure et transparente; les brouillards y sont tout à fait inconnus. Puis, ce sont les splendeurs des aurores boréales qui illuminent et irradient très fréquemment les régions du ciel qui regardent vers le pôle magnétique du globe.
4 Paul de Cazes, Notes sur le Canada.
2 Nous savons déjà que la rigueur du climat canadien n'empêche pas que la longévité n’y soit très grande et la fécondité des mariages remarquable. Les centenaires n’y sont pas rares, non plus que les familles de dix, douze, quinze et même vingt enfants.
3 On prétend d’ailleurs que l'hiver canadien devient moins rude à mesure que s'étend la zone des défrichements.
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Joignez-y par la pensée les perles du givre, cette pluie qui se cristallise en tombant et qui transforme les arbres des forêts en stalactites de cristal étincelant de Loutes les couleurs du prisme. Pensez enfin aux diverlissements de la chasse, aux courses en traineaux sur ces chemins unis et moëlleux que fait la neige, aux bonnes réunions autour de l’âtre, égayées par les lonsues causeries où par des chansons dont plusieurs ont été rapportées des « vieux pays » par les ancêtres! et vous conviendrez que les € compensations » ne manquent pas aux Canadiens pour confirmer, en ce qui les concerne, l’ingénieux système d’Azaïs. C’est qu’en ellet la Providence à mis partout des joies à côté des peines et des labeurs; et d’ailleurs qui ne sait que le bonheur ne dépend nulle part des conditions extérieures et physiques ? Le plus riant des pays, la plus riche des cités peut être un enfer pour ses habitants si les passions humaines y sont déchainées sans frein ni mesure ; tandis que le plus ingrat des sols, sous le climat le plus rigoureux, peut être un Eden, si on y à l'âme en paix et le cœur pur.
Le sol du Canada est riche en métaux de toute sorte. Des mines de fer ont été découvertes sur plusieurs points de la province de Québec et y alimentent nom-
1! La vieille romance rustique qu'on chante encore dans mainte province de la France :
En revenant des noces, J'étais bien fatigué :
A la claire fontaine J'allai me reposer:
Sur les branches d'un chûne Le rossignol chantait...
s'est perpétuée au Canada où elle est devenue une sorte d’air national.
bre de fonderies et de forges. Elles abondent surtout dans le voisinage de la rivière Saint-Maurice, où une fonderie de canons avait été établie, dès 1737, par les Français. Les schistes cristallins de la côte nord du Saint-Laurent contiennent aussi des masses de minerais de fer, spécialement de fer oxidulé. Enfin de magnifiques gisements de fer magnétique, particulièrement propre à la fabrication de l'acier, ont été découverts dans la vallée de l'Outaouais, près de Hull, et l'on évalue à trois cent millions de tonnes la puissance totale de ce dépôt, dont l'exploitation ne fait guère que de commencer. On à reconnu de même l'existence de mines de cuivre, particulièrement dans le district de Saint-François. Enfin on a constaté, çà et là, lexistence de filons de plomb, de zinc, de cobalt, de nickel, de manganèse, de titanium et de mercure.
L'or d’alluvion se rencontre un peu partout, dans le sud-est de la province de Québec, depuis le Saint-François jusqu'à la rivière des Etchemins ; mais on le recueille surtout dans le comté de Beauce, le long de la rivière Chaudière, où il fait objet d'industries assez importantes. D'après un auteur canadien, les ressources minérales de ce distriet de Beauce seraient d’une telle richesse qu'elles égaleraient celles de l'Australie, de la Californie et du Colorado ?. Enfin de grandes mines d'argent ont été récemment découvertes et mises en exploitation près du lac Supérieur; mais ceci nous éloigne de la province de Québec, à laquelle nous voulons nous en tenir dans cette étude. Celle-ci n’est d’ailleurs pas déshéritée au point de vue des richesses
4 Voir Taché, Esquisses sur le Canada. Paris, 1855. 2 Chapman, Mines d'or de la Beauce. Lévis, Mercier et Cie, 4881.
lent surtout ice, où une 731, par les jte nord du es de mineenfin de maparticulièret été décous de Hull, et la puissance ait guère que ’existence de e district de et là, l’exisalt, de nickel, el, tout, dans Île e Saint-Franhais on le rele long de la ustries assez es ressources it d’une telle istralie, de la andes mines et mises en is ceci nous le nous vouelle-ci n’esl les richesses
ler et Cie, 1881.
argentiféres et l'argent natif, notamment, se trouve en plusieurs points du pays.
Ajoutons que ce que l’on connait actuellement des trésors minéraux du Canada est peu de chose probablement auprès de tous ceux que le sol tient en réserve pour le jour où là population du Nouveau-Monde avant quintuplé ou décuplé, et les profits de l’agricul- Lure ne suffisant plus aux possesseurs du sol, lindustrie de l’homme mettra en œuvre toutes ces richesses enfouies aujourd’hui dans les entrailles de la terre.
En attendant, « labourage » et « pâturage » sont les deux mamelles du Canada, comme ils l’étaient de la France, au temps de Sully. À ce point de vue encore,
là Providence à bien fait les choses pour nos arrièreneveux du Canada. Sans doute, il y a, dans l’ensemble du territoire qui leur est départi, quantité de terres improductives, de terrains sablonneux et pierreux et de ces & savanes dont nos romanciers se sont fait une inage idéale, et qui ne sont en réalité que des marais revêtus de broussailles L», Mais s’il y à là des terrains ont on ne songe guère, au moins aujourd’hui, à entreprendre le défrichement, combien d’autres sont excellemment propres à l’agriculture ! Dans toute la vallée lu Saint-Laurent, jusqu'à la chaine des Laurentides, le sol, à l'exception de quelques cantons moins favorisés, est fait d’une couche de terre légère et noirâtre, d’un mètre environ d'épaisseur, reposant sur un lit profond de glaise. Ce sol, qui se prète admirablement à la cullure du froment et de toutes sortes de céréales, était autrefois, avant l’arrivée des premiers colons français, lout couvert de la toison épaisse, mystérieuse et farou-
{X. Marmier, Lettres sur l'Amérique.
