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grands chemins. Le roi se réserve le droit de désapprouver et infirmer toutes les ordonnances passées par le conseil législatif de Québec, lesquelles devront être envoyées en Angleterre, six mois, au plus tard, après leur passation, pour être présentées à sa Majesté, La présence de la majorité du conseil sera nécessaire pour l’adoption d’une ordonnance. Le roi se réserve encore le droit d'établir dans la province, sous le grand sceau de la Grande-Bretagne, les cours criminelles, civiles ou ecclésiastiques qui lui paraîtront nécessaires, ct d'en nommer les juges et autres officiers. ‘Fous les actes du parlement d'Angleterre faits antérieurement pour régler le commerce des colonies, ou ayant rapport aux colonies, demeurent en force dans la province de Québec, comme dans les autres possessions britanniques.
Tel est, en substance, l'acte de la 14ème année du règne de Georges ITE, chapitre 83. Comme cet acte avait été passé principalement en faveur des Canadiens, et qu'il les mettait dans un état beaucoup meilleur que celui où ils étaient depuis dix ans, ils en furent généralement satisfaits.“ Il n'en fut pas ainsi des Anglais :
* Un de nos écrivains trouve l'acte de 1774 “honorable à la mémoire de ses auteurs, et en particulier à celle de l’immortel gouverneur qui en avait fait le sujet de ses plus instantes sollicitations. Ami des Canadiens, continue-til, qu'il aimait, parce qu'il s'était appliqué à les connaître, CARLETON ne négligea aucune occasion de parler en leur faveur, et de faire ce qu'il considérait comme une chose qui leur appartenait de droit. Grâces à l'activité et à la constance du vertucux général, les ministres furent éclairés, et le roi, convaincu des désastres qu'avait causés l'introduction des lois anglaises, fit passer, dans les deux chambres de son parlement, le premier de nos actes constitutionnels.”— Correspondance de lu Bibliothèque Canadienne, tome V.
D'autres attribuent au gouverneur et aux ministres des vues moins philanthropiques, ou moins désintéressées.
“Sir Guy Carleton prévoyant la rupture des colonies avec la mère-patrie, imagina, pour se concilier la faveur des Canadiens, de leur offrir le rétablissement des lois françaises. Cette proposition, regardée par le gouverneur comme un grand coup de politique,” &c.--M. François Cazrat.
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pour donner du poids à leur requête, ils avaient présenté un mémoire aux deux chambres du parlement, en mai 1774; et lorsque l'acte fut reçu à Québec, ils s’assemblèrent de nouveau, afin de rédiger des pétitions pour en obtenir l’abrogation ou la modification. Outre leurs pétitions au roiet aux deux chambres du parlement, qui furent transmises à lord Dartmouth, ils en adressèrent une à ce ministre en particulier, dans laquelle ils témoignaicnt le mécontentement que leur causait ce statut, et faisaient la peinture des maux qu’il devait, suivant eux, faire tomber sur la province. Leur nombre n’était rien comparé à celui des anciens habitans; mais se croyant exclusivement dignes des faveurs du gouvernement de la suétropole, comme Anglais et protestants, et peutêtre, dans leur idée, comme vainqueurs, ils auraient voulu, en apparance, que ce gouvernement agît exclusivement dans l'intérêt de leur amour-propre; mais, outre qu'il aurait fallu trop tôt revenir sur ses pas, c’aurait été se montrer trop ouvertement partial et injuste que d'accéder à leur demande: aussi n’y eut-il ni abrogation, ni modification,
Jusqu'alors le revenu permanent de la province de Québec, ou revenu de la couronne, provenait des droits
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Unfortunately, the conquest of Canada was almost immediately
followed by the commencement of those discontents which ended in
the independance of the United Provinces. To prevent the further dismemberment of the empire became the primary object with our statesmen, and an especial anxiety was exhibited to adopt every expedient which appeared calculated to prevent the remaining North American colonies from following the example of succesful revolt. Unfortunately, the distinct national character of the French inhabitants of Canada, and their ancien! hostility to the people of New-England, presented the easiest and most obvious line of demarcation : to isolate the inhabitants of the British from those of the revolted colonies became the policy of government, and the nationality of the French Canadians was therefore cultivated, as a means of perpetual and entire separation from their neiïghbours.—Lord UKHAM, E
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imposés par le gouvernement de France sur les marchandises importées dans la colonie. Dans la même session de 1774, le parlement britannique passa un acte substituant à ces anciens droits, ou impôts français, d’autres droits, pour former un revenu spécialement applicable, sous l’uutorité du roi, ou des lords de la trésorerie, au paiement des dépenses du gouvernement civil et de l'administration de la justice. C’est l’acte, ou statut, de la 14ème Geo. IIT. chap. 88.
