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témérairement), avec sa division, par un sentier rendu extrèmement diflicile par les glaçons que la marée y avait accumulés, et par l'épaisseur de la neige, qui tombait en abondance, ayant d'un côté, une espèce de précipice, et de l’autre, un rocher comme suspendu audessus de sa tête. Il se rendit maître d'une première barrière, et s'avança à l’attaque d’une seconde, défendue par une soixantaine d'hommes, avec plusieurs petits canons chargés à mitrailles. On laissa approcher les assaillans à vingt-cinq verges de distance, et l’on tira alors sur eux avec tant d'effet, qu'ils furent forcés de retraiter précipitamment, après avoir perdu un nombre d'hommes, et parmi eux leur général et ses deux aidesde-camp.
Arnold faisait en même temps son attaque, du côté du Sault-au-Matelct. Il surprit ct fit prisonnière la garde postée à la première barrière ; mais il reçut à la jambe une blessure grave, et dut être porté loin de la mêlée. Cet incident n’empêcha pas les assaillans de s’avancer hardiment, sous les ordres du capitaine MorGaN, à l’attaque de la seconde barrière, et ils auraient probablement emportée d'assaut, si ceux qui la défendaient n'eussent reçu à temps un renfort de miliciens, commandés par le colonel CarDweLL et le major NaAIRxe. Il s'en suivit un combat où l'avantage fut quelque temps balancé ; mais lorsqu'ayant épuisé leurs munitions, les assaillans voulurent se replier, leur position se trouva tournée, et ils furent forcés de se rendre.
Hors d'état de se maintenir devant la place, les Américains allèrent prendre une nouvelle position, à une lieue de distance. Carleton fit incendier le palais de l’intendant, et toutes les maisons du voisinage, afin que l’ennemi ne s’y pût pas loger. La vigilance, l'activité, l'habileté que ce général avait déployées pour la défense
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DU CANADA 69 de Québec, lui faisaient le plus grand honneur. Un trait qui ne l’honora pas moins, peut-être, ce fut le soin qu'il prit, après le combat, de faire chercher le corps du général Montgomery, et de le faire enterrer décemment. Les privations que les troupes américaines éprouvèrent, après leur défaite, les rendirent turbulentes et indisciplinées ; les Canadiens eurent à se. plaindre de cet état de choses, et la plupart de ceux qui d’abord avaient paru favorables à leur cause, les abandonnèrent peu à peu. Dans le même temps, un parti nombreux de volontaires canadiens, sous l’actif et loyal de Beaujeu, fait stationné sur la rive droite du fleuve, et interceptait la plupart des convois destinés aux Américains. Arnold, qui, après avoir reçu quelques renforts, s'était rapproché de la ville, fut remplacé, le ler avril, par le vénéral Wooster, qui, au bout d’un mois, eut pour suceesseur le général Tomas. Ayant reconnu d’abord, avec le peu de troupes qu'il avait, il ne pouvait prolonger le siége d’uue ville où allaient arriver des convois maritimes, dont on avait déja signalé l'apparition dans le lit inférieur du fleuve, Thomas voulut du moins faire une nouvelle tantative pour s'emparer de la place, avant que les chances lui devinssent encore plus contraires. Le projet d’incendier les vaisseaux du port, et de donner aussitôt l'assaut à la ville, devait s’exécuter le 8 mai; mais un brulot dirigé contre les vaisseaux anglais ayant été lui-même consumé, avant d'avoir pu les atteindre, la flotte fut préservée, et la surprise et l'assaut ne purent avoir lieu. Les Américains se retirèrent dans leur camp, et deux jours après, ils commencèrent à évacuer leur position. Une sortie, que fit le gouverneur, avec l'élite de sa garnison, les surprit, au milieu de ce mouvement, et précipita leur retraite. Ils laissèrent en arrière leurs munitions et leur bagage ;
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70 IHISTOIRE
ce dénument rendit leur marche plus pénible: il leur,
fallait se disperser pour trouver des subsistances. Parmi les hommes qui s’'égarèrent, les uns restèrent prisonniers de guerre ; “les autres furent secourus par l'humanité des Canadiens.”
