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Pays conquis par Cortez et lizarre

détesté à cause de sa trop grande sévérité à punir les moindres fautesi De Tabasco, Cortez se dirigea sur ^an Juan d' UUoa} où Montézuma envoya vers lui des généraux pour connaître le but de son voyage.

1 Les lins San Juan et Cozumel furent découvertes (1515) par Juan de Grijalva, envoyé par Velasquez.

Cortez leur répondit : "Je suis l'ainbassadeur de Charles d'Autriche, grand et puissant empereur d'orient, et je viens vous apporter une bonne nouvelle, mais pour cela, il me faut de toute nécessité rencontrer votre empereur." Cette réponse intrigua Montézuma, qui croj^ait que tôt ou tard, suivant une tradition mexicaine, un grand roi d'orient les soumettrait à son sceptre et à sa couronne.

Le conseil de Montézuma décida que l'empereur ne quitterait pas sa ville royale, mais que des généraux iraient de nouveau vers les •Espagnols, les combleraient de riches présents, et les presseraient de se jretirer le plus tôt possible. Cortez persista dans sa résolution, et congédia les ambassadeurs en leur disant que sa mission réclamait absolument la présence de l'empereur. "D'ailleurs, leur dit-il, vous /n'avez rien à craindre ; je ne viens pas à vous comme conquérant, mais /comme ami."

En se retirant, les députés laissèrent aux Espagnols, une quantité si prodigieuse d'or, d'argent, de soie et de pierres précieuses que les yeux cupides de ceux-ci parurent ravis d'admiration.

Après cette visite, Cortez proposa à ses soldats d'élire un général ; le choix tomba naturellement sur lui.

Fondation de Vera-Cruz. — Avant de pou suivre ses conquêtes, Cortez jeta les bases de la Villa Rica de la Vera-Cruz (ville r^che de la vraie Croix). Cette dénomination rendait bien les deux grandes pensées caressées par les Espagnols : Villa Rica, à cause des immenses richesses du pays, qui les avaient éblouis et qu'ils espéraient y entasser toutes un jour ; Vera-Cruz, parce qu'ils étaient débarqués en cet endroit le Vendredi-Saint.

C'est ainsi que trop souvent un zèle outré et une piété mal éclairée allient les biens terrestres aux choses célestes, l'honneur de la religion à des passions effrénées, et une prétendue charité à la barbarie.

En quittant Vera-Cruz, où il laissa une petite garnison, Cortez fit couler à fond ses vaisseaux, afin d'obligei-Ses soldats à vaincre ou à mourir. /^^

Première expédition contre Mexico.^ Avant d'aller prendre la ville de Mexico, Cortez attaqua les Tlascalans \ qui se rendirent non sans lui avoir opposé une vive résistance. Ceux-ci devinrent ses alliés, et le grand conquérant, continuant sa marche victorieuse, s'em-

1 Les Tlascalans habitaient Tlascala, contrée fertile tout entourée de montagnes. Depuis longtemps, ce peuple s'était soustrait à la domination de Montézuma.

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para de Cholula^, de Tezcuco" et de Chalco, où il se trouva en présence de la riante et fertile contrée de Mexico. Au milieu d'un grand lac^ s élevait la brillante capitale'^, comptant plus de 20,000 maisons ; ses tours gigantesques, ses palais somptueux et ses jardins flottants lui donna ent un aspect féerique. Cortez marcha vers le palais royal ; près de mille nobles, en costume de f te, vinrent à sa rencontre, et défilèrent silencieusement en présence du grand général et le saluèrent avec respect. Deux cents officiers supérieurs, revêtus de longs manteaux blancs et la tête ornée de panaches, formaient le brillant cortège de Montézuma. L'opulent empereur, assis sur une cha se d'or massif, était porté par quatre des plus hauts dignitaires de sa cour. On tenait au-dessus de sa tête un élégant dais d'argent enjolivé de guirlandes en plumes vertes. Trois officiers, ayant en main un bâton d'or, ouvraient la marche. De distance en distance, à un signal donné, tous les Mexicains se prosternaient la face contre terre, comme étant indignes de regarder leur puissant empereur. Celui-ci, par diplomatie, sans doute, combla Cortez d'honneurs ; il le fit conduire dans un magnifique palais, en recommandant de le traiter royalement (1519).

Peu de temps après, les Mexicains attaquèrent Vera-Cruz et capturèrent un Espagnol, qu'ils sacrifièrent aux idoles après l'avoir décapité. Sa tête, portée de ville en ville comme un trophée glorieux, devint une preuve irréfutable que ces étrangers n'étaint pas immortels. Comme représailles, Cortez força Montézum.a à lui livrer les coupables, qu'il fit brûl'er vifs aux portes du palais impérial. On vit bientôt les Mexicains se tourner contre leur empereur, qui, sous l'inspirât on de Cortez, s'était déclaré publiquement vassal de Charles-Qaint. Les Mexicains ne tardèrent pas à se mettre en pleine révolte contre Montézuma. Celui-ci, pour les calmer, parut sur les remparts dans tout l'éclat de sa dignité royale, mais ses sujets, le croyant vendu

1 Cette ville, comptant 25,000 maisons et 400 tours, fut réduite en cendres à cause de sa résistance.

2 C'était une des plus florissantes villes du royaume. Le cacique combla d'honneurs Us Espagnols et les traiia comme des anges tutélaires qui venaient aider les Mexicains à secouer le joug trop onéreux de Montézuma.

