‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 17 sur 95 · NEUVIEME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIEME LEÇON

INCURSIONS DES lUOQUOIS KT KVÉNEMICNTS RELIGIEUX

RÉSUMÉ

71. Ravages des Iroquois. — iVprès la dévastation des bourgades huronnes, les Iroquois se répandirent sur tous les points de la colonie pour y exercer des ravages.

72. M. de I/auzon, gouverneur. — M. de Lauzon. accompagné de deux de ses fils, Jean, grand sénéchal, et Louis, sieur de la Ci'tière, arriva à Québec en qualité de gouverneur, en 1651.

73. Recrues pour Montréal. — Afin d'obtenir du secours pour défendre Ville-Marie contre les incursions des Iroquois, M. de Maisonneuve passa en France et en revint avec 100 hommes robustes et courageux (1653).

74. -M. d'Argenson, gouverneur, — M. de Lauzon, retourné en France, laissa le gouvernement à son fils Charles, sieur de Charny, arrivé en 1652, qui embrassa

l'état ecclésiastique et confia les rênes de l'administration à M. d'Ailleboust, en attendant l'arrivée de M.

d' Argenson (1658).

75. Irruptions iroquoises. — Un Iroquois, torturé à Québec, déclara dans sa chanson de guerre, que sa nation avait juré de raser les forts de Québec, de Montréal &\. de Trois- Rivières : cette nouvelle répandit la terreur dans toute la colonie.

76. Héroïsme de DoUard des Ormeaux. — Dollard et seize compagnons, aussi braves que lui, sauvèrent la colonie menacée (1660), en combattant au Loyig-Saull jusqu'à la mort.

77. Sœurs de la Congrégation. — Mademoiselle Marguerite Bourgeoys fonda l'admirable Congrégatio?i de Notre-Dame en 1659, et ouvrit sa première école dans une étable, le jour de la Sainte-Catherine.

78. Sulpiciens à Ville-Marie. — Quatre Sîitpiciens : les abbés de Qncylus, Souart, GaVuiier et à'Allet, vinrent s'établir à Ville-Marie, en 1657.

79. Monseigneur de Laval. — Québec, en 1659, saluait avec une grande joie l'arrivée de son premier évêque, ^fgr François de Laval, envoyé en qualité de vicaire apostolique de la Nouvelle-France.

80. M. d'Avaugour, gouverneur. — Le baroji d' Avaugour succéda, au vicomte d'Argenson (1661). Ses démêlés avec Mgr de Laval, au sujet de l'eau-de-vie, le firent rappeler en France.

81. Tremblements de terre. — Pendant l'absence de Mgr de Laval, passé en France pour se plaindre au roi des désordres occasionnés par l'eau-de-vie, d' effroyables tremblements de /<frr<? jetèrent le paj'S dans la plus grande consternation.

DEVELOPPEMENT

71. Ravages des Iroquois.— Enhardis par la dévastation du pays des Hurons, les Iroquois se répandirent dans toute la colonie pour y exercer des ravages.

Ils guettaient les colons de Ville-Marie, qui ne pouvaient plus sortir du fort sans s'exposer à être scaloés op faits prisonniers.

Dans leurs excursions, ces farouches ennemis des Français donnèrent la mort au père Buteux (1652) et au frère Liégeois (1655), jésuites, et à M. Duplessis-Bocliart, gouverneur de Trois-Ptivières.

Ils se rendirent sur l'île d'Orléans, massacrèrent une p;-.rtie des Hurons qui s'y étaient réfugiés après la destruction de leurs bourgades, firent des prisonniers et poussèrent l'audace jusqu'à passer devant Québec, en poussant des cris frénétiques et en brandissant comme des trophées glorieux les chevelures enlevées (165G).

Leur projet de s'emparer de Trois-Ptivières par ruse fut déjoué par M. Boucher, gouverneur de cette place, qui les repoussa victorieusement. Cette défaite les humilia et les amena à demander un traité de paix que le gouverneur ratifia (1663).

