‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 46 sur 95 · VINGT-TROISIEME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIEME LEÇON

GOUVERNEMENT MILITAIRE BÉSUMÉ

203. Etat de la colonie en 1760.— La colonie, ruinée par la guerre et l'administralion frauduleuse de Bigot, se trouvait dans le plus déplorable état économique, en passant sous la domination anglaise (1760).

201. Régimemilitaire.— Le gouvernement qui suivit la cession porte le nom de Régime militaire, Amherst fut nommé gouverneur général.

205. Traité de Paris.— Le traité de Paris céda le Canada à l'Angleterre (1763). A la suite de ce traité un grand nombre de familles fra^çai^^es retournèrent en France.

206. Despotisme.— En dépit de l'acte de capitulation, /l'Angleterre substitua les lois anglaises aux lois françaises, et exigea le serment du test ou de suprématie, contraire à la foi catholique.

207. Démembrement du Canada. -Les Canadiens ainsi molestés virent encore leur paj'S morcelé en plusieurs provinces.

208. Murray, gfouverneur. — Le général Murray, qui remplaça Amherst (1763), se montra favorable aux Canadiens français, et fut chargé de former un gouvernement civil despotique.

209. Le clergé canadien.— Le clergé, corps éminemment respectable, soutint et dirigea le bon vouloir et le courage des Canadiens français, abandonnés de la France après la cession.

210. Pontiac— Le chef Pontiac, ennemi des Anglais, souleva contre eux les sauvages de l'Ouest, afin de ks chasser des bords des grands lacs. La paix de Chouagutu (1766) mit un terme aux hostilités.

211. Guy Carleton, gouverneur. — G?^7 Carleton, qui succéda à Murray (1766), s'appliqua comme son prédécesseur à rendre justice aux Canadiens français.

212. L'Acte de Québec— L'Acte de Québec donnait à la province ses anciennes limites, dispensait les catholiques du serment du test, et établissait un conseil législatif composé de 17 à 23 membres.

DÉVELOPPEMENT

203. Etat de la colonie en 1760.— La colonie se trouvait dans le plus déplorable état économique, en passant sous la domination anglaise : les nobles avaient peu de fortune, la guerre et l'administration frauduleuse de Bigot avaient ruiné les paysans. Le papier -monnaie, que le trésor royal ne voulut plus reconnaître après la cession, fit éprouver aux créanciers de l'Etat une perte de 40,000,000 de francs, une moyenne d'environ $115 par tête, et mit le comble à leur malheur. A ce propos, le chevalier de Lévis écrivait à la cour : " Le papier qui nous reste est entièrement discrédité, et tous les habitants sont dans le désespoir. Ils ont tout sacrifié pour la conservation du Canada, et ils se trouvent actuellement sans ressources."

Les Canadiens tâchèrent de se relever de cet état voisin de la misère en se livrant à l'agriculture.

204. Régime militaire.— Après la cession du Canada à l'Angleterre, Amherst devint gouverneur généra^,

Murray fut nommé gouverneur de Québec; Gage, de Montréal ; Burton, de Trois-Kivières. Chaque gouverneur organisa à sa manière des cours et des tribunaux pour administrer la justice. Des représentants de la milice furent chargés de régler les différends dans les campagnes : cette organisation constituait un gouveryiement militaire.

205. Traité de Paris. — Le hautain et haineux Piit, alors ministre d'Angleterre, et ne songeant qu'à humiher le drapeau français, exigea de la France la cession totale de ses colonies, et poussa l'indélicatesse jusqu'à faire entendre devant le parlement de Londres ces paroles pleines de fiel : " Le moment est venu d'humilier la maison des Bourbons ! " mais le jeune souverain, George III, se montra plus modéré, en ratifiant le traité de Paris (10 février 1763).

De ses immenses possessions au Canada, la France ne conserva que la Louisiane et les deux petites îles de Saint- Pierre et de Miquclon, avec le droit de pécher sur les côtes de Terre-Neuve.

Perdant tout espoir de reconquérir le Canada, 1,000 à 1,200 personnes des plus honorables retournèrent en France. Par contre, l'immigration anglaise s'accrut alors considérablement, le commerce prit de l'extension, les ressources naturelles furent exploitées, et une honnête aisance dédommagea les Canadiens des pertes énormes qu'ils avaient éprouvées pendant la guerre.

206. Despotisme. — En dépit des traités de capitulation, l'Angleterre voulut abolir la langue et les lois françaises, pour leur substituer la langue et les lois anglaises (1763). Elle voulut aussi, soas peine de bannissement, faire prêter aux Canadiens le serment du test ou de suprématie,

dont la formule hérétique était contraire à la foi catholique'.

