CHAPITRE V
De la constitution du cabinet Hincks-Morin. jusqu'à l'établissement de la Confédération du Canada, (1851-1866)
L'histoire parlementaire des Canadas-Unis perd, depuis lors, beaucoup de son intérêt, et nous nous exposerions à tomber dans une minutie de détails où perdrait l'esprit du lecteur, si nous voulions suivre, dans leurs phases diverses, les intrigues et les péripé- Lies parlementaires. Nous résumerons done à grands traits l’histoire de la période qui s'étend depuis l'époque où nous sommes parvenus (1851), jusqu’à la constitution de la Confédération canadienne en 1867.
A la suite de la démission de M. Lafontaine et de ses collaborateurs, le gouverneur anglais, lord KEluin, chargea M. Hincks, libéral modéré, qui faisait défi partie du précédent Cabinet, de la constitution d'un ministère. M. Hincks s’assura, pour cette tâche, le concours de M. Morin qui était alors, après M. Lafontaine, l’homme politique le plus populaire parmi les Canadiens français. Le Cabinet Hincks-Morin, ainsi constitué, ne s'écarta pas sensiblement de la ligne de conduite suivie par le précédent ministère. T maintint
qu'à l'établissement À,
s-Unis perd, denous nous EXpode détails où se ‘oulions suivre, es et les péripés done à grands depuis l'époque qu'à la constitu- 1 1807.
ntaine et de ses is, lord Elu, qui faisait défi onstitution d'un cette tâche, le après M. Lalonaire parmi les ks-Morin, ainsl t de la ligne de tère. I maintinl
en particulier dans : à programme et parvint à mener à bonne fin trois urandes mesures que le Cabinet Lafontaine-Baldwin avait élaborées et présentées au l'lement : l'augmentation du nombre des députés, la sécularisation des réserves du clergé, l'abolition de la nure seiyneuriule.
La première de ces mesures, adoptée en 1853, porlt le nombre des représentants de quatre-vingt-quatre à cent trente, dont soixante-cinq pour le Bas-Canada et soixante-cinq pour le Haut. Elle établissait une nouvelle division des districts ou collèges électoraux et réputissait la représentation d'une facon plus équiable et plus exactement proportionnelle au chiffre de à population.
La sécularisation des réserves du clergé était également une mesure équitable et depuis longtemps récamée par l'opinion publique dans les deux provinces. Le clergé dépossédé dans cette circonstance fut le clerué protestant, le clergé de l'Église d'Angleterre, de l'Église presbytérienne d'Écosse, ele, au bénélice luquel ces réserves, qui affectaient de grandes étendues territoriales, avaient été originairement constiludes. Cette dépossession fut d'ailleurs réglée de mi hière à ménager la transition et à concilier tous les intéréts en présence. Les sommes provenant de laliénation des réserves formérent un fonds séparé, appelé «londs des municipalités du Haut et du Bas-Canada », et l'on admit que les salaires et allocations précédemment accordés aux pasteurs seraient, leur vie durant, Lrélevés sur ce fonds, avant toutes autres affectations,
La tenure seigneuriale, débris du régime féodal aboli
chez nous dans la célèbre nuit du # août 1789, exis-
lait seulement dans le Bas-Canada, qui Pavait gardée, côte à côte avec la dime du clergé, des institutions de l’ancienne France, Depuis longtemps, et malgré Pesprit fort peu révolutionnaire des Canadiens françuis, un vif mouvement d'opinion s'était prononcé contre ce régime, et, depuis plusieurs sessions aussi, le Parlement canadien avait mis celte grande question à Pétude, sans pouvoir toutelois s'entendre sur les moyens de la résoudre de façon à ne léser aucun intérêt légitime. En 1855, après des débats prolongés, on parvint cependant à rallier une assez forte majorité autour de Ha loi réglant « Pabolition des droits et devoirs féodaux dans Le Bas-Canaudu ». De toutes les charges dont
le tenancier où ccensitaire » était grevé sous le régime
de la tenure seigneuriale, il ne lui resta plus qu'une légère rente foncière, qui remplaçait lancien droit de cens et rente, mais dont le Lenancier pouvait se ru cheter à volonté. Le Gouvernement se charge d'in demniser les seigneurs des droits de quint, de banalité, de lods et vente, que leur enlevait la loi : une somme d'environ 690,000 livres sterling fut affectée à cetobjet!.
Muis déjà le ministère Hinecks-Morin, qui avait prépuré cette importante mesure, m'existait plus. I avai été remplacé, dans une partie de ses éléments, par des hommes nouveaux, pris dans les rangs des conserviteurs du Haut-Canada, et il était devenu le ministère Mac Nab-Morin (septembre 1854). La nouvelle admi-
{ Une autre loi de la même époque à peu près (4854) réforma le système monétaire du Canada, en y introduisant le système décima. La piastre américaine où dollar, de la valeur de cinq francs environ. fut prise pour unité monétaire et divisée en centins où sous qui correspondent à cinq centimes de notre monnaie.
qui l'avait gardée, des institutions de ps, et malgré les.
“unadiens françuis, prononcé contre ce ns aussi, le Parlequestion à Pétude, sur les moyens de un intérêt légitime.
s, ON parvint cepenité autour de Fa loi &t devoirs féodaux
les charges dont revé sous le régime resta plus qu'une t l'ancien droit de ier pouvait se ri t se chargea d'inquint, de banalité, la loi : une somme dlectée à cetobjet!
brin, qui avait préstait plus. I avai s éléments, par des angs des conservievenu le ministére La nouvelle admi-
près (1854) réforma le ant le systéme décimi.
de cinq francs environ.
1 centins ou sous qui haie.
nistration, formée par le rapprochement des «conserva-
leurs libéraux » du Bas-Canadu et des conservateurs
du Haut, allait de plus en plus ineliner vers les idées
conservatrices, pendant que l'opposition, dont le noyau
étut formé par les « clear-grits » du Haut-Canadua,
ec M. Brown pour chef, et par les « démocrates » où
creuges » du Bas-Canada (MM. Dorion, Papin, La-
herge, ete.) allait s’efforcer de rallier de plus en plus
«tour d'elle tous les éléments franchement libéraux. FA Ce changement de ministère avait coïncidé avec un
changement de gouverneur. Lord Elgin fut, en elfet,
t peu près à lt mème époque (décembre 185%),
rappelé par le gouvernement de 1 métropole et
remplacé pau sir Edmund Head. L'un des derniers
actes de lord Elgin, comme gouverneur, fut la négo-
“ation avec le gouvernement de Washington d'un traité
de réciprocité commerciale et maritime entre les États-
Unis et les possessions britanniques de PAmérique du
Nord (D juin 1894). Ce
harières des douanes pour plusieurs articles (grains,
lines, bestiaux, ete.) qui pouvaient désormais s’échan-
er d'un pays à l’autre en pleine franchise. Il accordait,
traité faisait tomber Îles
vec certaines réserves, aux vaisseaux américains le droit de pèche dans les eaux britanniques et leur ouvrait la navigation du Saint-Laurent; en retour, les États-Unis accordaient aux Canadiens le droit de libre ivigation sur le lac Michigan.
L'entrée en fonctions du nouveau vouverneur, sir Edmund Head, coincida avec la sortie de M. Morin du dont il était lun Cette laile, motivée pau: des raisons de santé, amena la reconstitution du Cubinet pour toute la section du Bus-
ninistère des chels, re-
Canada. M. EL.-P. Taché devint le chef de celte section dans le ministère reconstitué; il s'adjoignit, comme collaborateurs, quelques hommes nouveaux, MM. Carlier, Cauchon, Lemieux, etc., dont quelques-uns, le premier surtout, devaient jouer un rôle éminent comme représentants des idées conservatrices.