Des Acadiens, au nombre de quatre-vingt-un, qui avaient laissé le Canada, lors de la conquête, revinrent à la baic des Chaleurs, au printems de cette année 1774 ; et on leur permit de s’y établir, aprèsavoir exigé d'eux le serment de fidélité au roi de la Grande-Bretagne.
Le gouverneur-général étant revenu à Québec, dans l'automne de la même année, le conseil exécutif s’assembla pour faire lecture de l'acte constitutionnel, et le conseil législatif fut inauguré. IL fut composé d'environ deux tiers de protestans (dont quelques uns étaient des Suisses français, ou des natifs de Jersey), et un tiers de catholiques. Plusieurs autres Canadiens furent admis aux charges publiques, en prètant le serment exigé par l'acte.
Cependant, les anciennes colonies anglaises, mécontentes de la manière dont leur métropole voulait les gouverner, et particulièrement des taxes qu’elle prétendait avoir droit de leur imposer, sans leur consentement, avaient pris la résolution de résister à ce qu’elles appellaient l'exercice d’un pouvoir arbitraire et oppressif,. Les délégués des différentes provinces s'étaient réunis à Philadelphie, capitale de Pensylvanie, en une assemblée qui se donna le nom de Congrès, afin d’aviser aux moyens de rendre la résistance générale et effcace, Cette assemblée publia ce qu'elle appella une
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déclaration de droits, et adressa une longue lettre aux habitans français de la province de Québec, pour les engager à fuire cause commune avec ceux des autres colonies.
Dans cette lettre, datée du 26 octobre 1774, les Américains disaient, entre autres choses, aux Canadiens : ‘“ Que lorsque après une résistance courageuse, le sort des armes les avait mis au nombre des sujets de la Grande-Bretagne, ils s'étaient réjouis d’un accroissement si précieux; que comme la bravoure et la grandeur d'âme sont généralement jointes ensemble, ils s'étaient attendus que leurs courageux ennemis deviendraient leurs amis sincères, et qu'ils avaient espéré que l'Etre Suprême répandrait sur eux les dons de sa divine providence, en leur assurant, ainsi qu’à leur postérité la plus reculée, les avantage sans prix de la constitution libre de l'Angleterre, qui est un privilége dont tous les sujets anglais doivent jouir ; que cette espérance avait été confirmée par la déclaration faite par le roi, en 1763, et qu’ils n'auraient jamais pu imaginer qu’il se trouverait des ministres assez audacieux pour les priver de la jouissance de droits irrévocables, ct auxquels ils avaient un si juste titre.”
Après avoir exposé les droits que la constitution anglaise donne aux citoyens, le congrès américain s’efforce de prouver aux Canadiens, qu’on n’a rien mis à la place de ces droits et priviléges, par l’acte dont nous venons de donner la substance. ‘ Que vous offre-t:on, dit-il, à la place de ces droits? La liberté de conscience pour votre religion? Non, Dieu vous l'avait donnée, et les puissances temporelles avec lesquelles vous étiez
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en eussiez la pleine jouissance. . .. A-t-on rétabli les lois françaises dans vos affaires civiles? Cela paraît
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ainsi; mais faites attention à la faveur circonspecte des ministres qui prétendent devenir vos bienfaiteurs: “On se réglera d’après ces lois, jusqu’à ce qu’elles aient été modifiées et changées par des ordonnances du gouverneur et du conseil.” ... La couronne et les ministres ont le pouvoir, autant qu’il a été possible au parlement de le concéder, d'introduire le tribunal de l'inquisition mêrue au milieu de vous.” ..* Après un détail long et exagéré dues défectuosités du statut de la 14ème année de Geo. III, chap. 83, entre-mèêlé de déclamations et d'injures contre le ministère britannique, le congrès continue: % Vous ne pouvez, en portant de tous côtés vos regards, appercevoir une seule circonstance qui puisse vous promettre le moindre espoir de liberté, si vous n’aloptez entièrement le projet d'entrer en union avec nos colonies. Nous connaissons trop ‘ ien la noblesse de sentiment qui distingue votre nation, pour supposer que vous soyez détournés de former des liaisons avec nous par les préjugés que la diversité de religion pourrait faire naître. Nous n’exigeons pas de vous d'en venir à des voies de fuit contre votre souverain: nous vous engagerons seulement à consulter votre gloire et votre bien-être, et à ne pas souffrir que des ministres indignes vous persuadent et vous intimident au point de devenir les instrumens de leur despotisme. Nous vous engageons aussi à vous unir à nous par un pacte social, fondé sur le principe liberal d’une liberté égale, et entretenu par une suite de bons offices réciproques, qui puissent le rendre perpétuel. Dans la vue d'effectuer une union si désirable, nous vous prions de considérer s’il ne serait pas convenable que vous vous assemblassiez dans vos villes et vos districts respectifs, pour élire des députés qui formeraient un congrès provincial, duquel vous pourriez choisir des délégués pour
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étre envoyés, comme les représentans de votre province, au second congrès général de ce continent, qui doit ouvrir ses séances à Philadelphie, le 10 mai 1775.... Votre province est le seul anneau qui manque pour compléter la forte chaîne de notre union; que nos intérêts politiques soient communs ; leur propre bien-être ne permettra jamais aux autres Américains de vous abandonner ou de vous trahir ; et soyez bien persuadés que le bonheur d’un peuple dépend absolument de sa liberté et de son courage pour la maintenir.”
