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lui-même, transformé en un vaste parc, dont les Monlréalais font en été leur but de promenade, tout cela forme pour le spectateur, et en particulier pour le voyageur européen, un panorama moins grandiose sans doute que celui de Québec, mais imposant pourtant dans son dessin sévère, et l'impression en est plus forte encore quand on rapproche par la pensée le misérable amas de huttes sauvages qui formait la bourgade d'Hochelaga quand Jacques Cartier mit pour la première fois, en 1538, le pied sur ce rivage, et l’opulente cité d'aujourd'hui, devenue l’une des métropoles commerciales du Nouveau-Monde, et marquée évidemment pour des destinées encore plus hautes.
Et, en ellet, Montréal est dès à présent le grand enlrepôt du commerce et de la navigation du Canada, le principal centre des affaires que le Canada traite, non seulement avec les Etats-Unis, mais avec l'Europe. Plusieurs lignes de chemins de fer relient la ville : du côté de l’ouest avec Ottawa, la capitale officielle de Ia Puissance, avec Toronto, le chel-lieu de la province d'Ontario, plus loin, avec Détroit, Chicago et le Far- West américain ; du côté sud, avec les bords du lac Champlain et les Etats de New-York, du Vermont, dé Massachussets, ete.; du côté de l’est et du nord-est avec les villes du bas Saint-Laurent, Trois-Rivières et Québec, avec les «cantons de l'Est», et enfin par la ligne intercoloniale avec les provinces maritimes de la Confédération, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse.
Mais la grande voie de Montréal est encore le Saint- Laurent, cette magnifique artère de navigation qui unit à l'Océan Atlantique toute la région des Grands Lacs, c'est-à-dire le centre même du continent américain.
N’était l'obstacle causé par les glaces qui pétrifient les eaux du Saint-Laurent pendant cinq mois de l’année, et interrompent forcément la navigation pendant ce long intervalle, l'immense fleuve, corrigé dans ses caprices de torrents, de rapides et de cataractes, par une canalisation intelligente, serait le débouché le plus général, comme il est le plus économique et le plus naturel, des produits agricoles de l'Ouest américain, el Montréal, si bien situé pour en être l’entrepôt, pourrait prétendre à rivaliser avec New-York. Telle qu’elle est, avec ce trop long chômage forcé de ses communications fluviales, Montréal n’en est pas moins, nous l'avons dit, une ville puissamment affairée et industrieuse, qui croît, se développe et s’embellit tous les jours et qui a déjà un lot assez beau pour penser sans envie à ce qui lui manque encore.
C'est à quelques lieues au-dessus de Montréal, après qu'on a passé les bourgs de Lachine et de Sainte- Anne, que l'Outaouais, —sortides lacs nombreux et enchevêtrés qui couvrent la région septentrionale de la province, — vient mêler ses eaux brunes aux eaux vertes du Saint-Laurent, en formant, au lieu de cette jonction, plusieurs îles, dont deux fort étendues : l'ile de Montréal, que nous venons de laisser, et l'ile Jésus qui renferme plusieurs paroisses, formant le comté de Laval.
L’entre-deux de la fourche que forment les deux rivières avant leur jonction, appartient encore, par les deux comtés de Vaudreuil et de Soulanges, à la province de Québec.
Mais au-delà, et laissant en arrière la petite ville de Coteau-du-Lac, nous entrons dans les comtés de Glen-
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gary et de Prescott, qui font partie de la province d'Ontatario, tandis que la rive droite du Saint-Laurent, À partir du ruisseau de Raquette, arbore le drapeau constellé des Etats-Unis. Nous sortons là du Canada proprement français et « le doux parler » de France cède peu à peu la place aux sons plus gutturaux de la langue des Anglo-Saxons.
Tout le long de l'Outaouais s’échelonnent : Vaudreuil, Carillon, Grenville, Calumet, l'Orignal, autant de bourgades déjà françaises par la désinence et qui tendent à le devenir de plus en plus par la population qu'elles abritent. Le large courant de l'Outaouais sert ici de limite entre le Haut et le Bas Canada, sans séparer, d’une façon absolue, les deux races. Le comté d'Argenteuil, autrefois presque exclusivement colonisé par des Anglais, a vu, depuis vingt ans, l'élément franco-canadien se renforcer avec une rapidité foudroyante, et l’on peut prévoir qu'il v dépassera bientôt l'élément anglais.