1F dl } ni ÿ fi
che de ses forêts vierges. C'était la forêt primitive,
chantée par l'auteur d’Evangéline :
This is the forest primeval. The murmuring pines and the hemlocks, Bearded with moss, and in garments green, indistinets in the twilight,
Stand like Druids ofeld, with voices sad and prophetie, Stand like harpers hoar, with beards that rest on their bosoms 1,
La hache du bücheron, « homme de chantier » ou « voyageur », à, depuis longtemps, taillé d'immenses clairières dans le plein drap de cette forêt contemporaine du sol. Les deux rives du Saint-Laurent ont été, les premières, dépouillées de ces hautes ramures qui encadraient, sans lui porter ombrage, la majesté de ses flots. Puis, les vallées des rivières tributaires ont été, à leur tour, dépouillées et dénudées. Les troncs gigantesques, sapés par la hache du büûcheron, équarris sur les lieux mêmes, liés en radeaux ou en «cages » ont été, par tous ces chemins flottants, portés à Québec ou à Montréal où ils ont été transformés en mâts de navires ou en pou tres de maisons. Il faut s'éloigner maintenant des centres et remonter au loin dans l’intérieur des terres pour y retrouver la forêt toute pleine des clameurs d’ahan, des cris, des chansons de ses infatigables démolisseurs.
Les arbres les plus communs des forêts du Canada sont: le chêne, l’érable ?, le noyer, le charme,
1 Longfellow. Evangeline. Prologue.
2 Parmi les érables, l’une des espèces les plus communes et les plus appréciées est l’érable doux ou érable à sucre dont la sève (qu’on fait égoutter par une incision pratiquée dans l'arbre et qu'on recueille, par le moyen d’une « goudrelle » de bois, dans des vases placés au pied) remplace le sucre et la bière dans la plupart des villages canadiens.
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md the hemlocks, ets in the twilight, hetic,
their bosoms !,
chantier » ou lé d'immenses :ontemporaine nt été, les preres qui encasté de ses flots.
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ts du Canada le charme,
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le merisier, le frêne, trois variétés de pins !, le sapin, les épincttes rouges, jaunes et noires, le châtaignier, le cèdre, le peuplier, le tremble, le bouleau. Tous ces arbres atteignent des dimensions considérables, qui vont de 95 à 35 mètres
l'orme,
de hauteur, avec plus d’un mètre de circonférence. Il y a des pinsde 50 mètres de hauteur et de 2 mètres de diumètre, qui font des premiers mâts d’un seul morceau pour les navires de 2,000 tonneaux. La plupart le nos arbustes d'Europe, notamment les cormiers, les saules, les aunes, les coudriers, se retrouvent au Canada. Les bois produisent également les groseilles, les framboises, les myrtils (appelés lû-bas bleuets, à cause de leur couleur), les mûres sauvages, les fraises el une foule d’autres plantes ou baies, parmi lesquelles le gin-seng qui à tant de renom en Chine et qui croit dans tout le Canada depuis Gaspé jusqu’à Détroit. La viune même y vient à l’état sauvage, mais les essais de culture qu’on en a tentés, — dans l'ile de Montréal notamment, — n'ont pas, jusqu'à présent, donné de résullats bien satisfaisants. ?
La plupart de nos arbres fruitiers d'Europe ont été transportés au Canada, mais n’y réussissent pas également bien. Les abricotiers et les pêchers ne fructifient
1 Le pin balsamique, toujours vert, fournit un beau vernis, connu sous le nom de «baume du Curada ».
À Citons encore, parmi les essences indigènes, le sumac, dont la leuille partage avec le tabac l'honneur de bourrer le calumet de paix de l’Indien, le genevrier, le sassafras, le sureau, etc. On y trouve aussi une grande quantité de cactus, des conifères, des orchidées et des lauriers. Le myrica cerifera, de la famille des amentacées, porte des fruits enduits d’une cire dont on fait de la bougie. (Univers pittoresque.)
que dans le sud de la province d’Ontario. Le pommier vient bien dans les deux provinces et y donne ces belles pommes rouges, à la chair diaphane et savoureuse, qu'on connait sous le nom de pommes « fameuses » du Canada.
Les céréales d'Europe, le froment, l’avoine, le seigle, l'orge trouvent, avons-nous dit déjà, dans les terres du bas et du haut Canada, un sol qui leur convient à merveille, Aussi le Canada exporte-il, chaque année, pour plusieurs millions de « minots » de blé et de farine, Toutes les plantes potagères y viennent bien; les citrouilles et les melons, semés en pleine terre, x réussissent admirablement. La culture du maïs ou blé d'Inde s’y fait aussi dans les conditions les plus favorables ; la patate ou pomme de terre douce, le riz, le chanvre, le houblon, le tabac, s’y cultivent aussi, quoique dans des proportions moindres.
La faune du Canada n’est pas moins riche que sa flore. Les animaux sauvages qu'on y trouve, ou plutôt qu'on y trouvait autrefois, — car en Amérique comme en Europe ils ont à peu près disparu devant les pas de l’homme civilisé,— sont : l’ours noir et roux, le Ivnx ou loup cervier, le loup commun, le chat sauvage, la marire, le vison, le renard, le carcajou ou kinkajou, le pécan (espèce de petit ours), le castor, la loutre, le ral musqué, l’hermine,ete. Plusieurs de ces espèces, maintenant refoulées vers les glaces du nord, ont longtemps donné lieu et donnent encore lieu, quoique dans des proportions diminuées, à un actif trafic de pelleteries. Sur la côte nord, du côté du Labrador et dans le bassin du Saguenay, les renards noirs et argentés sont encore assez nombreux : la fourrure de ces animaux
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atteint des prix énormes. Diverses espèces de cerfs ou d'élans : l'orignal, le caribou ou grand renne, le daim, le chevreuil Sont communs dans les deux provinces le Québec et d'Ontario. — Les oiseaux du Canada sont à peu près les mêmes que ceux de France: canurds, oies sauvages, plongeons de lacs et d’eau salée, lindes sauvages, perdrix, bécasses, bécassines, cailles, hérons, pluviers de différentes espèces; puis les viseaux de proie, aigles, éperviers et autres ; toute la tribu des chouettes et chats-huants. N'oublions pas les oiseaux plus petits: ortolans, grives, piverts, mésanses, Coiseaux de neige », le gracieux oiseau-mouche, et l'aôde divin des bois, le mélodieux rossignol, qui émisre en hiver, mais vient d'assez bonne heure au prinlemps. L'alouette, qui hiverne plus au sud, revient aussi avec le renouveau, mais sans son joli chant; le canart, mais également muet; Poiseau de paradis: puis encore l’insolent moineau et le timide roitelet. Les viseaux chanteurs sont, en somme, plus rares au Canada qu'en France, et le silence des forêts et des canpagnes iv est guère troublé que par le concert infiniment moins harmonieux des grenouilles et de leurs congénères. Les forèts, dans leurs parties maréeiseuses, sont entiérement couvertes de ces dépliisants anphibies. Les tortues y abondent: les serpents aussi, quoique moins nombreux dans le Bas-Canada que dans la province supérieure ; ils ne sont d'ailleurs pas 'enimeux : les Indiens en mangent sans en éprouver aucun mal.