Le lieu de ralliement des troupes américaines était situé vis-à-vis du confluent de la rivière de Richelieu : celles qui montaient de Québec y arrivèrent, après avoir perdu leur chef, et essuyé de grandes fatigues: elles y furent jointes par un corps de 4,000 hommes commandés par le général SULLIVAN ; mais ces troupes arrivaient trop tard pour aller reprendre devant Québec les opérations du siège, et elles étaient de beaucoup inférieures à celles que les Anglais venaient de recevoir par le fleuve.
Ces derniers occupaient alors, dans le voisinage des grands lacs, des forts qui les mettaient en relation avec les Sauvages des environs. Ce fut au moyen de ces auxiliaires qu’ils purent déloger les Américains du poste des Cidres, et les chasser de toute la grande pointe, ou presqu’ile formée par le fleuve et par la rivière des Outaouais. Demeurés, au nombre de quelques centaines, prisonniers du capitaine FOSTER, commandant dans l'endroit, plusieurs furent, dit-on, massacrés par les Sauvages. Ces derniers redoutant la vengeance d'Arnold, qui était parti de Mont-réal avec un corps de six cents hommes, lui déclarèrent que si un seul Sauvage était tué, tous les prisonniers qu’ils avaient seraient mis à mort. Pour épargner ce malheur à ses compatriotes, Arnold n'attaqua point ies Sauvages, et consentit à l'échange du reste des prisonniers.
Cependant, l’armée anglaise parti de Québec, avec le général Carleton, était échelonnée sur les bords inférieurs du fleuve, et son corps le plus avancé était arri-
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vé aux Trois-Rivières. Sullivan crut 4 : aurait bon marché de cette division, s'il pouvait l’attä: : avant qu'elle eût été jointe par les autres. Il fit embarquer sur le lac Saint-Pierre 1,800 hommes sous le commandement du brigadier Tuiompsox, pour aborder à la Pointe du Lae, et de là s’'avancer sur les Trois-Rivières ; mais avant d'y arriver, ils rencontrèrent le brigadier FRASER, à la tête d’un corps de troupes plus nombreux que le leur. 1 s’en suivit un combat meurtrier, qui se termina à l'avantage des Anglais. Le général l'hompson et le colonel IRwWIN, commandant en second, furent fuits prisonnicrs avec environ deux cents de leurs gens. Le reste retraita précipitamment, à travers les plaines marécageuses du nord du lac, et alla rejoindre les autres troupes américaines à Sorel.
Les forces anglaises se montaient alors à 13,000 hommes, et Sullivan n’en avait que 5,000. Ce général remonta le Richelieu, et gagna successivement le fort de Chambly et celui de Saint-Jean, où il fut Joint par Arnold, qui ramenait avec lui la garnison de Mont-réal. Après avoir détruit ce dernier fort, et occupé momentanément l'Isle-aux-Noix, Sullivan traversa du nord au midi le lac Champlain, et se replia sur les forts de Crown-Point et de Ticonderoga, d’où l’expédion américaine était partie, huit mois auparavant,
On avait trop compté dans cette entreprise, dit un écrivain français, sur là faveur d’une partie des Canadiens, et sur leur coopération: cette fausse espérance fit commencer avec des moyens trop faibles une conquête où l’on ne pouvait s'appuyer que sur ses propres forces. Néanmoins cette expédition, quoique malheureuse, avait offert aux Américains de nombreuses occasions de déployer leur courage ; elle avait signalé les vertus militaires et civiles de Richard Montgomery,
72 LISTOIRE
Les
digne d’être proposé pour modèle aux guerriers. Canadiens avaient rendu hommage à sa modération au milieu des succès, et lorsqu'il fut tombé sous les murs de Québec, le général Carleton lui fit rendre les honneurs funèbres dûs à son grade et à l'éclat de ses actions.”
