‹ Histoire du Canada et des Canadiens français de la découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 5 sur 54 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la Découverte des « Terres Neuves (1504-1608)

» à la mort de Poutrincourt

« Geirest pas chose nouvelle aux François d'aller pa mer lire de nouvelles conquestes : car nous savons ‘ssez que li descouverte des Terres-Neufves elles cnlreprises généreuses de mer ont esté CONMIHNICNCÉES p devanciers »,

al DOS

Ainsi débute le livre des Poyayes du « sieur Stunuel de Champlain, Nainclongeois !, capituine pour le Roy en la Marine du ponant. »

Ce lurent, en effet, des Bretons et des Norniuids qui, en l'an 1504, douzé uns aprés expédition de Christophe Colomb = découvrirent, «les prenuers des

Sainlonseuis, Champlain était de Brouage en Saintonge,

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chrétiens !», Je grand banc «des Moluques » et File de « Terre Neufve ». Pour le dire ici, ce nom de Ferres-Neuves désignaindistinetement toutes les terres de l'Amérique septentrionale avant de devenir le nom propre de Lx grande île qui masque linnmense estuaire du Saint-Laurent.

En 19925, le roi François 1, que stimukutle bruit des riches découvertes faites par les Espagnols dans le Nouveau-Monde, donna commission à un navigateur fMorentin qu'il avait pris à son service, Verazzani, d'explorer les côtes de PAmérique, en remontant du

Sud au Nord pour examiner si le solet Le climat étaient

favorables à des établissements. Verazzani longex les côtes depuis la Floride jusqu'à ke hauteur du Cap Breton, « sous le cinquantième degré de latitude », el (

revint en France où le roi fut si content de son rapport

qu'il le chargeu d’une nouvelle expédition. Muheureu-

sement, Verazzant mourut, au cours de ce voyage, cl ( celle circonstance, jointe à la guerre qui S'alluma à ce S moment entre la France et PEspagne, détourna pour un | temps Francois Fer de ses visées sur l'Amérique. | [ Vrevint, après la conclusion de Ktpaix de Gunbru. F EVoyases de Champlain et document manuscrit des Archives de la Marine, 1est même probable que les côtes de Terre-Neuve «l éluient déjà connues, avant les découvertes de Colomb, par Les ma- (l vins bretons et basques qui se livraient dans ces parages à la pêche de la morue, D'après les annales de Dieppe, un Dicppois, le capi- | laine Cousin, aurait, dès 148$, découvert le continent MÉrICUR, mais les armateurs de Dieppe auraient caché cette découverte, V Quelques auteurs ont prétendu que, l'an 1497, Jean Cabot et c

Sébastien Cabot, son second fils, marins vénitiens à la solde de l'Angleterre, auraient touché aux côtes du Canada et pénétré dans À l le fleuve Saint-Laurent ; mais l'assertion est très contestée,

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LA NOUVEL'i FRANCE 21

[ne pouvait admettre que les rois d'Espagne et de Porlugal s'adjugeñssent cette immense étendue de terriloire sans lui en laisser miette. ©le voudrais bien voir, disait-il, Particle du testanent d'Adam qui leur lègue ce vaste héritage! Qu'il souffrent au moins que jy aie ma part comme leur frère!»

Philippe de Chabot était alors grand amiral de France. C'est sur une commission signée de lui que Jacques Cartier, de Saint-Malo, brave et aventureux marin comme tant d'autres enfants de sa ville natale, entreprit ce voyage de reconnaissance qui devait attacher pour jamais son nom à la découverte du golfe et du bassin du Saint-Laurent.

Lit imunificence du ministre ne lui avait donné pour celle première expédition que deux bâtiments de soixante tonneaux chacun, avec GT hommes d'équipage. Les deux voiliers quittérent Saint-Malo au printemps de 153%, einglèrent en droite ligne vers l'occident, s'engagérent dans le détroit de Belle-Fle qu'on avail pris jusque-Rt pour une simple baie; pénétrèrent dans le golfe hnmense du Saint-Laurent, reconnurent Anlicosti et quelques autres îles du golfe; puis, avant contourné, sur presque tout son périmètre, l'ile de Terre-Neuve et mouillé quelque temps dans lt € baie des Chaleurs », qui reçut alors le nom qu'elle à gardé depuis, ils remirent le cap sur Saint-Malo où ils renlrérvent le 5 septembre 153%.

