LES PREMIERS DECOUVREURS
Le récit enthousiaste de son voyage alluma dans le cœur des Islandais, de; Norvégiens et des Groenlandais le désir d'aller à la découverte de nouvelles terres.
L'an 1000, Leif V Heureux, fils d'Eric le Roux, quittait les côtes du Groenland, avec trente-cinq 'hommes d'équipage, pour aller à la recherche des lie\ix décrits par Biarne II rencontra d'abord une terre aride couverte de roches plates, qu'il nomma Helhdand^ (Terre-Neuve). Cinglant ensuite vers le sud-ouest, il découvrit un paj's couvert d'opulentes forêts qu'il appela Marklanâ^ (Xouvelle-Ecosse), et une contrée couverte de vignes, qu'il nomma Vinland^ (Nouvelle-Angleterre*). Leif passa l'hiver au Vinland, et, au printemps, retourna au Groenland avec une carga'son de bois. Cette colonie fut presque abandonnée en 1012. L'un des plus célèbres explorateurs islandais est cependant Thorfinn Karlsefne, qui, dans un voyage de commerce, visita le Groenland en 1006. L'année suivante, avec 160 hommes montés sur trois navires, il vint dans le Vinland, où il passa trois ans, et eut plusieurs rencontres avec les indigènes.
D'après une bulle de Grégoire IV, publiée en 834, et étendant la juridiction d'Anscaire, archevêque de Hambourg, sur les peuples du nord et de l'est, parmi lesquels sont nommés les habitants du Groenland, on est porté à croire que les contrées du nord de l'Amérique furent découvertes avant les dates précitées.
En 1121, Éric Upsi, évêque du Groenland, vint annoncer i'Êvangile aux peuples du Vinland ; mais l'esprit hostile des Skralingres, sauvages de ces contrées, rendit ses prédications infructueuses^.
De leur côté, les chroniques galloises rapportent qu'en 1170, Madoc, fils de Owen Gwjneth, prince du pays de Galles, lassé des querelles de ses frères, éciuipa quelques vaisseaux pour faire vo le vers l'occident. Revenu dans son pays quelques années après, il en repartit avec un certain nombre de ses compatriotes pour fonder une
1 Terre d'ardoise.
2 Terre boisée.
3 Terre de vignes. Le docteur Storn, considéré comme une excellente autorité, asaure que les Scandinaves longèrent aussi les côtes du Labrador, celles de Terre-Neuve, et après avoir traversé le détroit, voulurent fonder un établissement en Acadie.
4 Cari Christian Rafn dit que ces données sont contestables.
5 Voir "Les grands faits de l'Histoire de la Géographie" par L. Dussieux. — La Puissance du Canada, 1906.
colon'e dans la contrée qu'il avait découverte. Le sort d'Owen et de ses compagnons resta inconnue
Les guerres intestines survenues dans le nord de l'Europe, et les ravages qu'exerça la peste noire, ralentirent le mouvement des explorateurs vers l'ouest ; cependant, on trouve encore, en 1347, un vaisseau islandais faisant un chargement de bois au Vinlapd.
Il est certain que les pêcheurs du nord de la France connaissaient de temps immémorial l'île de Terre-Neuve, sans y avoir néanmoins fondé d'établissements.
On peut donc avancer que l'Amérique, inconnue ou oubliée de l'ancien monde, n'était encore, au quinzième siècle, que le domaine des tribus indiennes. L'honneur de découvrir le nouveau continent était réservé à Christophe Colomb.
Christophe Colomb : Son projet de découverte. — L'opinion la mieux fondée fait naître Colomb à Gênes^, vers 1436. Ses parents, appauvris^, l'élevèrent dans la piété. Son instruction ne fut pas négligée'^. Au sortir de l'école primaire, il fréquenta l'université de Pavie, où il fit de rapides progrès, malgré son court séjour dans ce sanctuaire de la science.
Dès l'âge de quatorze ans, on le trouve dans la marine, qui faisait ses plus chères délices. N'oubliant pas les leçons de piété de sa mère, Colomb, comme un jeune lévite, demeura doux, chaste, simple et laborieux au milieu de compagnons aux instincts grossiers. Ses horizons intellectuels semblaient se mesurer aux horizons sensibles qui se déroulaient sous ses yeux.