Jarleton aurait pu dès lors poursuivre plus loin se: avantages ; mais il crut que le succès serait plus certain, s'il devenait maître de la navigation du lac Champlain. I se hâta de faire les préparatifs de cette entreprise, et pour en dérober plus longtems la connaissance aux Américains, il fit venir d'Angleterre les ancres, les agrès, les bois tout travaillés des vaisseaux qui devaient être armés. Tous ces matériaux, après avoir traversé pèle-mèle l'océan, furent transportés par le Saint-Laurent et le Richelieu, jusqu'au chantier de construction, où il ne restait plus qu'à les assembler. Les ouvriers aécessaires avaient fait partie de l'expédition: le traail fut fait promptement, mais il avait fallu beaucoup de temps pour le préparer, et ce ne fut qu'au mois d'octobre qu’on eut une flottille composée de trois vaisseaux à trois mâts, de vingt barques, ou chaloupe: canonnières, ct d’un nombre considérable de barges ou bateaux de transport. Le commandement en fut donnt au capitaine (depuis l'amiral) PRINGLE.
Les Américains avaient été jusqu'alors maîtres de la navigation du lac Champlain, et pour la conserver, ils étaient parvenus à'équipper une flottille composée d’une corvette, de deux brigantins et d’une douzaine de bâtimens de moindre grandeur. Le commandement en fut confié au brigadier Arnold. Les deux escadres se rensontrèrent, le 11octobre, près de l'ile de Vadicourt: il s'en suivit un engagement très vif entre plusieurs vaisseaux: mais comme les Anglais, qui avaient le vent contraire, ne pouvaient employer qu’une partie de leurs forces, au
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bout de quelques heures, leur commandant ordonna la retraite, pour remettre l'attaque au lendemain. Les Américains avaient cependant perdu deux navires, l’un mis en feu, l’autre coulé bas, et Arnold ne voulut pas attendre dans la même station le renouvellement du combat. Il se dirigea, dans la nuït, vers le mouillage de Crown-Point, pour, à l'aide des batteries de ce fort, mettre plus de proportion dans ses moyens de défense ; mais avant d'arriver à l'extrémité méridionale du lac, il fut atteint par l’escadre anglaise. Une nouvelle action s’engagea, et quatre bâtimens, qui formaient l'avant-garde américaine, purent seuls gagner Crown- Point. N’espérant plus pouvoir défendre les autres, Arnold manœuvra pour les faire échouer, y mit le feu, et ne sortit du sien qu'à travers la flamme. Après avoir détruit Crown-Point, les Américains se replièrent sur Ticonderoga. Carleton regagna le nord du lac, fit garder comme postes avancés l'Isle-aux-Noix et Saint- Jean, et par le Richelieu redescendit à Québec, remettant au printems de l’année suivante la continuation de ses opérations militaires.
Le commandement des troupes qui devaient agir offensivement fut donné au lieutenant-général Bur- GOYNE, qui s'était déja distingué en Amérique. Ce général arriva à Québec, le 9 mai 1777. Il eut sous lui les inajors-généraux PHiLLtPs et RIEDESEr, et les brigadiers Fraser, PowELLz, HAMILTON ct SPECHT. Les préparatifs de l'expédition se firent avec activité : on se hâta de faire transporter aux forts de la rivière Richelieu, et sur la flotte du lac Champlain, tous les approvisionnemens nécessaires. Quelque déplaisir qu'éprouvât le général Carleton de n'être pas chargé de cette expédition, il la seconda avec zèle. Burgoyne, qui
se trouvait à la tête de huit à 9,000 hommes de troupes [RS
re: HISTOIRE
réglées, aurait voulu y joindre au moins 2,000 Canadiens ; mais on n’en put réunir que quelques centaines.*