Le Cabinet avait, en effet, définitivement pris place sur le terrain conservateur, pendant que l'opposition de toute nuance se réclamait des principes libéraux. Les tories du Haut-Canada, très hostiles, au début de l’Union, aux intérêts et aux revendications des Canidiens français, el très jaloux des prérogatives el des privilèges de l’élément anglo-saxon, avaient eu le bon esprit de s’accommoder aux réformes conquises par les représentants du Bas-Canada, et avaient pris leur parti de l'égalité politique et constitutionnelle des deux races. Au contraire, les libéraux du Haut-Canadi qui, à l'origine, s'étaient honorés en secondant le Canadiens Français dans leurs Justes revendications avaient peu à peu, sous l'influence du chel des clear grits, M. Georges Brown, ravivé les vieilles querelles de nationalité qu'on crovait éteintes ou lout au moins assoupies, et sous prétexte de refouler le papisme tt d’empècher la domination française !, avaient ressuseit les pires passions et les pires rivalités de race, et pre chaient une véritable croisade contre lélément frarçais. De là, une transformation dans les dispositions des Canadiens francais, à qui lon ne pouvait, en «trité, demander de s’allier à ceux qui, dans leurs panr phlets et dans leurs journaux, les traitaient comme une
1 No popery! no french domination, devint, à cette époque. ! mot d'ordre, le cri de ralliement des celear-grits du Haut-Canadi
de cette section joignit, Comme eaux, MM. Cr uelques-uns, le éminent comme
nent pris place que l'opposition icipes libéraux.
es, au début de tions des Canirogulives el des aient eu le bon $ CONQUISES par aient pris leur onnelle des deu lu Haut-Canud h secondant le revendications.
ichel des clear iles querelles de
(out au mois er le papismet vuient ressuscité de race, et pre : l'élément fran
les dispositions > pouvait, en 4 dans leurs pair aient COMME WU
t, à cette époque. | its du Haut-Canadi
LES GANADIENS FRANÇAIS 401
rue conquise et inférieure et demandaient tous les jours qu'on écrasàt et qu'on étoullàt (crush and overwhelm) l'influence et le sentiment francais. De là aussi la faiblesse et li paralvsie du parti libéral, toujours sûr de perdre, du côté du Canada-Français, ce qu'il pouvait gagner, par ses appels aux passions nationales, du côté du Haut-Canadu. Les conservateurs, profitant de ces fautes de leurs adversaires et des divisions qu’elles vont introduire dans leurs rangs, varderont le pouvoir et se maintiendront aux affaires, saul deux courtes interruptions, l’une de dix jours (minis ère Brown-Dorion, 1858), l’autre de deux ans (minisère Mac Donald-Sicotte et Mac Donald-Dorion, 1862 à 186%) jusqu’à la constitution de la Confédération canadienne (1867) el mème au delà jusqu’en 1873.
L'une des premières mesures du nouveau ministère fut l'organisation d’une milice canadienne pour remplacer les troupes anglaises que le gouvernement de Londres annonçait l'intention de retirer, au moins pour une bonne partie.
L’Angleterre inaugurait le système qu'elle à depuis üppliqué en Australie et au sud de l'Afrique, de laisser ses colonies, devenues de plus en plus indépendantes de la métropole, pourvoir elles-mêmes à leur défense militaire!, Conservateurs et libéraux, tant dans le Haut que dans le Bas-Canada, se trouvaient d'accord pour accepter l’idée du retrait des troupes britanniques; mais les divergences commencaient à ce point que les conservateurs voulaient élablir sur un large pied Ia nouvelle milice provinciale, tandis que les libéraux
1 Les dernières troupes augluses évacuérent Le Canada en 1871,
prétendaient qu'il n'était pas besoin de milice, puisqu'on vivait en paix avec les États-Unis, l'unique voisin du Canada, et qu'au surplus, en cas de guerre, la milice, si nombreuse qu'elle fût, serait toujours insullisante contre les forces américaines. La majorité du Parlement donna raison au ministère et vota les crédits demandés pour l’organisation d'une force permanente de 5,000 soldats volontaires, outre Ia milice sédentaire, sorte de garde nationale qui s'exercuil à certains jours, sous la direction de chefs nommés par elle, Cette organisation devait être légérementamendée, en 1859, et complètement refondue, en 1863.
La Chambre vota également, sur la proposition du Gouverneur, une loi de décentralisation municipale, qui substituait aux anciennes municipalités de comtés, établies par une loi de 1846, le système plus pratique et plus fécond des municipalités de paroisses. Une autre lot appliqua aux écoles du Haut-Canada le principe déjà en vigueur dans le Bas-Canada, des écoles séparées sur la base des confessions religieuses ; mais cette loi, contraire aux idées qui prévalaient généralement parmi la population anglaise et protestante, demeura, dans l'application, à peu près lettre morte Jusqu'à sa refonte, sous le ministère libéral, en 1865.
L'année 1855 avait été marquée par la première exposition universelle organisée à Paris. Le Canada envoya des échantillons variés de ses industries, des produits de son sol et de ses forêts, qui lui valurent une place des plus honorables dans la distribution des
récompenses. Un des commissaires délégués par le Canada à l’exposition universelle, M. J.-C. Taché, membre du Parlement canadien, publia, à cette occa-
lice, puisunique voie guerre, lu jours insul- La majorité ‘re et vola d'une force outre la miai s'exerçuil nommés par ntamendée, oposition du municipale, s de comtés, lus pratique roisses. Une ada le prin- , des écoles iCUSCS ; THUS it généraletestante, de- » morte Jusn 1865.
la première Le Canada \ ustries, des lui valurent ribution des sués par le -C. Taché, cette oCCi-
sion, une « Esquisse sur le Canada! » qui ne contribua pas peu, malgré les fautes de style et de langue dont elle est trop peu exempte, à réveiller en France les sympathies pour le Canada, en faisant connaitre à l'ancienne mère-patrie la persistance et la vivacité des sentiments entretenus à son égard par ces rejetons du vieux tronc gallo-franc, transplantés sur les rives du Saint-Laurent, et si prodigieusement multipliés depuis lors. Ces sentiments se manifestèrent à la même époque, d'une façon particulièrement chaleureuse, à l'occasion du stationnement que fit dans les eaux canadiennes une frégate française, la Capricieuse, commandant de Belvèze. « La présence des Français, écrit un auteur canadien?, fut un véritable évènement. Les Canadiens, sans distinction d’origine, accueillirentet fétérent, surtout dans les principales villes, avec le plus vif enthousiasme, le premier navire de guerre français venu depuis là conquête ; ils saisirent cette occasion pour témoigner ila France leurs profondes sympathies. Ce n'étaient pas des étrangers qu'ils recevaient, mais des alliés, des frères. Le souvenir de la France, de l’ancienne métropole pour laquelle les Canadiens-Français ont toujours conservé les sentiments les plus sympathiques, se ré- \eilla plus vivace que jamais. Les Français, de leur côté, témoignèrent de leur vive reconnaissance pour le sracieux et bienveillant accueil qu'ils reçurent des Canadiens. » La pose solennelle, faite en présence des marins français, d’un monument commémoratif de la deuxième bataille d'Abraham, vint sceller et confirmer encore cette réciprocité de sentiments, avec le
{ Paris. Hector Bossange et fils, éditeurs, 1855. 2L. P. Turcotte, ouvrage cité, T. Il, p. 268.
sceau du souvenir des victoires communes et des glorieux faits d'armes des aïeux!,
Un des résultats de la mission de M. de Belvèze ful l'établissement d'un consulat général de France au Canada, et la modification du tarif français pour lin- 'oduction des bois et des navires canadiens en France. Les échanges directs, par voie maritime, entre la France et le Canada, deviennent aussi plus nombreux à partir de cette époque.
On le voit par tous ces faits, le lien de subordination dans lequel était encore le Canada vis-à-vis de l'Angleterre devenait tous les jours plus faible et plus reliché. En fait, le gouvernement de la Colonie tendait, mème sans se l'avouer peut-ètre à lui-même, à une indépendance complète vis-à-vis de la métropole, et l'autorité de celle-ci, dans les affaires intérieures du Canada, n’était plus guère que nominale.
Un des nouveaux symptômes de ce nouvel ordre de choses fut la modilication apportée dans li composilion du Conseil législatif, cette sorte de Chambre haute dout les attributions avaient été calquées sur: celles de la Chambre des lords et dont le concours était nécessare pour l'élaboration et l'adoption définitive des lois.
1 Un peu plus tard, la ville de Québec avant eu l'idée d'élever un autre monument commémoratif sur l'emplacement de la bataille de Sainte-Foy, la France voulut contribuer à cette œuvre nationale et donni une statue de la Victoire qui fut placée, en 4863, sur Le faite du monument. Une seconde fête eut lieu à cette occasion. Une autre démonstritration remarquable fut celle que fit la ville de Montréal en érigeant ün monument à la mémoire des victimes du mouvement insurrectionnel de 1837-1838. C'est la glorification, après la réhabilitation, de ces défenseurs et de ces martyrs de la cause du Canada français.
es et des glo-
le Belvèze ful le France au us pour Finis en France, ne, entre li s notmbr'eux à
subordinalion ï-vis de l'Ane el plus relilonie tenduit, mème, à une métropole, el utérieures du
uvel ordre de $ la composihumbre haute s sur celles de vs était nécestive des lois.
l'idée d'élever un t de la bataille de nationale et donni “Le faite du montautre démonstrintréal en érigeint ent insurrectionréhabilitation, (le nada français.
