Mœurs et Coutumes des premiers Canadiens
La piété présidait au foyer domestique et la bonne gaieté de l'esprit gaulois régnait dans les familles. Des repas réunissaient les parents et les amis dans certaines circonstances solennelles.
86. Habitations. — Les maisons ressemblaient à celles que l'on voit encore aujourd'hui dans les campagnes éloignées des villes. On se chauffait au feu de la cheminée pendant l'hiver. Il n'y avait pas de bancs dans les églises, et dans les maisons, au lieu de chaises, on se servait d'escabeaux, de bancelles et de longs bancs à dossier.
87. Vêtements. — Les Canadiens fabriquaient la flanelle, le droguet et la toile avec lesquels ils confectionnaient leurs vêteinents. Les chaussures en usage étaient des bottes de cuir rouge du Canada. Les habitants se coiffaient d'une tuqice de laine tricotée.
88. Nourriture. — Les mets favoris des Canadiens étaient les boudins, les pâtés, les saucisses, les Saintes- Ménehoulds, les cochons de lait, les cretons, et surtout la soupe 2MX,pois et aux haricots.
DEVELOPPEMENT
82. Les premiers fondateurs. — L'histoire impartiale reconnait que deux grandes nations catholiques se 3ont surtout occupées du nouveau monde : Y Espagne et la France. Les lieux choisis pour la fondation des colonies, des villes et des centres de commerce nous parlent éloquemment de la profonde sagacité d'esprit de ceux qui les fixèrent. Quant à notre colonie, on peut affirmer que la Providence veilla sur elle d'un œil jaloux, en faisant échouer les différentes tentatives de la France pour la peupler avec des repris de justice. La croix, que l'on vit présider à la découverte de l'Amérique, présida aussi à celle du Canada et à l'établissement de tous les principaux postes.
L\ grande pensée à' établir le règne de Jésus-Christ au sein des forêts indiennes paraît avoir été le mobile unique des fondateurs de la colonie. Au premier rang, figure Champlain, qui consacra la plus grande partie de son existence au succès de cette entreprise, et voulut mourir dans les contrées lointaines qu'il contribua puissamment à arracher aux erreurs grossières de l'idolâtrie.
A côté de ce grand nom, on peut placer celui de Pontgravé, qui l'aida énergiquement à jeter les bases des colonies de l'Acadie et de Québec. Les relations du père Lejeune, publiées en France, suscitèrent les établissements de Sillery, du collège des Jésuites, des Hospitalières, des Ursulines et enfin de Ville-Marie, qui en fut le couronnement.
Ces différentes fondations, inspirées et soutenues par des cœurs généreux qui surent s'élever au-dessus des intérêts égoïstes et personnels, amenèrent sur nos plages des martyrs de la charité comme les pères Brébeuf et Lalemant ;
des héroïnes comme madame de la Peltrie, Marie de l'Incarnatiou, mademoiselle Mance et Marguerite Bourgeoys, des âmes magnanimes comme de Montmagny, de Maisonneuve et Mgr de Laval. Ces types de courage et de dévouement laissent loin derrière eux les grands hommes de Rome païenne.
83. Emigration. — L'histoire constate qu'aucune famille ne se fixa définitivement au Canada avant la fondation de Québec (1608). Cependant, quelques-unes, qui devinrent la souche de la nation, s'y établirent d'une manière permanente avant l'arrivée de Louis Hébert (1617).
Charlevoix dit que de 1634 à 1639, le Canada comprenait le fort de Québec, environné de quelques méchantes maisons et de quelques baraques ; un commencement d'habitation à Trois-Rivières; deux ou trois cabanes dans l'île de Montréal, autant peut-être à Tadoussac et en quelques autres endroits sur le Saint-Laurent, pour le commerce des pelleteries et la pêche.
Dollier de Casson porte la population française à 200 âmes, en 1641, et à 675, en 1653.
84. Colonisation. — La colonisation du Canada fut une œuvre éminemment chrétienne et nationale. L'œil vigilant du prêtre et des fondateurs ne souffrait rien de la part des colons qui pût porter atteinte aux tribus indiennes qu'ils voulaient convertir et constituer en société. Aussi, voit-on Champlain renvoyer en France des familles oiseuses et dont les mœurs laissaient à désirer.
La France échoua dans sa tentative de peupler la colonie au moyen des compagnies, car toutes s'occupèrent plus de s'enrichir par la traite des pelleteries, qu'elle leur accorda, qu'à, réaliser leurs promesses.