Les rivières et les lacs du Canada abondent en exellents poissons. Le saumon, l’anguille, l’esturgeon, k brochet, la perche, li « perchotte », la truite com-
nmune, la truite saumonée, le maskinongé, le touradi etenfin le «poisson blanc », le régal des gourmets, se pêchent à peu près partout, Muis les vraies, les grandes pêcheries sont celles de l'estuaire et du golle Saint-Laurent, où la morue, le maquereau, le harens, la sardine, la truite de mer, le saumon, l'alose el d'uutres espèces encore abondentau point d'attirer des pécheurs venus des Etats-Unis. La pêche des homards et des huitres est aussi des plus fructueuses. Enfin on lire parti, pour l'huile qu'elle fournit, de la chair des marsouins el des loups marins, des baleines et des pourcies. Des armateurs ont fait des fortunes considérables dans celte industrie qui emploie surtout comme matelols et conne pècheurs les Acadiens de x: côte.
Nous n'avons pas mentionné, dans notre énumération de la faune canadienne, les animaux domestiques qui sont d'ailleurs les mèmes que ceux d'Europe el qui en ontélé, pour la plupart, importés. « Les chevaux canudiens, doués d’une vigueur exceptionnelle, sont recherchés, dit M. Paul de Cazes, sur les mar chés américains. Les races bovine, ovine et porcine acquièrent aussi au Canada un développement tel que souvent de grands éleveurs anglais viennent y retrouve ies produits améliorés d'animaux dont ils ont, quelques années auparavant, fourni la souche aux fermiers can diens. 1»
Au point de vue politique, la Confédération ou, pou nous servir du nom officiel, la « Puissance du Gr
nada » (en anglais Dominion of Canada) se compost aujourd'hui de huit « provinces » d'importance fort
1 Paul de Cazes. Notes sur le Canada.
lace d'Ot Lana
le touradi
[C, les sourimels, raies, les gran-
e et du golle au, le hareny, l'alose et d'uuattirer des pedes homards el s, Enfin on lire chair des maret des pourcies.
sidérables dans mine matelots cote.
notre ‘énumériux domestiques ux d'Europe el tés. « Les cheexceptionnelle, s, sur les mr vine et porelnt pement tel qu nent y retrouve ils ont, quelques Lx fermiers Cut
fration ou, pot issance du Cr da) se compos importance Lorl
inégale et dans lesquelles Ki population d'origine et de langue française se trouve aussi fort inégalement répartie: a province de Québec (ci-devant Bas-Canada) ; la province d'Ontario (Haut-Canada); ki Nouvelle-Ecosse; le Nouveau-Brunswiek: File du Prince- Edouard; le Manitoba; la Colombie britunnique et enfin le terriloire du Nord-Ouest.
Le gouvernement fédéral a sa capitale à Ottawa, sur ka rive droite
de l'Outaouais. Ottawa est une ville neuve qui, fondée depuis vingt-cinq ans à peine, compte au jourd'hui près de 30,000 habitants !. C'est
par des considérations stratégiques à la fois el politi-
ques, el pour couper court aux disputes de préséance entre les anciennes cités canadiennes, Québec, Mon-
réal, Toronto, que le cabinet de Londres à fixé à
Oftawa le siège du gouvernement canadien. Depuis
lors, on y a élevé de beaux monuments, entre autres le
palais du parlement, vaste el imposant édifice, d'un style moitié gothique, moitié rocaille, qui rappelle àssez bien, nous l'avons dit, le palais de Westininster où sont logées, à Londres, les Chambres des Lords et les Communes.
La métropole britunnique, qui n'exerce plus guère Vis-a-vis du Canada qu'une suzerainelté toute nomi-
ile, est représentée auprès de Lx Puissance par un
souverneur général. Ge gouverneur, — c'élail naguère le marquis de Lorne, gendre de la reine Victoria; cest aujourd'huile marquis de Lansdowne, — est une
127,417 d'après le recensement de 1881. Hull, qui se trouve en ace sur l’autre rive de l'Outaouais et qui n’est qu'un grand faubourg TOttawa, compte, de son côté, près de 10,000 habitants, la plupart Lanadiens Français.
sorte de président constitutionnel qui représente li couronne, mais ne gouverne guère, malgré son titre. Ses prérogatives sont d'ouvrir et de proroger les Chambres, de présider le conseil des ministres, qu'il doit toujours choisir, suivant li règle des pays libres, dans la majorité parlementaire et quia la réalité ci inmème temps que la responsabilité du pouvoir. Le gouveineur général à pourtant encore un droit de velo, au nom de la couronne britannique, eontre les décisions de la législature canadienne ; mais c’est un privilège dont il use rarement, pour ne pas provoquer des conflits qui pourraient bien briser le Len extrèmement ténu qui unit encore le Canada à l'Angleterre,
L'élément français a toujours sa part dans les eabtneis de la puissance. qui sont ordinairement désignés du nom des deux principaux ministres de Pune et de l’autre origine ; ainsi: le cabinet Baldwin-Lafontamne: le cabinet Mac Denald-Cartier, ete. Actuellement (1884) c’est le cabinet John Macdonald-Chapleau qui est aux affaires.
Les départements ministériels sont au nombre de onze : justice; lravaux publics: intérieur; secrélartal
d'Etat; marine et pêcheries ; milice et détense; finances
douanes ; revenu intérieur ; postes: agriculture et arts
Le Parlement canadien se compose de deux Chan bres: un Sénat, qui compte soixante dix-sept mernbres nommés à viel; une Chambre des communes, qui
! Les sénateurs doivent avoir 30 ans au moirs et posséder dl biens-fonds pour une valeur de 4,050 dollars au maximum, Hs dorvent être pris : 24dans la province &'Ontario; 24dans celle de Québei La Nouvelle-Ecosse en fournit 40: le Nouveau-Brunswiek, 10; l'ile du Prince-Edouard, 4: le Manitoba, 9; la Colombie britannique, 3,
représente a
oré son titre, proroger Îles inistres, qu'i »s pays libres, la réalité eu uvoir. Le gout droit de velo, ntre les déc c’est un privi provoquer des à extrèmement eterre, dans les cab ment désignés de l'uneet de n-Lafontune: Actuellement L-Chapleau qui
au nombre de ur; secrélirtil ense; finances:
culture et arts le deux Chan sept menbres ommunes, qui
Ls et posséder du
uaximum, Is dot-
ns celle de Québei
runswick, 10; L'ile Colombie brilan-
compte deux cent dix députés élus, tous les cinq ans, pur les habitants desdiverses provinces de li Confédéralion, quiy soutreprésentées proportionnellement à l’nmportance numérique de leur population f.