3 Ce lac d'eau salée mesure à peu près 22 milles de lon'^ueur. Il cominuniiiue avec un autre lac d'eau douce et presque aussi étendu ; ces deux lacs, pris ensemble, ont environ 160 milles d'- circonférence.

4 Mexico était bâtie sur une iie, au milieu du lac sa'é. Les rues, sans pavés, s'ouvraient par quatre portes auxquelles se rendaient autant de levées en briques, qui établissaient la communication avec la campagne. L'eau douce était amenée à la ville par un aqueduc Mexico avait 9 milles de circonférence.

aux Espagnols, le renversèrent mortellement blessé, sous une grêle de pierres et de flèches. Ce prince, dégoûté de la vie, ne voulut accepter aucun médicament et mourut peu après. Les Mexicains, bien résolus d'exterminer jusqu'au dernier soldat de Cortez, élurent un nouvel empereur^, et attaquèrent les Espagnols dans leur quartier : le combat fut terrible. Cortez se vit obligé d'ordonner la retraite et de quitter Mexico. Après cinq ou six jours de marche, de fatigues et de désastres, il parvnt jusqu'à la plane d'Otum a, qu'il trouva couverte d'ennemis, réunis pour lui couper le passage. En présence d'un danger aussi imminent, Cortez, sans perdre son sang-froid, dit à ses gens: "Amis, voici le moment de vaincre ou de mourir." Enthousiasmés par ces paroles, les Espagnols font tomber les ennemis sous leurs armes comme le blé sous la faux du moissonneur, et une victoire décisive met l'armée du conquérant en sûreté.

Conquête du Mexique. — 'Avant d'attaquer définitivement Mexico, Cortez fit d'importants préparatifs. Treize grand brigantins furent construits et solennellement lancés sur les lacs. Il recevait aussi quatre vaisseaux de l'Espagne et un renfort de 200 hommes. L'aqueduc fut détourné et les vivres coupés à la malheureuse ville. L'attacj[ue eut lieu par terre et par eau. Le choc fut terrible et opiniâtre ; on se disputa le terrain pied à pied, et tout fut saccagé. Guatimozin" vaincu, se livra prisonnier (12 août 1521). Cette victoire décisive fit passer l'empire au pouvoir des Espagnols.

Après avoir fait le récit de ses exploits à Charles-Quint, Cortez fut nommé capitaine et gouverneur générai du pays conquis (1522). Son premier soin fut de relever Mexico de ses ruines. Pour affermir son autorité, il fit mourir dans les supplices les plus horribles les naturels qui ne voulurent pas se soumettre. Guatimozin, accusé de menées secrètes, fut pendu au milieu d'une rue avec deux des principaux caciques^. La jalousie calomnia le grand conquérant auprès de Charles- Quint, et réussit à le faire rappeler (1528); mais il parut si grand, si noble et si désintéressé devant la cour, que sa seule présence déjoua tous les complots de ses adversaires. Le roi le nomma chevalier de Saint-

1 Ce fut Quetlavacca, frère de Montézuma.

2 Guatimozin, qui avait remplacé Quetlavacca, avait mis la ville en état de défense. De nombreux canots armés attaquèrent la flotte espagnole munie de canons. Cortez avoue qu'il aurait été vaincu, s'il n'était pas survenu un vent qui le favorisa, et dérouta la flottille mexicaine.

3 Guatimozin s' obstinant à ne pas vouloir révéler oïl se trouvaient les trésors convoités par les Espagnols, fut couché avec son ministre, sur des charbons ardents. Celui-ci, qui semblait supplier son maître de révéler le secret, reçut cette fière réponse : "Et moi, suis-je donc sur des roses ? "

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Jacques, le créa comte et lui accorda d'immenses terres au Mexique, où il revint. Dès lors, sa vie ne fut plus qu'un tissu de peines et de chagrins. Ceux qu'on lui avait adjoints pour l'administration réussirent à le perdre définitivement dans l'estime du roi. Revenu en Espagne (1540) pour plaider sa cause, Cortez fut délaissé de la cour et eut à subir un sort semblable à celui de Colomb. Charles-Quint feignait même de ne plus le reconnaître. Un jour, perçant la foule qui entourait la voiture de l'empereur, Cortez se présenta sur Tétrier de la portière, et le roi lui demanda. "Qui êtes-vous ?" — -"Je suis un homme, lui répondit fièrement le conquérant du Mexique, qui vous a donné plus de provinces que vos pères ne vous ont laissé de villes." Courbé sous le poids des chagrins, Cortez termina sa laborieuse carrière le 2 décembre 1547. Ses restes, comme il l'avait demandé, furent transportés à la Nouvelle-Espagne, jugeant peut-être sa patrie indigne de recevoir dans son sein la dépouille mortelle d'un bienfaiteur qu'elle avait si mal récompensé^.