La nomination des membres de ce conseil était tout à fait dans les mains de la Couronne et ce vice d’origine, joint au fait que le Conseil avait, en diverses occasions, lait opposition au gouvernement et repoussé plusieurs
mesures populaires, avait provoqué dans tout le pays
un mouvement d'opinion en faveur de la réforme de
ve corps. Ce mouvement aboutit ; à la date de 1856 le
principe de l'élection fut introduit dans le recrutement
du Conseil législatif, On conserva leurs sièges et pour leur vie durant, aux anciens conseillers ; mais les nouveaux membres, au nombre de quarante-huit, dont vingt-quatre pour chacune des deux provinces, devaient être élus par un pareil nombre de collèges élec: loraux, convoqués par quart de deux ans en deux ans, de facon à amener tous les huit ans le renouvellement complet de ce corps.
Cette réforme reçut d'abord l'approbation presque unanime de l’opinion; mais par la suite on y trouva des inconvénients, Le nouveau mode de nomination du haut Conseil ne donna pas tous les résultats qu’on en espérait ; le peuple, auquel était rendu le choix de ses membres, montra peu d’empressement autour des urnes; on fit des choix sujets à critique. Aussi le principe qui avait déterminé cette réforme perdit-il bientôt de ses partisans et nous verrons, lors de l’établissement de la Confédération, les auteurs de la nouvelle Constitution en revenir à la nomination des membres de la Chambre haute par la Couronne.
Il convient de noter encore, à l'honneur du Cabinet conservateur, les encouragements donnés aux écoles, et en particulier l'inauguration (en 1857) de trois écoles normales dans le Bas-Canada; l’une à Québec, l'Ecole
normale Laval, les deux autres à Montréal, l'Ecole normale Jacques Cartier et l'Ecole normale Mac Gill, cette dernière réservée aux protestants, tandis que les deux autres devaient former des instituteurs catholiques. La fondation, sous les auspices de l’épiscopat catholique, de l’Université Laval à Québec fit aussi époque dans l’histoire de la province, et il n’est pas douteux que l’enseignement de cette Université, les cours de ses professeurs et l’affluence des élèves qui se pressèrent sur ses bancs, furent pour beaucoup dans le relèvement, de plus en plus évident depuis lors, de la culture intellectuelle et des lettres françaises parmi la population de notre race et de notre langue.
Malgré les vieux conflits entre partisans des écoles mixtes ou laïques et partisans des écoles confessionnelles ou religieuses, conflits que les questions d'écoles ne manquaient jamais de renouveler, un même zèle pour la cause de l'instruction populaire servait de trail d'union ent'e libéraux et conservateurs, entre protestants et catholiques, et les diversités de vues, les luttes de tendances avaient elles-mêmes ce bon eflet de provoquer une émulation féconde et profitable pour tout le pays.
Mais voici venir deux brandons de discorde qui ne s’apaiseront pas aussi aisément et qui ne prendront fin qu'avec la dissolution de l’Acte d'Union et la refonte complète de la Constitution du Canada.
Tout d'abord la question de la Capitale. Nous avons vu que cette question s’était déjà posée deux fois, depuis la constitution de l’Union et qu'elle avait élé tranchée, depuis les troubles de Montréal, par une
tréal, l'Ecole de Mac Gill, andis que les iteurs cathole l’épiscopat bec fit aussi Lil n’est pas niversité, les :s élèves qui *aucoup dans puis lors, de Caises parmi Igue.
is des écoles s confessionions d'écoles | même zèle “vait de trail ntre proteses, les luttes effet de proe pour tout
orde qui ne ‘endront fin t la refonte
Nous avons ux fois, deavait élé l, par une
sarte de compromis qui plaçait, et à tour de rôle, le sièce du gouvernement à Québec et à Toronto. Mais cette alternance de deux capitales et les déplacements qu'elle entrainait à sa suite, n'étaient pas faits pour faciliter l'administration des affaires publiques, ni pour en diminuer les dépenses. Les députés soufffaient particulièrement d'être condamnés à cette sorte d’itinérance permanente. La majorité de la Chambre se prononça contre le système des capitales alternées. Ge vote acquis, restait à fixer la Capitale définitive et là commencçaient les rivalités de province. Une majorité de 62 voix contre 51 se rallia cependant sur le nom de Québec, là ville Ja plus ancienne et la plus illustre du Canada, et celle qui, par son passé, avait assurément le plus de titres à cette distinction.
Mais à peine le vote était-il acquis, que les députés du Haut-Canada faisaient entendre de très vives pr'otestctions, se plaignant qu’on eût sacrifié leur province, que la capitale ne fût pas assez centrale, etc. Lorsque le gouvernement, pour donner eflet à la décision de Ja Cimbhe, introduisit une demande de crédit de 200,0Ü6 piasires, en vue de la construction des édifices publi. destinés à recevoir définitivement le Parlement, ls adversaires de Québec soutinrent un amendement qui éritiquait la conduite au ministère, el bien que repoussé à la majorité de 70 voix contre 47, cet amendement n’en détermina pas moins une crise ministérielle, parce qu'il avait rallié les voix de la majorité des dépatés du Haut-Canadu (33 contre 27) et que les ininistres ai représentaient plus spécialement cette urovirce ne erurent pas, à tort ou à raison, devoir cons:rver leurs fonctions dans les
408 IISTOIRE DPI CANADA
conditions où ce vote les mettait vis-à-vis de leurs collègues.
La majorité conservatrice n’était pourtant pas entamée par ce vote; aussi le Cabinet qui sortit de celle crise, le cabinet Et. Taché-Mae Donald, ne fûtil guère qu'une transformation du ministère précédent, dont il continua de tout point la politique. Néanmoins la même difficulté contre iaquelle avait échoué son prédécesseur allait bientôt se trouver au travers de sa route, compliquée de la question ‘lésormais posée de savoir si un ministère devait rester en fonctions lorsque la majorité de la Chambre lui étant acquise, il avait en même temps contre lui la majorité des représentants de l’une ou l’autre des deux provinces.
Pour comble d'embarras, le Conseillégislatif, qui étail à la veille de son premier renouvellement électif, s'avisa de faire acte d'opposition, en rejetant le crédit de 200,000 piastres pour la construction des édifices parlementaires à Québec. Dans ces conditions, et la question s’embrouillant de plus en plus, la Chambre déeici, à la majorité de GT voix contre 50, de s’en ‘emettre à la reine d'Angleterre du soin de là résoudre en choisissant elle-même la capitale. Quelque temps après, la reine faisait connaitre sa décision. A la surprise générale, son choix n'avait porté ni sur Québec, ni sur Montréal, ni sur Toronto, qui se disputaient les prétentions à cet honneur, mais sur une ville naissante, une bourgade dont le nom, la veille encore, était à peu prés Jnconnu : Ottawa, sur la rivière Outaouais, affluent du Saint-Laurent. Les conseillers de la reine s'étaient décidés, parait-il, pour des raisons stratégiques, éloignant la capitale de la frontière américaine,
ai]
de leurs col-
ant pas entaortit de celle e füt-il guére “lent, dont il Néanmoins là ioué son prétravers de sa ais posée de pnctions lorsnt acquise, il ité des repréinces.
slatif, qui était électif, S'avisa le crédit de s édifices par-is, et la quesambre décici, en emetire à üidre en choimps après, ln irprise généébec, ni sur ient les pré- Ile naissante, , était à peu > Outaouais,
s de la reine sons stratéaméricaine,
Nu
afin de la mettre, en cas de guerre avec les Etats-Unis, à l'abri d’un coup de main. Quoi qu'il en soit, le choix de cette nouvelle capitale n’alla pas sans faire beaucoup de mécontents et sans exciter bien des murmures sur tous les bancs de la Chambre, comme sur tous les points du pays sans distinction. Nous verrons lout à l'heure comment cette question de capitale fournit à l'opposition l’occasion qu'elle cherchait pour ren: verser le ministôre conservateur.