Cette lettre, ou invitation, était adressée au sieur François CAZEAU, riche négociant de Mont-réal, et homme influent, non seulement dans la colonie, mais encore chez les Sauvages, par l'étendue de son commerce et par le nombre de ses employés; et elle lui fut remise par le sieur Thomas Walker, (le même dont il a été parlé plus haut,) devenu partisan des Américains.* M. Cazeau, Français de naissance, s'était déjà montré ouvertement “l’ami de sa patrie et de la liberté,” comme il s'exprime lui-même, et il croyait servir l’une et l’autre, en embrassant avec ardeur le parti des colonies insurgées; mais malgré son influence, et le zèle qu'il mit à faire répandre dans toutes les parties de la province, des exemplaires de la lettre du congrès, cette lettre ne produisit pas, à beaucoup près, tout l'effet que ses auteurs s’en étaient promis. Le tact politique leur avait manqué en la rédigeant, et il s’en fallait qu’elle put être regardée par ceux à qui elle était adressée, comme un chef-d'œuvre de littérature ou de diplomatie. Le style
* Quand on a vu le gouvernement d'Angleterre, indigné du traitement fait au sieur Walker, s’empresser d’ordonner que justice lui fût rendue, on serait fâché d’être obligé de croire que la haine seule du despotisme colonial eût pu le rendre ingrat, ou ne pas l’empêcher de donner de lui à ses protecteurs une idée toute différente de celle qu'ils en avaient eue,
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en était redondant, ridiculement exagéré, ct parfois grossièrement injurieux envers une classe d'hommes qu’ils étaient accoutumés à révérer, du moins extérieurement, Si les Canadiens y étaient loués, flattés même directement, ils y étaient injuriés indirectement d’une anière ignominieuse, puisqu'on y donnait comme dligne d'horreur et du dernier mépris, l’acte même qu’ils avaient demandé, et dont ils étaient satisfaits généralement. Si le congrès américain se fit alors quelques partisans parmi les Canadiens, ce ne fut guère que dans la classe ouvrière ou agricole: le clergé, la noblesse et la haute bourgeoisie, qui connaissaient mieux leur devoir, ou qui savaient avoir plus à perdre qu’à gagner par un changement de gouvernement, se montrèrent généralement défavorables à l'insurrection. L'homme à qui les rênes de l'administration avaient été confiées avait su se faire aimer des Canadiens, et cette circonstance ne contribua pas peu à retenir, au moins dans les bornes de la neutralité, ceux d’entre eux qui auraient pu, ou cru pouvoir améliorer leur sort, en faisant cause commune avec les colons insurgés. | Cependant, tout aimé et estimé qu'il était des Canadiens généralement, Carleton ne put leur persuader qu’il fût de leur devoir et de leur intérêt d'agir offensivement contre les Américains. Ce général était imbu de l’opinion que les seigneurs et leurs vassaux étaient tenus au service militaire envers le roi, et obligés de prendre les armes pour la défense de son gouvernement, à peine de confiscation de leurs biens, s'ils refusaient de le faire. Plusieurs seigneurs étaient, ou feignirent d’être du même avis, et montrèrent, en cette occasion, beaucoup de zèle et d'activité. Ils assemblèrent leurs censitaires, pour leur faire connaître l’état où se trouvait la province, ct leur expliquer le service qu’on attendait d’eux, et la né-
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cessité absolue de se préparer à la guerre. Quelques uns se montrèrent disposés à leur obéir; mais le plus grand nombre déclarèrent qu'ils ne se croyaient pas obligés d'être de l'opinion de leurs seigneurs, et qu’ils ne porteraient pas les armes contre les provinciaux. “Nous ne connaissons, leur fait-on dire, ni la cause, ni le ré: sultat du présent différent : nous nous 1 1ontrerons loyaux ct fidèles sujets, par une conduite paisible, et par notre soumission au gouvernement sous lequel nous nous trouvons; mais il est incompatible avec notre état et notre condition de prendre parti dans la présente contestation.”
Les Canadiens étaient d'autant plus fondés à croire qu'on n'avait pas le droit de les forcer à prendre les armes contre les Américains, et qu’il leur était loisible de demeurer neutres, que naguère, les Anglais, faisant là guerre à leur métropole, et envahissant leur pays, sous WozrEe et Murray, avaient exigé d'eux, ou de leurs pères, une stricte neutralité, à peine d’un châtiment exemplaire, ou, comme ils s’exprimaient, d’une “exécution militaire immédiate.”
