ETAT DE LA COLONIE RÉSUMÉ
196. Colonîsation.~Les Canadiens sont issus d'h«»nnêtes et laborieuses familles de France. De la fondation de Québec (160S) à la perte de la colonie (1760), le nombre à.Hmjnigrants français s'éleva à peu près à 10,000.
197. Agriculture.— Les faibles secours reçus de France forcèrent les colons à exploiter les ressources du pays. L'agriculture ressemblait à ce qu'elle est aujourd hui.
198. Industrie.— La toile et les étoffes avec lesquelles on confectionnait les vêtements, étaient fabriquées aux foyers domestiques. Le tannage des peaux fournit un cuir rouge dont on fit des chaussures appelées viocassins.
199. Commerce.— Le commerce consista d'abord dans des échanges d'effets avec les tribus de l'Ouest, et plus tard dans l'exportation des grains en France et aux Antilles.
200. Politesse des Canadiens.— Les Canadiens conservaient dans leurs foyers et leurs relations l'exquise /<?/ztesse léguée par leurs aïeux.
201. Instruction publique.— Les évêques, les prêtres, les religieux et les religieuses s'occupèrent à peu près seuls de V éducatioyt de la jeunesse.
202. Coup d'oeil général.— La colonie ne commença guère à prospérer qu'à la formation du Conseil Supérieur (1663). L'administration de Talon, la bravoure de Frontenac, les conquêtes d'Ibervilîe, les voyages de découvertes la développèrent considéiablement. La cause de sa perte vint de l'abandon de la France.
196. Colonisation — La plupart des Canadiens ont eu pour origine d'honnêtes familles de paysans, venues de différentes provinces de France, apportant avec elles lea
mœurs, les habitudes, les locutioyis de leurs cantons, qui se sont conservées parmi nous au point d'étonner encore aujourd'hui les touristes français.
Des soldats, des officiers, des bourgeois et des seigneurs devinrent le noyau de cette race forte et vigoureuse, qui s'échelonna sur les bords du Saint-Z'aurent, des grands lacs, de l'Ohio et du Mississipi.
De la fondation de Québec ( 1 608) à la perte de la colonie (1760), le nombre d'immigrants français s'éleva à peu près à 10,000. Les persécutions religieuses et k"? dissensions politiques amenèrent les premiers immigrants anglais en Amérique. Ce nouveau courant s'accrut jusqLi'en 1620. Le fanatisme des puritains, qui, sous Charles L '^t de l'immigration une œuvre de sainteté, grossit démesurément le chiffre, et le porta même jusqu'à 2,000, en certaines années.
Mais la valeur d'une population ne se mesure pas plus par le nombre que par les années. Si les colons anglais étaient plus nombreux, l'histoire nous montre, dit Rameau, que les colons français étaient "plus vigoureux de corps, plus énergiques d'esprit, et plus ingénieux que leurs voisins ; ils étaient même, ce qui heurte bien plus l'opinicn commune, plus entreprenants et plus intelligents ; leur société était plus virile."
197. Agriculture. — Les faibles secours reçus de France forcèrent les colons à exploiter les ressources du pays. Les terres étaient divisées comme elles le sont aujourd'hui; des potagers et des vergers se trouvaient autour des habitations. On cultivait toute espèce de céréales, et de vastes prairies donnaient du foin en abondance. Melons et citrouilles se disputaient les jardins des fermes; on recherchait \ea pommes fameuses de Montréal, lefromaye affiné et les prunes bleues de l'île d'Orlé-
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a-ns. La charrue, la faux, la faucille, le râteau et la herse de bois étaient les instruments aratoires alors en usage. Les machines ingénieuses dont on se sert aiijourdhui pour les travaux agricoles étaient loin d'être connues.
198. Industrie. — Le peu de marchandises importé de France porta les familles à faire des droguets et surtout de la toile avec du fil et de la laine du pays. Cette industrie prit un tel développement, qu'en 1714, des métiers à tisser fonctionnaient sur tous les points de la colonie; ou fobriquait des étamines très fines, de l'étofie noire pour les soutanes des prêtres et de la bleue pour l'uniforme traditionel des collégiens. Le tannage des peaux, introduit vers le même temps, fournit un cuir rouge dont on fit des chaussures appelées mocassins, que les cultivateurs portent encore aujourd'hui. Les vêtements d'étofie grise, ou de toile blanche du pays, ne sentaient point le luxe effréné qu'étalent de nos jours les habitants des plus humbles hameaux.
Heureux sont les peuples qui se contentent de peu et trouvent dans leur propre industrie ce qui est nécessaire aux besoins de la vie !
199. Commerce. —Jusqu'à la. paix d'Utrecht (17 IS), le commerce de la colonie se faisait sur une petite échelle ; l'argent manquait, le roi devait de lourdes sommes, qu'il ne pouvait payer. Les Canadiens surent pourtant entretenir des relations commerciales avec les tribus de l'Ouest.