Cartier remit à la voile, le 19 mai de l’année suivante, avec un armement plus considérable. TT avait cette fois trois navires, «scavoir la Grand Hermine du port, environ cent à six vingt tonneaulx, ou estoit le cappitaine général, et pour maistre Thomas Frosmont,

Claude du Pont Briand, fils du seigneur de Montrueil eLeschansson de monseigneur le Dauphin, Charles de la Pommerave, lehan Poullet, etautres sentilzhommies. Au second navire, nommé a Pelile Hermine du port, environ soixante tonneaulx, estoit cappitaine soulz ledict Cartier Marc Jalobert, et maistre Guillaume Le Marié. Et au tiers navire nommé lZnerillon du port de environ quarante tonneaulx, en estoit cappitaine Gutllkunne Le Breton, et mauistre Jacques Maincurl lp,

La traversée fut eontrariée par les vents: néunmoins la petite fottille s'étant centre perdue» pendant atourmente, se retrouva à Terre-Neuve, et se remit en route pour reprendre ses investigations de Pannée précédente. Après avoir longé Ta eôte septentrionale du solfe au nord d'Anticosti, elle pénétr en droite Higne dans le fleuve Saint-Laurent? Cartier S'engagei dans Pinunense bras de mer que lomme ce fleuve, d'abord jusqu'à son confluent avec le Saguenay, puis jusqu'aux paruges de Québec appelés déjà Canada, (groupe de cabanes), dans li langue des indigènes. 1 releha au

port de Sladaconé, au confluent d'une rivière qu'il

l Le texte du second voyage de Cartier nous est parvenu pi Fédition huprimée à Paris par Ponce Roller, en 155 5 Brief recilel succincte narration de La navigation paicle es ysles de Canade, Iochelage et Saguenay el autres, ete. Le seulexemplaire connu de cet ouvrage se trouve au British Museum où nous Favons pu consulter grâce à Pobligeanee de notre ini, M, EE, Stride, Fun des bibliothécaires du British Museion.,

2 Le nom de Saint-Laurent n'avait été d'abord donné par Cartier qu'à une baie qu'on suppose ètre la baie dite aujourdhui de Sainte-Geneviève, où il s'arrêta le jour de la fête de ce saint. Le nom s'étendit ensuité au fleuve, puis au golfe lui-même,

le Montrueil Charles de tilzhommes.

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nomma Sainte-Croix el qui est devenue depuis la rivicre Saint-Gharles Là, notre navigateur, se servunt, comme truchements, de deux jeunes € Peaux- Pouges » qu'il avait pris avec lui lors de sa première expédition dans li baie des Chaleurs, put entrer en cominunication avec les sauvages et il réussit à gagner la confiance des chefs. Carticr, à leur prière, fitentendre la voix de ses canons: «€ De quoi, ditl, ils furent si élonnés qu'ils pensoient que le ciel lust cheu sur eux, else prirent à hurler et hucher si tres fort, qu'il sembloit qu'enfer y fust vuidé, »

Curieux cependant de poursuivre ses découvertes, Cartier, laissant deux de ses vaisseaux à Pancre, partit avec le troisième et remonta le fleuve jusqu'à une bourgade appelée par les sauvages Hochelaga et située à l'emplacement où s'est élevée depuis la ville de Montréal? Les indigènes d’'Hochelaga, comme ceux de Canada, firent fête à Cartier et à ses compagnons el lui donnèrent quelques indications sur leur pays et sur les rivières qui le traversent. Cartier eût bien voulu contrôler par lui-même ces renseignements ; mais reconnaissant Ja difficulté de remonter plus loin, à cuuse des rapides ou & sauts » qui barrent à cet endroit le cours du fleuve, il retourna à son hâvre de Sainte- Groix, où il se décida à hiverner avec sa flottille.

