LES PREMIERS DÉCOUVREURS
Améric Vespuce. — -Améric Vespuce, habile cosmographe florentin, explorant pour la première fois les côtes de l'Amérique (1499), venait en qualité de marchand, sur l'un des vaisseaux d'Alonzo de Ojéda. Ce dernier connaissait déjà le nouveau monde : il avait accompagné Colomb dans son deuxième voj'age, et s'était constitué son fidèle défenseur à Hispaniola.
Vespuce exagéra le récit de son voyage adressé à René, duc de Lorraine. Ce manuscrit, tombé entre les mains de Martin Hylacomylus, chef d'une imprimerie à Saint-Dié, fut publié en 1507. ]\Ialheureusement pour la mémoire de Colomb, Hylacomylus y fit un anachronisme, en datant de 1497 le premier voyage de Vespuce. Par un hasard regrettable, cette publication, faite dans un pays éloigné de l'Espagne, passa inaperçue, et le nom cVAmérique, appliqué au nouveau monde, lui fut conservée
Vincent Pinzon. — 'L'an 1500, Pinzon, partant de Palos pourl'Américiue, explora les côtes du Brésif' et découvrit le fleuve des Amazones^.
Gaspard de Cortereal. — -En 1496, Cortereal, gentilhomme portugais, visitait le nord de l'Amérique. La description de son voyage à la cour portugaise porte à croire qu'il côtoya la N ouvelle- Angleterre et la N uvelle-É cosse, toucha Terre-Neuve, et pénétra dans le flem-e Saint-Laurent jusqu'au Labrador, où il s'arrêta^.
Le baron de Léry — Le baron de Léry, premier gentilhomme français qui tenta de fonder une colonie au nord de l'Amérique, se rendit à l'île de Sable, en 1518. Le manque de provisions et la stérilité
1 On a cru jusqu'à maintenant que le pr'nom de Vespuce ou Fespucci était Améric, et que de ce prénom venait le nom à' Amérique donné au Nouveau-Monde. Mais le tracS d'un chemin de fer au Nicaragua (Amérique centrale) a fait décou^Ti^ que des montagnes de cette contrée portent le nom <i' Amerrique, signifiant, dans la langue des indigènes, le pays du vent, et qu'une peuplade indienne du pays s'appelle encore aujourd'hui los Amerriques. Or, comme le pilote Vespuce, dont le nom de baptême était Alberiav ou Albericus (Albert), visita la côte des Mosquitos, voisine de la petite coEtrée d'Amerrique où se trouvaient des mines d'or, on lui appliqua le sobriquet d'Amé-rique. et, par abréviation, d Améric (Améric Vespuce), comme on dirait aujourd'hui Vespuce l'Américain. C'est à Jules Marcou, savant américaniste français, que nous devons cette rectification publiée tout récemment dans le Bulletin de la Société de Géographie de Paris.
2 Cabrai, marin portugais, commandant une flotte que le roi Emmanuel envoya dans les Indes. fut poussé par la violence des vents vers le Brésil, où il aborda trois mois après Pinzon.
3 Le nom A' Amazone vient de ce que les premiers iia\-igateurs crurent voir sur les bords de ce fleuve des peuplades de femmes armées.
4 Dans ce premier voyage, Cortereal enleva cinquante naturels, qu'il vendit comme esclaves. Gaspard entreprit un second voyage pour continuer ses découvertes et ramener encore des esclaves. Comme il tardait à revenir, son frère Michel fit voile pour le chercher ; mais ni l'un ni l'autre ne reparurent au Portugal. Pendant longtemps, les Portugais appelèrent l'entrée du golfe Saint-Laurent golfe des deux frères. Sur ure vieille carte publiée en 1508, le Labrador est appelé Terre des E.iclavcs.
14 DÉCOUVERTE DE l'aMÉRIQUE
du lieu choisi firent échouer son projet. Il laissa sur cette île ingrate, depuis, théâtre de beaucoup de naufrages, des chevaux qui s'3^ propagèrent et donnèrent naissance à la race des poneys qu'on y trouve encore aujourd'hui.
LECTURE. — Colomb est-il le vrai découvreur de V Amérique ? — ^Des preuves irrécusables nous apprennent qu'avant les découvertes de Colomb, les peuples du nord de l'Europe avaient visité les côtes de l'Amérique. En parlant des voyages des Scandinaves au commencement du onzième siècle, un grand savant écrivait : "Il n'est pas ici question de faits isolés apparaissant dans la nuit des temps qu'ils éclairent seulement par place. C'est une histoire détaillée, embrassant plusieurs générations et donnant parfois des détails circonstanciés, qui expliquent certaines découvertes modernes en même temps qu'ils sont confirmés par elle^"
Nous savons aussi que des Basques, des Bretons et des Normands s'aventuraient sur l'Atlantique, à plus de huit cents lieues des côtes de France, pour faire la pêche dans le golfe Saint-Laurent ; mais ces hardis pêcheurs, comme d'ailleurs les Scandinaves, ne poursuivaient d'autre intérêt que celui du commerce. Aucun d'eux n'avait en vue de découvrir de nouvelles terres pour les faire connaître aux nations, afin de leur inspirer l'idée d'y fonder des colonies. Ces voyages, pour la plupart, restèrent inconnus aux peuples civilisés, ou furent regardés de ceux-ci comme sans importance. Nous avons, ici, à bien comprendre l'expression découvreur du nouveau monde. Il s'agit en ce cas d'un homme d'une haute intelligence, d'un esprit observateur, en un mot d'un génie qui, après avoir étudié, réfléchi, consulté, prié, poursuit un but déterminé, et, nonobstant les épreuves les plus décevantes, ne se décourage pas, prend les moyens d'arriver à sa fin. et parvient à faire connaître au vieux monde l'existence d'un autre continent. Cet homme, c'est Colomb, qui voulait trouver une route plus courte que celle connue pour se rendre aux Indes, ou, selon son expression, ''chercher l'orient par l'occident." Cela ne veut pas dire que le grand navigateur n'était pas au courant de l'histoire du Vinland, alors publiée, ou qu'il ignorait l'espèce de prophétie de Sénèque, déjà citée, ou qu'il n'avait pas entendu Darler des pêcheurs qui se rendaient chaque année sur les côtes de Terre-Neuve. Toutes ces choses, qu'il ne devait pas ignorer, n'enlèvent rien, nêanmoms. au mérite du célèbre capitaine génois. Tout autre que lui aurait pu utiliser les mêmes connaissances, mais personne ne le fit. C'est donc à Colomb qu'appartient la gloire d'avoir été le vrai découvreur de l'Amérique-.
1 Quatrefages, l'Espèce humaine (1880), p. 154.
2 Voir le3 articles de M. Alphonse Gagaon, dans le Monde illustré, pp 533 et 501.