Informé que la Grande-Bretagne, loin de revenir sur ses pas, en révoquant ses décrets, était déterminée à employer la force des armes pour réduire ses colonies à l'obéissance, le congrès résolut, de son côté, de recourir à la même force, pour obtenir ce qu’elles demandaient. Il crut que le meilleur moyen d'engager le Canada à faire cause commune avec les autres colonies, était de s'emparer des places fortes qu'y occupaient les Anglais, et par lesquelles il supposait que les Canadiens étaient tenus en échec. Au commencement de mai 1775, les colonels ALLEN et ARNOLD, à la tête d'environ trois cents hommes, traversèrent le lac Champlain, et débarquèrent de nuit, tout près de Ticonderoga. Le lende-
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main (10 mai), ce fort, dont la garnison n'était que de cinquante hommes, se rendit sans coup-férir. Les Américains y trouvèrent plus de cent canons et une grande quantité de munitions de guerre. Le fort de Crown- Point se rendit, quelques jours après, et celui de Saint- Jean, où il n’y avait qu’un sergent et quelques soldats, au commencement de juin. Ce dernier fort fut repris, le surlendemain, par un parti d'environ quatre-vingts volontaires canadiens, sous le commandement de M. PICOTÉ DE BELESTRE.
Le général Carleton, informé de ces opérations offensives, résolut de mettre tout en œuvre pour recouvrer les postes qui venaient de lui être enlevés, et qui ouvraisnt aux provinciaux la porte du Canada. Comme les troupes réglées qu’il y avait dans le pays ne consistaient qu’en deux régimens, le 7ème et le 26ème, et qu’elles étaient trop dispersées pour pouvoir agir avec efficacité, il crut que le meilleur parti à prendre était de faire, s’il était possible, dans la province, autant de soldats qu'il y avait d’hommes en état de porter les armes. Dans cette vue, il publia, lc9 juin, une proclamation, dans laquelle il disait, “qu’attendu qu'il existait une rebellion dans plusieurs des colonies de sa Majesté, et qu'un parti de gens armés avaient fait une incursion dans cette province, lesquels continuaient à conserver j'attitude et à tenir le langage d’envahisseurs, il avait jugé à propos de proclamer la loi martiale, et d’incorporer la milice de la province, pour repousser les attaques du dehors, rétablir la paix et la tranquillité publique au-dedans, prévenir la trahison, et punir ceux qui s’en rendraient coupables.”
Loin de produire l'effet désiré, cette proclamation en amena un tout contraire ; elle mit le mécontentement là où les plus zélés n'avaient vu auparavant que de l’indif-
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nés soldats, et pussent être légalement assujétis au même service que les troupes réglées. Les enrôlemens volontaires étaient, dans l’opinion générale, le seul moyen auquel le gouverneur pût recourir légitimement, pour repousser l’envahissement, s’il avait lieu.
Ne pouvant réussir par la force, Carleton crut devoir recourir à la persuasion ; et pour mieux réussir par ce moyen, il s’adressa à l’évêque de Québec. M. Briand adressa aux curés de son diocèse un mandement, qu'ils avaient ordre de lire, dans leurs églises, à leurs paroïssiens, qu’il exhortait à prendre les armes pour la défense de leur pays.*
Le mandemant n'eut pas beaucoup plus d'effet que la proclamation : la plupart des habitans ne purent perdre l'idée qu'ils s'étaient formée, que si on leur faisait prendre les armes pour la défense de leur pays, on pourrait bien les leur faire porter hors de ses limites, et pour un espace de temps dont ils ne prévoyaient pas le terme. Ils l'avaient fait, sous la domination française, mais par petites troupes, et pour de courts espaces de temps.
Le 6 juillet 1775, fut publiée, à Philadelphie, la “Déclaration des Représentans des Colonies Unies de l'Amérique Septentrionale.” Aux allégations de cette déclaration la Grande-Bretagne put répondre avec vérité au moins ce qui suit: “En accordant, contre toute vérité, que les colons étaient parvenus à défricher, à fertiliser leurs terres, sans peser en rien sur la métro-
* M. Roux pe RocuELLe est dans l'erreur, quand il dit que “l’évêque de Québec, que lé gouverneur avait essayé de faire entrer dans ses vues, refusa d’y coonérer, et ne voulut point faire servir à propager les maux de la guerre, un ministère de religion et de paix.”