Le Canada se développa au moyen de seigneuries concédées à des gentilshommes en état de créer par euxmêmes des centres de population. Jjhabitant — nom donné aux paysans — n'avait rien à débourser d'abord ; il trouvait même sur sa terre tout ce qui était nécessaire aux premiers défrichements. Ce ne fut que quelques années plus tard qu'il commença à payer une redevance annuelle.
Il ne faut pas considérer les seigneurs comme des hommes de cour, vivant dans le luxe, la mollesse, les honneurs et les divertissements, mais bien comme des pionniers infatigables, ne cherchant que la gloire de l'oubli et du désintéressement.
85. Mœurs et coutumes des premiers Canadiens.— Les premiers Canadiens ne dégénérèrent pas de leurs ancêtres. On voyait rayonner la piété au foyer domestique. La prière se faisait en commun, le Benedidte et les Grâces se récitaient à chaque repas, et on ne commençait aucune action importante sans faire le signe de la croix. La gaieté vive et franche de l'esprit gaulois régnait dans les familles. Des divertissements honnêtes, des repas qui, comme les agapes des premiers chrétiens, réunissaient les parents et les amis, la visite des malades, l'assistance des pauvres et des orphelins, faisaient, pour ainsi dire, de chaque paroisse, une communauté religieuse. Comme aujourd'hui, le jour de l'an amenait des souhaits, des vœux, des cadeaux et des réjouissances. Le journal des Jésuites (1645-1668) parle des aubades, des compliments, des présents qu'on se faisait.
Les enfants ne manquaient pas, la nuit de Noël, de suspendre leurs bas à la tête de leurs lits, pour recevoir les étrennes âxx petit Jésus.
Tous ces usages, embaumés de la charité la plus tendre, de l'affection la plus cordiale et de la piété la plus sincère,
rendaient aux premiers Canadiens la Nouvelle- France aussi chère que la Gaule l'était aux Francs.
86. Habitations. — Les maisons ressemblaient à celles que l'on voit encore aujourd'hui dans les campagnes éloignées des villes. D'après M. Boucher, on en trouvait en
Maison de campagne.
pierre et couvertes de planches ou ais de pin ; d'autres étaient bâties de colombages ou charpentes, et maçonnées entre les deux ; un certain nombre, entièrement de bois et couvertes de planches.
L'usage des poêles n'était pas connu ; on se chaufiait au feu de la cheminée. Durant la rude saison de l'hiver, les prêtres tenaient des chaufferettes sur les autels pendant qu'ils célébraient. Quelques paroissiens apportaient des réchauds pour les mettre sous leurs pieds. Il n'y avait pas de bancs dans les églises ; on se tenait à genoux, ou debout, ou assis sur le carreau. Au lieu de chaises, dans les maisons, on se servait d'escabeaux, de bancelles et de longs bancs à dossier.
87. Vêtements. — Les CanaJien.s fabriquaient euxmêmes, au moyen de métiers, la flanelle, le droguet et la toile dont ils confectionnaient leurs vêtements. Les bottes molles de cuir rouge du Canada étaient les chaussures en usage. Plus tard, ceux qui voulurent se payer de luxe, firent venir des souliers français et des bottes malouines. Une tuque de laine tricotée était la coiflfure des habitants. M. Faillon nous dit, qu'en dehors des grandes circonstances, M. de Maisonneuve portait une capote de serge grise, à la mode du pays. Chaque famille se procurait elle-raêrae, par son industrie ce dont elle avait besoin, le commerce était faible et l'argent rare : un sou avait plus de valeur pour nos ancêtres qu'un louis n'en a oour leurs descendants.
88. Nourriture. — La nourriture des premiers Canadiens était à peu près celle de nos campagnes aujourd'hui. D'après M. Boucher, les boudins, les riches pâtés, les saucisses, les Saintes-Ménehoulds, les cochons de lait et les cretons étaient déjà en faveur parmi les colons.
La soupe aux pois et aux haricots, dont l'usage s'est (ionservé parmi nous, peut, à elle seule, faire l'éloge de la cuisine canadienne.
Ce ne fut qu'en 1645 qu'on commença à fabriquer le pain avec le blé du pays.
Questionnaire. — l. Que savez-vous des premiers fondateurs?--. 2. Que dit Charlevoix de rémigration ? — 3. Dites quelque chose de lai colonisation, — des mœurs et des coutumes des premiers Canadiens, — J,àâ habitations, —des vêtements, — de la nourriture .
Devoir. — Parlez des mœurs, des coutumes, des vêtements et de la jioinriture des anciens Canadiens.
80 PROGRÈS. — TRKNTE AXS DE GUERRS
DEUXIÈME ÉPOQUE