Mais il convient, avant d'aller plus loin, de dire quelques mots de l’autre cause de conflits qui, en ravivant les rivalités et les dissensions entre le Haut et le Bas- Canada, devait augmenter les difficultés etles embarras du gouvernement, On se souvient qu'au moment de Acte d'Union en 1840, un nombre égal de députés avait été attribué à chacune des deux provinces, quoique [a population du Haut-Canada, peuplé de colons anglus, ft sensiblement inférieure à celle du Bas- Canada ou Canada français. Plus tard, et par le fait de l'accroissement constant de lémigration dans la province supérieure, cette différence était allée se réduisant de plus en plus, jusqu’à ce qu'enfin la population du Faut-Canada en était venue à égaler, puis même à dépasser celle de la province rivale, Or, Georges Brown etles @ elear grits » qui marchaient à sa suite n'étaient pas hommes à laisser passer un évènement comme celui-là sans en prendre texte pour rééditer leurs théores sur l'oppression de la race anglo-saxonne par l'élément francais et sur la nécessité de secourir les loups en danger d'être dévorés par les moutons. La représentation proportionnelle à la population, qu'on ivail soigneusement repoussée tant qu’elle aurait pu
profiter aux Ganadiens-Français, devint au contraire le premier article du programme de ces anglo-saxons « opprimés », du jour où ils trouvèrent le moindre avantage à la réclamer. On organisa l'agitation sur cette question dans tout le Haut-Canada. « On fit des processions, des assemblées, des démonstrations où se déployient des bannières ornées de la devise : Rep. by Pop., abréviation de Representation by population. Dix ans avant Sedan, on développa, on exploita làbas la fameuse théorie des races inférieures. Les descendants des Gaulois furent voués au sort des Hurons ou autres Peaux-Rouges, dans les innombrables pan: phlets d’une foule d’ethnologues de contrebande, don! les plus acharnés, venus des Highlands d’Ecosse et des tourbières de la verte Erin, n'avaient guère dans les veines que du sang celtique. Tandis qu’en Angleterre, les préjugés gallophobes s’éteignaient peu à peu, grâce en partie à Ia confraternité d'armes des champs de bataille de la Crimée, ils redoublaient de violence au Canada !, » Sur les querelles de race se greffaient d'ailleurs les animosités religieuses, le Bas-Canada élan aux deux tiers catholique, tandis que le Haut-Canada élait en grande majorité peuplé de protestants. Les élections générales qui eurent lieu en 1857, marquent peut-être le point le plus aigu de ces conflits entre les ambitions ou plutôt entre les passions rivales des deux provinces. Le Bas-Canada, sous l'influence du clergé romain, tout à fait dominante à ce moment, renforci sur les bancs de la Chambre l’élément conservateurcatholique, tandis que le Haut-Canada envoyait, au
1H. de Lamothe. Cing mois chez les Français d'Amérique, p. 142,
contraire le inglo-saxons le moindre agitation sur « On fit des rations Où se levise : Rep.
y population.
exploita lres. Les des- : des Hurons 1brables paniebande, dont ccosse et des aère dans les n Angleterre, L à peu, grace *s champs de e violence au reffaient d'ail- Canada élan Haut-Canadi btestants. Les 57, marquenl aflits entre les les des deux nee du clergé ent, renforçi conservateurenvoyait, äl
is d'Amérique,
contraire, à la Chambre une majorité de clear grits décidés à emboiter le pas à M. Brown dans toutes ses protestations.
Le nouveau Parlement était à peine convoqué et le ministère constitué sous la direction de MM. Mac Donald et Cartier (celui-ci remplaçant comme chef de b section française M. Et. Taché, démissionnaire) que M. Brown faisait sa motion d’une représentation parlementaire basée sur la population, sans égard à la ligne de séparation entre le Haut et le Bas-Canada. Tous les députés du Bas-Ganada votèrent contre cette motion qui fut repoussée ; mais la majorité des mandataires du Haut-Canada s'étant au contraire prononcée pour là motion, M. Brown reprit ensuite la querelle sur le terrain de la « double majorité » nécessaire, suivant lui, au ministère et sans laquelle le gouvernement parlementaire cessait, toujours d’après lui, d’être une vérité. On pouvait lui répondre, et on lui répondit, qu'en droit le principe pouvait être excellent, mais qu'en fait-il était inapplicable, l'opposition n'étant pas plus capable que le Cabinet de rallier cette double majorité tant prônée.
Ge débat divisait tous les esprits et menaçait de Sélerniser sans avancer vers une solution, quand la question de la Capitale, soulevée de nouveau à propos l'un amendement au budget, vint donner à l'opposition l'occasion, qu’elle cherchait depuis si longtemps, de meltre le ministère en minorité dans les deux provices, Un député, M. Piché, avait proposé de déclarer que, dans l’opinion de la Chambre, la ville d'Ottawa ne devait pas être le siège du gouvernement. Le Ministère déclara qu'après le vote de la Chambre s’en
remettant à la décision royale et cette décision intervenue, il ne pouvait que S'incliner devant elle et qu'il était décidé à commencer les travaux des édilices d'Etat. Ces raisons ne prévalurent pas contre les oppositions que soulevait le choix d'Otlawa comme capitale et la motion de M. Piché fut adoptée par 6% voix contre 50. À la suite de ce vote, le cabinet Mac Donald-Cartier donna sa démission.
Mais il allait être bien vengé. Le gouverneur, sir Edmund Head, s'étant adressé, suivant les règles parlementaires, à M. George Brown pour le charger de constituer un nouveau ministère, celui-ci, malgré le concours de M. À. Dorion et de quelques autres démocrates du Bas-Canada, ne put réussir à dissiper les défiances des députés bas-canadiens, et son cabinel s’eflrondrait, quelques jours après sa constitution, et sans avoir pu même développer son programme devant le Parlement, (Août 1858).
Plus forts de l'impuissance constatée de leurs adversaires, les conservateurs reprirent en main le timon des affaires. M. Cartier devint premier ministre, et s’associa, pour le Haut-Canada, M. John Mac Donall. La grosse difficulté, pour le ministère, venait toujours de la capitale, que les ministres ne se sentaient pas libres, après la décision de la reine, de placer ailleurs qu'à Ottawa. Un des ministres, M. Sicotte, se sépara même de ses collègues sur cette question et pass à l'opposition; néanmoins le Cabinet parvint, après beaucoup de pourparlers, à rallier à ses vues une majorité de cinq voix. Le choix d'Ottawa fut done maintenu
écision inter-
devant elle travaux des valurent pas
e choix d'Ot:
le M. Piché a suite de ce na sa démis-
uverneur, Sir les règles parle charger de -ci, malgré le autres démoà dissiper les at son cabinet
constitution, n programme
e leurs adver-
ain le timon nistre, et s’as- Mac Donalil.
enait toujours sentaient pas placer ailleurs btte, se sépari on et passi à arvint, après rues une mA]0one maintenu
et aussitôt après commencérent dans celte ville les l
travaux de construction des édifices du Parlement. Ce cap des tempêtes franchi, le ministère Cartier-
Mac Donald put gouverner pendant près de quatre
ans encore, en S'appuyant sur une majorité fidèle, qui
se recrutait surtout dans les rangs des Canadiens fran-
ais. Parmi les mesures législatives qui marquèrent
celte période, 1l faut noter le règlement définitif du
rachat des droits seigneuriaux, le commencement du
urand travail de refonte et de codification des lois
civiles du Bas-Canada, achevé en 1865 ; l'introduction
des lois françaises dans les cantons de PEstf, et la
prépondérance assurée, par suite, à l'élément français
dans ces cantons, d'où on avait voulu autrelois le
bannir? Parmi les autres événements importants de é:
la mème époque, nous signalerons encore limpulsion &
puissante donnée aux Uravaux publics, à la colonisation
intérieure, aux entreprises de pêcheries ; Pachèvement
de la ligne de fer du Grand Trone qui traverse les deux
Canadus, de Détroit à Québec, sur une étendue de plus
de 2,000 kilomètres : la construction du pont Victori.
le plus long du monde jusqu'à ce jour, jeté sur le
Saint-Laurent en face de Montréal, à un endroit où le
1 On appelle « cantons de F'Est », les comtés de Compton, Sherbrooke, Mégantic, Beauce, etc., situés à l'Est de Montréal et dont ls terres avaient d'abord été distribuées à des Anglais où à des Ecossais pour la colonisation.