L'angliuis etle français ont également rang de lanque officielle. Dans les deux Chambres, les débats peuvent avoir lieu indiffé-emment en français où en an- “lus et tous les documents officiels sont obligatoirement publiés dans les deux langues.
Les auributions du Gouvernement et du Parlement lédéral sont limitées, en vertu de « l’Acte d'union » uux lois et aux services d'intérêt général, comme: les lois criminelles, les naturalisations, Ia défense du teritoire, la navigation, la monnaie, les poids et mesures, les pêcheries, les postes, ete. Les matières d’intéré secondaire ou local, les questions d'instruction publique, d'établissements hospitaliers, de domaine public, ele., rentrent dans les attributions des gouvernements et parlements provinciaux.
Luscune des provinces possède, en eflet, à l'exemple les « Elals» américains et des cantons helvétiques, un
uvernement particulier qui exerce un pouvoir souverain et indépendant dans la sphère de ses attributions normales.
À la tète de chaque Province est un Lieutenant-Gouverneur, exerçant le pouvoir exécutif, de concert avec un conseil de ministres pris dans la majorité de la législature provinciale. Dans la province de Québec et dans les provinces maritimes (Prince-Edouard, Nou-
La province d'Ontario à 91 députés, celle de Québec 65 ; la \ouvelle-Ecosse 18, ete,
veau-Brunswick et Nouvelle-Ecosse), celte législature se compose de deux Chambres: un Conseil légishatil ou Sénal provincial dont les membres sont nommés à vie dans les mêmes conditions que ceux du Sénal fédéral; une Assemblée législative dont les membres sont élus par les citoyens tous les quatre ans. La province d'Ontario, le Manitoba et la Colombie brilannique n'ont qu'une seule Chambre. Le droit de sulfrage est limité par des condilions censitaires légères, qui varient selon les provinces et selon l'importance du mandat à conférer.
Chacune des provinces est partagée, à son tour, en districts et en comtés. La province de nébee, pi exemple, compte sept districts et soixan-ciuq comtés: mais cette division n'a d'importance qu'au point de vue judiciaire ou électoral f. Le vrai centre de Ia vie locale est, pour les contrées de langue anglaise, dans les touwunships el, pour les pays de langue française, dans les paroisses, qui correspondent à nos communes, quoique sénéralement plus étendues et moins agglomérées. Chaque paroisse à son maire (ou préfet) et son «conseil de paroisse, » nomimé par l'ensemble des citoyens et chargé d’administrer les biens communaux, d’imposer les taxes locales, de pourvoir aux frais du culte, des écoles, de la voirie, etc.
L'instruction primaire est obligatoire au Canada, «en
1 Ily a, pour chaque district, un tribunal de première mstance ou Cour de district, Chaque Comté est appelé à élire un député, mais en fait certains comtés, comme ceux de Montréal et de Québec nomment plusieurs députés, tandis que deux comtés ruraux, pu exemple : Chicoutimi et Saguenay, Drummond et Arthabaska, sont réunis et en nomment un seul, Les maires des paroisses élisenl aussi, dans chaque comté, un d’entr’eux qui prend le nom de préfet.
e législature eil Jégislalil mt nommés x du Sénal es membres ans. La prombhie brilanlroit de sulares légères,
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1 Canada, en
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le nom de préfet.
ce sens que chaque pére de famille est tenu de paver des frais d'écolage pour chacun de ses enfants àgés de sept à quatorze ans, que ceux-ci assistent d’ailleurs ou non aux cours de l’école !. »
Les écoles primaires sont placées sous le contrôie d'une commission locale, élue par les contribuables de chaque municipalité. Dans les localités où les deux cultes, catholique et protestant, coexistent, c’est la ma- Jjorité religieuse qui gouverne; mais la minorité à le droit de fonder des écoles dissidentes, administrées par des syndies nommés par elle, et ces écoles reçoivent une part proportionnelle des fonds recueillis par la municipalité pour l'entretien des écoles publiques.
Au-dessus de l’enseignement primaire sont : les écoles spéciales (écoles des sciences appliquées aux arts et à
l'industrie, écoles des arts el manufactures, écoles com- | ÿ ; ; ; x de. cl oué . ' out stef 4h [fl merciales, etc.), les collèges classiques où industriels al
qui donnent, comme leur nom l'indique, l'enseignement secondaire classique on l’enseignement industriel:
les « académies » de garçons et de jeunes filles, of
l'on donne une instruction primaire supérieure ; enfin les écoles normales qui préparent les instituteurs. IT v a trois de ces dernières dans la province de Québec,
l'école normale Laval, à Québec, et les écoles normales Jacques-Cartier et Mac-Gill à Montréal: les deux premières sont catholiques #1 françaises, la troisième est
anglaise et protestante. La plupart des institutions et collèges dont nous venons de parler ont des ecclésias-
tiques tout à la fois pour professeurs et pour direcleurs.
i Paul de Cuzes, Notes sur le Ganadu.
Au sommet de l'édifice de l’enseignement dans la province de Québec sont trois Universités, dont deux protestantes : l'Université Mac-Gil, à Montréal, fondée en 1827, par un riche négociant qui lui a donné son nom ! et l'Université anglicane de Lennoxville, fondée en 1843. L'Université Laval, de Québec, est exelusivement catholique et l’enseignement $’v fait en francais. Cette Université a été fondée, en 1852, par le séminaire de Québec, qui a consacré à cette fondation plus d'un million et demi de francs et qui la soutient, depuis lors, de ses deniers sans subvention de l'Etat ?.
Les cultes sont libres au Canada comme aux Etats- Unis et les diverses confessions religieuses se soutiennent elles-mêmes, sans subsides de l'Etat et sans immixtion du gouvernement dans leur domaine. Si Pon consulte les statistiques de l’ensemble de la confédération, on voit que l'Église catholique-romaine y compte 1,532,000 adhérents, landis que les diverses confessions proteslantes (presbvtériens, méthodistes, anglicans, ete.) comptent ensemble environ 2,800,000 membres %. Dans la province de Québec, c’est le catholicisme qui domine puisqu'il compte, à lui seul, 1,170,718 fidèles sur une population de 1,358,469 habitants. Sur ces fidèles, qui se recrutent surtout parmi la population d'origine francaise où irlandaise, le clergé catholique lrès bien renté grèce aux dimes qu'on lui paie très
1 Cette Université fait une part, dans ses cours, à l'enseignement théologique de langue française, C’est un Français de nos amis, M. le professeur et pasteur Coussirat qui est actuellement chargé de ce Cours,
