‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 41 sur 95 · Arrivée du marquis de Montcalm.— Le · texte numérisé non relu

Arrivée du marquis de Montcalm.— Le

ministre de la guerre, M. d'Argenson, noyant découvert en Montcabn de rares qualités et une haute intelligence, le

fit nommer lieutenant-général des armées du roi au Canada en remplacement du baron Dieskau. Il s'embarqua à Brest (3 août 1755) avec le chevalier de Lé vis, plus tard maréchal de France, M. de Bougainville, alors capitaine de dragons, et M. de Bourlamaque, ingénieur et colonel d'infanterie. Après avoir couru les dangers des croiseurs anglais, des brumes, des banquises et d'une tempête de 90 heures, Montcalm, escorté de son état-major, débarquait à Québec, le 13 mai 1756. Il n'avait à opposer aux 60,000 Anglais, auxquels rien ne manquait, que 12,000 à 14,000 soldats mal nourris, mal chaussés, mal payés, et n'ayant d'autres munitions de guerre que celles qu'ils prenaient à l'ennemi.

179. Prise de Chouaguen.— Montcalm, appelé à se couvrir de gloire au Canada, débuta par la prise de Chouaguen ou Osioego, dont les fortifications comprenaient les forts George, Ontario et Pepperell. Pour tromper la vigi-

Montcalm.

lance de l'anglais Loudon occupant la position de Carillon avec 8,000 hommes, Moutcalm s'y rendit avec 3,000 miliciens. Ayant laissé ses troupes aux ordres de Lévis, il se porta ensuite au fort Ontario pour y rencontrer les 3,000 hommes dirigés sur ce point par Bourlaraaque. Montcaim s'avance en toute sécurité, cerne le fort Oswigo et force les Anglais à l'évacuer (13 août). Le colonel Mercer, ayant 1,800 soldats sous ses ordres, fut tué, et les siens se constituèrent prisonniers de guerre. Montcaim ne perdit eue 30 hommes tués ou blessés.

Avant de quitter ces rivages, Montcaim fit élever une colonne portant un écusson de France avec ces mots : " Apportez des lys à pleines mains." A la suite de cette célèbre victoire, l'esprit clairvoyant de Lévis lui faisait écrire au ministre : " Malgré nos succès, la paix est à désirer." La colonie manquait de vivres et de munitions. De "Vaudreuil , qui demandait avec instances des renforts à la cour de Versailles, ne reçut que 1500 hommes.

180. Siège du fort George.— L'hiver se passa en prépari^tifs pour la campagne de 1757. De Vaudreuil et Montcaim décidèrent qu'au printemps la majeure partie des forces de la colonie serait dirigée sur le fort George ou H illiam- Henry ^ .

Montcaim partit au mois de juillet, avec une armée de 7500 hommes, dont 2000 sauvages alliés. Pressés de livrer la bataille, les sauvages faillirent faire échouer le plan de campagne en prenant les devants pour lever les chevelures anglaises. Montcaim, dans une harangue, leur fit comprendre le danger qu'ils couraient en se séparant des trou-

1 Ce poste il iportant, situé à la tête du lac Saînt-Sacrement, per ipettait aux Anj^lais de tomber à l'improviste sur les forts SaiiU- Frédéric et Carillon, les deux principaux points de défense sur cette partie de la froi tière canadienne.

pes régulières. Ils manifestèrent leur acquiescement et invoquèrent leurs manitous en poussant des cris et des hurlements épouvantables. Le 3 août, l'armée se trouva en face du fort George, où le colonel Munro tenait garnison avec 3,000 hommes. Montcalm ouvrit la tranchée le même jour et le canon du fort fit retentir l'écho des montagnes. Après six jours de siège, les tambours anglais battaient la chamade, et j\[unro se rendait. Les AnMais perdirent 300 hommes, 43 canons, 35,835 livres de poudre, des projectiles, des vivres et 29 bâtiments. Montcalm n'eut que 57 hommes tués ou blessés.

181. Massacre de la garnison anglaise. — Montcalm ne pouvant pus nourrir les 30u0 prisonniers de guerre iaits au fort George, les renvoya avec armes et bagages, à condition de ne pas comV)attre contre la France pendant 18 mois. Les sauvages se montrèrent mécontents de cette mesure, à cause du butin de guerre dont elle les privait. La colonne anglaise, pendant sa marche pour le fort Edouard, fut attaquée p)ar les sauvage?, qui, sous l'influence de l'eau-de-vie, épouvantèrent tellement les Anglais par leurs vociférations et leurs cruautés, qu'ils se débandèrent pour s'enfoncer dans les bois. Les Français, attirés par le vacarme, coururent apaiser les sauvages en fureur. Montcalm leur acheta plus de 400 prisonniers qu'ils avaient déjà faits, et, sous bonne escorte, les fit conduire au comte Loudon, commandant général des troupes anglaises en lui expédiant le récit fidèle de ce fâcheux incident.

Malgré sa loyauté, Montcalm fut accusé à Londres d'avoir livré les vaincus aux mains barbares des horde? sauvages, et, en conséquence, le gouvernement britannique annula l'acte de capitulation du fort George.

