‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 16 sur 95 · HUITIEME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIEME LEÇON

Établissement de Ville- Marie et missions huronnes

RESUME

6.5, Compagnie de Montréal.— Cette compagnie, établie en France (1640) par M. de la Dauversiere et les abbés de Fancamp et Olier, avait pour but de fonder une colonie à Hochela^a. M. Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, fut nommé gouverneur du nouvel établissement.

66. Fondation de Ville-Marie.— La petite colonie de Montréal se rendit à Hochelaga au printemps de 1642 (18 mai). M. de Montmagny et le père Viniont l'accompagnaient. Le dernier célébra la messe dans un petit sanctuaire champêtre élevé à la hâte. A la fête de V Assoviptio7i (15 août), l'île et la colonie furent consacrées à Marie.

67. Bourgades chrétiennes.— Les principales bourgades chrétiennes, situées sur la rive orientale du lac Huron et du lac Simcœ, étaient celles de Saint- Joseph, de Saint- Jean, do. Saint- Louis, de Saijit-Ignace et de Saiyite- Marie.

68. I,es pères Jogues et Bressani.— Le père Jogues et ses compagnons de voyage tombèrent entre les mains des Iroquois, dans une des îles du lac Saint-Pierre, et eurent

à souffrir des cruautés inouïes : deux moururent da*,s leurs tourments. Le père Jogues et le jeune Lalande, échappés cette fois à la mort, furent assommés, plus tard, au pays des Iroquois. Le père Bressani eut aussi la gloire du martyre (1644).

69. Destruction des bourgades.— En 1648 et 1649, les Iroquois détruisirent les bourgades chrétiennes des Hiiro7is. Les pères chargés de cette mission furent massacrés ou torturés cruellement.

70. Monsieur d'Ailleboust. — M. dC Aillebotist, qui remplaça M. de Montmagny, en 1648, était porteur d'un édit du roi, réorganisant le conseil d'administration de la colonie.

DEVELOPPEMENT

65. Compagnie de MontréaL — L'idée qu'avait eue Champlain de construire un fort à la 'pointe Callières (aujourd'hui Place Royale) fut abandonnée jusqu'en 1640. Hochelaga, visité par Cartier dans son deuxième voyage, était encore à la merci des sauvages livrés à l'idolâtrie. M. de la Dauversière, qui s'intéressait aux missions de la Nouvelle-France, résolut d'y établir une colonie. Il soumit son projet à l'un de ses amis, M. l'abbé de Fancamp, et tous deux se rendirent à Paris, où ils rencontrèrent M. Olier, fondateur de Saint- Sulpice, qui les encouragea beaucoup dans leur pieux dessein. La nouvelle société fut fondée sous le nom de Compagnie de Notre-Dame de Montréal (1640), et ]\L de Lauzon lui céda la seigneurie de Montréal aux mêmes conditions qu'il l'avait obtenue de la compagnie des Cent- Associés. La Compagnie de Montréal trouva dans la personne de M. Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, gentilhomme champenois, un personnage digne d'être mis à la tête des colons. Mademoiselle Mance, désirant venir depuis longtemps dans ces contrées lointaines, s'y rendait dans le but

PREMIERS KTABLISSEMENTS COLONIAUX

de fonder un hôpital. La petite colonie, arrivée trop tard à Québec pour monter à Montréal, hiverna à Sillery. M, Puiseaux, venu au Canada (1634) pour travailler à la conversion des sauvages, mit sa maison à la disposition de M. de Maisonneuve et de Melle Mance.

Q)Ç). Fondation de Ville-Marie. — Dès que la naviga,tion le permit, une petite flottille, portant M. de Maisonneuve et tous ses colons, quitta Québec pour se rendre à Montréal. ]\I. Puiseaux, madame de la Peltrie et le père Vimont, supérieur des Jésuites, faisaient partie de l'expédition.

Dès l'aube du 18 mai (1642), on atteignait l'endroit désigné d'avance pour le nouvel établissement. A la suite de M. de Maisonneuve, tous les colons sautèrent sur le rivage, et, dans un de ces élans spontanés qu'on ne peut maîtriser, se prosternèrent sur cette terre qu'ils devaient défricher de leurs mains, arroser de leurs sueurs, et, )/our plusieurs, teindre de leur sang. Un petit sanctuaire champêtre fut élevé à la hâte, et le père Vimont y dit la ivresse. On suspendit devant l'autel, où la sainte hostie fai conservée toute la journée, une petite bouteille de verre contenant des mouches à feu.