? On peut se faire une idée du développement de fa colonisation par la population française en établissant que «dans les huit comtés qui forment les cantons de l'Est, les Canadiens français étaient, en 1881, inférieurs en nombre à la population anglaise de 13,600 dmes et que, dix ans plus tard, ils la dépassaient de 4,400. » Turcolle,
{s th È
fleuve mesure 3 kilomètres de longueur; la fondation de plusieurs maisons de banque canadiennes-francaises; l’abaissement des droits sur les vins et sur les eauxde-vie de France, auquel correspondit, de notre côté, une réduction des tarifs sur les bois et les autres produits du Canada, ce qui augmenta les relations commerciales entre les deux pays. Les historiens du Canada aiment à relever aussi, dans les annales de cette époque, la visite que firent à leur pays plusieurs personnages de marque : le prince de Galles, qui assista à l'inauguration du pont Victoria, le prince de Joinville, fils de Louis-Philippe, le prince Napoléon, etc. Sir Edmund Head venait d’être remplacé comme uouverneur du Canada par le vicomte Monck (25 octobre 1861). La guerre de sécession entre le Nord el le Sud des Etats-Unis était déjà allumée depuis plusieurs mois, et les Canadiens, dont les sympathies étaient sans doute partagées, comme celles des Européens, entre les acteurs de ce grand drame!, en suivaient les péripélies avec un intérêt bien naturel, quand Paffaire du Trent (ce paquebot anglais arrêté en pleine mer par un navire de guerre américain, parce qu'il conduisuil en Europe des délégués du gouvernement confédéré) vint menacer de mettre aux prises le gouvernement des Etats-Unis, qui soutint d'abord son capitaine, et le
{M. Louis P. Turcotte affirme, dans son histoire du Canada sous l'Union, que les sentiments de la grande masse des Candiens français étaient favorables aux confédérés ; ce qui est fort possible, ct parce que le parti catholique presque tout entier prit en effet parti, dans ce duel, pour le Sud contre le Nord, et parce que l'intérêt du Canada et de son indépendance future vis-à-vis des Etats-Unis, pouvait paraître mieux assuré par une dislocation de cette grande République voisine.
la fondation s-françaises; ur les eaux- , notre coté, s autres proations cComistoriens du annales de ays plusieurs +, qui assista nce de Join-
poléon, ele.
lacé comme nck (29 octole Nord et le uis plusieurs thies étaient curopéens, 1 suivaient les uand l'affaire leine mer par Lil conduisait nt confédéré) ernement des bitaine, et Île
ire du GCanadu se des CGandiens sst fort possible, rit en effet parti, que l'intérêt du Etats-Unis, pone cette grande
gouvernement britannique, qui demandait réparation de linsulte faite à son pavillon. Le Canada put craindre, à ce moment, de devenir le champ clos où se viderait cette querelle, et déjà, en effet, le gouvernement anglais dirigeait vers le Canada des troupes et des munitions ; mais heureusement l'apaisement se fit par les seules voies diplomatiques, les Etats-Unis consentant à rendre les prisonniers qu'ils avaient faits sur le pont du Trent. Il ne resta rien de cette émotion qu’un projet le loi soumis au Parlement canadien, pour laccroissement et l’organisation des milices locales. C'est ce projet de loi qui entraina la chute du ministère conservateur. Le rapport annexé au projet assurait qu'une loree active de 50,000 hommes, astreints à faire chaque année vingt-huil jours d'exercice, et une réserve d'un
pareil nombre, étaient nécessaires à la défense du Canada, Il recommandait Ia division de la province en districts militaires et 1x construction d'un arsenal dans
chaque district. Le projet devait entrainer pour la première année une dépense de 850,000 piasires, et pour l'avenir, une dépense annuelle de 500,000 piastres.
La population était, dans son ensemble, peu favorable à ce projet de loi, qui avait le grand Lort, à ses veux, de grever encore un budget déjà en déficit et l'être un premier pas sur la voie de la conscription.
L’orage s’amoncelait sur la tête des ministres. Pour lécarter, plusieurs de leurs amis leur conseillaient ou de retirer le projet de loi, ou du moins de le modifier dans ses parties les plus impopuluires. Les ministres lnrent bon ; ils se croyaient de force à conjurer l'orage. L'événement leur donna tort. À la majorité de soixanteune voix contre cinquante-quatre, le projet de loi sur
la milice fut repoussé; el celte fois, c'élient surtout les représentants du Bas-Canada qui formiient lappoint de l'opposition.
Ge vote, qui entraîna la chute du Cabinet Cartier- John À. Mac-Donald fut, en Angleterre, assez vivement commenté dans la presse et dans le Parlement, On en Lira cette conséquence que le Canada, puisqu'il n'était plus d'aucun profil pour là métropole et qu'il relusuil de coopérer à la défense commune de son territoire, devait être abandonné à ses propres destinées el que l'Angleterre devait même se hâter de retirer les douze mille hommes de troupes qu'elle v entretenait encore. C'est la thèse que soutint entr'autres M. Goldwin- Smith au Parlement de Westminster; le premier ministre, lord Palmerston, laissa voir, dans su réponse, qu'il n'était pas éloigné de partager ces vues; 1 déelari que la métropole maintiendraut, mais sans Paugmenter, le chiffres de troupes qui étaient alors au Canada : c'était dire que pour tout le reste les Canadiens n'avaient à compter que sur eux-mêmes, En fut nous verrons bientôt (en 1871) le dernier soldat anglais repasse l'Atlantique.
Après la chute du Cabinet Cartier. Mae Donald, le vouverneur, lord Monck, s'adressa aux libéraux el chargea un député du Haut-Canada, M. 4 Suntieli Mac Donald, de constituer le ministère (mai 1802: Celui-ci fit appel, pour le Bas-Canada, au concours dun libéral modéré, M. Sicotte, celui-li même que not avons vu précédemment rompre avec le Cabinet Crlier, à propos du choix de la capitale. M. Sicotte, de son côté, fit entrer avec lui dans le Cubinet M. Dorion,
ient surtout
ment Pup-
net Gartier- $0Z Vivement nent. On en isqu’il n'était qu'il relusuil on territoire, tinées el que irer les douze tenait encore.
M. Goldwinpremier mi 1 SA L'ÉPONSE, ues : il déclari $ l'augmenter, au Canadit :
liens n'avuent . HoUus verrons
ulais repasse
\ue Donald, le x dibéraux el [, J. Santiell e (mai 1802:
Leoncours dun ème que nülr & Cabinet Ger- M. Sicotte, de et M. Doriot,
LES CANADIENS FRANUAIS 17
pour avoir l'appui des démocrates du Bas-Canada, Une lois reconstitué, le ministère fit connaitre son programme à la Chambre; c'était un programme de conciliution qui, entr'autres points, maintenait le principe de l'égalité de représentation entre les deux provinces, et repoussait pur conséquent la prétention des clear grils du Haut-Canada d'avoir une représentation propor:lionnelle à la population. Le nouveau Cabinet promettait aussi d'appliquer le système de la double majorité entendu de telle sorte qu'aucune loi ne serait imposée à l’une des deux provinces sans la volonté de ses élus.
Les députés du Bus-Canada, même ceux qui avaient soutenu l’ancien ministère, surent gré au Cabinet libéral d'avoir introduit dans Son progrumme ce principe de légalité de représentation et beaucoup d’entre eux se rangérent autour des nouveaux ministres. En revanche, M. Brown attaqua violemment dans son
journal fa politique ministérielle et taxa de trahison la
covduite de quelques-uns des ministres du Haut- Canada qui avaient naguère soutenu avec lui le programtne de la représentation proportionnelle. À quelque temps de là, M. Dorion avant cru devoir sortie du Cubinet, parce qu'il différait d'avis avec ses collègues sur l'opportunité de construire le chemin de fer dit Inlercolonial (parce qu'il devait unir Le f'anada aux autres colonies britanniques du Nouveau-i;1unswick et de la Nouvelle-Écosse), le ministère se trouva encore allibli par cette démission. Il fut ensuite et successivement ébranlé par des votes à demi-hostiles sur deux ou trois questions, comme celles des écoles confessionnelles et de l'élévation de certains tarifs pour faire face aux difficultés du budget. Finalement, il se trouva en
minorité de cinq voix sur une motion de défiance proposée par les conservateurs.
[ restait, il est vrai, au Cabinet !# ressource de dissoudre la Chambre et il en usa; toutefois sans se reconstituer lui-même dans quelques-uns de ses éléments, pour mieux affronter le suffrage populaire: c'est ainsi que M. Dorion prit la place de M. Sicotte et s'adjoignit MM. Letellier de Saint-Just, Holton, Thibaudeau, ete., qui représentaient un élément libéral et démocratique plus avancé que les amis de M. Sicotte, Restait à savoir commentse prononceraientles électeurs, juges, en dernier ressort, entre les divers partis, Le Haut-Canada, sous l'influence de M. Brown réconcilié uvec le ministère depuis sa trans'ormation démocralique, donna une majorité consi ble aux candidats ministériels; mais d'autre part, 1e ..as-Canada, mis en défiance par la rentrée en scène de ce même M. Brown, se r'angea plus que jamais derrière les conservateurs et n'envoya à la Chambre qu'un petit nombre de libéraux de la nuance de M. Dorion.
