‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 43 sur 95 · Bataille de Montmorency.— Wolfe se décida à · texte numérisé non relu

Bataille de Montmorency.— Wolfe se décida à

déloger les Français retranchés sur la côte de Beauport. Le camp établi pour cette attaque, séparé de celui des Français par les profonds ravins de Montmorency, était

1 De Vitré, commandant fie frégate française, avait été fait prisonnier par les Anglais.

|j&'aivu de batteries formidables. Wolfe qui voulut se poi ter au camp des Français par la voie des gués, gardés par les sauvages, fut obligé de rebrousser chemin, avec une perte de cent hommes. Le SI juillet, pendant que de Lévis semblait battre eu retraite, les grenadiers de Wolfe débouchaient sur la gauche du camp par les ravins de Montmorency, et tombaient sous les carabines des chasseurs canadiens, dont les décharges ra{)ide8 et meurtrières obligèrent les Anglais à reculer. Wolfe ne put rallier ses troupes et se retira dans son camp, en laissant morts ou blessés, au pied des redoutes de Montmorency, 500 de ses plus braves soldats. C'est ainsi qu'échoua cette furieuse attaque de 6,000 Anglais soutenus }>ar 118 pièces de canons, contre une poignée de braves. Les Français perdirent une centaine d'hommes.

191. Bataille des plaines d'Abraham.— Après la défaite de Montmorency, Wolfe conçut b hardi projet de débarquer une partie de ses troupes sur les plaines d'Abraham, afin d'attirer Montcalm de ce côté et de surprendre la ville. Le va-et-vient des vaisseaux anglais avait souvent inquiété de Bougainville, chargé d'empêcher les débarquements. Dans la soirée du 12 septembre, plusieurs vaisseaux jetèrent l'ancre en face du cap Rouge, trois lieues au-dessus de Québec. A la faveur do la nuit, Wolfe et 5000 soldats d'élite s'embarquèrent dans des chalands cachés à bord des vaisseaux, et se laissèrent aller/ à la dérive avec la marée baissante. " Qui vive ? " crie l'inepte Vergor, créature de Bigot, qui faisait sentinexle. — " France, bateaux de vivres ; " répondirent les barques^.

Wolfe débarque ses troupes au Foulon, et gravit la falaise du cap Diamant par un sentier abrupt et prescue inaccessible.

1 L«9 Anglais savaient que des ordres a-v-aient été donnés nux Français âtl cap Rouge de descendre des provisioas pendant cette

Le lever du soleil découvre à la ville 5,000 soldats bien rangés, en face des buttes à Neveu, et prêts à livrer bataille. Bourlamaque est à l'île aux Noix, Bougainville au cap Bouge, et Lévis aux rapides du Saint-Laurent. Montcalm réunit les 4,500 hommes qui lui restent, franchit la rivière Saint-Charles et s'avance bravement vers l'ennemi. A quarante pas de distance, le feu s'engage. Après l'échange de trois ou quatre décharges, la droite de l'armée française plie et entraîne le reste de la ligne. "Wolfe commande à ses grenadiers une charge à la baïonnette. Une balle lui a déjà brisé le poignet, une seconde, puis une troisième l'atteignent à la poitrine ; il chancelle : " Soutenez-moi, dit-il, pour que les soldats ne me voient pas tomber." Comme on l'emporte, le mourant entend dire : " Ils fuient ! " — " Qui ? " demande-t-il. — " Les Français," lui répond on. — " Je meurs content," murmure le héros et il expire.

Pendant ce temps les agiles montagnards écossais poursuivent comme des démons furieux les Français débandés et vaincus. Montcalm, atteint de trois balles, et baigné dans son sang, rentre à Québec. Aux chirurgiens, qui sont appelés à la hâte, Montcalm demande : " Combien de temps ai-je à vivre?" — "Quelques heures seulement, mon général." — "Tant mieux, je ne verrai pas les Anglais à Québec." B^mesay, gouverneur de Québec, et le commandant du Boyal-Boussillon, viennent demander des ordres au héros étendu sur son lit de mort : " Mes ordres, répond-il, je n'en ai plus à donner; j'ai trop à faire à ce grand moment, et mes heures sont très courtes. Je vous recommande seulement de ménager l'honneur de la France." Il expira (14 sept.) après avoir reçu les secours de la sainte Eglise. Les Anglais eurent 658 hommes tués ou

blessés; les Français en perdirent à peu près autant. Au bruit de la canonnade et à la lueur des flambeaux, Montcalm fut inhumé le soir du lendemain dans l'église des Ursulines. C'est ainsi que la mort arrêta sur son passage celui qui touchait à la gloire. Le nom de ce martyr de l'honneur national est encore vivace au milieu des populations canadiennes : nos poètes l'ont chanté, et Québec, par souscription nationale, lui a élevé un tombeau (1859).

Pour rendre hommage à ces deux héros, les Canadiens ont fait élever à Québec (1828) un obélisque de soixante pieds de hauteur, sur lequel sont gravés les deux noms : Wolfe et Montcalm.

192. Capitulation de Québec.— Après la mort de Montcalm, M. de Vaudreuil convoqua le conseil de guerre. Il y fut décidé que M. de Ramesay resterait à Québec avec une garnison de 1700 hommes, et que le reste de l'armée se replierait la nuit suivante vers la rivière Jacques- Cartier. De Eamesay capitula lâchement (18 septembre), avant même que les Anglais eussent investi la place, at au moment d'être secouru par le chevalier de Lévis. L'acte de capitulation stipulait que les habitants conserveraient leurs biens, leur religion, et ne seraient pas déportés comme les Acadiens.

Wolfe et Montcalm.

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