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pole, ne peut-on pas les sommer de répondre, sils auraient été capables de conserver ces mêmes terres, sans les secours que la mère-patrie n’a cessé de leur prodiguer ? Ne fut-ce pas pour protéger les provinces américaines que la Grande-Bretagne s’engagea dans la dernière guerre,qui la jettadans des dépenses ruineuses? Ces mêmes provinces unics, qui sent aujourd’hui défier la puissance de ce royaume, ne se souviennent-elles plus d’avoir imploré ses secours et sa protection contre une seule colonie, qui leur avait inspiré une terreur pamique ? Ont-elles donc perdu le souvenir de leurs humiliations ? Ne fut-ce pas la Grande-Bretagne qui arrêta le eours de leurs disgrâces, et qui, en expulsant leurs emmemis du continent de l'Amérique, ne les délivra pas seulement du danger, mais même de la crainte du danger ? La métropole ne prodigua-t-elle pas ses trésors pour équipper des flottes et lever des armées, qu’elle fit passer dans le Nouveau-Monde, et ne porta-t-elle pas la générosité de ses secours jusqu'à soudoyer leurs propres milices, pour tirer de l'oppression ces colonies maintenant si fières ? N'est-ce pas la mère-patrie qui a uniformément protégé toutes ces provinces américaines; qui a encouragé leur culture par des gratifications, pendant la paix ; qui les a reconciliées avec leurs voisins, qu’elles avaient aigris par leurs violences, jusqu’à s’en faire les ennemis les plus redoutables? La métropole devrait avoir les plus vifs regrets des conditions qu’elle a stipulées pour la sûreté des provinces américaines. Sila Grande-Bretagne, après avoir conquis le Canada sur la France, le lui eût restitué, nos superbes Américains seraient encore defidèles sujets; leur crainte leur tiendrait lieu d’affection pour la mère-patrie. Le besoin continuel qu’ils auraient de ses secours les forcerait à parler avec plus de modération de leurs propres
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ressources : leur première incapacité de se défendre se serait conservée dans leur souvenir, aussi longtems que les objets de leur première terreur auraient existé sur leurs frontières. Mais l’Angleterre ne les a délivrés de ces craintes vives et habituelles, que leur inspirait le voisinage des Français, que pour éprouver leur ingratitude.”
Ii était dit, dans la “ Déclaration,” qu’on était bien informé que le général Carleton, gouverneur du Canada, népargnait rien pour engager les habitans de cette province et les Sauvages à venir fondre sur les Américains.
En effet, ne pouvant réussir à ébranler l'opinion publique, qui inclinait vers la neutralité, Carleton proposa une levée de volontaires, auxquels il offrait les conditions les plus avantageuses : on accordait à chaque soldat deux cents arpens de terre; cinquante de plus, s'il était marié, et cinquante pour chacun de ses enfans ; son engagement ne devait durer que jusqu’à le fin dela guerre, et les terres qu’on lui donnait étaient exemptes de toutes charges pendant vingt ans. Ces offres n'ayant pas tenté un grand nombre d'individus, le général crut devoir chercher ailleurs d’autres secours. Il envoya des émissaires chez les Sauvages, et s'adressa particulièrement aux cantons Iroquois. Quinze années de paix avaient fortifié cette confédération: elle reprenait son ascendant sur les autres tribus indigènes ; son exemple pouvait les entraîner, et procurer à la Grande-Bretagne d’autres auxiliaires. Mais il fallait de l’adresse et de puissants moyens de séduction pour déterminer les Iroquois à prendre part à une guerre où ils n'avaient aucun intérêt direct, aucun motif de préférence pour l'un ou l’autre parti. Les vieillards regardaient ces débats, et les combats sanglants qui
levaient s’en suivre, comme une expiation des maux que les Européens leur avaient faits. ‘ Voilà, disaientils, la guerre allumée entre les hommes de la même nation: ils se disputent les champs qu’ils nous ont ravis. Pourquoi embrasserions-nous leurs querelles, et quel ami, quel ennemi aurions-nous à choisir ? Quand les hommes rouges se font la œuerre, les hommes blancs viennent-ils se joindre à l’un des partis? Non; ils laissent nos tribus s'affaiblir, et se détruire l’une par l'autre: ils attendent que la terre, humectée de notre sang, ait perdu son peuple et devienne leur héritage. Laissons les, à leur tour, épuiser leurs forces, et s’anéantir: nous recouvrerons, quand ils ne seront plus, les forêts, les montagnes et les lacs qui appartinrent à nos ancôtres.”
C'était à peu près dans ce sens que M. Cazeau leur parlait, ou leur faisait parler par ses émissaires: “ c’est une guerre de frères, leur disait-il; après la reconciliation, vous resteriez ennemis des uns et des autres.” Mais le chevalier Jorxsox, le sieur CAMPBELL et AI. de SaixT-Luc les travaillaient dans le sens contraire, et ils se firent surtout écouter des jeunes gens. Campbell leur prodigua les présens, et Johnson détermina la plupart des chefs de guerre à venir à Mont-réal, pour sy engager à servir. Ils s'engagèrent à centrer en campagne, aux premières feuilles de l’année suivante ; lorsque les Anglais auraient terminé les préparatifs de guerre qu'ils avaient commencées.