72. M. de Lauzon, gouverneur. — M. Jean de Lauzon, l'un des principaux membres de la compagnie des Cent- Associés, vint à Québec, en qualité de gouverneur (14 octobre (1651). Ses deux fils, Jea7i, grand sénéchal, et Louis, ûexxY delà Civière, l'accompagnaient. D'Ailleboust, heureux de quitter un poste qui lui avait coûté tant de peines, vint se fixer à Montréal.

73. Recrues pour Montréal. — Les invasions iroquoises aux environs de Ville-Marie forcèrent M. de Maisonneuve à passer en France pour obtenir des recrues. Il revint à Montréal (1653) avec 100 hommes de bonnes mœurs, robustes, courageux, et sachant manier la houe et le fusil. La paix signée avec les Iroquois (1653) permit à M, de Maisonneuve de mettre ses hommes à l'ouvrage en arrivant : l'hôpital fut agrandi et mis en état de défense par deux redoutes construites à proximité. Ville-Marie devint comme le bouclier de la colonie et la sauva en

74. M. d'Argenson, gouverneur — M. de Lauzon, courbé sous le poids des années et fatigué des hostilités sans cesse renaissantes des Iroquois, laissa le gouvernement à son fils Charles, sieur de Charny (I65G) qui, devenu veuf peu de temps après et résolu de recevoir les ordres sacrés, confia les rênes de l'administration à M. d' Ailleboust (IC57), en attendant l'arrivée de M. d'Argenson (IGoS). Le nouveau gouverneur, issu d'une famille distinguée, avait des mœurs sévères et était doué d'une grande sagesse. Dès le lendemain de son arrivée, d'Argenson poursuivit, sans pouvoir l'atteindre, un détachement d'Iroquois qui avait massacré des Montagnais sous le canon du fort.

75. Irruptions iroquoises. — Les Agniers, ayant réussi à force d'intrigues, à délivrer leurs prisonniers de Québec, recommencèrent les hostilités avec plus d'acharnement que jamais. Ils s'emparèrent, aux Trois-Rivières, de huit Français, qu'ils conduisirent dans leur canton pour les torturer. Un Iroquois, capturé dans les îles de Richelieu et amené à Québec pour y être brûlé vif, déclara dans sa chanson de mort que sa nation avait juré de raser les forts de Québec, de Montréal et de Trois-JRivières, et d'exterminer tous les Français de la colonie. La terreur régnait partout. Les habitants des campagnes quittèrent leurs maisonnettes pour venir se mettre à l'abri des forts.

76. Héroïsme de Dollard. — Dollard des Ormeaux, jeune français à l'âme ardente et magnanime, trouva seize braves compagnons qui voulurent aller avec lui pour ar;'éter dans leur marche les Iroquois campés à la Rocheî^ercée, près de Montréal (1660). La veille du départ, tous se confessèrent, communièrent, firent leur testament, et se jurèrent fidélité jusqu'à la mort. Le lendemain '19 avril), les généreux défenseurs de la colonie, quittaient,

en canots, Ville-Marie, pour entreprendre leur glorieuse expédition. Après avoir surmonté toutes sortes de difficultés, ces valeureux soldats arrivèrent au pied du rapide

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Bataille du Long-SaulU

du Loiig-Sault (ler mai). Ils campèrent daas un réduit abandonné, pour y attendre l'ennemi qui, nécessairement, devait s'arrêter à cet endroit. Six Algonquins et quarante Hurons, commandés par le brave Analiotaha, obtinrent de AI. de Maisonneuve la permission d'aller partager les dangers et la gloire des héros de Ville-Marie.

Les éclaireurs signalèrent bientôt deux canots iroquois: c'étaient les avant-coureurs de 200 Onnontagués, qui s'avançaient en poussant des cris et des hurlements épouvantables.