Pendant ses vingt premières années de navigation, Colomb sillonna la Méditerranée en tous sens, combattit dans l'Archipel contre les flottes musulmanes, sur le littoral africain contre les puissances barbarcsques et sur les côtes de l'Italie, pour la maison d'Anjou, contre
1 L'écrivain CatKliii, américain, prétend avoir reconnu des traces de la race galloise a>i sein de la nation des Tuscararas, dont certains individus ont les yeux bleus et les cheveux blonds ; ces faits douteux font à peine partie de l'histoire.
2 II n'y a pas moins de quinze endroits qui se disputent l'honneur d'avoir vu naître Colomb.
3 Son père, Dominique, et sa mère, Suzanne Fontanaroisa, étaient déchus de leur ancienne splendeur par suite des guerres civiles.
4 Las Casas, célèbre missionnaire et généreux protecteur des Indiens, qui possédait plusieurs autographe.3 de Colomb, fait remarquer que le grand navigateur aurait pu gagner sa vie au moyen de sa belle écriture.
Christophe Colomb (1436-150t)
Gloire à toi, fier Colomb, ion génie inspiré Te guide sur lea mers d'un regard assuré, Pour donner à Us vœux l'immense nouveau monde.
Le Christ en souverain bienlôt règne en tous lieux; Sous le souffle divin que d'effets merveilleux ! Le progrès partout laisse une trace profonde.
celle d'Aragon. Il est probable, aussi, qu'il sortit de la mer Intérieure pour visiter le Congo, Madère, les Açores et V Islande, que les anciens appelaient Ultima Thulé.
En 1476, un combat naval, suivi d'un terrible naufrage, jeta le grand navigateur sur une plage solitaire du Portugal. S'acheminant vers Lisbonne, il rencontra plusieurs de ses compatriotes parvenus à des emplois lucratifs, et y trouvr même son frère Barthélémy, qui gagnait sa vie en confectionnant des cartes géographiques. Christophe se livra à ce travail, sans toutefois mettre de côté son projet de découvrir de nouvelles terres.
Souvent il disait : ''Le globe est incomplet, incomplète aussi doit être la rédemption." Toute son ambition ne paraissait être que de porter la lumière de l'Evangile à des milliers d'âmes assises à l'ombre des ténèbres du paganisme, et de trouver les ressources nécessaires pour la délivrance des saints lieux.
Colomb consulta le savant astronome Paul Toscanelli ; celui-ci reconnaissait aussi la route de l'ouest vers l'Asie, sans admettre, néanmoins, l'hypothèse d'un nouveau continent^. L'ne adhésion aussi favorable le porta à demander à Jean II, roi de Portugal, de l'aider, mais ce fut sans succès. 11 reprit alors, avec son jeune fils Diego, le chemin de Gênes, pour tâcher d'avoir des secours des premiers magistrats de cette ville, en essayant de les convaincre que l'exécution de son projet les mettrait à la tête des nations policées ; mais le mot du Sauveur fut accompli : on dédaigna le prophète.
De son côté, son frère Barthélémy faisait des démarches infructueuses auprès de Henri VIII, roi d'Angleterre.
Entravé dans ses desseins et repoussé de tous, Colomb se tourna vers l'Espagne. Voyageant à pied, à peu de distance de Palos, il sentit ses forces épuisées, et alla frapper à la porte d'un couvent de Franciscains, où le prieur Jean Ferez' le comprit, l'accueillit avec
1 Pendant qu'on cherchait par l'orient le passage de l'Inde, Colomb conçut le dessein d'y ariiver par l'occident. D'après ses calculs, on devait, en suivant cette dernière route, ou découvrir de nouvelles terres, ou aborder aux côtes orientales de l'Asie, qu'avait décrites Marco Polo. Ce dernier disait qu'il avait visité la Tartane, la Chine, le Japon, une partie du continent africain et l'île Madagascar. Il . publia une relation de ses voyages, mais ne fut pas cru. Ce ne fut que bien des années plus tard qu'on reconnut la véracité de ses récits. Cet illustre voyageur, né à Venise, vers 1250, mourut en 1323.
Quant à Colomb, il n'a jamais conçu l'idée d'un nouveau monde. Il est mort en protestar.*^ contre cette théorie. Ce qu'il promettait à ses équipages, c'était un groupement d'iles qu'il disait exister au sud du Japon — et les Antilles ou Indes occidentales furent ainsi nommées, parce qu'on les croyait sur le chemin du Japon.
2 Ferez, ancien confesseur de la reine Isabelle, était versé dans les sciences naturelles, et s'occupait beaucoup de 'a question de la navigation