Un corps de Sauvages, Iroquois, Abénaquis, Algonquins et Outaouais, commandés par M. de Saint-Luc, rejoignirent l’armée sur la rive occidentale du lac Champlain. Le 20 juin, Burgoyne leur donna le banquet de guerre. Dans le discours qu’il leur adressa, en cette occasion, il chercha à exciter leur ardeur pour la cause du roi, et à réprimer en même temps leur barbarie accoutumée, en leur ordonnant d’épargner les vieillards, les femmes et Les enfans, et en leur défendant de répandre ::: 5 :3 autrement que dans le combat, et d'enlever la ©: e aux blessés. Mais il leur permit de l’enlever aux moi: et dans la proclamation qu’il publia le lendemain, il parle des Sauvages qui l’accompagnaient, comme disposés à massacrer, avec leur férocité ordinaire, tous les ennemis de la Grande-Bretagne, qui leurtomberaient entre les mains. Etait-il de la convenance politique de paraitre vouloir laisser la carrière libre à la barbarie des Sauvages, lorsque réellement on se proposait de la restreindre, et de menacer de maux qu’on n'avait pas dessein d'infliger ? C'était au moins vouloir inutilement paraître inhumain. On aurait évité de se mettre dans cette étrange position, en se passant d’un secours qui ne valait peut-être pas ce qu’il devait coûter. La France et l'Angleterre avaient pu être justifiables d'employer les Sauvages, lorsque c'était pour combattre d'autres Sauvages, leurs ennemis ; mais quand ces puissances les employèrent pour faire des incursions sanglantes, et par là multiplier et rendre plus cruels les maux de la guerre, elles furent, selon nous
# s Cette nation ne cherchait pas à se jetter dans une guerre d'invasion, qui pouvait exposer à des représailles sur son propre tecritoire,”—M. Roux D& ROCHELLE,
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très blâmables. “En 1757, dit un écrivain moderne, le marquis de Vaudreuil avait cherché, par leur coopération, à suppléer aux forces que le ministère ne lui faisait pas parvenir;” mais Carleton et Burgoyne n’'éprouvaient pas le même besoin. Les Sauvages furent, au reste, des auxiliaires très peu utiles au général Burgoyne, dans sa malheureuse expédition, dont les détails appartiennent exclusivement à l’histoire d'Angleterre et à celle des Etats-Unis.
Déchargé d'un commandement qu'il avait, dit-on, ambitionné, le génézal Carleton put se livrer, à Québer, à des occupations plus paisibles. Le conseil législatif s’assembla, pour la première fois, au printems de cette année 1777. Seize ordonnances furent passées dr : cette première session. Parmi les plus importantes #st celle qui a rapport à l'administration de la justice: 21? établit, 1° une cour du banc du roi, pour les eau: & criminelles seulement, et où le juge en chef pouva senl présider ; 2°, une cour des plaidoyers communs pour chacun des districts de Québec et de Mont-réal, où trois juges devaient siéger, mais où la présence de deux était suffisante ; 8°. une cour des prérogatives, ou de vérification (probates), pour les affaires testamentaires et les successions; 4°. une cour d'appel, que devaient former le gouverneur,le lieutenant-gouverneur, le juge en chef de la province, et des conseillers législatifs au nombre de cinq au moins.
Dans cette session fut aussi passée la première ordonnance. pour régler la milice de la province. Presque toutes les clauses de cette loi portent empreinte du gouvernement colonial d'alors, qui malgré l'acte de 1774, ou plutôt en conséquence de cet acte, n’était autre chose qu'un despotisme militaire, préférable pourtant à
la dégradation civile qui l'avait précédé. “ D’après les
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76 THISTOIRE
idées qu’on avait en Angleterre de la France, dit M. Du Calvet, que l'on se figurait comme un royaume où la volonté du monarque était l’unique loi de l’état, et au nom des lois francaises réinstatées dans la colonie, on s'était cru autorisé à y ériger un despotisme armé de tous les pouvoirs qui étaient propres à le rendre formidable et tyrannique, et à l'inviter à l'être.” En effet, loin de restreindre le gouverneur dans de justes bornes, du moins quant aux services exigibles des miliciens, le conseil législatif semblait avoir eu à cœur de le mettre parfaitement à son aise, et de lui ôter la possibilité de toute crainte d'aller trop loin. A quelques exceptions près, tous les Canadiens de l'âge requis, étaient assujétis à des services militaires rigoureux, loin de leurs foyers, et pour un temps presque illimité ; et ceux qui n'étaient pas employés activement étaient tenus de faire gratis les travaux agricoles de leurs voisins absents. Les peines infligées pour contravention à l'ordonnance, quoique restreintes, pouvaient être regardées comme tyranniques.