Carleton s’occupait de ces préparatifs avec activité: on dev:.t lui envoyer d'Europe des renforts de troupes, des convois d'armes ct de munitions ; il regrettait les délais inséparables de ces armemens. Uneinvasion au sud du Saint-Laurent lui paraissait nécessaire eturgente, pour dégager la garnison de Boston, alors bloquée par les Américains.
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Iniormé des desseins du général anglais, le congrès résolut de les prévenir, en ordonnant lui-même une expédition contre le Canada. Le major-général Scauy- LER et les brigadiers Monraomery et Woosrer furent chargés de se porter, avec 3,000 hommes, vers les forts de Ticonderoga et de Crown-Point, pour de là s'avanccr par le Richelieu jusqu’au poste de Sorel. S'étant rendus maitres de l’Isle-aux-Noix, Schuyler et Montgomery 2dressèrent de là aux Canadiens une déclaration où ils leur disaient, entre autres choses, que “leur armée, uniquement distinée à agir contre les troupes anglaises, respectcrait leurs personnes, leurs biens, leurs libertés et leur religion.” Montgomery, devenu commandant en chef de l'expédition, en conséquence de la maladie de Schuyler, parut à la vue de Saint-Jean, le 17 septembre, et envoya de là les majors Browx et LiviNGSTON s'emparer du fort de Chambly. Montgomery s'attacha avec vigueur au siége de Saint-Jean; mais la défense qu'y fit le major PRESTON, à la tête de sa garnison, ne fut pas moins vigoureuse. Cette garnison se composait d’une partie du 7ème et du 26ème régimens, et d'environ cent volontaires canadiens,* sous M. de Bellestre.
Pendant que Montgomery était devant Saint-Jean ; ie colonel Allen, par ordre de ce général, ou de son propre mouvement, traversa le Saint-Laurent, avec cent-cinquante hommes, à environ une lieue au-dessous de Mont-réal, dans la vue de surprendre cette ville. Carleton, qui s'y trouvait alors, informé de la chose,
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* Parmi lesquels étaient MM. de LoxGuEIL, de LOTBINIERE, de ROUVvILLE, de BoucnHBRrviILLe, de LACORNE, de LABRUERE, de SaixT-Ours, de MoxTIGNY, D'ESCITAMBAULT de LAMADELAINE, de Moxressox, de RiGOUvVILLE, de SALABERRY, de TONNANCOUR, de FLorimonT, DucuEsNay, PERTHUIS, HERVIEUX, GAUCHER, GTASSON, CAMPION, BEAUBIEN, LaMarQUE, DEMUSSEAU, Fov- CHER, Moquix.
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assembla une centaine de soldats, et environ deux cents volontaires de la ville, et en donna le commandement au major CARDEN. Cet officier se mit en marche, le lendemain, 25 septembre, et trouva Allen avantageusement posté, à la Longue-Pointe, derrière la petite rivière T'ruteau. XI s'en suivit un combat qui dura une demiheure, et où les Américains turent defaits, avec perte de cinq morts, dix blessés, et une cinquantaine de prisonniers, y compris le commandant, Les Anglais y perdirent le major Carden, M. PATTERSON, négociant, ct deux soldats. Allen avait sans doute compté sur l'aide des Canadiens, qui lui manqua; autrement, son entreprise aurait été le comble de la témérité. Il fut envoyé à Québec, avec quelques autres prisonniers, et de là en Angleterre. Le reste de ses gens, parmi lesquels il y avait quelques habitans de la rivière Chambly, se sauvèrent d’abord dans les bois, et parvinrent ensuite à regagner leurs demeures, ou le camp américain, devant Saint-Jean.
Prévoyant que le manque de vivres ne permettrait pas à la garnison de ce fort de tenir longtems, Carleton pensa à assembler une force capable d’en faire lever le siège, ou d'y jetter des secours. Il envoya au colonel Mac- CLEAN, qui commandait à Québec, l’ordre de lever autant d'hommes qu’il pourrait, et de monter à Sorel, où il se proposait de l’aller joindr Cet officier réussit à mettre sur pied environ trois cents hommes, la plupart Canadiens, et se mit en route. Le gouverneur, de son côté, assembla un corps d'environ mille hommes, presque tous Canadiens, et commandés par M. de BBAUJEU ; mais, au lieu d'aller joindre McLean à Sorel, il entreprit de traverser le Saint-Laurent, en bateaux, vis-à-vis de Mont-réal, pour aller débarquer sur le rivage opposé, où se trouvait un corps d'Américains avantageusement
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postés, avec deux pièces de campagne. Ils le laisserent approcher jusqu'à la portée du pistolet, et firent alors eur ses gens un feu si vif d'artillerie et de mousqueterie, qu'ils n'eurent rien de mieux à faire que de virer promptement de bord, En même temps, un autre parti d’Américains forea McLean, qui s’approchait de Mont-réal, à retraiter jusqu’à Sorel, où il fut abandonné de lu plupart de ses gens, et contraint de s’en retourner à Québec avec le reste, Perdant l'espoir d’être secouru, Preston remit Saint-Jean à Montgomery, le 3 novembre, après avoir obtenu les honneurs de la guerre pour sa garnison, qui demeura prisonnière, et fut envoyée dans l'intérieur des colonics insurgées.