En somme, les deux partis, majorité dans une province et minorité dans l’autre, se trouvèrent à la nouvelle Chambre de force à peu près égale. Le ministère J.-S. Mac Donald-Dorion ne laissa pas de gouverner quelque temps dans ces conditions, soutenu par des majorités qui variaient de deux à huit voix. Tous les Jours amenaient des luttes ardentes, des récriminations amcres, des démélés sans cesse renouvelés entre les deux partis rivaux, et le seul résultat pratique, ou à peu près, d'une session de trois mois (1863), fut une loi qui réorganisait les milices volontaires et une autre loi qui établissait une institution de crédit foncier.
fiance pro-
rece de disfois Sans se de ses élépopulaire :
[. Sicotte et olton, Thiut libéral el * M. Sicotle. esélecteurs, rs partis. Le vn réconcilié nn démocruux candidats nada, mis en e M. Brown, servateurs et » de libéraux
uns une pro nt à la nou- Le ministère le gouverner enu par des bix. Tous les s récriminauvelés entre pratique, où 863), fut une et une autre : foncier.
Le Parlement prit ses vacances, puis la rentrée eut lieu sans amener de changements à la situation. Il fut dévoilé cependant que le ministère avait essayé d'acheter quelques-uns des membres de l'opposition. L’échec de ces tentatives, aussi bien que des efforts faits pour amener quelques conservateurs à s’adjoindre au miuistère, laissait pressentir de nouveaux et prochains ébranlements. MM. Mac Donald et Dorion allérent au devant de ces embarras et déposèrent leur démission et celle de leurs collègues entre les mains du gouverneur.
Les conservateurs revinrent au pouvoir. M. Étienne Taché, (un Canadien siré, comme disaient plaisamment les démocrates, parcequ'il avait accepté, de la reine d'Angleterre, le titre de sir ou de chevalier), devint premier ministre et S’assura pour le Bas-Canada le concours de MM. George Cartier, Langevin, Chapais, etc., tandis qu'il chargeait M. John A. Mac-Donald de choisir les ministres du Haut-Canada. Le 30 mars 1864, les nouveaux ministres prêtèrent le serment d'usage. Ils développèrent ensuite leur programme, qui était surtout économique et financier. La découverte de mines or dans le bassin de la rivière Chaudière, de mines de cuivre en plusieurs endroits, avait produit, dans tout le pays, cette sorte de fièvre particulière à ce genre de découvertes. Plusieurs compagnies se formérent pour l’exploitation de ces mines et le gouvernement, pour empêcher des abus et des usurpations, dut soumettre à la Chambre divers projets de loi sur la matière.
Le ministère dut donner encore son attention aux lois des milices; il porta à cinquante sous par jour la
solde des miliciens pendant leurs seize Jours d'exercice. De nouvelles difficultés menacaient de troubler les rapports de voisinage entre le Canada et les États-Unis. Dans l'automne de 186%, un corps perdu de soldats confédérés avait fait une pointe hardie dans le Non des Etats, s'était emparé de la ville de Saint-Albans, avait fait main basse sur quelques maisons de banque, puis, s’échappant au grand galop de leurs chevaux, avaient réussi à mettre entre eux et ceux qui les poursuivaient, la frontière du Canada. Les Etats-Unis réclimérent l’extradition de ces maraudeurs; mais la Justice canadienne, saisie de laffane, crut devoir les rendre à la liberté, les considérant comme des belligérants réguliers. I en résulta quelque froissements entre le Canada et les républicains des Etats-Unis. La conséquence en fut qu'à l'expiration (en mars 1865) du traité de réciprocité commerciale qui unissait Les deux pays, le gouvernement des Etats-Unis se refusa à renouveler le traité.
Une autre conséquence fut que les Etats-Unis lavorisèrent, plutôt qu'ils n'empéchérent, une incursion que firent les Fénians irlandais sur le lerriloire eunadien (juin 1866), dans le but avoué d'enlever Le Canada à la suzeraincté de la couronne britannique. Gelte incursion échoua d'ailleurs misérablement : Les Féniuns avaient cru trouver une population opprimée, prele à secouer le joug de ses tyrans; ils trouvèrent un peuple libre, ayant conscience de son indépendance et résolu à défendre son sol contre tous les envahisseurs ; les Irlandais du Canada, eux-mêmes, résistèrent à tous les eflorts faits pour les entrainer dans le mouvement. Après un premier engagement assez heureux, près du
rs d'exercice.
ibler les rap- ; États-Unis.
u de soldats dans le Nord Saint-Albans, is de banque, urs Chevaux, qui les pourts-Unis réchinais la justice ir les rendre s belligérants ients entre le is. La conséars 1805) du ssait les deux > refusa à re-
ats-Unis Favoue incursion riritoire Cutiitver Le Canada que. Celle in- ‘les Féniuns imée, prete à ent un peuple nce et résolu hisseurs ; les “ent à tous Les
mouvement. eux, près du
fort Colborne, contre les volontaires du Haut-Canada, les Fénians, repoussés ensuite, se débandérent; plusieurs de leurs chefs furent pris et traduits en jugement ; ce qui put échapper rentra sur le territoire des Etats-Unis. En 1870, l’organisation féniane devait renouveler cette tentative, mais sans plus de succès qu'en 1866.
Il nous faut maintenant revenir un peu en arrière, pour rendre compte du mouvement d'opinion qui allait aboutir à la rupture de l’Acte d'union entre les deux Canadas et à la constitution de la Confédération canadienne.
La Chambre étant partagée, nous l’avons vu, en deux fractions à peu près égales en force, le cabinet Taché- Mac Donald, qui s'appuvait sur l’élément conservateur, n'était pas moins exposé que son prédécesseur à des crises parlementaires. Le moindre incident pouvait le mettre en échec; et, en effet, moins de trois mois après sa constitution (le 14 juin 186%), le ministère était mis en minorité de deux voix sur une question relative à un prêt de 100,000 piastres, fait à la ville de Montréal. Le ministère pouvait recourir à la dissolution de la Chambre, et il pensa en effet à faire usage de son droit; mais il s’avisa à ce moment d'engager des pourparlers avec ses adversaires, et ceux-ci, M. Brown en lôte, jugeant que l’occasion était propice pour régler les difficultés inhérentes au pacte fédéral des deux provinces, consentirent à un rapprochement sur Îles bases de la refonte de la constitution. L'idée d’une confédération embrassant non seulement le Haut et le Bas- Canada, mais toutes les provinces de l'Amérique du Nord soumises à la couronne britannique et laissant à
chaque province son autonomie pour l’administration de ses affaires intérieures, cette idée s’était déjà présentée à beaucoup d’esprits, comme le meilleur moyen d’en finir avec les rivalités tenaces des deux Canadas et de développer, en même temps que l'indépendance, les ressources et les relations du pays. Un ministère de conciliation se for pour étudier les voies et moyens qui devaient conduire à ce résultat. M. Brown et les clear grits du Haut-Canada y entrèrent côte à côte avec MM. Taché, Cartier, et les conservaieurs du Bas-Canada. La presque unanimité de l'opinion, dans les deux provinces, se réjouit de cet accord des hommes politiques des deux partis et donna son approbation aux vues qui les avaient réunis.
Restait à faire passer dans les faits l’idée, indécise encore, de la confédération canadienne, et ce ne pouvait être là l’œuvre d’un jour. Il y fallait, outre l’approbation du Gouvernement de la métropole, sur laquelle on savait déjà pouvoir compter, l'adhésion des diverses colonies britanniques de l'Amérique du Nord : le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse, l’île du Prince-Edouard et Terre-Neuve, sans parler des vastes terrains du nord-ouest qui appartenaient à la Compagnie de la baie d'Hudson, sous la suzeraineté de la couronne d'Angleterre.
Le 10 octobre 1864, eut lieu à Québec, sous la présidence de M. Etienne Taché, une grande conférence entre les délégués du Canada et ceux des provinces intéressées. Après seize jours de délibérations, l’entente se fit entre les délégués sur une série d'articles qui devaient servir de base au projet de confédération. Les principaux de ces articles étaient ceux qui insli-
dministration tait déjà préeilleur moyen leux Canadas ndépendance, Un ministère les voies et at. M. Brown ent côte à côte ervaieurs du opinion, dans 1 des hommes \ approbation
idée, indécise et ce ne pout, outre l’apétropole, sur ‘adhésion des que du Nord :
osse, l’île du ler des vastes la Compagnie é de la cou-
sous la présile conférence es provinces érations, l’enrie d'articles onfédération.
ux qui insli-
tuaient pour la confédération tout entière un Parlement avec deux Chambres : une Chambre haute appelée Sénat, composé de soixante-seize membres nommés à vie, dont vingt-quatre pour chacun des deux Canadas ; une Chambre de représentants ou Chambre des communes, nommée par les électeurs des diverses provinces sur la base de la représentation proportionnelle au chiffre de la population. Le Bas-Canada conservant 65 députés, le Haut-Canada, d’après ce principe, devait en avoir 82, la Nouvelle-Ecosse 19, et le Nouveau- Brunswick 145. La couronne britannique serait représentée par un gouverneur général nommé par elle, et faisant les fonctions d’un président constitutionnel de la confédération.