Dans le comté d'Ottawa, le dernier recensement indiquait 30,433 Français d'origine, contre 11,726 Irlandais, 2,836 Anglais et 2,766 Ecossais. Dans le vaste comté de Pontiac (bourg principal : Portage-du-Fort), où la population se compose surtout de bûcherons et de « voyageurs » de la forêt, l'élément irlandais forme jusqu’à présent la majorité numérique, mais l’élément français, là aussi, gagne du terrain et tend à s'assurer de plus en plus la prépondérance.
Si, sur la frontière est, les Canadiens peuvent sortir de la province de Québec sans quitter le territoire de leur Puissance, il n’en est pas de même du côté sud où la province de Québec est immédiatement limitrophe
des États-Unis. La frontière qui sépare le Canada des Etats-Unis n'étant formée, sur une grande partie de son parcours, que par une ligne artificielle (ici le 45° degré de latitude) et la barrière de douanes n'étant pas très élevée entre les deux pays, on comprend qu’on puisse passer de l’un à l’autre sans s’apercevoir du changement. La langue pourrait, il est vrai, marquer le changement, mais, là encore, la transition est ménagée par cette circonstance que les comtés canadiens les plus voisins des Etats-Unis, Huntington, Missisquoi, Brome, Stanstead, Sherbrooke et Comp'on ont été d’abord colonisés et sont aujourd'hui encore habités par une population qui est, dans sa plus grande partie, d'origine britannique ou américaine. Néanmoins, l'élément franco-canadien qui, depuis lonetemps, a remonté la vallée du Richelieu et du lac Champlain et qui, de ce côté, s'enfonce dans les Etats- Unis comme un coin, s’épand de plus en plus par toute cette région ; et déjà, dans les comtés à dénomination anglaise de Shefford, Richmond, Wolfe et Megantie, il a conquis la prépondérance.
Les comtés de Beauharnais, de Napierville, de Chateauguay et d'Iberville, dans le bassin du Richelieu, sont en grande majorité peuplés de Canadiens français. Il en est de même de Saint-Jean, également nom de ville (4,314 âmes) et nom de comté. A la vallée du Richelieu appartiennent encore les comtés de Rouville, de Chambly, de Saint-Hyacinthe et, dans ce dernier, la petite ville de Saint-Hyacinthe, située dans une position pittoresque, sur les bords de la jolie rivière Yamaska, en vue du mont Belæil. La ville de Saint-Hyacinthe, de fondation relativement récente, compte aujourd'hui
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près de 6,000 àmes (5,320 en 1881) et elle est depuis quelques années le siège d’un évèché catholique.
Les comtés voisins de Bagot, Drummond et Arthubaska, sont habités pur une population essentiellement agricole (d'origine presqu'exclusivement française). Les comtés de Beauce et de Dorchester, ouverts à la colo-
uisation depuis moins de cinquante ans, appartiennent
au bassin de la rivière Chaudière, qui sort du petit lac Mégantic, au pied des montagnes qui séparent en cet endroit le Canada des Etats-Unis, et va se jeter dans le Saint-Laurent. Les principales bouryudes de ces deux cointés portent les noms de saints catholiques dont la dévotion canadienne ne fut jamais à court: Saint-Geores, Saint-François, Saint-Joseph, Suint-Victor, Sainte- Marie, Saint-Anselme, Saint-Isidore, ete.
Le comté de Lévis et sa capitale, x Pointe-Lévis, nous ramènent aux bords du Saint-Laurent et à Québec, le point de départ de cette description. Nous n'avons plus qu'à descendre maintenant le grand fleuve dans le sens de ses eaux, en notant au fur et à mesure les comtés qui bordent ses rives. Des deux côtés, nous serons toujours en plein Canada français, et c’est même dans cette région que nous trouverons li population f'anco-canadienne La plus anciennement établie, la plus jalouse de ses vieilles traditions et Ta plus pure de tout alliage étranger. C'est là que furent concédées et établies les plus anciennes seigneuries françaises et, malgré la rigueur plus grande du climat, c'est là que se porta de préférence, pendant longtemps, le courant de la colonisation.