La reddition de Saint-Jean et la retraite de McLean mettait le gouverneur dans une situation singulièrement critique : il ne lui était pas possible de défendre Montréal, et il lui était extrêmement difficile de retraiter à Québec. Cette retraite était pourtant le seul parti qu'il eût à prendre pour n'être pas fuit prisonnier, et pour empêcher que la capitale ne tombât incessamment au pouvoir des provinciaux ; aussi se hâta-t-il de faire embarquer toutes les munitions qu'il y avait à Montréal, sur le brigantin le Gaspé, et autres petits bâtimens, et d'y embarquer lui-même, avec lebrigadier PRESCOTT, une centaine de soldats, et ceux des habitans qui voulurent l’accompagner. On mit à la voile dans l'espoir d'arriver sûrement et promptement à Québec; mais on n'avait pas fait dix lieues, que la flotille fut assaillie par: un fort vent d’Est, qui l’obligea à jetter l'ancre vis-à vis de Lavaltrie. Ce contretems rendait la situation du £ouverneur d'autant plus périlleuse, que les Américans, avaient érigé des batteries sur une pointe de terre, du coté de Sorel, armé des bateaux, et construit des batteries flottantes, pour intercepter la flotille canadienne
Cependant, Montgomery s'était mis en marche pour Mont-réal, etil arriva devant cette ville, le 12 novembre. Comme elle avait été laissée sans moyens de défense, et même sans commandant, le général américain n voulut point lui accorder une capitulation formelle ; mais il dit, en réponse aux articles qui lui furent présentés par quelques uns des principaux bourgeois, * “ Que l’armée continentale n'était venue que pour donner liberté et sûreté ; qu'il espérait qu'il s'assemblerait un congrès, ou une convention provinciale, qui adopterait avec zèle toutes les mesures qui pourraient contribuer à établir, sur des bases solides, les droits civils et reli- “icux de toutes les colonies,” &c.
Apprenant que le général Carleton était retenu, par Ja contrariété des vents, à la hauteur de Lavaltrie, Montgomery se prépara à l’y aller attaquer, se flattant de le faire prisonnier, avec ceux qui l’accompagnaient, ct de mettre ainsi une fin prompte et heureuse à la suerre du Canada. Son dessein ne réussit pourtant qu'à demi. On était heureusement dans la saison des nuits longues et obscures: le brave et loyal capitaine BouonETTE, du Gaspé, fit prendre au gouverneur le costume d’un habitant de la campagne,t et le fit embarquer avec lui, M. Charles de Lanaudière, son aide-decamp, ét un vieux sergent du nom de BouTHILIER, dans un esquif, ou canot léger, dont il avait eu la précaution de faire couvrir les bords, de même qu’une partie des rames, avec de la flanelle; et en voguant ainsi sans bruit, au milieu de l'obscurité, on put atteindre les Trois-Rivières sans accident. Le gouverneur s’y trouva
* MM. John Porreous, Richard HuNTLEY, John BLArkr, Ed. Wim, Grav, James FinLay, James McG1LL, Pierre PANXRT, Pierre Meziere, SunT-Grorce Dupre’, Louis CariGnax, François MaznioT, Pierre Guy.
+ D'un pêcheur, suivant M. Aporpnus.
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DU CANADA. 65 pourtant exposé à un danger plus imminent, en appa rance, que celui auquel il venait d'échapper. A peine était-il entré dans la ville, qu'un parti d'Américains y arriva, et que l’hotellerie où il était descendu s'en trouva remplie. Mais, au moyen de son déguisement, et des manières familières que prit avec lui à dessein l'ingénieux capitaine Bouchette, on pu“ le faire rembarquer dans l’esquif, et atteindre une goëlette, sur laquelle on parvint heureusement à Québec.
Pendant que le général Carleton arrivait ainsi à bon port, la flottille, sur laquelle était resté le brigadier Prescott, avait été forcée de capituler.