2 Depuis 4876, l'Université Laval à établi une succursale à Monréal,
3 Les Juifs n'entrent, dans ce recensement, que pour 989 âmes.
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exactement !, exerce au point de vue spirituel une autorité indiscutée et presque sans limites. « Les habitants du Canada ont pour les prêtres le même respect qu'au temps de Louis XIIT », écrivait M. X. Marmier il y a trente ans; cela n’a guère changé depuis lors. leureux encore si ce clergé si révéré bornait son ambition et son zèle au rôle de « guide des familles » et « d’arbitre des dissensions domestiques! » Par malheur, il prétend aussi, — et plus qu'il ne faudrait sans doute pour le bien du pays et pour le maintien de sa propre influence dans l’avenir— être le guide de la province et l'arbitre des élections politiques. Non conten d’avoir, dans toutes (ou presque toutes) les écoles canadiennes-françaises de tous les degrés, la haute direction de l’enseignement, il exerce en fait et se prétend en droit d'exercer toujours plus le contrôle d'une sorte de à tel haute police sur toutes les manifestations de la vie ui |: sociale et sur les publications de la presse périodique
comme sur les comices électoraux et sur le choix des députés. Malheur au candidat «libéral » qui exprime le timide désir que le prètre ne fasse pas de politique du haut de la chaire! Il court grand risque de mordre la poussiére dans la lice électorale. Malheur au journaliste qui n'accepte pas dévotement le mot d'ordre de cet intolérant eléricalisme! Il est bientôt dénoncé comme hérélique, non seulement dans les confessionnaux, mais dans les chaires, et linfortuné n’a plus qu'à faire bien vite amende honorable, s'il veut conserver quelques ‘bonnés. Jusqu'à 4879, aucun organe libéral de langue francaise n'avait pu vivre au Canada. L'Avenir, le
1 La dîime au Canada est le vingt-sixiôme de toute espèce de ré- “olte ; elle frappe done exelusivement les eultivateurs,
Pays, le Bien public, le National, ont dû tour à tour fermer leurs bureaux avec d'énormes déficits. Et pourlant ces journaux s’occupaient presque exclusivement de politique et de littérature, et protestaient de leur foi à l'Église et de leur extrème soumission à « Nos Seigneurs les Évèques » ! mais ils étaient suspects et partant foudroyés sans miséricorde.
Rappelons ce que nous avons noté déjà et ce qui explique l'influence croissante que le clergé catholique conquit au Canada, au moment même où cette influence allait de plus en plus décliner en France : — qu’au temps de la cession de la « Nouvelle-France » aux Anglais, le Canada se trouva en quelque sorte décapité, au point de vue social et intellectuel, par le départ des principales familles du pays et par le retour en France de la plupart des fonctionnaires, officiers, magistrats et commerçants. Les prêtres, à qui le traité de Paris garantissait leurs dimes et leurs privilèges antérieurs, demeurèrent au contraire et devinrent toul naturellement les personnages les plus en vue du pays; aussi eurent-ils bientôt la direction de la population qui demeurait fixée au sol. Le temps n’était plus désormais de ces grands conflits qui mettaient aux prises
M. de Frontenac, le gouverneur royal, jaloux des pré-
rogatives de sa charge, et l'évêque de Québec empr'essé d'accroître celies de son ordre. Le clergé romain allait régner sans conteste sur un peuple de bonne volonté, j'entends sur un peuple qui considérait leur persoune comme sacrée et qui, au surplus, voyait en eux les représentants les plus éminents désormais de sa nationàlité et de ses institutions. À mesure que l’élément anglais et protestant s’introduisait dans ia colonie, Îles
| tour à tour eits. Et pourxelusivement nt de leur foi à Q Nos Seispects et par-
éjà et ce qui gé catholique où cette inn France : — elle-France »
ue sorte déciel, par le déw le retour en officiers, maui le traité de ivilèges antélevinrent toul h vue du pays; la population était plus déemt aux prises 1oux des pré- ‘bec empressé 5 romain allait onne volonté, leur persoune en eux les rede sa national'élément ana colonie, les
Canadiens se resserraient plus étroitement autour de leurs curés et de leurs congrégations religieuses, et, de la même façon à peu près que l'Eglise arménienne sert, en face des Turcs conquérants, de boulevard à la nationalité arménienne, l'Eglise catholique fut considérée par les Canadiens-Français comme le palladium de leur indépendance nationale.
Il n’est pas douteux, au demeurant, que la différence de religion, en creusant le fossé entre les anciens habitants français du Canada et les nouveaux occupants de race anglo-saxone, n'ait rendu plus rares et plus tendus les rapports entre les deux peuples et n'ait contribué par suile à conserver plus vivace l'esprit national des Canadiens francais. C'est un résultat dont il est sans doute permis à un Français de la vieille France de se réjouir, Mais en retour, il est trop évident que le catholicisme romain à produit, là comme partout, ses fruits ordinaires, en maintenant l'esprit de routine et de réaclion, en comprimant la personnalité humaine, en coulant dans un moule uniforme [es caractères, en entravant l'essor des libres et fécondes initiatives dans le champ de l'industrie et du commerce comme dans celui des lettres et des sciences.
« Partout, à remarqué M. Émile de Laveleye, le orand économiste belge, partout où, dans un même pays, les deux cultes, catholique et protestant, sont en présence, les protestants sont plus actifs, plus industrieux, plus économes et, par suite, plus riches que les catholiques. » Et le mème auteur, après avoir rapporté cette observation d'Alexis de Tocqueville qu’ € aux Etats-Unis la plupart des catholiques sont pauvres », ajoute, pour le pays dont nous nous occupons, cette
remarque qui n’est que trop justifiée par les faits : « Au Canada, les grandes affaires, les industries, la banque, le commerce, les principales boutiques dans les villes sont aux mains des protestants 1, »
Une règle aussi générale — qui s'appuie sur l’exemple de l'Angleterre comparée à l'Espagne, de l'Ecosse comparée à l’frlande, des cantons protestants de Suisse opposés aux cantons catholiques, des Etats-Unis mis en parallèle avec les républiques espagnoles de l'Amérique du Sud — ne peut s'expliquer que par des motifs tenant à la différence des deux religions issues du tronc chrétien. «C'est à ses fruits qu’on juge larbre », a dit le Christ, Et il n’est pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre qu’une doctrine religieuse qui prosecrit le libre examen sous toutes ses formes et qui fait un dogme de son immutabilité même et de l'infaillibilité de pontifes qui vivaient il y a mille et quinze cents ans, qu'une telle doctrine s’accommode mal du progrès el des réformes, qu’elle favorise la routine et limmobilité économique. Il est également facile de comprendre comment, impuissante à endiguer le flot montant de l’instruction, mais désireuse au moins de le détourner
dans ses canaux, l'Eglise à voulu se réserver partout où elle l’a pu le monopole de l’enseignement, et comment enfin, par défiance de la science en qui elle voit une alliée de lesprit de réforme et de libre examen, elle dirige ses élèves vers les études littéraires et vers les carrières improprement appelées libérales plutôt que vers les études scientifiques et les carrières indus-
1 Emile de Laveleye. De l'avenir des peuples catholiques. Paris, Fisehbacher, Voir aussi notre ouvrage : La Question religieuse. Paris, Grassart.