Au-dessous de Québec, en vue de Pile d'Orléans,
sur la rive nord du Saint-Laurent, s'étendent, sur une longueur de plusieurs lieues, la « côte de Beauport» el la « côte de Beaupré » semées de riants villages, don le principal, Château-Richer, est aujourd'hui le chef lieu du comté de Montmorency. Mais plus nous avancons de ce côté, plus la zône de terre cultivable se resserre entre le Saint-Laurent et les monts Laurentides, dont les pentes abruptes et stériles se rapprochent toujours plus du rivage. « La rive nord du Saint-Laurent, dans toute la longueur du comté de Charlevoix, est tout ce qu’on peut imaginer de plus inhumain. Rochers, uorges, chemins empierrés, se précipitant et rebondissant, voilà cette rive, de la baie Saint-Paul à Tadoussac, On met une Journée à faire six lieues, et l’on saute constamment : cela vaut le mal de mer! » Notre- Dame des Eboulements, Saint-Irénée et la Malbaie sont les principales paroisses de ce territoire.
£n sortant de cette contrée sauvage, la vallée du Saguenay etdu lac Saint-Jean semble presque un paradis.
Et cependant les abords en sont eux-mêmes singuliérement àâpres et € horrifiques ». « La rivière Saguenar. dit un auteur canadien, est un gouffre, profond parfois de mille pieds, taillé, en plein granit, au sein d’énormes entassements de montagnes, par un terrible cata-
clysme qui doit remonter à des milliers d'années... Il v a comme du délire dans cette création. Les monlignes paraissent avoir été Jetées là au hasard, comme dans une épouvantable mélée, où les combattants sont restés debout, foudroyés sur place? ». Mais, quand on a franchi la barrière de cette nature tourmentée el
! Arthur Buies. Chroniques.
2 Arthur Buies. Le Saguenay et la vallée du luc Saint-Jean.
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Lac Saint-Jean.
laissé derrière soi ces deux colonnes d'Hereule qui s’appellent le cap Trinité et le cap Élernité, en entre bientôt dans une vaste plaine, pacifique, riante et fertile, dont les terres d'alluivon, grasses et profondes, se prèlent admirablement à la culture des céréales. Aussi, depuis quarante ans, une nuée de colons canadiens s’estelle transportéedes « vieilles paroisses » du Saint-Laurent, trop pleines d'habitants, vers cette Canaan du Nord, capable, assure-t-on, de nourrir plusieurs cenlaines de mille âmes. Mais ce chiffre est encore loin d'être atteint, car au dernier recensement, les deux comtés du Saguenay et de Chicoutimi ne comptaient ensemble qu’un peu plus de 30,000 hahitants ainsi 29,324 Français, 991 Anglais,
232 Irlandais, 347 Ecossais, 1,480 sauvages. Les prin-
répartis par origines
cipaux centres de population de cette région sont : Bavotville, Saint-Alexis et Saint-Alphonse sur la baie des Ha! ha!, Chicoutimi, sur le Saguenay; Saint-Jérôme, Saint-Louis-de-Chambord, la Pointe-Bleue ou Roberval, sur le lac Saint-Jean, Un chemin de fer dirigé de Québec vers le lac Saint-Jean est actuellement en construction, el assurera l'avenir économique de cette lertile région.
Sur la côte sud du Saint-Laurent, les comtés de Bellechasse, Montmagny et Ffslet sont, — comme sur l'autre bord, les comtés de Québec et de Montmorency, — parmi les plus anciennement colonisés de tout le Canada. La densité de la population, presque entièrement française de race, y serait bien plus grande qu'elle ne l’est, si ces comtés n'avaient périodiquement léversé le trop plein de leurs habitants soit dans les autres régions du Canada, soit dans les États-Unis, aux-
quels ces comtés confinent directement sur leur frontière du sud-est. Saint-Etienne de Beaumont, Saint-
Charles, Saint-Michel, Berthier, Saint-Thomas, Caup- Saint-[unace, lislet et Saint-Jean sont parmi les principales paroisses de cette côte, mais aucune d'elles
n'atteint les proportions d’une vraie ville. Le chemin de fer intercolonial met, depuis quelques années, toutes ces bourgades en communication facile et directe uvec la Pointe-Lévis et Québec.
