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parce qu’elle était particulièrement exigée par la con- 4
joncture critique du moment, et surtout par la situation
précaire dans laquelle nous nous trouvons vis-à-vis des
Etats-Unis: je regrette d'avoir à ajouter que j'ai été
trompé dans toutes ces attentes, et dans toutes les espé-
rances que j'avais conçues, Vous avez consommé | I
dans des débats infructueux provoqués par des animo- Hi
sités particulières et personnelles, ou par des contesta- HER |
tions frivoles sur des objets futiles de pure formalité, un
temps et des talens, auxquels, dans l'enceinte de vos
murs, le public a un titre exclusif, Cet abus de vos
fonctions, vous l'avez préféré aux devoirs élevés et im- } | | | |
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portants auxquels vous êtes obligés envers votre souverain et vos constituans; et par là, vous vous êtes mis dans la nécessité de négliger des affaires d'importance et d'obligation, et d'empêcher que d’autres ne vous fussent soumises, S'il fallait d’autres preuves de cet abus de votre temps, je viens d’en donner une, en ce que je n'ai eu l’occasion d'exercer la prérogative royale que pour cinq bëlls,* après une session de pareil nombre | de semaines. .,,. Vous avez manifesté, dans tous vos { procédés, une violence si peu mesurée, et montré un | défaut d'attention si prolongé et si peu respectueux |! envers les autres branches de la législature, que quelque [il modération et quelque indulgence qu’on leur suppose, je ne peux compter sur une bonne intelligence générale sans avoir recours à une nouvelle assemblée.”
Dans la partie de son discours adressée aux deux chambres, Sir James Craig dit qu’il est entré dans ces détails (et autres que nous omettons), dans la vue de prévenir de fausses représentations, et de mettre le
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* Il n’en avait pas été sanctionné moins de trente-deux dans
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peuple à même de juger des raisons qui lui ont été fournies pour la conduite qu’il a adoptée. ‘La tâche, ajoute-t-il, m’en a été pénible au plus haut degré, et je m'en détourne avec une satisfaction particulière, pour vous offrir, messieurs du conseil législatif, la reconnaissance qui vous est dûe, pour l’unanimité, le zèle et l'attention continuelle que vous avez montrés dans vos procédés: ce n’est point à vous qu’il faut attribuer qu’il ait été si peu fait pour le bien public. Mes remercimens sont également dûs à une partie considérable de la chambre d’assemblée,” &c.
Nous ne saurions dire si, généralemeut parlant, une autorité à laquelle on n’avait jamais nié le droit de louer, r’avait pas aussi celui de blâmer: maïs si, après avoir tant fait dans un sens, et si peu dans l’autre, la chambre d’assemblée ne devait pas attendre du gouver. neur les louanges accoutumées, elle en attendait encore moins sans doute une aussi longue et aussi sévère mercuriale. Nous pensons qu'en effet, Sir James Craig passa de beaucoup les bornes de la modération qu'il se plaint de n’avoir pas trouvée chez les représentans du peuple, et qu’il manqua grandement aux formes parlementaires, en remerciant la minorité de l’assemblée, après avoir censuré sa majorité.
Cette majorité n'avait plus la parole pour réplique: de vive-voix et sur-le-champ; mais elle avait un journal à sa disposition; le discours du gouverneur fut commenté, critiqué, et amèrement censuré dans les colonnes du Canadien: écrits violents, sarcasmes, épigrammes, rien ne fut épargné pour faire paraître la conduite de son Excellence despotique ou ridicule. La hardiesse, la violence du journal, qui d’abord étonna ses abonnés, finit par persuader aux électeurs que c’étaient les membres de la majorité de l'assemblée, et non le gou-
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verneur, qui avaient eu raison, et la plupart furent réélus.*
Dans sa harangue d'ouverture, le 29 janvier 1810, Sir James Craig annonça aux deux chambres, que, d'après les instructions qu’il avait reçues d'Angleterre, il donnerait l’assentiment royal à un bill passé par les deux chambres, pour rendre les juges inhabiles à siéger dans l’assemblée.
Cette dernière chambre avait à cœur la réprimande que sa dévancière avait reçue, dans la dernière session, et elle n’eut rien de plus pressé que de résoudre, ‘“ Que toute tentative de la part du gouverneur, ou des autres branches de la législature, soit de dicter, soit de censurer ses procédés, surtout en approuvant la conduite d’une partie de ses membres, et en blâmant celle des autres, était wne violation du statut par lequel cette chambre est constituée, f une infraction des priviléges de cette chambre, contre laquelle elle ne pouvait se dispenser de protester, et une atteinte dangereuse aux droits et libertés des sujets canadiens de sa majesté.”