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les
faits : &« Au , la banque, ns les villes
sur l’exemde l'Ecosse ts de Suisse ts-Unis mis + de l'Amcr des molifs ues du tronc irbre », a dit ir longtemps se qui proses et qui fail l'infuillibilité ze cents ans, u progrés el l'immobilité comprendre montant de le détourner rver partout nent, et coniqui elle voit re examen, aires et vers brales plutôt rières indus-
holiques. Paris, ion religieuse.
mielles, Aussi, dans le tableau des professions au Pas- Canada, voit-on que le haut commerce, les banques, les manufactures, les chemins de fer, les mines, les affrélements maritimes, ete., sont presque exclusivement entre les mains des Anglais, dont la langue est de venue par suite la langue des affaires, des ainnonces, des principaux journaux, la seule parlée dans ls principaux hôtels, celle qu'on lit neuf fois sur dix, sur les affiches collées aux murs !, quoique le rapport de la population de langue française à la popution de langue anglaise soit dans une proportion directement contraire. En revanche, là province de Québec «compte plus d'avocats qu'il n'en faudrait pour plaider les procès de tous ses habitants, ceux-ci fussent-ils vingt lois plus portés à la chicane que les Normands leurs ancêtres, et certainement plus de médecins | que n'en peut faire vivre un pays où les gens ont con- 4 servé l'habitude de ne mourir qu'à quatre-vingt-dix ans, «ins infirmités préalables ?, »
C'est évidemment à ce même esprit de routine, trop lworisé par le genre d'éducation que recoivent les jeunes Canadiens, qu'il faut attribuer lobstination des cultivateurs canadiens à conserver des procédés de cullure et des méthodes d'exploitations surannées dont l'ordinaire résultat est d’épuiser très vite un sol très “énéreux et de frustrer le propriétaire de la plus grande partie des revenus qu'il était en droit d'attendre de ses sueurs.« They have murdered the soil (HS ont assassiné le sol) » disait, en parlant des fermiers canadiens,
1 Voir M. de Molinari. L'Irlande, le Canada, Jersey. Lettres “rites au Journal des Débats, 2H, de Lamothe, Cinq mois chez les Français d'Amérique,
M. Arch, le célèbre président de l'Union des ouvriers de ferme anglais. Et les auteurs canadiens sont obligés de souscrire à cette condamnation sommaire des pro: cédés d'agriculture de leurs compatriotes. € L'agricul. ture est-elle parmi nous ce qu'elle devrait être, écril M. Edmond Lareau !. Il suffit d'interroger le premier agronome venu pour s'assurer que la production four nit à peine à la consommation, et que le rendement annuel des récoltes est de trente pour cent trop faible eu égard à la fertilité du sol. Le mal existe done, D'où provient-il”... Cest l'esprit de routine qui fait notre mal. C’est dans la force de cette routine qu'est tout le secret du dépérissement agricole de notre pays. » Tous Les voyageurs français qui ont visité le Canada
el se sont mêlés à la vie de ses habitants ont été surtout frappés de cette espèce d’immobilité dans laquelle
la masse de nos anciens compatriotes semble comme figée. Nous voici bien loin, on le voit, des débuts de ce livre qui nous montraient surtout des Huguenots à l'œuvre dans l’entreprise de la colonisation de lAmérique française ; bien loin des projets de Coligny et de Henri IV qui révaient, l’un et l’autre, de faire de « Nouvelle-France » le refuge et comme le champ d'asile de la Réforme française. Aujourd’hui le Canada pourrait être appelé plutôt le champ d’asile de l'ancien régime. (est une Bretagne ou une Vendée (d'il va soixante ans), qui se prolonge au-delà de POcéan, sur ce continent d'Amérique qui semblait le moins propre à l’acclimatation de ces idées de conservatisme obstiné. Si l'on veut se faire de nos jours une idée de ce
1 Mélanges historiques et littéraires. Article : La Réforme agricole, Montréal, Sénécal.
n des ouvriers ns sont obligés maire des proes. € L'agricul:
rait être, écril ser le premier roduction four.
le rendement “ent trop faible iste donc. D'où * qui fait notre e qu'est tout le re pays. »
isité le Canada its ont été sur- Lé dans laquelle semble comme es débuts de ce s Huguenots à ation de l’Amée Coligny et de de faire de là ime le champ d'hui le Canada isile de l’ancien endée (d'il vi le POcéan, sur > MOINS propre itisme obstiné.
1e idée de ce
La Réforme agri-
qu'était — j'entends surtout au point de vue religieux — la France d'avant S9, c'est là, dans ces villages des bords du Saint-Laurent, qu'il faut se transporter. Le paysan, où comme on dit là-bas, l'habitant canadien, y à conservé avec un soin jaloux les habitudes d'esprit, les croyances naïives et aussi les superslitions de ses pères. Les idées sont coulées dans le même moule, el ce n'est pas aisément qu'on brisera cette enveloppe centenaire pour en faire sortir le génie ailé de l'esprit moderne.
N’exagérons rien cependant. Il y a, dans l'air qu'on respire au Canada, plus d’une brise qui annonce Papproche d'un réveil des esprits. Il n’est pas de soupape si hermétiquement fermée que la fermentation des ilées justes ne puisse à son heure soulever. Le libéralisme canadien, si timide qu'il soit encore et de quelque déférence qu'il use à l'endroit du clergé, — dont il n'ose guère combattre que les envahissements abusifs dans le domaine politique, — prend cependant, depuis quelques années, une attitude un peu plus décidée et virile, Contrairement à tout ce qui s'était vu jusqu'alors, un journal canadien-français, qui à hardiment arboré le drapeau du libéralisme politique et religieux, la Patrie, fondée depuis cinq ans à Montréal, à pu se maintenir et vivre, malgré opposition déclarée de tout le clergé catholique. Et non-seulement ce journal vit, mais il prospère, et son tirage quotidien dépasse huit mille exemplaires, ce qui est un succès sans précédent dans les annales du journalisme français au Canada.