Les colons se mirent à l'œuvre dès le lendemain; en peu de jours des retranchements furent élevés et des maisonnettes construites.

La fête de l'Assomption (15 août) fat choisie pour la consécration solennelle de l'île et de la colonie naissante à

M. de Maisonneuve

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Marie. Co jour- là, les naturels allumèrent leurs feux sacrés pour honorer la Vierge. " Là, écrivait le père Lejeune, r/rogttois et VÂlgonquin plus faible feront leur demeure ; le loup vivra avec l'agneau, et un petit enfant sera leur guide."

Missions huronnes

67. Bourgades chrétiennes.— Les missions se développaient rapidement et occupaient déjà une quarantaine de missionnaires. La plus importante était celle de la nation huronne, compren9,nt les bourgades Saint Joseph, Saint- Louis, Saint- Ignace, Sainte-Marie et Saint- Jean, resserrées dans la' petite péninsule située entre le lac Simcoe, la rivière Severn, et la baie Géorgienne. Les pères Jésuites et les Français attachés à leur service, résidaient à la bourgade Sainte-Marie, agréablement assise sur la rive droite de la petite rivière Wye. Les côtes dentelées, les baies profondes, les forêts giboyeuses, les rivières abondantes en poissons, faisaient de la presqu'île huronne une délicieuse contrée, qui convenait parfaitement à un peuple guerrier, commerçant et chasseur. La population comptait à peu près 13,000 adultes.

68. Les pères Jogues et Bressani.— Le père Jogues, retoarnant de Québec à sa mission huronne, tomba inopinément enL.c; les mains d'un parti d'Iroquois embusqués dans une des îles du lac Saint- Pierre. Ses compagnons de voyage, Ahatsistari, chef huron converti, Guillaunie Couture et René Goupil eurent le même sort. Les Iroquois commencèrent aussitôt à torturer leurs prisonniers. Couture, qui dans sa résistance avait tuë un de leurs chefs, dut subir toute leur rage : on lui arracha les ongles, on lui broya les doigts avec des pierres et on lui perça la main droite d'une épée ; Ahatsistari eut les pouces coupés, et, par la plaie de la main gauche, on enfonça un bâton très aigu jusqu'au coude ; le père Jogues eut les mains mutilées et fut suspendu par les bras à deux poteaux où il serait mort, si un jeune Iroquois ne l'eût pas délié.

Les Iroquois emmenèrent les prisonniers dans leurs bourgades : le trajet dura sept jours. Chaque village ami offrait de nouveaux bourreaux. Ahatsistari, condamné à être brûlé vif, endura ce supplice en chantant les louanges du Seigneur. Goupil fut assommé d'un coup de tomahawk, pendant qu'il récitait son chapelet. Le père Jogues, sauvé par les Hollandais, se rendit en France sur un de leurs vaisseaux. En 1646, l'héroïque missionsionnaire obtint l'autorisation de revenir au Canada. En y arrivant, il sollicita de ses supérieurs, comme un bonheur, de retourner au milieu des Iroquois. Mais la récolte de ceux-ci ayant manqué, le père Jogues et son compagnon, le jeune Lalande, furent accusés de maléfices et massacrés à coups de hache, en entrant dans une cabane où ils avaient été invités à souper. On piqua les deux têtes sur des pieux de l'enceinte, afin d'apaiser la colère de» manitous.

Un autre missionnaire, le père Bressan i, eut aussi la gloire du martyre. Il tomba entre les mains des Iroquois (1644), qui le traînèrent pieds nus à travers les ronces et les fourrés, le meurtrirent à coups de bâton, le brûlèrent avec des tisons. Le saint religieux ne dut sa délivrance qu'au dégoût qu'inspirait, même à ses bourreaux, l'horrible état de ses blessures.

69. Destruction des bourgades.— Fiers de leurs succès, les Iroquois résolurent d'exterminer la nation huronne, à cause de son alliance avec les Français. La bourgade Saint-Joseph, desservie par le père Daniel, fut attaquée la première (4 juillet 1648) : elle comptait 700 personnes. Pendant que les hommes étaient à la chasse, et qu'il ne restait dans la bourgade que les vieillards, les femmes et les enfants, les Iroquois l'envahirent et y massacrèrent tout sans pitié, n'épargnant ni le sexe ni l'âge. Le père Daniel aurait pu échapper aux mains des barbares, mais il préféra sacrifier sa vie pour consoler les mourants et donner la grâce du baptême à ceux qui l'avaient jusque-là refusée. Le saint missionnaire mourut fcous une grêle de flèches. La forêt lui fournit une tombe, et les Hurons le pleurèrent.