En 1778, fut passé, dans le parlement britannique, l'acte déclaratoire vulgairement appellé l'acte de la 18ème année de Georges IIT. Cet acte fut passé dans la vue de ramener les colonies révoltées, et de rassurer celles qui étaient demeurées fidèles. Il y était déclaré que la Grande-Bretagne renonçait au droit de taxer les colonies à l'avenir, et qu'elle n’y établirait d’autres impôts que ceux qui seraient jugés nécessaires pour le réglement du commerce et de la navigation, laissant aux législatures provinciales la disposition des revenus qui en pourraient provenir.
Cette déclaration venait trop tard pour induire les colonies insurgées à se remettre volontairement sous le joug de l'Angleterre ; et le droit que se réservait le parlement britannique d'établir des impôts pour le régle-
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DU CANADA. 77 ment du commerce, ne fut pas du goût de tout le monde, même dans les provinces de Québec et d'Halifax.
Quelques Canadiens, “que leur zèle avait emportés trop loia contre le gouvernement britannique,” avaient abandonné leur pays, après la retraite d’Arnold, pour chercher un asile chez les Américains. D'autres furent alors, ou plus tard, emprisonnés, comme soupçonnés de favoriser Ja cause des “rebelles.” Depuis longtems, les Canadiens étaient intrigués, travaillés en sens contraire: le congrès américain leur avait adressé une seconde invitation ; WASHINGTOX en avait fait de même; et lorsque la France se fut déclarée l’alliée des provinces insurgées, en 1778, le comte D’'EsTAING, venu, dans l'automne de la même année, dans les parages amérieains, avec une escadre, leur adressa une lettre, ou proclamation, dans laquelle il leur disait, en substance, “ Qu’étant du même sang, parlant la même langue, ayant les mêmes coutumes, les mêmes lois, la même religion que les Français, ils devaient se joindre à leurs anciens compatriotes, afin de secouer le joux d’une nation étrangère, vivant dans un autre hémisphère, avec des coutumes et une religion différente; qu'il était autorisé par sa Majesté (Louis XVI) à offrir un appui à tous ceux qui étaient nés pour goûter les douceurs de son gouvernement, à tous ses compatriotes de l'Amérique Septentrionale ; que les Américains et les Français formaient eomme un seul peuple, et qu'ils étaient égaiement leurs amis ; que se lier avec les Etats-Unis c'était s'assurer son bonheur ; qu’enfin tous les anciens sujets da roi de France qui ne reconnaitraient pas la suprématie de Angleterre, pouvaient compter sur son appui et sa protection.”
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La proclamation du comte d'Estaing eut peu d'effet
sur le peuple, et encore moins sur le clergé et la no- G 2
blesse, malgré les louanges qu'elle leur prodiguait, et les grandes promesses qu’elle leur faisait. “II y avait, dit M. IlizLiarb D'AUBERTEUIL, moins de mécontens à Québec que partout ailleurs, C'était le siége du gouvernement, le séjour de la noblesse, l'asile des ecclésiastiques. Les prêtre: menacaient de la damnation éternelle les Canadiens qui se joindraient aux rebelles.” Selon M. SouLès, les Canadiens “irrésolus, épars sur leur vaste territoire, travaillés par le clergé, qui prévoyait la perte de son crédit dans une alliance avec les Américains, appréhendaient de subir un jour la venseance si cruelle que l'Angleterre avait tirée de l'iné-
branlable attachement à la France des Acadiens spoliés et expatriés.”
