Lord Sydenham, gouverneur.— M. Poulett
Tlwriipson, plus tard lord Sydenharn, nommé gouverneur en 1839, n'arriva à Québec que l'année suivante. Il était cliargé de mettre en vigueur l'édit impérial réunissant les deux Canadas en une seule province avec un gouvernement responsable^ . Chaque province avait droit à 42 représentants, et la langue anglaise devenait la seule parlementaire. L'acte accordait à la Chambre le contrôle des revenus publics, avec certaines réserves, et déclarait qu'il faudrait le vote des deux tiers des membres de la Chambre législative pour changer la division électorale ou le chiffre de la représentation.
Si le but de la constitution de 1791 avait été de soustraire la petite population anglaise du Haut-Canada à la domination des Canadiens français, celui de l'Acte d'Union était, au contraire, de soumettre les Canadiens français à la domination des Anglais, qui prenait un accroissement considérable. Mais heureusement, ce projet n'eut pas le résultat qu'on en attendait ; car, dit Rameau : " On ne " détruit pas une nation tant qu'elle veut vivre ; le " maintien des populations en masses compactes et unie?,
1 Dans nn goummement respoiv^ahle les ministres sont choisis dans le parti politique qui piéclomine à la chambre des députes.
Si la majorité leur fait défaut, les ministres doivent se retirer de l'administration. Jusqu'à l'Acte d'Union, le gou\erneur n'avait été que le représentant ou l'agent du Ministère impérial et du Bureau colonial, et les oon&eilleis ne s'étaient trouTés responsables qu'au gouverneur et non ttux chambres.
" leur croissance et leur expansion, leur développement " moral et intellectuel dans un esprit patriotique et indé- " pendant, voilà ce qui constitue les nations et les grandit. " Tout peuple qui s'élèvera ainsi ayant conscience de lui- " même, de son accroissement et de sa moralité, comptera " toujours dans le monde, et avec lui le monde devra " compter. La vive sollicitude de chacun pour ses mœurs, " sa langue, sa race et son pays, c'est l'essence d'une " nation."
301. Inauguration de l'Acte d'Union et élections.— Sydenhani inaugura la nouvelle constitution le 10 février 1841 ; il choisit Kingston pour siège du gouvernement.
Les élections occasionnèrent de vives agitations. Du côté des unionistes, la corruption s'en mêla ; on en vint même aux voies de fait, et plusieurs des principaux candidats durent céder à la force. Vingt-trois libéraux'^ et dix-neuf conservateurs furent élus au Bas-Canada.
Dans le Haut-Canada, où se passèrent aussi des choses fort regrettables, on élut vingt-six réformistes'^ et seize conservateurs. Si, d'un côté, les élections donnèrent assez de conservateurs et de réformistes à Sydenhara pour soutenir ses actes, de l'autre, les libéraux avaient à leur tête des champions^ capables de lutter avec avantage.
Le Conseil législatif comptait vingt-quatre membres, dont huit Canadiens.
1 On appela d'abord libéraux ceux qui, étant opposés à l'union, défendirent avec ardeur et sagesse les grands principes de notre nationalité ; le nom de conservateurs fut donné à ceux qui étaient en faveur de l'union.
2 Dans le Haut-Canada, ceux qui étaient pour l'union furent appelés réformistes, et ceux qui lui étaient opposés, conservateurs tories.
.3 Les principaux étaient : Vig'er, Neilson, Mnrin, Qnesnel, Ber. tJbelot, Cuvillier, Taché, Aylwin, Parent, Turcotte et Christie.
302. Première session.— Le Parlement, convoqué à Kingston (1841), nomma Cuvillier orateur de la Chambre d'assemblée.
Sydenbam s'y rendit en grande pompe pour lire son discours d'ouverture, ayant surtout pour objet le développement des ressources du pays. A cette occasion, presque tous les Canadiens français protestèrent énergiquement contre les clauses iniques contenues dans rA3te d'Union.
Dans cette session, la chambre décida que les écoles de chaque paroisse seraient sous' le contrôle de commissaires élus par le peuple, et que les trois surintendants auraient la direction générale des études^. £50,000 par année furent affectés à l'éducation.
Afin de faciliter le commerce, la chambre vota £1,659,682 sterling pour les canaux WeUand, Cornwcdl, Lachvae et Burlington, le creusement du lac Saint-Pierre^ et l'ouverture des chemins des cantons de l'Est et de la baie des Chaleurs.
Les lois criminelles furent modifiées, la peine du pilori, abolie, et celle de la déportation, remplacée par le pénitencier.
La chambre imposa des droits de 2-| % à 5 %, sur les marchandises de nouveautés, augmenta ceux qui existaient sur les spiritueux, les vins et le sucre, et préleva une taxe de 1 % sur les billets de banque en circulation dans les provinces.
La dette de £1,000,000 du Haut-Canada, retomba sur les deux provinces. La Couronne accorda £1,500,000 pour venir en aide au Canada.
1 Les trois premiers surintendants furent l'honorable R. Simpson, le Dr Meilleur, pour le Bas-Canada, et M. Murray, pour le Haut.
252 LE CANADA UNITAIRK
Sydenham, qui, à l'âge de 42 ans, mourut des suites d'une cliute de cheval (1841), emporta dans la tombe les regrets universels,