Ilest bien difficile d’ailleurs que, placés au milieu de ce monde anglo-saxon et yankee où la démocratie et là liberté coulent à pleins bords, les Canadiens fran-
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çais ne soient pas pénétrés graduellement par l'esprit de recherche et de libre examen. Ceux d’entre eux qui émigrent aux Etats-Unis et reviennent ensuite au pays, rapportent souvent de la grande République des vues et des opinions qui font d’abord scandale au village natal, mais qui provoquent ensuite des réflexions et qui peu à peu modifient, en les élargissant, les conceptions étroites et surannées des habitants sédentaires. A l'action de la presse et des réémigrants, il faut ajouter celle des clubs et des salons. Le Club national et le Club Letellier, à Montréal, où se rencontrent la plupart des avocats, médecins, étudiants et négociants libéraux, entendent, sur les questions politiques et religieuses du jour, des débats dont le ton ne s'éloigne pas sensiblement de celui qui règne dans les cercles les plus avancés de Paris. Dans les salons libéraux, on s'exprime avec moins de netteté peut-être, de peur d’effaroucher les dames, qui sont plus entièrement sous la main du clergé, mais on s’y prononce pourtant assez vivement contre l’immixtion abusive du prêtre dans les familles, dans la politique et dans les affaires !. Les divisions qui se sont plus d’une fois manifestées dans le parti catholique de la Province, l'existence au sein de ce parti de deux tendances au moins trés
{ « IL y a quelques mois, rapporte un journal canadien français, un certain nombre de dames de Montréal étaient en pleine révolte contre leurs confesseurs, sans doute à cause de certaines questions qu'ils leur avaient posées. On en causait avec animation un soir dans les salons d'un sénateur fort connu et fort riche, lorsque soudainement celui-ci s'écria : « Il y a assez longtemps que cela dure ; Gil faut en finir. Passons en masse au protestantisme et appelons € un pasteur de Paris! » On applaudit, mais la erainte a paralysé l'élan. » (Aurore du 25 janvier 1883.)
it par l'esprit d’entre eux nt ensuite au épublique des andale au vildes réflexions ant, les concepsédentaires.
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canadien francais, ten pleine révolte certaines questions animation un soir riche, lorsque souaps que cela dure ; ntisme et appelons crainte a paralysé
caractérisées et souvent en conflit : celle des catholiques modérés, temporisateurs, respectueux de l’autorité des évêques locaux, et celle des catholiques violents, fanatiques, plus papistes en ce moment que le pape, défiants de l'Université Laval et grands partisans des jésuites, rangés autour d’un programme ultra-clérical qui leur à valu le sobriquet de « programmistes » ; ces divergences de vues qui partagent évêques et lidèles et dont l'écho se répercute dans la presse locale, tout cela, dans un pays où les prêtres ont une clientèle encore si attachée à leur personne et si confiante dans leur direction, dans un pays où labjuration d'un seul prètre, lex-Père Chiniquy, devenu pasteur protestant, à suffi pour déterminer d'un seul coup des milliers d’autres abjurations, pourrait bien amener uu jour ou lautre, dans le sein de l'Église canadienne, un schisme dont la conséquence serait d'arracher à la domination du siège romain une bonne moitié de la population franco-canadienne. — L'une des causes de succès de ce mouvement, “il se produit jamais, sera sans doute qu'en gardant l'étiquette de « catholique » il muintiendra, vis-à-vis des Anglo- Saxons protestants, lun des traits distinctifs et traditionnels de la nationalité fraunco-canadienne.
En attendant, il est permis de voir les prémices d’une Réforme plus complète dans l'existence, au milieu même de la province de Québec, de plusieurs petites Églises et communautés proteslantes de langue française. La seule ville de Montréal compte aujourd’hui cinq de ces communautés dont les conducteurs, MM. les pasteurs Cruchet, Lafleur, Louis-N. Beaudry, Doudietet J. Roy, se distinguent autant par leur talent que par leur piété
ferme et éclairée. Québec possède également une Église protestante française, sous la direction de M. le pasteur Joseph Allard. D'autres communautés évangéliques ou stations missionnaires, sont établies à Joliette, Longueuil, Saint-Hyacinthe, Saint-Jude, Sainte-Cécile, la Rivière-Noire, Saint-Valérien-de-Milton, Grenville, Belle-Rivière, Duclos, Starnesboro, Namur, Hull, Angers, elc. Des écoles ou instituts protestants ont été fondés à Montréal, à la Pointe-aux-Trembles, à la Grande-Ligne, etc. Les membres de ces Églises, démentant les pronostics contraires, conservent, dans leur foi nouvelle, la fidélité à leur nationalité et n’en ont que plus d’attachement pour la France, dont ils n'aiment pas seulement, comme leurs compatriotes catholiques, le passé aujourd'hui ruiné, mais dont ils saluent encore le présent avec ses fondations libérales et l'avenir avec ses espérances glorieuses À.
1 Le protestantisme compte encoredesadhérents, groupés en églises, dans plusieurs des colonies que les Canadiens français ont projetées en dehors de la province de Québec. Nous noterons seulement ici les groupes protestants de langue française d'Ottawa, Mattawa, Drysdale et Grand-Bend, dans la province d'Ontario ; ceux de Caraquette. Tracadie et Grandes-Chutes, dans le Nouveau-Brunswick ; celui de Stellarton, dans la Nouvelle-Écosse. Mais c'est parmi les Canadiens français émigrés aux États-Unis que la Réforme évangélique semble yagner le plus d'adhérents. Ges prosélytes, joints aux quelques Français ou Franco-Suisses protestants qui se trouvent disséminés un peu partout dans le vaste continent américain, se sont trouvés assez nombreux pour constituer des églises de leur langue dans les villes de Boston, Holyoke, North-Adams, Springfield, Worcester, Lowell, Fall-River (État de Massachussetts); à Waterville (Mai :); à New-York ; à Mowrytown (Ohio); à Sainte-Anne, Kankakee, Papineau, Sébastopol (Illinois); à Détroit; à Chicago et à L’Erable; à Saint-Sauveur, Green-Bay et Robinson (Wisconsin), etc. Un journal protestant de langue française, l'Aurore, qui se publie à Montréal,
également une rection de M. le inautés évangéablies à Joliette, e, Sainte-Cécile, lton, Grenville, nur, Hull, Antestants ont élé Trembles, à là ces Églises, dérvent, dansleur lité et n’en ont e, dont ils n'aiipairiotes cathodont ils saluent érales et l'avenir
s, groupés en églises, ançais ont projetées rons seulement ici wa, Mattawa, Drys- ‘eux de Caraquette, Brunswick ; celui de krmi les Canadiens évangélique semble ints aux quelques rouvent disséminés in, se sont trouvés ur langue dans les gfield, Worcester, Vaterville (Mai):
e, Kankakee, Papio et à L’Erable; à 1), etc. Un journal publie à Montréal,
L'ensemble de la puissance du Canada comptait, au dernier recensement, 4,324,810 âmes. Sur ce nombre, un peu moins du liers, plus de 1,300,000, appartenait à la race française, Si — sans parler des Louisianais et des Français qui résident aux États-Unis, à Terre- Neuve, aux iles Saint-Pierre et Miquelon — l’on ajoute ace chiffre les 5 à 600,000 Canadiens français répandus au nord et dans certaines régions de l'ouest des États-Unis, y formant souvent des groupes importants el ayant conservé, une partie du moins, l'esprit de retour, on verra que notre race et notre langue comptent, à l'heure actuelle, au nord de l'Amérique, deux millions environ de représentants. Et ces deux millions d'hommes sont presque tous (car l'émigration française y a fort peu ajouté, depuis la conquête) les descendants authentiques des 60 où 70,000 colons laissés sur les rives du Saint-Laurent où dans quelques criques de la péninsule acadienne, au moment de la perte de la Nouvelle-France. Nous avons dit ailleurs, et nous redirons encore ce qu'il faut penser de cette multiplication qui tient du prodige et qui n'a peutètre jamais été dépassée dans les annales de l'humanité,
C'est dans le Bas-Canada, devenu la province de Québec, qu'est le principal centre et le plus solide boulevard de cette nationalité, sœur de la nôtre. Au dernier recensement (1881) cette province comptait 1,358,469 habitants, dont 1,073,820 se réclamaient de l'origine française, contre 123,749 descendants d’Ir-
sert d'organe et de trait d'union à tous ces groupes et contribue à resserrer entre eux le lien fraternel qu’a tout naturellement établi la triple communauté de race, de langue et de foi.
