‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 20 sur 95 · ONZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

ONZIEME LEÇON

DÉVKLOPPKMKNT l)lî LA COLONIK

RESUME

89. M. Saffray de Mésy, gouverneur. — Ea 1663, M. Saffray de Mésy arrivait, comme gouverneur-général, avec M. Gaudais-Dupoyit, nommé commissaire royal et chargé d'organiser un conseil souverain.

90. Démêlés de M. de Mésy avec Mgr de Laval et M. de Maisonneuve. — Les dîmes amenèrent des dissensions entre de Mésy et l'évêque : le premier voulait les abolir et le second se refusait à ratifier cette mesure. De Mésy força de Maisonneuve à prendre sa retraite.

91. M. de Courcelles, gouverneur. — M. de Courcelles, qui remplaça de Mésy, vint en 1665 avec l'intendant Taloji, et 24 compagnies du régiment de Carignati comptant 1200 à 1300 soldats.

92. Le Marquis de Tracy. — Le Marquis de Tracy, arrivé au Canada en 1665, était chargé de réparer les actes de violence de M. de Mésy, mais ce dernier, bien repentant, venait de mourir : le jugement de Dieu avait prévenu celui des hommes.

93. Construction des forts. — Pour s'opposer aux courf^es des Iroquois, de Tracy fit construire les forts Sorel, Chambly et Sainie-'I hérese (1666).

94. BxpéditJon contre les Agniers. — Le marquis de Tracy porta la guerre chez les Agniers et les Onmyouts (1616), qui prirent la fuite à son approche. Il saccagea leurs villages et brûla leurs moissons ; la famine qui s'en suivit amena dix-huit années de paix.

95. L'intendant Talon. — Talon, arrivé en 1665, a été l'intendant le plus célèbre qu'ait eu le Canada.

96. Progrès de la colonie. — L'activité de Talon, fit progresser le Canada sous le rapport de la colonisation, de V agriculture, du commerce et de V éducation. En 1668, Mgr de Laval fonda le petit séminaire de Québec et l'école de Saiiit-Joachini.

97. Aventuriers de l'Ouest. — Talon prit possession des régions de V Ouest au nom du roi, en présence de quatorze chefs réunis au sault Sainte-Marie (1670).

98. Administration de M. de Courcelles. — A cause de la paix avec les Iroquois, la colonie fit de grands progrès sous l'administration de M. de Courcelles, qui retourna en France, avec Talon, en 1672.

99. De Frontenac, gouverneur. — Le comte de Frontenac, lieutenant-général des armées du roi, remplaça M. de Courcelles (1672).

100. Fondation de Cataracoui. — Afin de maintenir les Iroquois dans le respect et de favoriser le commerce, de Frontenac fit construire (1672) le fort Cataracoui ou Fronteiiac (Kingston).

101 . Découverte du Mississipi. — Sous l'administration de Frontenac, en 1673, Louis JollictçX. le père Marquette découvrirent le Mississipi.

102. Cavelier de I/a Salle. — Robert Cavelicr de La Salle se rendit jusqu'à l'embouchure du Mississipi (1682) et donna à cet immense territoire le nom de Louisiane^ en l'honneur de Louis XIV.

103. Rappel de Frontenac. — Le comte de Frontenac, pour s'être brouillé avec quelques autorités du pays, fut rappelé en France (1682). '

DEVELOPPEMENT

89. M. Saffiray de Mésy, gouverneur.— La compagnie des Cent- Associés à cause de ses pertes nombreuses et des incursions continuelles des Iroquois, se vit forcée à remettre les intérêts de la colonie entre les mains du roi, en 1603. Le nouveau gouverneur, M. Saffray de Mésy, choisi par Mgr de Laval, venait la même année, en compa-

gnie de l'évêque et de M. Gaudais, nommé commissaii royal et chargé de faire le recensement du pays.

Gaudais organisa un conseil Souverain, formé du gouverneur, de l'évêque, de l'intendant, du greffier en chef et de plusieurs conseillers choisis par le gouverneur et l'évêque. Le conseil pouvait régler les affaires concernant la politique, la justice, la police, les finances, le commerce et l'industrie, et avait les mêmes droits que le parlement de Paris.