Une lettre du général marquis de LAFAYETTE, et l'attente d’une nouvelle invasion, qui en effet, ne manqua que par la défection d’ Arnold, ne furent pas capables de
l'aire revenir les Canadiens de la crainte d’éprouver le sort de leurs compatriotes d'Acadie, ou de les porter à s'écarter de la fidélité qu'ils devaient à leur nouveau souverain,
L'arrivée en Canada de M. Fleury MEsPLET, imprimeur français, qui avait exercé son urt à Philadelphie, fournit aux Canadiens l’occasion de faire voir qu’ils n'étaient pas aussi étrangers à la littérature et aux sciences, qu'on‘lavait cru, ou feint de le croire. La proposition qu’il fit de publier une feuille hebdomadaire, fut accueillie favorablement, et le premier numéro de la Gazeite Littéraire (pour la ville et le district de Montréal) parut le 3 juin 1778. Plusieurs des essais qui remplirent les colonnes de ce journal, pendant la durée de sa publication, qui fut d’une année, font honneur au jugement et au bon goût de leurs auteurs. C'était peutêtre plus qu’on aurait dù attendre, quand on considère
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(pour reproduire les idées de l'éditeur), ‘“ que les ports de la province n'avaient été .ouverts jusqu'alors qu'au
commerce des choses qui tendaient à la satisfaction des sens; qu'il n’y existait encore ni une bibliothèque publique, ni même le débris d'une bibliothèque, qui put être regardé comme un monument, non d’une science profonde, mais de l'envie ét du désir de savoir ; que jusqu'alors les Canadiens avaient été obligés de se renfermer dans une sphère si étroite, non faute de la volonté d'acquérir des connaissances, mais faute d'occasion; que sous le règne précédent, ils n'avaient été occupés, en grande partie, que des troubles qui avaient agité leur pays; qu’ils ne recevaient d'Europe que ce qui pouvait satisfaire leurs intérêts ou leur ambition ; qu'ils avaient ignoré qu’il est possible d'être grand sans richesses, et que la science peut tenir lieu de biens et d’honneurs ; qu’enfin sous le présent rèone, ils n'avaient pas changé d'objet, parce qu’il ne leur en avait pas été offert d'autre.”
Sir Guy Carleton ayant démandé et obtenu son rappel, le général HALDIMAND, Suisse de naissance, lui fut donné pour successeur. Ce nouveau gouverneur arriva à Québec, au commencement de juillet (1778), et le général Carleton s’'embarqua pour l'Angleterre, quelques jours après. Les citoyens de Québec présentèrent à l'un et à l’autre des adresses de félicitation, où nous avons regretté de voir l’esprit d'adulation et de servitude se montrer trop à découvert,
Le général Burgoyne, retourné en Angleterre, eut pour premier soin de chercher à se disculper, et il crut . que le meilleur moyen d'y réussir était de rejetter sur autrui le blâme de son irréussite. Il déclama, dans la chambre des communes, dont il était membre, contre les Canadiens, comme miliciens, et se plaignit, en termes
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peu mesurés, de la conduite de M. de Saint-Luc, comme commandant des Sauvages. Nous ne déciderons pas si ce gentilhon.ae fit bien vu mal d'accepter le commandement des Sauvages, et de se rendre ainsi, en quelque sorte, responsable de leurs actes de barbarie ; mais nous dirons qu'il sut répondre en homme de cœur et d’honneur aux accusations du général anglais, et lui prouver que là où il blâmait les autres, c'était lui-même qui était à blâmer.