{ Le P, Charlevoix fait hiverner Cartier à l'embouchure de la rivière dite Jacques-Cartier. 1 est cependant plus probable que la rivière à laquelle Cartier donna le nom de Sainte-Croix est la rivière connue aujourd'hui sous le nom de Saint-Charles et qui se jette dans le Saint-Laurent, sous les murs de Québec, Mémoire de M. A. Berthelot, 4844.

? Ainsi nommée du mont qui la domine et que Cartier avait appelé Mont-Royal.

L'hiver fut rigoureux, un de ces longs hivers du Canada où la neige couvre le sol pendant cinq mois de l'année, Le scorbut, jusque-là inconnu aux marins, fondit sur ses gens et lui en enleva près du quart; lui-même fut atteint de l'épidémie, mais un remède que lui indiqua un Indien contribua à le guérir, lui el plusieurs autres. La troupe fut heureuse, après la débâcle des glaces, de pouvoir lever l'ancre pour revenir en France. Cartier dut cependant abandonner un de ses bâtiments, faute de bras suffisants pour la manœuvre ; en revanche, ilemmenait, de gré ou de force, et plus de force que de gré, quelques « sauvages », dont un grand chef, pour les présenter au roi. Les deux vaisseaux firent route entre l'île d’Anticosti et les côtes de Gaspé, trouvèrent le passage au sud de Terre- Neuve, complètant par cette découverte li reconnaissance de toute cette région et, après une courte escale aux iles de Miquelon, rentrérent à Saint-Malo, le 46 juillet 1536.

Jacques Cartier rendit compte à Francois F* de son expédition et lui présenta les sauvages qu'il avait ame nés. Le roi accueillit le navigateur malouin avec son affabilité naturelle. Mais, autour de lui, les avis étaient partagés sur les résultats de ce voyage; les pelleteries que Cartier avait rapportées el ce qu'il disait des facilités de ce commerce avec les sauvages paraissaient un argument décisif à quelques-uns pour une prise de possession définitive des terres nouvellement découvertes dans ce Nouveau-Monde, où il m'était pas possible d’ailleurs que la France ne <e fit pas son lot; mais d’autres objectaient la rigueuret Pinsalubrité du climat, attestées par le désastreux hivernage de la flottille ;

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et puis Cartier avait pas rapporté li moindre pépite d'or! et c'était là surtout ce qu'attendaient les courlisans, à Fheure où la découverte des mines du Pérou el la légende de FEEDorado faisaient tourner toutes les ttes,

Le temps était d'ailleurs peu propice à des entreprises de colonisation, L'aurore sanglante des persécutions religieuses avait commencé à se lever sur la France, En dépit de ses sentiments humains et des sugcestions de sa sœur, la tendre Marguerite de Valois, Francois FT s'était laissé arracher par les Beda et les autres fanatiques de Sorbonne, des décrets liberticides contre les cluthériens », ainsi qu'on appelait alors tous les adhérents de li Réforme. Les échafauds et les büchers se dressaient dans toutesles villes du royaume, arrosés du sang des plus généreux martyrs. Les esprits au dedans étaient profondément hr'oublés connne aux approches d'une guerre civiles et, au dehors, Charles- Quint, profitant de ces troubles, attaquait la France de deux côtés, par l'Espagne el par les Flandres. Avant de songer aux conquêtes lointaines, 1 fallait commencer par défendre le sol de la patrie.

Dès l'année suivante cependant, les succès de nos L'oupes amenérent une trêve (brôve de Nice, 1538) qui fut signée pour dix ans, mais devait être rompue avant la fin de la lroisièine année. Cet intervalle de paix permit de reprendre les projets de colonisation. Cartier fut renvoyé une troisième fois vers les Terres Neuves (15#1): mais cette fois le vaillant Malouin devait être sous les ordres d'un gentilhomme picard, François de Ex Roque, seigneur de Roberval, qui avait su gagner les faveurs de la cour et s'était fait nommer « vice-roi »

RÉPNRE Di Ee, S É S

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