Quelques années plus tard, le commerce prit de l'extension, et le Canada exportait des quantités considérables de grains en France et aux Antilles.
Selon l'historien Garneau, les exportations de pois et de farine atteignirent, en certaines années, le chiffre de 250,000 francs.
200. Politesse des Canadiens.— Les relations de famille étaient embaumées de cette exquise courtoisie qui
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caractérisait la vie de nos ancêtres. Kalmi admire la politesse des Canadiens: "Un étranger entre-t-il dans la maison d'un paysan ou cultivateur, celui-ci se lève aussitôt, salue le visiteur, l'invite à s'asseoir, puis il remet son chapeau et se rassied lui-même. Ici tout le monde est Monsieur ou Madame ; le paysan aussi bien que le gentilhomme, la paysanne comme la plus grande dame."
M. Aubert de Gaspé a écrit avec beaucoup de raison: " Conservons toujours ces vieilles et touchantes traditions, cette belle politesse française, que nous ont léguées nos pères, les plus polis des hommes."
201. Instruction publique. — Avant la prise de Québec par les Kertk, les pères Récollets, aidés plus tard des pères Jésuites, apprenaient à lire et à écrire aux enfants des familles québécoises.
Nous avons vu que les pères Jésuites avec l'aide du marquis de Gamache, établirent un collège à Québec en 1635. A ce propos, le père C. Lalemant écrivait : " J'espère, si nous pouvons avoir du logement, de voir trois classes à Québec; la première de petits Français, qui seront peut-être de vingt à trente écoliers ; la seconde, de quelques Hurons, et la troisième, de Montagnais." Les jeunes filles françaises et indiennes purent bénéficier de la fondation dirigée par les Ursulines (1639).
A cette époque, le Canada avait des précepteurs. D'après M. Paillon, le chapelain des Hospitalières, M. Jean Le Sueur, quittait son empbi pour faire l'éducation des enfants de M. Jean Bourdon 2.
1 Célèbre naturaliste suédois, qui visita le Canada en 1749 ; il était grand umi du comte de la Galissonnière, qui était aussi un naturaliste distingué.
2 M. Jean Bourdon, ingénieur en chef et procureur du Canada, eut des difficultés avec M. de Mésy, qui le renvoya en France. Sa famille resta au pays.
Dans une maison voisine des pères Jésuites, et probablement sous leur protection, M. Martin Boulet établit une école pour les enfants des familles françaises (1651).
Vu les succès de sa congrégation, la sœur Bourgeoys ouvrit un pensionnat (1659), où furent formées, dès l'âge le plus tendre, la plupart des personnes de condition de Ville-Marie et des environs.
Outre les séminaires et le pensionnat de Saint-Joachim, qu'il avait fondés, Mgr de Laval envoyait aussi dea maîtresses aux Trois-Rivières, pour y tenir les écoles. Louis XIV félicita le digne prélat du soin qu'il apportait à l'éducation des enfants, et, par l'entremise de Colbert, lui expédia 6,000 livres pour le soutien de ses œuvres.
Mgr de Saint- Vallier, qui établit les Ursulines à Trois- Rivières (1697), fait remarquer que les maîtresses d'école, formées par les sœurs de la Congrégation, font beaucoup de bien dans les campagnes.
MM. de Saint-Sulpice engagèrent les Frères hospitaliers de Saint- Joseph de la Croix ou Frères Charron à ouvrir plusieurs écoles dans les environs de Montréal. Le mauvais état des finances et la pénurie des sujets firent tomber cette congrégation (1745).
Aucun système d'instruction publique n'exista d'une manière régulière sous la domination française ; mais, comme on le voit, l'éducation des garçons fut plus négligée ique celle des filles.
212. Coup d'œil général.— Malgré la valeur et le dévouement désintéressé de nos premiers fondateurs, à proprement parler, la colonie ne commença à prospérer qu'à la formation du conseil souverain (1663). Sous la puissante impulsion de Talon, l'agriculture prit du développement, les mines furent exploitées, et les vastes et fertiles contrées de l'Ouest, colonisées. Les importantes découvertes dea bardis explorateurs Marquette, Joliet et de
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La Salle furent garanties des barbares incursions iroquoises et des jalouses prétentions anglaises, par l'alliance avec les tribus de l'Ouest et par une longue chaîne de forts, reliant la Louisiane à la province de Québec. L'ombrage que prit Courcelles de la supériorité de Talon, l'impétuosité de la première administration de Frontenac, la faiblesse d? la Barre, la violence de Denon ville envers les chefs des cinq cantons iroquois, paralysèrent quelque temps le mouvement colonisateur et mirent la Nouvelle-France en danger ; mais la bravoure chevaleresque de Frontenac dans sa deuxième administration, les brillantes conquêtes de l'intrépide d'Iberville à la baie d'Hudson, dans le Maine et à Terre-Neuve, et le grand traité de paix conclu avec les farouches Iroquois (1701), relevèrent l'honneur du pavillon français, et permirent à la colonie de travailler avec avantage à Bon développement.