Chaque province devait ensuite constituer à son gré son gouvernement et son parlement local, sauf que les gouverneurs des provinces ou lieutenants généraux devaient être nommés et salariés par le gouvernement fédéral. La conférence de Québec avait aussi mis dans ses vœux l'établissement d'une union douanière entre toutes les provinces et la construction, bientôt après commencée, du chemin de fer intercolonial, rattachant Québec à Halifax par la rive sud du Saint-Laurent, l'ouest de la Gaspésie, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse. Cette ligne, d'une étendue considérable, devait unir entre elles toutes les provinces et donner à la confédération, pendant la saison des glaces, un port sur l'Océan, indépendant des États-Unis.
Mais il fallait maintenant obtenir pour ce projet la ratification des diverses législatures provinciales. Devant les Chambres du Canada, le procès fut gagné sans peine, mais non pourtant sans débats. Tant d'intérêts étaient
HISTOIRE DT CANANA
en jeu dans cette refonte de la Constitution qu'on s'explique bien la longueur de ces délibérations. Les Canadiens-Français, qui gagnaient au projet l'autonomie mieux assurée du Bas-Canada, pouvaient craindre en revanche de ne plus tenir, dans l’ensemble de la confédération, la place qu'ils avaient occupée jusque là sous le régime de l’Union. De leur côté, les Anglais assurés d’avoir, dans les futures Assemblées fédérales, une majorité de représentants de leur nationalité, pouvaient craindre que dans le Bas-Canada, où l'élément anglais et protestant forme une minorité respectable, cet élément ne fût opprimé par la majorité française et catholique!. Ajoutez à cela que les démocrates, comme M. Dorion, trouvaient — non sans raison — Ja nouvelle constitution trop monarchique et hop aristocratique, à cause surtout des clauses sur le mode de nomination des sénateurs, sur le droit de veto donné au gouvernement général vis à-vis des décisions des législatures provinciales, ete.
Malgré tout, le projet réunit dans les deux Chambres une importante majorité : 45 voix contre 15 au Conseil législatif; M voix contre 33 dans la Chambre des représentants. Et quoiqu'on eût écarté la proposition d’une consultatièn populaire faite par les démocrates du Bas- Canada, il est juste de dire que l’opinion publique,
{ Pour calmer ce qu'il pouvait y avoir de fondé dans ces appréhensions et tout en protestant contre l’imputation de vouloir jamais opprimer une partie de leurs concitoyens, les Canadiens français consentirent à inscrire dans la loi une clause qui interdisait à la législature provinciale de changer les limites de douze comtés représentés an Parlement par des députés d'origine anglaise, à moins que la majorité de ces députés ne consentit à la modification.
dan:
enec tou)
d'Hi
qu'on s'exiutions. Les l'autonomie raindre en de la conféque là sous Jais assurés srales, une 5, pouvaient ent anglais le, cet élése et catho- Les, comme - Ja nouvelle tocratique, à nomination 1 gouvernelégislatures
Chambres 5 au Conseil e des représition d’une ates du Bas-
publique,
ces appréhenouloir jamais diens français interdisait à la comtés reprélaise, à moins ication.
LES CANADIENS FRANCATS
dans les deux provinces, ratifia ce vote des représentants,
Le projet de confédération ne fut pas tout d’abord aussi bien accueilli dans les provinces maritimes. Au Nouveau-Brunswick, où des élections générales avaient eu lieu depuis l'ouverture des négociations, le peuple élut des représentants en majorité contraires au projet. Les députés de la Nouvelle-Ecosse se prononçaient aussi contre l’idée d’une confédération où ils craignaient de voir disparaitre leurs franchises particulières; même opposition à Terre-Neuve et à l'ile du Prince-Edouard. Tout l’échafaudage si laborieusement élevé semblait done près de s’écrouler, quand sous l'impulsion du souvernement britannique lui-même, une réaction commença à se faire dans l’opinion de ces provinces. On calma les craintes, on répondit aux objections. Envisageant mieux les avantages de leur union avec les provinces voisines et sûrs de voirleur indépendance locale respectée, les représentants du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse se prononcérent successivement pour l'entrée dans la confédération. Seules les îles de Terre-Neuve et du Prince Edouard persissistèrent dans leur politique d’isolement!,
En attendant la solution définitive de cette question, soumise maintenant à l’examenet à la décision du Parlement britannique, le ministère de conciliation, éprouvé en 1865, par la perte de son chef, sir Étienne Taché,
1 L'ile du Prince Edouard est volontairement entrée depuis lors dans la confédération, Quant à Terre-Neuve, où la France garde encore, comme on sait, des droits particuliers, la question y est toujours pendante,
Le territoire du Nord-Ouest racheté à la compagnie de la baie d'Hudson à été annexé au Canada en juillet 4870,
426 HISTOIRE DU CANABA
mais reconstitué aussitôt et sur les mêmes bases, sons la direction d’un autre Canadien français (siré lui aussi), sir Narcisse Belleau, le ministère, disons-nous, mettait son nom au bas d’une mesure qui, depuis longtemps demandée par l'opinion publique, répondait à un besoin pressant de la population du Bas-Canada, nous voulons parler de la promulgation du Code eivil du Bas-Canada. Jusque-là le Bas-Canada avait toujours vécu sur le fonds de l’ancienne coutume de Paris, mais outre que cette vénérable coutume était, sur plusieurs points, manifestement critiquable, elle était encore indécise sur beaucoup de questions d’un intérêt nouveau el moderne. Le nouveau Code était le fruit d’une application de plusieurs années des meilleurs jurisconsultes canadiens. Il reproduisait d’ailleurs, dans la plupart de ses titres et de ses chapitres, les dispositions de notre Code civil français.
« Le travail de codification, disait M. Cartieren le présentant à la Chambre, a été fait à l’imitation du Code français et, en marchant sur ces traces, il n’y avait aucune crainte de ne pas réussir. Si le Bas-Canadi, ajouta-t-il, veut grandir, s’il veut conserver son individualité etsa nationalité, rien ne sera plus capable de lt aider que l'adoption de ce Code civil. Quand les lois du Bas-Canada pourront être mieux connues, que l'étude et l'application en seront plus faciles, nos voisins dt Haut-Canada nous l’emprunteront, et il aura son influence dans la confédération si elle à lieu. »
Après de longs débats, qui amenèrent quelques corrections de détail, le Code civil fut enfin adopté, dans son dernier article, au milieu des applaudissements des députés. Le nouveau Code, publié aussitôt dans
es bases, sons (siré lui aussi), -nous, meltail uis longtemps dait à un be- -Canada, nous Code civil du avait toujours de Paris, mais , Sur plusieurs ait encore indlérêt nouveau el it d’une applijurisconsultes s la plupart de itions de notre
artier en le prétation du Code es, il n’y avail le Bas-Canadi, ver son indivicapable de l\ and les lois du s, que l'étude nos voisins «in il aura lieu. »
son
t quelques corin adopté, dans plaudissements é aussitôt dans
les deux langues, afin d'en permettre l'étude et la connaissance aux Angiais du Bas-Canada qui y étaient soumis comme les Français, eut force de loi à partir du er août 1866. Le Code de procédure civile fut présenté à la Chambre et voté par elle quelque temps après (21 juin 1867).