Les Euuvages dont les Américains croyaient avoir le plus à se plaindre étaient ceux des cinq tribus iroquoises; aussi résolurent-ils de les mettre pour longtems hors d'état de leur nuire. Instruits de ce dessein, les Iroquois firent leurs préparatifs de défense, et rassemblèrent 1,800 guerriers, auxquels se joignirent deux cents Européens ; mais les forces envoyées contre eux. sous le général Sullivan, se montaient à 5,000 hommes, L'expédition ressembla à quelques unes de celles qui avaient été dirigées contre eux par les gouverneurs français du Canada. Attaqués dans leurs positions, ils s’enfuirent, après la perte de quelques hommes ; mais leur pays fut complètement ravagé. A l'exemple du comte de FRONTENAC, Sullivan fit détruire les villages, les habitations isolées, les blés, les fruits, les bestiaux, et d'une contrée riante et florissante fit une solitude désolée. ‘Ce fut, dit un auteur moderne, un afHigeant spectacle pour l'numanité, que de voir ainsi refoulé vers la vie sauvage un grand nombre de peuplades qui commençaient à jouir d'un meilleur sort. Si quelques généreux défenseurs de la race proscrite élevèrent la voix en sa faveur, leurs accens de pitié ne furent pointécoutés, ct l'on étendit sur une race entière Ja punition encourue par quelques tribus. On prétendit que tous ces peuples ne pourraient jamais être amenés
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DU CANADA. 8i à la civilisation, et l'on Ôsa les présenter au monde comme dégradés de cette dignité morale et intellectuelle dJont le sceau fut empreint par la Divinité sur le front de tous les hommes.”
Le 19 mai 1779 fut un jour remarquable par une obseurité extraordinaire, particulièrement à Québec.
Pour revenir au nouveau gouverneur-géneral, on ne pouvait lui refuser de l’esprit, des talens et des connaissances ; mais ceux qui l’avaient complimenté sur sa “ ferme équité,” et sur sa “douceur affable,” ne tardèrent pas à s'appercevoir qu’ils s'étaient trop pressés. Si l’on pouvait ajouter une foi entière à quelques écrits du temps, son administration aurait été celle de l'injuste méfiance, de l’inquisition d'état, de l'espionnage ; il s'y serait commis des actes sans nombre de cruauté, ou de rigueur outrée, d’extorsion et d’iniquité, et la plupart des fonctionnaires publics auraient été dignes d’une telle administration, Comme on l’a vu plus haut, le conseil législatif avait gratifié le pays d’un nouvel acte de judicature, “et, s’écrie M. Du Calvet, quelle est la nature de la jurisprudence qui rend ses oraeles en Canada ? Voici les juges de notre province: un capitaine d’infantcrie (Fraser); un chirurgien-major de la garnison (Mabane), actuellement en service; un négociant (M. SOUTHIHOUSE), qui n'entend pas une syllable de français”* Ce n'était pas, suivant le même écrivain, le droit ou le tort qui décidait du gain ou de la perte d’un procès,mais la bienveillance où la malveillance des juges. Les corvées, de tous temps et partout regardées comme un grief majeur, se multiplièrent,sous le gouverneur Haldimand, au point de devenir un vrai fléau pour les gens de la campagne. Sir Guy Carleton avait emprisonné
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si faut toujours se rappeller que M. Du Calvet est un écrivain exagérateur,
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quelques particuliers, entre autres lesieur Walker,comme coupables ou prévenus d'adhésion à la cause américaine: M. Haldimand emprisonna par centaines coupables et innocens, entre autres, le sieur Du Calvet, un de ceux qui eurent le plus à souffrir sous son administration. II est vrai que ce gouverneur fut trompé, (comme le furent quelques uns de ses successeurs,) par ceux qui l’'entouraient : il est vrai aussi que le mécontentement était grand alors dans la province, et qu’il se manifestait parfois assez ouvertement: enfin, la vérité force à dire que chez quelques uns, entre autres, les sieurs Cazeau,* ITay, LATERRIÈRE, le mécontentement apparent fat, au fond, une véritable conspiration contre le gouvernement,.
Cependant, les esprits s’agitaient de plus en plus dans la province : les Anglais avaient toujours été mécontents de l'acte de 1774, les uns, paree qu’il ne leur accordait pas assez; les autres, parce qu’il accordait trop, suivant eux, aux Canadiens ; et si ces derniers s'étaient d’abord montrés satisfaits de ce statut, quelques unes des mesures auxquelles le gouverneur Carleton avait voulu recourir, et plus encore la conduite arbitraire ct violente du général Haldimand, leur firent comprendre que ce simulacre de constitution ne les mettait pas à labri des coups du despotisme, n’était pas pour eux une garantie suffisante, sous le rapport de la propriété et de la libérté même