Plus de 1,000 guerriers iroquois. hivernèrent dans les bois du pays des Hurons et jetèrent partout l'épouvante. Au printemps (16 mars 1649), ils tombèrent inopinément eur la bourgade Saint-Ignace et la réduisirent en cendres. Quatre cents personnes furent massacrées ou brûlées, et les pères Bréhenf et Lalemant, faits prisonniers. Ils détruisirent aussi la bourgade Saint- Jean, où se trouvaient 600 Pétuns. Le père Garnier, chargé de cette mission, trouva la mort dans l'exercice de son saint ministère.

70. Martyre des pères Brébeuf et Lalemant.— Les pères Brébeuf et Lalemant furent attachés chacun

PREMIERS ÊTABI^ISSEMENTS COLONIAUX

à un poteau pour être torturés. Le fer, le feu, la résine et l'eau bouillante, rien ne fut épargné. Le père Brébeuf exaspéra la rage de ses bourreaux en leur parlant de la

Martyre des Pères Brébexif et Lalemant

miséricorde et de la justice de Dieu; alors ils lui coupèrent l'extrémité du nez, la lèvre inférieure, et lui enfoncèrent un ûûorceau de fer rouge dans la gorge, pour l'empêcher de

leur faire des reproches ; ensuite, ils le scalpèrent et lui versèrent de l'eau bouillante sur la tête, en dérision du baptême qu'il leur avait souvent conseillé de recevoir.

Le père Lalemant fat enveloppé d'écorces de sapin des pieds à la tête. Dans cet état pénible, il jeta un regard de pitié sur le père Brébeuf, alors tout ruisselant de sang, qui 'lui adressa ces paroles : " Mon frère, nous avons été. mis en spectacle au monde, aux anges et aux hommes." Libre de ses liens, le père Lalemant courut s'agenouiller aux pieds de son héroïque compagnon, et le supplia de prier pour lui. Forcé de revenir à son poteau de torture, les barbares mirent le feu aux écorces dont le père était enveloppé, et ne cessèrent de le tourmenter, que pour savourer le plaisir d'entendre les soupirs et les gémissements que la douleur arrachait à leur victime.

Le père Brébeuf mourut après trois heures d'atroces souffrances. Ses bourreaux se partagèrent son cœur afin d'acquérir un peu du courage de l'héroïque. missionnaire. Toute leur rage se tourna ensuite vers le père Lalemant. Ils lui arrachèrent les yeux qu'ils remplacèrent par deux tisons. Un iroquois fatigué de le voir languir, mit un terme à ses souffrances en lui assénant un coup de hache sur la tête.

Le sang de ces pères a fait germer sur notre sol une semence de chrétiens. Espérons que bientôt l'Eglise glorifiera ces martyrs de la charité, dont on travaille aujourd'hui à introduire la cause de canonisation.

71. Monsieur d'Ailleboust. — La cour, ayant décidé que chaque gouverneur ne serait à l'avenir que trois ans en charge, désigna M. d'Ailleboust de Coulonge pour remplacer de Montmagny (1648). Le nouveau gouverneur était porteur d'un édit royal, réorganisant le conseil d'ad-

jninistration de la colonie. Les membres du nouveau conseil étaient : le gouverneur général, le supérieur des Jésuites, en attendant qu'il y eût un évêque, le dernier gouverneur général sorti de charge, deux habitants du pays, élus de trois en trois ans par les syndics de Québec, de Montréal et des Trois-E-ivières. Les gouverneurs de Montréal et des Trois-E-ivières avaient droit d'assister au consed, quand ils se trouvaient à Québec.

Questionnaire. — l. Quels sont les personnages qui s'occupèrent de la Compagnie de Montréal ? — 2. Parlez de la fondation de Ville- Marie . — 3. Nommez les bourgades chrétiennes ? — 4. Quels j>ères trouvèrent la mort dans la destruction de ces bourgades ? — ô. Parlez du père Jogues . — 6. Dites quelque chose du martyre des pères Brébeuf et Lalemant . — 7. Que savez-vous de M. d'Ailleboust ?

Devoirs. — l. Racontez la fondation de Montréal. —2. Que savezvous du père Jogues ? — 3. Faites le rccit du martyre des pères Brébeuf et Lalemant.

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