Des cours de justice, dépendantes du conseil, furent érigées à Québec, à Montréal et aux Trois-Eivières.

Le commissaire royal s'acquitta de sa tâche de manière à donner satisfaction même aux plus exigeants.

90. Démêlés de M. de Mésy avec Mgr de Laval et M. de Maisonneuve. — Le caractère impérieux de M. de Mésy ne put souffrir longtemps l'autorité dont jouissait Mgr de Laval et l'estime mêlée de respect qu'on lui témoignait. Il destitua plusieurs membres du conseil qui n'entrèrent pas dans ses vues, à propos des dîmes, considérées par lui comme ruineuses pour la colonie. L'évêque, sans lequel de Mésy ne pouvait rien faire, ne voulut pas ratifier cette mesure et lui fit cette réponse pleine de dignité : *' Ni ma conscience, ni mon honneur, ni le respect et l'obéissance que je dois aux ordres du roi, ni ma fidélité à son service ne me permettent de le faire." Cependant, de Mésy recourut ses torts, et réintégra dans leurs fonctions ceux qu'il avait destitués. Ce retour fut malheureusement de courte durée. Le journal des Jésuites nous apprend que l'année suivante, il fit publier au son du tambour, une pancarte d'injures contre Vévéque et autres. Mgr de Laval n'opposa aux outrages du gouverneur que le silence et la résignation.

Les procédés déloyaux de M. de Mésy, suscités surtout par des intérêts personnels, forcèrent même M. de Maison-

neuve à prendre sa retraite (1664). Le départ du premier gouverneur de Montréal fut vivement regretté de la petite population qu'il avait édifiée, soutenue et défendue au prix de mille sacrifices.

91. M. de Courcelles, gouverneur.— En 1665, Mde Courcelles, successeur de M. de Mésy venait au Canada avec l'intendant Talon, des marchands, des cultivateurs et vingt-quatre compagnies du régiment de Carignan, comptant 1,200 à 1,300 soldats.

92. Le Marquis de Tracy.— Les différends survenus entre l'évêque et M. de Mésy, déterminèrent le roi à donner sa confiance au marquis de Tracy, qui vint à Québec en qualité de lieutenant-général, et fut reçu au bruit du canon et des acclamations du peuple (1665). L'évêque, à la tète de son clergé, le conduisit en grande cérémonie à l'église où, dans un transport de la plus vive allégresse on chanta le Te Deum. La suite nombreuse qui accompagnait le marquis frappa les sauvages d'étonnement et leur donna une haute idée du royaume de France. Un Huron, chargé de porter la parole, le salua dans les termes les plus distingués.

De Tracy était chargé, par la cour, de réparer les actes de violence de M. de Mésy, mais le jugement de Dieu avait prévenu celui des hommes : de Mésy était mort à l'Hôtel-Dieu de Québec, dans les sentiments du plus sincère repentir (5 mai 1665).

93. Construction de forts.— Pour s'opposer aux incursions iroquoises, de Tracy fit élever les forts Sorel, Chamhly et Sainte- Thérèse (1666). Ces forts devaient servir d'entrepôts pour les marchandises et les provisions, et de retraites pour les soldats blessés ou malades, pendant la guerre qu'il se proposait de livrer aux Iroquois.

94. Expédition contre les Agniers.— La construction des forts effraya les tribus iroquoises à l'exception des Agniers et des Onneyouts, qai continuèrent leurs déprédations et leurs massacres. Plnsieurs officiers, entre autres, le jeune de Chasy, neveu de Tracy, avaient été tués par ces farouches ennemis des Français (1666). Un parti de 600 soldats du régiment de Carignan, de 600 Canadiens et d'une centaine de sauvages, commandés par le marquis de Tracy, se porta contre les Agniers et les Onneyouts. Ces derniers, ayant eu vent de cette nouvelle, se cachèrent dans les bois. Leurs villages furent livrés aux flammes. Le lendemain, avant le départ, la messe fut célébrée et le Te Deum chanté solennellement sur les monceaux de cendres.

La famine qui suivit ces désastres affaiblit beaucoup la puissance des Iroquois et amena dix-huit années de paix. Le marquis, voyant sa mission accomplie, retourna en France, et laissa la liberté aux soldats de Carignan de rester dans la colonie : plus de 400 en profitèrent.

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