Elle chercha à s'etnpjirer des biens des communautés, et somma les Canadiens de remettre les armes dont ils étaient possesseurs, ou de faire serment qu'ils n'en avaient pas.

207. Démembrement du Canada. — Après la cession, le Canada fut ainsi morcelé : le Labrador, les îles à'Anticosti et de la Madeleine furent annexés à Terre- Neuve ; celles du Cap Breton et de Saint- Jean, à la Nouvelle- Ecosse ; le Nouveau- Brunswick eut une administration particulière, et les territoires environnant les grands lacs furent attachés aux colonies américaines.

C'est ainsi que les Canadiens, molestés dans les droits que leur avait garantis l'acte de la cession, furent encore blessés au cœur par le démembrement de leur pays, et n'eurent à opposer qu'une résistance passive à Murray l'injustice des mesures imposées par une poignée d'intrigants anglais, dont le fanatisme se mêlait trop souvent à l'exercice tyrannique du pouvoir,

208. Murray, gouverneur. — Le général Murray succéda à Amherst comme gouverneur (1763). Il avait ordre de remplacer le régime militaire par un gouvernement civil despotique, et de former un conseil investi des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

1 Ce serment attaqiiait la trant>s7ihstaii({atioii, le sacrifice de la messe, le culte de la saiiUe Vierge, l'invocation des sainls. etc.

178 GOUVERNEMENT ABSOI«U

Sur les treize membres nommés pour le nouveau conseil, il n'y eut qu'un Canadien, et encore était-ce un homme obscur, sans influence ni énergie.

Pour calmer les esprits agités par ces mesures déloyales, Murray permit l'usage des lois françaises et n'exigea point je serment du test et la remise des armes. Accusé à Londres de favoriser les Canadiens, il porta lui-même ses plaintes au pied du trône : " Il a fallu, dit-il, choisir des " magistrats et prendre des jurés parmi 450 commerçants, " artisans et paysans anglais méprisables par leur igno- " rance. Ils haïssent la noblesse canadienne à cause de " sa naissance et parce qu'elle a des titres à leur respect ; " ils détestent les autres habitants parce qu'ils les voient " soustraits à l'oppression dont ils les ont menacés."

Murray, quoiqu'il eût justifié facilement sa conduite, ?ie revint pas au Canada.

209. Le clergé canadien. — Sous le despotisme du gouvernement militaire, les Canadiens confièrent leur avenir au clergé, qui, par son patriotisme éclairé, les empêcha de subir le sort malheureux de la Pologne et de l'Irlande : " Ce corps éminent et respectable, dit Rameau, qui avait déjà joué un si grand rôle dans la formation de la colonie, resta ferme et inébranlable à son poste ; il demeura, en ce pays, le seul débris de l'aristocratie sociale, pour consoler, soutenir et diriger le bon vouloir et le courage inexpérimenté de ce peuple abandonné. Il ne fut point au-dessous de cette -tâche ; ni la crainte des violences, ni l'obsession des intrigues, ni la séduction des promesses, ne purent jamais le faire dévier ; la diplomatie astucieuse du gouvernement anglais succomba devant cette honnêteté simple, mais ferme d'une conscience droite et convaincue.'*

Le clergé s'occupa de l'éducation et fonda des collèger, d'où sortirent ces hommes politiques qui ont si vaillamment défendu nos droits, notre langm et notre nationaUié.

210. Pontiac. — Pontiao, chef sauvage brave et expérimenté, voulut se soustraire au joug autocratique des Anglais, en établissant une puissante confédération indienne, ayant Détroit pour centre. Les tribus confédérées prirent plusieurs postes anglais au sud des grands lacs, ravagèrent les frontières de la Pensylvanie et de la Vir-' ginie, et repoussèrent un détachement envoyé pour les combattre. Plus de 2,000 personnes furent tuées ou amenées en captivité et autant prirent la fuite. Pontiac fut forcé de se retirer de Détroit, qu'il avait assiégé sans succès durant plusieurs mois. Un traité de paix, conclu à Chouaguen (1766), et la mort de Pontiac, assassiné dans rillinois, terminèrent les hostilités.

211. Gui Oarleton, gouverneur.— Gai CarUton remplaça Murray dans le gouvernement général (1766). Le nouveau gouverneur loin

d'être hostile aux Canadiens, s'intéressa à leurs droits et se rendit même à Londres pour leur obtenir justice auprès du roi. Après maintes délibérations du parlement anglais, les lois civiles françaises furent rétablies et les lois criminelles anglaises maintenues.

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