La chambre s’occupa ensuite des affaires financières de la province, ou de la liste civile ; et après de longues discussions et une forte opposition, elle en vint à la conclusion que la province était en état de payer toutes les dépenses de son gouvernement, et qu’elle se chargerait volontiers de les payer. Elle rédigea, en consé-
* Un nouveau journal fut établi à Québec, dans l’intérêt du gouvernement et des gens en place. Il eut des lecteurs assez nombreux, peut-être, dans les villes ; mais dans les campagnes, le Canadien avait pris les devans : et ceux qui avaient mis sur pied le Vrai-Canadien, moyennant probablement quelques sacrifices pécuniaires, manquèrent ensuite de désintéressement, ou de zèle, pour le soutenir,
À La passion met quelquefois en avant des propositions que Ia rason n’accueille pas toujours comme des vérités évidentes Gu démontrées,
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quence, trois adresses, l’une au roi, la seconde à la chambre des lords, et la troisième à la chambre des communes, et pria, par adresse, le gouverneur de les vouloir bien faire parvenir à leur destination. La demande parut au gouverneur nouvelle et extraordinaire: il fit observer à la chambre, que l’usage du parlement v’autorisait pas le peuple, ou une branche de la législature, à faire des offres de deniers sans le concours des autres branches ; ou même que la coutume du parlement n’était pas d'offrir de lui-même de l'argent au gouvernement, mais d'attendre qu’il lui en demandât. Ilpromit pourtant de transmettre l'adresse au roi, dans laquelle il était dit, entre autres choses: “ Qu'il nous soit permis d'exprimer à votre Majesté la vive reconnaissance que nous inspire le souvenir de ses bienfaits, et la vue de l’état de prospérité auquel s’est élevée cette province, sous le gouvernement paternel de votre Majesté, et sous la constitution heureuse que nous tenons de votre libéralité et de celle de votre parlement. Cet état de prospérité est devenu tel, qu’il nous a rendus capables de nous charger, dans cette session de notre législature, des dépenses civiles de notre gouvernement, jusqu'ici soutenu, en grande partie, par votre Majesté ; et cet effet de notre prospérité nous cause une satisfaction d'autant plus grande, que votre peuple de Grande-Bretagne est chargé, depuis tant d'années, des frais d’une guerre dispendicuse, pour la protection de toutes les parties de votre vaste empire. Dans ces circonstances, voire peuple du Bas-Canada s’estime heureux d’avoir pu s'acquitter d’une obligation que lui imposaient le devoir et la reconnaissanec.”
Nous ne saurions dire si la chambre d’assemblée était consciencieusement autorisée à agir de la sorte, sans avoir consulté ses constituans, aux dépens desquels elle
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DÙU CANADA. 149
voulait se montrer ainsi reconnaissante et généreuse. Ce que nous savons, ou plutôt, ce que nous voyons, c’ert que la mauvaise rédaction, la gaucherie de son adresse au roi, ne parlait pas beaucoup en faveur de ses talens littéraires ou diplomatiques. Sa reconnaissance pour la manière paternelle dont le gouvernement du roi était administré dans la province, et la prospérité extraordinaire qui en était résultée, étaient en cont. adiction manifeste avec le mésaccord marqué qui venait d’éclater entre elle et ce gouvernement, et qu’elle était disposée à augmenter encore :* cet état de prospérité extraordinüre, et l'infinie satisfaction qu'il causait à l'assemblée. n'étaient nullement en harmonie avec les diatribes de son journal contre la conduite du gouverneur ; avec les cris incessants de ce journal contre tous les fonctionnaires publics, les gens en place; avec les discours que, l'été précédent, les candidats populaires avaient adressés à leurs électeurs. Le temps de l’irritation est-il ordinairement celui de la reconnaissance, ou d'une générosité spontannée et désintéressée ? Le moins que nous puissions dire de la demande de l'assemblée, c’est qu'elle fut faite en temps inopportun, ou prématurément : et c’est ainsi qu’on en jugea en Angleterre. On y vit un but ultérieur, un dessein qu’on n'était pas alors disposé à favoriser, celui de contrôler tout le revenu de Ia province, y comprise la partie qui était appropriée pour le soutien de l'administration du gouvernement et de la justice, et qui tenait lieu de liste civile.
Une tentative que fit l’assemblée pour avoir un agent en Angleterre ne réussit pas. Un agent dela chambre d’assemblée seule ne pouvait être payé sur le revenu provincial ; et un agent de la province ne pouvait être
* Voir plus bas.
nommé et reconnu sans le concours des trois branches de la législature.
Cependant un bill pour rendre les juges inhabiles à siéger dans l’assemblée fut passé par cette chambre, ct envoyé au conseil. Cette dernière chambre l’amenda, en y introduisant une clause, er vertu de laquelle il ne devait être en force que pour le prochain parlement. Quelques uns des membres influents de l'assemblée n'étaient pas d'humeur à patienter si longtems, et ils purent, cette fois, amener la majorité à prendre la résolution brusque et désespérée d’expulser, par un simple vote, ou une simple résolution, M. de Bonne, le seul juge qu'il y eût alors dans son sein, et son siège fut déclaré vacant.
Par ce procédé arbitraire et violent, on mettait les affaires de la province dans un état cricique, et en perdant de vue la maxime, salus populi suprema lex esto, on courait le risque de diminuer de beaucoup la prospérité nécessaire aux dépenses extraordinaires qu’on voulait encourir: on mettait surtout le gouverneur dans un étrange embarras: en acquiesçant à la résolution de
la chambre, il descendait de la position élevée où il-
s'était placé, et tombait dans l'inconséquence ; en recourant à une nouvelle dissolution, il risquait d'augmenter le mécontentement, ou plutôt, de diminuer la grande satislaction que causait à la majorité de l’assemblée sa paternelle administration.
Il crut devoir prendre le dernier parti; et le 26 mars, après avoir donné la sanction royale au bill “pour régler le commerce avec les Etats-Unis, et à l’acte renouvellé “ pour la meilleure préservation du gouvernement de sa Majesté,” il dit, entre autres choses :
* Apparemment de peur d’enfreindre le droit des électeurs qui avaient porté M. de Bonne à l'assemblée,
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