Tandis que les Américains attaquaient le Canada du coté de Mont-réal, une autre expédition s’avançait par le sud-est, pour l’attaquer du côté de Québec. Vers le milieu de septembre, le colonel Arnold, détaché, avec environ 1,500 hommes, de l’armée qui assiégeait Boston, s'était rendu à la rivière Marymac, d'où des vaisseaux l'avaient transporté à l'entrée du Kennebec.* Il avait remonté cette rivière jusqu’à sa source, avec des diffcultés et des fatigues incroyables. Après avoir franchi les hauteurs qui séparent les versans de l'Atlantique et du Saint-Laurent, il avait atteint la source de ja Chaudière, et était arrivé, le 4 novembre, à S'urtigan, le premier établissement canadien situé sur cette rivière.
Cependant, en l’absence du gouverneur-général, M. Cramahé, qui avait eu quelque vent de l'expédition d'Arnold, avait songé à mettre Québec à l'abri d'un coup de main: il avait donné des ordres pour la construction de nouveaux ouvrages de fortification, et pour
* “L'on va par cette rivière, au travers des terres, jusqu’à Québec, quelques cinquante lieues, sans passer qu’un trajet de terre de deux lieues ; puis on entre dans une autre rivière qui vient descendre dedans le grand fleuve Saint-Laurent.”—CHaMPLaIn,
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l'organisation et l'armement de l4 milice. Arnolc arriva à la Pointe-Lévis, le 9, Le lendemain, il y eut chez le lieutenant-gouverneur un conseil de guerre, où il fut résolu qu’on tiendrait ferme, et qu'on se défendrait, tant qu'il resterait quelque espoir de le faire avec succès. Les Américains ne prrent traverser de la rive du sud à celle du nord que dans la nuit du 13. Leur descente se fit à l’ouest du Cap aux Diamans. Arnold gravit les mêmes escarpemens que Wolfe avait gravis, dans la guerre précédente, et il se porta comme lui sur ie plateau des hauteurs d'Abraham; mais il avait perdu l'occasion de surprendre la place, et il n'avait pas assez de troupes pour l’attaquer de vive torce, Après avoir occupé momentanément quelques positions, au voisinage de la ville, il se détermina à remonter la rive gauche du ficuve jusqu’à la Pointe aux Trembles, pour y attendre Montgomery, Le général Carleton, qui avait débarqué en cet endroit, venait d'en repartir, lorsqu'Arnoïld y arriva.
Le général approuva ce que M, Cramahé avait fait, en son absence ; mais apprenant que plusieurs des habitans refusaient de s’enrôler comme miliciens, il menaça de faire sortir de la ville tous ceux qui ne voulaient pas prendre les armes pour sa défense, et cette menace fut suivie de l'effet qu'il en attendait. Il profita de l’éloignement des ennemis pour appiovisionner sa garnison de tout ce qui devait lui être nécessaire, pendant siège qu'elle allait avoir à soutenir.
Montgomery arriva à la Pointe aux Trembles, le ler décembre, avec quelques centaines d’hommes seulement. Il s’approcha de Québec, et le 3, il envoya sommer le gouverneur de se rendre ; mais loin d'admettre son parlementaire dans la ville, on tira, ou l’on feignit de tirer sur lui: sa lettre, apportée au souverneur par une
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femme, fut traitée avec le dernier mépris, et brulée sans avoir été ouverte, et on lui fit dire que tel serait le sort de tout message semblable de la part des Américains, “ s'ils n’imploraient la clémence du roi, et ne redevenaient. des sujets loyaux.” Pourtant, le lendemain et les jours suivants, les assiégeans jettèrent dans la haute ville, au moyen de flèches, plusieurs lettres adressées, les unes au gouverneur, les autres aux habitans; mais elles, tombaient rarement sous les yeux descitoyens, car “aussitôt qu’elles étaient apperçues, elles étaient ramassées et portées au Château.”
N’espérant plus devenir maitre de Québec par capitulation, Montsomery résolut de tenter de l’emporter de vive force. Le 31 décembre, à deux heures du matin, il passa son armée en revue : il en choisit 1,600 homme: pour l'attaque projettée, et les partagea en quatre bandes. La première division, dont il se réserva le commandement, et qui consistait en sept cent-cinquante hommes, devait s’avancer du Foulon par l’Anse des Mères et sous le Cap aux Diamans: la seconde, sous Arnold, devait attaquer du côté de Saint-Roch, et s'avancer par le Sault-au-Matelot: le colonel Livingston, à la tête des Canadiens qui avaient été gagnés à la cause des colonies insurgées, avait ordre de faire une fausse attaque, à la porte Saint-Jean, tandis que la major Brown en ferait une autre au Cap aux Diamans. Les deux derniers avaient ordre de faire des signaux, afin que les différents détachemens pussent commencer lattaque n même temps. Les fusées, qui étaient le signal convenu, furent apperçues de la ville, vers quatre heures et demie du matin, par le capitaine FRASER, du régiment royai: Il battit aux armes, et en peu d’instans, toute la garnison fut aux différents postes qui lui avaient été assignés.
Montgome y s’avança hardiment, (nous dirions mieux