‹ Histoire du Canada et des Canadiens français de la découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 6 sur 54 · TE · texte numérisé non relu

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de lie Nouvelle-France » et des pays cireonvoisins, Ce vice-roi ne partit pour ses nouveaux états que plus de dix-huit mois après Cartier; celui-ci, abandonné pendant ce temps à ses seules ressources et pressé par la disette el par la maladie qui s'était encore une fois déclarée dans son équipage, dut prendre le parti de retourner en France. Comme il tenait la mer, il rencontra près de Terre-Neuve le vice-roi, Roberval, qui menait enfin trois navires, avec deux cents personnes, et qui voulut décider Cartier à rebrousser chemin: mais Cartier, mécontent, passa outre el continua de cingler vers Saint-Malo. M. de Roberval cependant S'obstina dans son entreprise, pénétra dans le golfe el dans le fleuve de Saint-Laurent et vintmouiller, sur les traces de Cartier, dans un petit hävre naturel situé en amont de Pile d'Orléans et qu'ilnomma Franceroy".

[s'établit dans cet endroit, v fil élever un fort, une tour et divers bâtiments, bref, tous les commencements d'une capitale, Malheureusement, le scorbut fit encore rage pendant lhiver et enleva une cinquantaine des « sujets » du vice-roi, Une excursion assez malheureuse, dans le bassin du Saguenay, affaiblit encore le moral de cette premiére colonie et M. de Roberval n'avait plus guère de confiance dans le succès de son entreprise quand'il reçut — et par lintermédiare de Cartier lui-même, qui fit à cette occasion son quatrième voyage au Canada, — l'ordre de rentrer en France pour mettre son épée au service de son souverain, engagé dans une nouvelle guerre contre Charles-Quint. Test facile de

{ Cartier, Fannée précédente, Favait nommé Charlebourgtoval.

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comprendre comment cel ordre combla les vœux de cens si rudement éprouvés 5 ilne rest personne en arriére, qu'une respectable dune, nommée €demoiselle Marguerite», qui, par un concours de etreonslinces dramatiques, fat abandonnée avec si vieille nourrice sur une plage du Labrador Pour plusieurs années, bte Nouvelle-France » d'Amérique rent pas d'autres représentants.

Celle première tentative avait, en somme, échoué et, dans Fétal de guerre el de cerise intestine oût se trouvait uors li France, on pouvait se demander selle serait jumais reprise.

I était réservé à Piuniral Coligny de ramener Fatlention sur ces territoires du Nouveau-Monde où les nations européennes, les races japhétiques, devaient lrouver, avec un nouvel apanage, un champ clos étendu pour les luttes pacifiques de Ta civilisation. En 1595, le noble amiral, «Fun des génies les plus étendus, dit Pabbé Rayvnal, les plus fermes, les plus actifs qui aient punis illustré ce puissant empire, grand politique el bon eiloven jusque dans les horreurs des guerres civiles ?, » conçoit le projet de coloniser avec des émiavants, pour la pluparthuguenots, les rivages de FAmérique, Sa pensée étuit d'assurer Ki liberté de conscience de ses coreligionnaires, lout en élendant, par leurs bras, la puissance el lPinfluence de là France. Quel dommage que cette idée de génie n'ait pu Ôtre suivie

d'effet Que fütsil advenu si, à l'exemple des puritains

LThévet raconte l'aventure tout au long dans son ouvrage : Le Grand Insulaire et pilotage. — Cf. V'Heptameron, Nouv. LX NI. = Raynal. Histoire philosophique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes. Tome VITE, page 195.

d'Angleterre, les huguenots francais eussent accompli un libre exode vers celle terre promise de la liberté de conscience et de foi? Supposez qu'au temps de la révocation de l'éditde Nantes, au lieu d'être dispersés sur loutes les plages de Angleterre, de la Hollande, de la Prusse, dans tous ces pays qu'ils contribuèrent à enrichair el à fortifier, supposez qu'ils eussent été laissés libres de se rendre, — avec li certitude d'y trouver déjà des frères de même langue et°de même foi, dans celte nouvelle France protestante que Coligny S'étail proposé de fonder, quelle n'eût pas été Ta moisson d'une telle semence en cette terre vierge d'Amérique ! Quels développements n'eñt pas pris ce jeune peuple, formé de lélite du nôtre = eur, de Faven de tous les historiens impartiaux, les hugnenots du XVFsièele étaient parmi les plus valeureux, les plus entre prenants, les plus éclairés et les plus industrieux des enfants de la France, — el grandissant dans cette atmosphère de liberté et de self-government que crée parloutott il passe le souffle vivifiant de FEvingile ! Le phéhomène qui sera probablementle fait eapital de ce siècle: li croissance verhaineuse, lt prospérité toujours ascendante des Etais-Unis d'Amérique, n'eût pas laissé de se produire; seulement, au lieu d'avoir été coulée dans le moule anglo-saxon toujours un peu fruste, It République américaine aurait reçu l'empreinte et reproduit l'effigie de Ja nationalité francaise; c'est à notre race qu'eût appartenu lhégémonie du Nouveau-Monde; pour tout dire en deux mots, l'Amérique du Nord, au lieu d'être dans son ensemble anglaise de race et de langue, serait aujourd’hui, dans sa presque totalité, un pays francais. Ainsi l'avait rêvé Colignv, et nous ne dirons