C'est à ce même chemin de fer qu'il faut attribuer, en grande partie, les progrès faits par la colonisation dans les comtés situés plus à l’est et qu'il nous reste maintenant à passer en revue. Jusqu'à l'établissement de cette longue ligne de fer, qui fut l’une des premières œuvres et l’une des plus utiles de la Confédération canadienne, les comtés de Kamouraska, Témiscouala, Rimouski, Gaspé et Bonaventure étaient, saul pendant la saison où le Naint-Laurent est navigable, isolés du reste du monde et presque séparés du Canada lui-même. Grâce aux débouchés nouveaux créés par le chemin de fer et par les routes qui v aboutissent, toute cette côte, qu'on croyait uniquement propre à la péche. s’est couverte d'habitations,et lacharrue des laboureurs a pris possession du sol qui s’est trouvé suffisamment tertile et de qualité parfois supérieure. Au dernier recensement, cette région comptait plus de 125,000 àmes ainsi réparties : Kamouraska, 26,181 (dont 24,687 «dl'origine française); Temiscouata : 25,484 (dont 24,687 d'origine française); Rimouski : 33,791 (dont 32,052 d’origine française); Gaspé : 25,001 (dont 17,848 d’oriuine française); Bonaventure : 18,908 (dont 12,047 d’origine française).
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Les principales « paroisses » de cette région sont : Kamouraska, Naint-Paschal, La Rivière-du-Loup, Fle- Verte, Trois-Pistoles, Le Bic, Saint-Flavien, Métis, Saint-Jérôme, Sainte-Anne-des-Monts, Percé, Carlisle, Bonaventure, Nouvelle, etc.
La province de Québec est bornée, de ce côté, par la baie des Chaleurs et par la rivière Restigouche qui la séparent du Nouveau-Brunswick. Mais nous n'avons pourtant pas encore embrassé toute l'étendue de son domaine, car quelques-unes des iles du golfe Saint- Laurent appartiennent encore à cette province. C’est d'abord l'ile d’Anticosti, brumeuse et froide, et qui ne compte, sur une surface presque aussi grande que Pile de Corse, qu'une poignée d'habitants, pêcheurs acadiens pour la plupart. C’est aussi à la province de Québec que se rattache le groupe d'iles appelées iles de la Madeluine. Ces îles étaient encore désertes en 1780 quand un Américain, nommé Isaac Coffin, trouvant la situation favorable pour la pêche des morses, v conduisit quelques familles acadiennes, qu'il alla chercher sans doute dans l'ile du Cap-Breton, où s'était conservée une portion assez notable decette malheureuse population. En 1798, on n’y comptait encore que dix familles, mais ces familles se sont considérablement développées, car les îles de la Madelaine comptent aujourd’hui quelques milliers d’âmes. Cette population, adonnée surtout à la pêche et à la navigation de cabotage, un peu à l’agriculture et à l'élevage des bestiaux, essaime maintenant sur les rivages du Nouveau-Brunswick, d’Anticosti et du Labrador. Curieux exemple de la multiplication merveilleuse de cette race franco-acadienne qui surpasse en fécondité les Canadiens françuis eux-mêmes !
C'est par les descendants de ces Acadiens si souvent et si cruellement pourchassés, que la nationalité française est surtout représentée dans les « provinces muritimes » de la Confédération canadienne: le Nouveau- Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l'ile du Prince- Sdouard. Comme ces humbles perce-neige qui fendent l'écorce d'un sol glacé, luttent contre vents et frimas, et annoncent le retour du printemps avant la fin de l'hiver, ce faible rejeton du vieux tronc français, transplanté sous ce rude ciel de l'Amérique du Nord, assailli par tant d’ouragans, déraciné et brisé vingt fois, tient encore debout et, comme la verge d’Auron, refleuril quand on le croyait desséché. Qui sait quelles destinées attendent peut-être ce peuple aux moœurs simples, douces et laborieuses, et quelles compensations la Providence lui réserve pour tous les maux qu’ila souflerts, s'il garde la tradition du mäle héroïsme de ses pères, tout en acquèrant l'instruction et les connaissances qui lui manquent trop encore!
La superticie territoriale du Nouveau-Brunswick est de 70.762 kilomètres carrés. Ce pays, montagneux el couvert de magnifiques forêts, est encore peu peuplé, relativement à son étendue. L’émigration anglaise ne s’y est portée que fort tard, et l’on n’y comptait encore, au dernier recensement, que 321.129 habitants, dont un très grand nombre s'occupent de l'exploitation et du commerce des bois. La capitale de la province, Frederickton, compte 7,000 habitants; Saint-John ou Saint- Jean à l'embouchure du fleuve de ce nom, en à 30.000.
La race frauçaise v est représentée par 93.387 individus, presque tous descendus des Acadiens de l’isthme
1s Si souvent jionalité fran- 'OvINCes Mitle Nouveuudu Priucequi fendent ts et frimas, ant la fin de incais, trans- Nord, assailli wyt fois, tient ron, refleurit Iles destinées urs simples, ations la Pro- ’ila soufferts, ?
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