Un chef, s'avanturant sans arme vers le fort, demanda : Qui est là? — Des Français, des Hurons et des Algonquins, qui viennent au-devant des Nez- Percés. — Jugeant alors le combat inévitaljle, les Iroquois se firent des retranchements et les Français réparèrent leur palissade. Des

attaques meurtrières, mais toujours à l'avantage des Français, commencèrent. Exaspérés, à la vue des têtes grimaçantes de leurs chefs dont les Français avaient couronné leur palissade, les Iroquois revinrent à la charge pendant sept jours, mais furent toujours repoussés avec vigueur. Sur le point de lâcher prise et d'abandonner la place, ils reçurent des îles de Richelieu un renfort de 500 guerriers. Leur arrivée fut saluée par des cris et des bravades insolentes. A cette vue, presque tous les Hurons, découragés, sautèrent par dessus la palissade pour aller grossir les rangs des ennemis. Un des neveux d'Anahotaha, passé du côté de l'ennemi, l'invita à le suivre : " J'ai donné ma parole aux Français, répondit-il, je mourrai avec eux." Peu après cette fière réponse, il tomba mort. Informés du petit nombre de Français et d'Algonquins, les Iroquois, trépignant de rage, tentent un suprême effort pour emporter la palissade d'assaut. Les plus intrépides, la hache d'une main, de l'autre une bûche, en guise de bouclier pour se préserver des balles, ouvrent la marche, et se ruent sur le fort avec l'impétuosité des flots courroucés contre le pied d'un rocher qui les brave. La palissade ébranlée résiste cependant. Les Français quoique fatigués, barrasses, exténués de faim et de soif, redoublent d'ardeur, et mettent en œuvre tous les moyens suggérés par le courage et l'expérience. Des canons de fusils, bourrés jusqu'à la gueule, sont lancés au milieu de l'ennemi, dont la résistance semble invincible. Pour la maîtriser, Dollard s'avise de lancer au-dessus de la palissade un gros mousqueton, armé d'une fusée dont l'explosion doit jeter la terreur parmi les assiégeants ; malheureusement, une branche repousse le prcjectile dans le fort. En éclatant, il tue le plus grand nombre des défenseurs. Les Iroquois })rofitèrent de ce moment de confusion pour enfoncer la porte du fort et s'y

précipiter. De leurs mains défaillantes, les Français assommèrent encore plusieurs ennemis, ruais, finalement durent cède- à la force. Les Iroquois se livrèrent à toutes les horreurs de leur barbarie. Un Français, trouvé à peine blessé, fut réservé pour la torture dans leurs cantons ; deux autres, respirant encore, furent déposés sur des ciiarbons ardents pour y être brûlés vifs.

Effrayés de la résistance que leur avaient opposés un si petit nombre de Français dans un faible réduit, les Iroquois renoncèrent au pi'ojet d'attaquer le fort de Québec défendu par des canons.

77. Sœurs de la Congrégation.— Mademoiselle Jiaî'p'rterite Boiirgeoys, venue de France avec M. de Maisonneuve (1653), devint pour Ville-Marie un ange de miséricorde. Le jour de la Sai ife-Cotherine (30 avril 1G59), elle ouvrit sa première école, dans une é table. S 'étant adjoint plusieurs com.pagnes, elle jeta les ba?es de l'admirable Congrégation ^^ de Notre-Dame qui, de grain de sénevé jeté dans une terre consacrée à Marie, est devenue un

grand arbre. Des milliers de jeunes filles fréijuentent aujourd'hui les écoles tenues par les Sœurs de la CongrégatioQ et puisent dans ces établissements la sève chrétienne qui fait éclore la vertu. La sœur Bourgeoys mourut à Ville-Marie, en odeur de sainteté (1700). Le pape Léoa XIII l'a déclarée vénérable le 7 décembre 1878.