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junais assez quel midheur ce fut, au point de vue francuis, que ses patrioltiques visées ne soient pas deventies une réalité,

Mais reprenons notre récit pour montrer quel fatal concours de circonslinces déjouérent les projets de l'illustre chef des huguenots. Déjà, en 1659, sous le voi Henri, il avait essavé de londer au Brésil une colonie protestunte, Un ancien chevalier de Malle, lié aux idées de lt Réforme, Durand de Villegagnon, avait été mis à la tête de Fentreprise {mais Vilegie canon étant ensuite retourné at catholicisme, perdit a coufiunce de ses compagnons, el les Francais, privés de chelel trop peu nombreux, ne purent se miudntenir dans le pavs.

Ce premier échec ne découragea pas Colignv. Ba situation de ses corelisgionnaires devenait en France de plus en plus critique, placés qu'ils étententre Les persécutions à subir ou les révoltes à fomenter. Lun rl, qui exercaitalors quelque influence sur Fesprit du roi Charles IX, profile d'un moment de trève entre les deux partis, pour envoyer une expédition sur des cotes de PAmérique du Nord. Dieppe élut, à celle 6poque, comme La Rochelle, un nid d'armaleurs et de négociants huguenots. Le TS février 1962, un eapiune de ce port, Jean Ribaut, partit avec deux vais- SCUIX DiUnis de ce qui ébuit nécessaire pour Jeter les fondements d'une colonie, et montés par plus de six cents hommes, ant volontaires que marins, tous appitr- Lenant à la religion réformée. Se dirigeant d'abord vers le golfe du Mexique, Ribaut atteignit, après une heureuse traversée de deux mois, la côte de Floride, Ia remonta, et s'arrêtant dans le voisinage de la baie

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appelée encore aujourdhui «Port-Royal », dans fa Caroline du Sud, il it édifier dans une ile de Et cote un fort qu'il appela du nom du rot régnant (Gharlesfort), v laissa ses volontaires avec des provisions, puis repar- Ut pour aller chercher en France renforts et ravitaillements. Mais la guerre civile rallumée Pempécha d'ob- Lenir ces secours, et, son absence se prolongeant fort au-deli du terme fixé, le découragement se mit parmi hos Français, quise vovuent exilés st loin de ftmérepatrie else croyaient oubliés delle. 1 résolurent de construire eux-mêmes, avec les bois du pays, el quoiqu'ils meusseut ni voiles, hi agrès, ni ancres, un petit brigantin sur lequel ils pussent se rapatrier. Hs v Lavaillérent avec une rdeur extrème, S'improvisant eux-mêmes charpentiers, forgerons, calfats 5 la mousse de la lorèl prochaine servit à calfater le vaisseau : l'écorce des pins fournit le goudron; les chemises elles draps se translormérent en voiles. Tous Les apprèts achevés, Le vaisseau prit Kt mer, emportant tous nos colons, el mit Le cap sur Ki France. Midheureusement, li lraversée fut retardée par des accalmies 5 les vivres manquérent; freale, mal élanchée, faisait eau de toute part; une partie des hommes mourut de fun et de fatigue, et Péquipage tout entier eût sans doute péri de mème si un navire anglius ne s'élait rencontré d'aven- Lure pour ramener en Europe ces infortunés,

Ainsi lPAmérique, comme autrefois ée jardin des espérides que délendaient les dragons, semblhut porter malheur aux léméraires assez hardis pour aborder ses rivages. Mais Fi moindre vertu de Coligny n'était pas cette mâle constance qui aurait pu prendre pour son compte la belle devise de la maison d'Orange :

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