landais, 54,923 descendants d'Écossais, 81,515 descendants d'Anglais, le reste appartenant à des origines diverses.
La capitale de la province est Quésec, dont nous avons raconté les origines dans la première partie de ce livre.
La cité de Champlain, l'antique capitale de la Nouvelle-France, est, comme la ville de l'Écriture, « située sur une haute montagne et qui ne peut se cacher aux veux ». Elle domine fièrement le Saint-Laurent, à l'endroit où le fleuve commence à resserrer son litimmense. Sa citadelle, garnie de canons qui se rouillent sur leurs affûts, élail occupée, il y à quelques années, par une garnison anglaise, placée li comme dans une sorte de Gibraltar, et chargée de défendre la domination de Lx métropole. Mais depuis que l'Angleterre à pris le sage parti de laisser le Canada, el mème le Canada ançais, S'administrer à sa guise, les chabils rouges » ont disparu, et l'élément militaire n'est plus représenté, dans toute la Province, que par de braves et inoffensives milices locales qui rappellent, par plus d'un trait, notre uicienne garde nationale.
Batie sur une montagne aux pentes abruptes, Québec lire de cette circonstance et de lantiquité relative de plusieurs de ses quartiers un air d'originalité qui manque à la plupart des villes américaines. Rues étroiles, bordées de trottoirs en planches, souvent coupées par des escaliers ; enseignes se balançant au bout d’une tringle de fer comme dans nos petites villes de Normandie; maisons basses et presque toutes construites en bois, ce qui explique la fréquence des incendies qui ont souvent dévoré les quartiers les plus populeux,
1,515 descen-
à des origines
EC, dont nous ‘re partie de ce
de de la Nouriture, « située L se cacher aux Laurent, à l'enon litimmense.
e rouillent sur es années, pr dans une sorte domination de terre à pris Île ème de Canada habits rouges »
lus représente, Set inoflensives ‘un trait, nolre
muptes, Québec té relative de nalité qui man-
Rues étroiles, nt coupées par au bout d’une villes de Norites construites s incendies qui lus populeux,
tout contribue à donner à Québec une physionomie particulièrement rare en Amérique, où les villes aliunées au cordeau et coupées à angle droit, semblent toutes découpées sur le mème damier.
Québec possède plusieurs promenades, très fréquen- Les pendant la belle saison : « la Plateforme », PEsplunade, le Jardin du Gouverneur, d’où l'œil embrasse, à perte de vue, l'immense plaine du Saint-Laurent. Au centre d’un « square » ou (comme disent les Canadiens français plus jaloux que nous de notre langue ) d’un «carré » de verdure, s'élève un monument de forme quadrangulaire et pyranmidale. C'est la colonne de Wolfe et de Montcalm, élevée à la mémoire des deux illustres généraux qui suecombèrent glorieusement dans la bataille où se décida, il y a plus d'un siècle, le sort du Canada, — Une inscription latine, en style lapidaire, célèbre la valeur égale et la mort semblable de ces deux héros. Touchant exemple d'impartialité et qui tient évidemment aux conditions particulières du Canada ! la postérité à confondu dans un même hommage les deux implacables adversaires Lombés le mème jour sur le même champ de bataille et dignes l'un de Pautre jusque dans la mort.
Parmi les autres monuments de Québec, il faut compter le nouveau palais de la Législature provinciale ; l'Hôtel de x Poste, bâti sur l'emplacement de Ja maison du Chien-d'Or, célèbre dans les annales de la cité québecaise!, les batiments du séminaire et de l'Université Laval, auxquels est joint un musée qui compte quelques bons tableaux de l’École française, entre autres des Philippe de Champagne,
1 Cette maison tirait son nom d’un bas-relief qu'y avait fait sculpter
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des Vanloo et des Boucher; la cathédrale catholique, imposante surtout par sa masse el par ses vastes proportions; la cathédrale anglicane, la Bourse, la Banque, le Palais-de-Justice, li Douane, l’hôpital de la Marine, etc. {
Le marché se tient en plein air devant la cathédrale catholique, et c’est là qu'il faut aller, au milieu des éventaires chargés de potirons, de choux rouges, de pommes «fameuses », de framboiseset de bleuets, si l’on veut entendre le parler pittoresque et le langage accentué d’intonations bas-normandes de « l'habitant » canadien.
La « ville basse », c’est le nom qu'on donne au principal faubourg de Québec, bâtie en contre-bas du mont, sur la rive du fleuve, est plus populeuse que pittoresque ; c’est le quartier de la marine, des docks, des entrepôts, et ses rues étroites et sales, habitées presqu’exclusivement par des Irlandais, n’offrent guère d'édifices intéressants. Elle est aujourd’hui reliée à la ville haute par u'1 ascenseur, œuvre d’une compagnie anglaise.
La population de Québec est loin de s’accroitre dans la mème proportion que celle des autres villes du Canada. C'est ainsi que de 59.700 âmes qu'elle comptait au recensement de 1871, la population ne s’est élevée qu'à son premier propriétaire et qui représentait un chien rongeant un os, encadré dans l'inscription suivante :