Cet état de choses ne dura que quelques années. Malheureusement, la guerre de la succession d'Autriche usa les forces et les ressources de la France et lui fit négliger ses colonies. L'Angleterre en profita, au contraire, pour étendre et fortifier les siennes, prévoyant que le nombre déciderait de l'avantage des dernières luttes. Le trop fameux Pitt, devenu premier ministre de l'Angleterre, comprit l'importance des colonies d'Amérique et jura d'en faire la conquête pour sa patrie. II se fit alors l'âme du mouvement, et mit 60,000 hommes sur pied pour envahir à la fois tous les principaux postes de la Nouvelle-France, Montcalm, Bougainville et Lévis, avec des forces dix fois moindres en nombre que celles de leurs adversaires, ne se laissèrent pas rebuter, firent des prodiges de valeur et tinrent tête à l'ennemi. Enfin, quand après une suite de victoires et de défaites^ Montcalra épuisé par ses héroïques efforts réclama un secours plus sérieux, on lui répondit avec
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froideur : *' Ls roi n'a plus de troupes ni d'argent pour l'Amérique; à vous de tirer de la situation le meilleur parti possible." C'est ainsi que s'évanouirent les beaux rêves de Richelieu, de Colbert et de Vauban : créer une Nouvelle-France heureuse et forte. Rien de surprenant, l'ordre du jour à Versailles semblait être de tout sacrifier à la personne royale et aux caprices de la cour. Louis XIV avait dit; "L'Etat, c'est moi." Louis XV tirait la dernière et misérable conséquence de cette expression hautaine en disant : " Après moi, le déluge."
Le dénouement de la lutte suprême amena la mort de Montcalm. Ce héros, touchant à ses derniers moments, souleva sa tête toute sereine, salua la France et expira. Seul le drapeau de Carillon eût été digne de servir de linceul à celui qui fut enseveli sous les ruines de la colonie qu'il avait tant aimée, et pour laquelle il versa son sang.
Le nom glorieux de Montcalm, gravé par le ciseau ennemi sur un obélisque, à Québec, est écrit en lettres d'or dans le cœur de tous les véritables Canadiens français, pour qui le nom de Patrie est inséparable du nom de Dieu.
Questionnaire. — 1. Combien d'immigrants français vinrent au Canada depuis la fondation de Québec jusqu'à la perte de la colonie ? — 2. Que cultivait-on au Canada ?--3. A quelles industries se livrait on î — 4. iEn quoi consistait le commerce ? — 5. Qu'a dit Kalm de la politesse des Canadiens ? — 6. Quelles sont les maisons d'éducation qui i'irent fondées sous la domination française ?
Devoir. — Coup d'œil général sur la colonie française du Canada.
lutte; SUPREME
Les .Scandinaves dans l'Amérique du Nord.
Découvertes de J Christophe Colomb.
< Jean Lauot.
découvertes. ] ^"^ " ' ( J
ean v erazzani.
Essais de colonisation
Découverte du ( 1er voyage de Jacques Cartier Canada. \ 2e voyage de "
de M. de Robervul.
du marquis de la Roche.
du sieur de Monts.
' F-^ndation de Québec.
Formation de la Compagnie des Cent-Asso- Administration ciés.
des compagnies < Reddition de la Nouvelle-France aux Anglais. (1608-1GG3). Traité de Saint-Germain-en-Laye. Fondation de Montréal.
Destruction des Plurons.
( Erection de l'évéché de Québec.
Guerre avec
Expédition du Marquis de Tracy.
de M. de la Barre.
, j ■ J de M. de Denonville.
cTfifi^°T6R°A I ''^^ comte de Frontenac.
[ Traité de 1701.
( <:: f Expédition dans la Nouvelle-Angleterre
'o j Siège de Québec.
I ^ I Conquête de l'Acadie pour les Anglais.
(^ Traité de Ryswick
te
1er plan d'invasion.
2e plan d'invasion. <
Bataille de la Mononga-
héla.
Bataille livrée par le
baron Dieskau.
Oswego,
Prise de Louisbourg.
Bataille de Carillon.
{Bataille des Plaines d'Abraham.
Capitulation de Mont- [réaU Traité de Paris.
TROISIEME PERIODE I^e Canada colonie anglaise
PREMIERE EPOQUE
IvB CANADA SOUS I«B GOUVERNEMENT ABSOI^U