78. Sulpiciens à Ville-Marie.— Sur la demande de M. d'Argenson, parti du Canada depuis deux ans, la com-

llarguerite Bourgeoys

pagnie de Montréal concéda l'île à la société de Saint- Sulpice, dont quatre membres : les abbés de Queylus, Souart, Galhiier et d'Allet, envoyés par M. Olier, fondèrent à Ville-Marie (IGG7) une maison appelée séminaire pour leur résidence. Les Sulpiciens, comme les Ptécollets et les Jésuites, eurent leurs martyrs. Deux d'entre eux, MM. Lemaitre et Vignal, devinrent, les victimes d'Iroquois embusqués : le premier eut la tête tranchée, le second fut rôti et dévoré.

70. Monseigneur de Laval. — Au milieu des épreuves occasionnées par les incursions iroquoises, la jeune colonie éprouvait une grande joie en saluant l'arrivée de son premier évêque, J\[gr François de Laval, envoyé en qualité de vicaire apostolique de la Nouvelle- Franco ( 1G50). Le gouverneur, accompagné de la population, se rendit sur la rive pour le recevoir. Le prélat fut conduit à la chapelle, au bruit de l'artillerie. Après le chant du Te Deum, il leçut les compliments des Français et des Huron.s chi'éiiens. Un banquet suivit la cérémonie religieuse, et j\[onseigneur y servit lui-même les Algonquins et les Hurons.

C'est après l'arrivée de Mgr de Laval que l'on voit plusieurs prêtres séculiers venir do France pour remplacer les Jésuites dans les paroisses.

80. M. d'Avaugour, gouverneur.— Le baron d'A~ vaugour, vieux soldat, franc, loyal, brave, mais d'une opiniâtreté peu commune, sn^^f^é'l^ an vicomte d'Argenson (1661).

Le nouveau gouverneur soutint d'abord Mgr de Laval, qui défendit le trafic de l'eau-de-vie, sous peine d'encourir les censures de l'Eglise. Une pauvre femme, surprise en contravention et jetée en prison, demanda sa grâce par l'entremise du père Lalemant. Le gouverneur, blessé de la démarche du père, répondit avec humeur : " Si pour cette femme la faute n'est pas punissable, elle ne le sera plus pour personne." Malheureusement il tint parole, et les désordres devinrent si grands que Mgr de Laval jugea à propos de passer en France pour s'en plaindre au roi ; d'Avaugour fut rappelé.

81. Tremblements déterre. — L'intervention du ciel sembla justifier les sages mesures de l'évèque. Pendant six mois, à diSerents intervalles, des tremblements de terre se firent sentir avec violence sur une étendue de 200 lieues. Durant ces secousses terribles, les animaux affolés, couraient de tous côtés en poussant des cris et des hurlements sinistres. La population épouvantée se rendait aux églises, entourait les confessionnaux et se livrait à la pénitence en criant miséricorde. Le sol fut entièrement bouleversé, mais ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que personne ne perdit la vie. A cette occasion, le père Lalemant écrivait : " Le ciel et la terre nous ont parlé bien des fois depuis un an."

Questionnaire. — 1. Ci tez quelques victimes de la guerre iioquoise. — 2. Quelles recrues de ^laisoiineuve obtint-il pour Montréal ?— 3. Par qui la colonie fut-elle sauvée en 1G60 ?— 4. Dites quelques mots de ce combat héroïque .—5. Que savez-vous de Marguerite Bourgeo3-s? — 6. Nommez les sulpiciens qui vinrent les premiers à Yille-Marie . —7. Quel fut le premier évêque du Canada?— 8. Que savez-vous du trafic de l'eau-de-vie, sous M. d'Avaugour ?

Devoirs. — 1. Parlez des événements religieux arrivés sous les gouv-jrneurs Lauzon et d'Argenson. —2. Racontez le combat de Dollard et de ses compagnons, au Long-Sault.

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