182. Deuxième invasion du Canada: Prise de Louisbourg- — En 1758, pour écraser les 6781 soldats

français du Canada, Pitt ministre d'Angleterre, confiait au général Abercromby, 22,000 soldats et 28,000 milliciens ; un corps de réserve de 30,000 hommes était aussi organisé. Malgré la disette, la disproportion du nombre et la rareté des munitions, le Canada ne désespérait pas de la lutte. Cette fois, les Anglais concentrèrent leurs forces sur Louisbourg, les forts Ckirillon et Duquesne.

L'amiral Boscawen, parti d'Halifax avec 24 vaisseaux de ligne, 18 frégates et 150 transports, débarqua à l'île Royale 15,000 soldats, 65 pièces de canon de gros calibre et 42 mortiers. Le général Âmherst commandait l'armée de terre. La garnison de Louisbourg, comptant 7,000 soldats, exténués de fatigue et de privations, n'en avait guère que 2,000 en état de porter les armes. M. de Beaussier, officier de marine très distingué, ne put avec ses cinq vaisseaux empêcher Boscawen de se rendre maître du port. Les Anglais voulurent débarquer le 8 juin, mais ils furent repoussés. Madame de Drucourt, femme du gouverneur, secondait énergiquement la bravoure de son mari, en venant chaque jour sur les remparts mettre le feu aux trois pièces de canon des batteries les plus exposées. De leur côté, les soldats montraient aussi beaucoup de courage. Malgré l'énergique résistance des assiégés, les remparts ne tenaient plus et l'artillerie était hors de service; 800 soldats avaient été tués ou blessés, 1700 étaient malades, et les vaisseaux de Beaussier, brûlés. Amherst et Boscawen prirent la ville d'assaut. M. Drucourt et sa garnison durent se constituer prisonniers de guerre. Le siège avait duré six semaines. Avec Louisbourg, le Canada perdaA^ les îles Royale et Saint-Jean.

Gaspé, situé à l'entrée du fleuve, fut aussî dévasté ps»/ leB Anglais,

154 LUTTE SUPRÊMR

183. Bataille de Carillon. — La brilliante victoire que Montcalm remporta à Carillon, sur l'armée d'invasion du lac Champlain, dédommagea les Français des pertes considérables qu'entraînait la prise de Louisbourg.

L'armée française de 3,oOO hommes, qui se posta sur un mamelon, à une demi-portée de canon de l'ennemi, était garantie par des abatis d'arbres serrés et élevés, dont les brandies aiguisées servaient de cbevaux de frise. Chaque bataillon, l'arme au bras, est dans son bastion. L'aile droite est commandée par le chevalier de Lévis ; l'aile gauehe, pax Bourlamaque ; et le Royal-Koussillon, au centre, avec son drapeau rouge et bleu, par Montcalm. Les sons aigus du fifre et de la cornemuse annoncent l'arrivée d'Âbercromby, commandant 16,000 hommes divisés en quatre colonnes : grenadiers en tête et chasseurs sur les flancs. L'ennemi est à cinquante pas du retranchement, quand, au mot d'ordre de Montcalm, les fusils s'abaissent sur toute la ligne, et lancent une décharge foudroyante de 3,000 balles au milieu des assiégeants, déjà rompus par les obstacles des abords. Les Anglais vacillent sous le plomb, reculent, puis reviennent à la charge, pour reculer encore. La lutte se poursuit ainsi pendant six heures. De tous côtés, on voit des morts et des blessés en habits rouges, culbutés ou accrochés dans les branches des abatis. Au pied du bastion de droite, gît un monceau de montagnards écossais aux jimbes nues. Enfin, les Anglais, désespérant de vaincre, battent en retraite, et courent à leurs bateaux pour traverser le lac Saint-Sacrement, laissant derrière eux plus de 5,000 morts ou blessés. La perte des Français fut de 400 hommes tués ou blessés.

Comme souvenir de la célèbre bataille de Carillon, il reste aux Canadiens français un vieux drapeau trouvé à Q,uébeo au fond d'un grenier. L'université LavaJ con-

serve avec orgueil ce guidon glorieux sous lequel nos fiers aïeux combattirent fièrement pour la patrie.

184. Capitulation du fort Frontenac— Un mois après la brillante victoire de Carillon, Bradstreet, à la tête de 3,000 hommes, se rendit au fort Frontenac, gardé par M. de Noyan et 80 soldats. Les Anglais s'emparèrent de cette position, commandant le lac Ontario.

185. Le fort Duquesne— A l'approche d'une armée de 6,000 hommes, f^ous les ordres du colonel Forbes, la garnison du fort Duquesne se replia sur le fort Machault. Les Anglais prirent possession du fort abandonné, et lui donnèrent le nom de Pittsburg.

On peut dire en somme, qu'à part la bataille de Carillon, les Anglais eurent les avantages de la campagne de 1758.

Questionnaire. — 1. Avec qui le marquis de Montcalm arriva-t-il au Canada? — 2. Parlez de la prise de Chouaguen. — 3. Que firent les sauvages après la prise du fort George ? — 1. Quel général fut chargé de la deuxième invasion du Canada ? — 5. De quelle place les Anglais s'emparèrent-ils d'abord ? — 6. Parlez de leur échec à Carillon . — 7. Que savez-vous de la capitulation du fort Frontenac ?— 8. Que devint le fort Duquesne 7

Devoirs.— l. Parlez de la prise de Chouaguen et du fort George par les Français. — 2. Racontez la bataille de Carillon.

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