Il nous faut noter, vers ce même temps, deux de ces catastrophes que toute l’industrie de l’homme est malheureusement impuissante à conjurer et qui font, en quelques heures, des ruines qu’il faut ensuite des années pour réparer : au mois d'août 1865, ue terrible crue du Saint-Laurent inonda les deux rives du fleuve et causa de grands ravages à Montréal et aux Trois-Rivières, à Sorel et dans toute la la campagne environnante. Dans les îles de Sorel on compla cinquante victimes, sans parler des bestiaux entrainés et noyés par les eaux. L'été précédent, un train de chemin de fer était précipité dans la riviére de Richelieu, et faisait 150 morts et un plus crand nombre de blessés. Enfin, dans l’automne de 1866, nouvelle catastrophe, cette fois par le feu. La ville de Québec, qui avait déjà été, en 18%, le théâtre d’un vaste incendie et qui, naguère encore (1881), a vu tout un deses quartiers dévorés par les flammes, éprouvait, en 1866, un désastre semblable. L'ncendie réduisit en cendres la moitié du faubourg Saint-Roch et tout le faubourg Saint-Sauveur. Plus de 2,000 maisons furent détruites, et près de 15,000 personnes se trouvèrent sans abri. Heureusement la charité publique se montra à la hauteur de ces catastrophes, et les Canadiens des deux races rivalisèrent de zèle et de générosité pour atténuer les désastres et les
DRE rm
DÉC 7 PA RSS ARR Gr EE A
428 NISTOIRE DU CANADA
misères laissés par ces fléaux. Québec, cependant, où celle catastrophe coïncidait avec un déclin rapide de la principale industrie locale, la construction des navires, et qui vit âce moment un grand nombre de ses ouvriers s’expatrier et partir pour les États-Unis, se ressentit longtemps de ce coup, et sa population est toujoursdepuis lors restée à peu près stationnaire. Le nouvel ordre constitutionnel allait pourtant lui rendre le titre de capitale, de capitale provinciale il est vrai, car la capitale de la Confédération devait être maintenue à Ottawa, où l’on venait d'élever pour le Parlement canadien un édifice magnifique, rappelant par ses proportions et par l'architecture le beau palais de Westminster. Get édifice fut inauguréle 8 juin 1806, et c’est à Ottawa que se tint la dernière session du Parlement canadien sous le régime de l’Union.
C'est aussi à Ottawa que fut proclamé le nouvel ordre de choses qui devait mettre un terme à ce régime de l'Union imposé en 184 par la métropole anglaise aux deux Canadas, sans le consentement des intéressés, et particulièrement sans la consultation des Canadiens d’origine française. Cette fois, du ‘moins, ils avaient eu leur part, une large part, à la résolution qui allait décider de leurs destinées politiques. Le Parlement anglais, saisi par les ministres de la couronne du projet de confédération, n’avait fait aucune opposition à ses clauses, etle projet avait reçu, le29 mars 1867, la sanction royale. Il ne restait plus, dès lors, qu'à mettre en vigueur le nouvel ordre de choses qui devait se substituer à une constitution devenue caduque. La Confédération, er nposée des quatre provinces de Québec (Bas-Canada), Ontario (Haut-Canada),
cependant, où Jin rapide de iction des na- | nombre de États-Unis, se population es ationnaire. Le ntlui rendre le il est vrai, car e maintenue à le Parlement elant par ses eau palais de le 8 juin 1806, ession du Paron.
mé le nouvel ne à ce régime opole anglaise les intéressés, n des Canalu moins, ils la résolution iques. Le Pare la couronne ucune opposi- 90 mars 1807, dès lors, qu'à e choses qui devenue cas quatre pro- Jaut-Canada),
Nouveuu-Brunswick et Nouvelle-Écosse, prenait officiellement le nom de Puissance du Canada (Dominion of Canada), La date de l'inauguration de la nouvelle Gontitution fut fixée au er juillet 1867, et cette date lut célébrée, dans les quatre provinces, avec de urandes réjouissances et de grandes démonstrations d'enthousiasme.
Une phase nouvelle s’ouvrait à l'histoire du Canadal'rançais. Sous son nom nouveau de Province de Québec, remplaçant la désignation de Bas-Ganada, il allait pouvoir désormais — avec une indépendance que consucruil, sans li gêner, le lien nouveau qu'il venait de conclure avec ses confédérés — administrer ses pros pres uflaires avec son Assemblée législative Hbrement élue, avec son Sénat composé cles notabilités sorties de son sein, avec son ministère soumis au contrôle incessant de ses députés, Sans doute, et paree que les luttes de prééminence ou les rivalités de province à province se trouvaient reportées dans le Parlement d'Ottawa, lou sujet de conflit n’élait pas enlevé du mème couv les délibérations du Parlement de Québec. Trop heureux les Français d'Amérique S'ils élaient à Pabri des querelles que suscitent toujours les divergences de vues, les rivalités locales el etles ambitions humaines ! Les partis n'ont pas disparu avec la nouvelle constilution. I] y a toujours, dans la province de Québec, comme autrefois dans le Bas-Canada, des libéraux et des conservateurs, des « rouges » et des « bleus ». La nomenclature des partis s’est même enrichie, depuis 1876, d'un nom nouveau qui, pour ètre barbare, ne l'est pas plus, à. tout prendre, que nos appellations
d'opportunistes, d’intransigeants, etc. Le parti « programmiste », du Canada, ainsi nommé d’un programme qu’il publia avec grand fracas, correspond à ce que nous appelons, dans la vieille France, le parti clérical où ultramontain ; il place les intérêts du pape et de l'Eglise romaine au-dessus des intérêts du pays ou refuse de distinguer les uns des autres, ce qui, en fait, revient au même. Ces partis se font équilibre el se liennent mutuellement en haleine; les succès électo- ‘aux et par suite l'exercice du pouvoir, ont pourtant été presque exclusivement depuis dix à douze ans, du côté des conservateurs, sans qu’on puisse prévoir quant les libéraux prendront, à leur tour, la direction des affaires.
Nous avons conduit à traversses phases diverses, et en nous efforcant d'être impartial, l’histoire du Canada français jusqu'au seuil du temps présent. En allant plus loin, nous ne ferions plus de l’histoire, mais de la polémique. Nous aurons d’ailleurs occasion d'indiquer dis le chapitre qui va suivre, quelques-uns des événements importants survenus depuis 1867. Ce que hous avons dit suffit déjà, nous l’espérons, à donner une idée exacte de la merveilleuse vitalité de cette race persistante, que n’a pas découragée la conquête d’abord brutale, et qui au milieu de tous les obstacles conjurés contre elle, de tous les efforts faits pour la détruire, maintient toujours plus serré contre son cœur ét toujours plus élevé son drapeau ; qui, après les luttes des armes où elle x déployé la valeur de ses ancêtres, mais où elle a succombé devant des forces trop supérieures, combat encore sur un nouveau ter-
» parti « pron programme nd à ce que parti clérical a pape et de 1 pays ou requi, en fait, quilibre el se succès électoont pourtant louze ans, du prévoir quant direction «es
es diverses, el toire du Cas présent. En ‘histoire, mais occasion d'inlques-uns cles s 1867. Ce que ns, à donner i de cette r'ace conquête d'as les obstacles s faits pour la é contre son u; qui, aprés
valeur de ses ant des forces
nouveau ter-
rain, inconnu d'elle jusque-là, celui de la politique, y remporte les plus beaux succès, jusqu'à obliger ses alversaires à traiter et à composer avec elle, et, sans ficher bruvamment la revanche, remporte enfin, par lu conquête de son indépendance, un triomphe qui à toute la valeur et toute la portée d'une glorieuse revanche. Noble et vaillante race, au demeurant, quelles que soient les ombres qu'on puisse mettre au tableau, que celle race de nos Canadiens-Français, faite de notre plus pur sang cellique ; sortie, à l'origine, de ces fortes el sages provinces de l’ouest, de cette Normandie notamment et de cette Bretagne dont Michelet a écrit : « La Bretagne est la résistance, la Normandie la conquête ; aujourd’hui conquête sur la nature, agriculture, industrialisme. Ce génie ambitieux et conquérant se produit d'ordinaire par la tenacité, souvent par l'audace et l'élan ; et l'élan va parfois au sublime : témoin tant l'héroïques marins, témoin le grand Corneille. »
Cet esprit de résistance et de tenacité conquérante, qu'ils ont hérité de leurs pères normands, percherons, bretons, poitevins, Saintongeais, ne Pavons-nous pus retrouvé dans les Canadiens-Français, presque à toutes les pages de leur histoire ? N'est-ce pas par ces vertus le fermeté et de patience qu'ils se sont fait leur place tu soleil d'Amérique et lont maintenue contre vents et marées, en dépit des évènements et des hommes °?
Dès à présent, et quelles que soient les destinées que l'avenir réserve à ce rejeton détaché du vieux tronc lrançais, on peut tirer du passé l'assurance que la l'rance ne sera pas déshonorée dans cette lignée de ses enfants, et que ceux-ci sauront garder intact, avec un souvenir filial de la vieille mère-patrie, le culte de l'hon-
432 HISTOIRE DU GANADA
neur, du dévouement aux grundes causes, du courage civique, de la vuillance guerrière, qui font là l'ame de nos annales et qui justifient le mot du poète canadien, rappelant que
Quand Dieu frappe fort daus l'histoire C'est toujours par lt main des Francs,
ke
es, du courage nt la trame de oèle cunudien,