François Pizarre. — -A l'instar de Cortez, Pizarre^, épris de l'amour des conquêtes, jeta les yeux sur le Pérou. Il s'associa à un riche ecclésiastique nommé Luque et à Diego d'Almagro, obscur de naissance, mais pt)ssédant une fortune considérable, chose qui n'était pas à dédaigner pour la circonstance. Ces trois hommes scellèrent leur alliance en communiant de la même hostie, qu'ils se partagèrent. Après de douloureux revers, Pizarre équipa trois vaisseaux sur lesquels il s'embarqua en 1531. La flottille, portant 144 fantassins et 36 cavaliers, se dirigea sur l'île de Puna, située dans le golfe de Guayaquil, qui favorisait l'entrée du Pérou.

Conquête du Pérou. — -Pour conquérir cet empire, Pizarre marcha sur Cuzco, la capitale, en se faisant passer pour l'ambassadeur du grand roi d'Espagne. Atabalipa^, l'usurpateur du trône, se porta à sa rencontre, entouré de 3 000 hommes et porté su une chaise d'or. La rencontre eut lieu à Caxamalca. La proposition à rinca de S2 faire chrétien et de se reconnaître vassal de Charles-Quint, fit éclater sa colère. A un signal donné, les Espagnols fondirent sur l'élite péruvienne et mirent à mort tous ceux qui osèrent se défen-

1 Conquêce du Mexique, par Antonio Del Solis et W.-H. Prescott.

2 Pizarre naquit en l'an 1475, à Truxillo, dans ]'Eslramailure, province d'Espagne. D'îibord gardeur de pourceaux, il prit la fuite et s'embarqua pour les Indes espagnoles, avec Vasco Nunez de Balboa, ; c'est ce dernier, qui, du sommet des Cordillères, aperçut le premier l'ooiJan Pacifique.

3 Atabalipa, de la dynastie des Incas, était sur le trône, qu'il avait usurpé sur son frère Huescar, quand Pizarre so rendit au Pérou pour en faire la conquête.

dre. Ce fut i'horreur d'une véritable boucherie : le sol resta jonché de cadavres. Atabalipa fut fait prisonnier et conduit sous bonne escorte dans le quartier des Espagnols. Le malheureux prince pressentant que la soif de l'or était la passion dominante des conquérants, donna une rançon de soixante-quinze millions de pistoles, mais cette somme ne l'empêcha pas d'être condamné à mort, après un semblant de procès, où on l'accusa de trahison. L'Inca implora la clémence de son tyran, mais celui-ci demeura inflexible et le livra à des nègres pour l'étrangler.

Maître de Cuzco, le conquérant jeta les bases de Lima, qui devint la capita e du nouvel état. Cependant, la division ne tarda pas à se mettre dans les rangs des vainqueurs. Pizarre se brouilla avec Aimag o, nomm.é par Charles-Quint gouverneur du ChiU. Après l'avoir vaincu à Cuzco, il le chargea de fers et le fit condamner à mort (1538). Mais Pizarre, par son gouvernement tyrannique, s'était fait d'autres ennemis. Bientôt ils jurèrent de secouer le joug de leur oppresseur. Les conjurés, ayant à leur tête les fils d'Almagro, cernèrent en plein jour le palais de Pizarre, et, aux cris de : ''Périsse le tyran ! Vive le roi !" enfoncent les portes, se précipitent dans le palais comme des loups affamés, et tuent Pizarre à coups d'épée. Telle fut la fin tragique d'un homme dont le courage, la constance et la fermeté égalaient la fourberie, la cruauté et l'ambition effrénée.

Des gouverneurs avides et incapables succédèrent à Pizarre, et perpétuèrent longtemps, dans le Pérou, la haine entre les naturels et les Espagnols.

Du Pérou rayonnèrent la plupart des expéditions d'aventuriers qui conquirent à l'Espagne la plus grande partie de l'Amérique méridionale.

LECTURE. — Les peuples du nouveau monde. — Nous avons à considérer, ici, d'où venaient les peuples du nouveau monde et à quelle époque ils se rendirent dans ces contrées. Ce sujet présente de nombreuses conjectures.

Pline nous dit qu'en passant par l'Islande et le Groenland, on trouvait un continent qui reliait le nord de l'Europe avec l'Amérique. On considère que ce continent, ou au moins cet archipel, avait une étendue de 20,000 milles carrés. Le géologue Edmond Colo:nb avance qu'à une époque très reculée, la partie occidentale de l'Espagne se rattachait à un continent, submergé depuis des centaines de siècles, par où l'on pouvait se rendre en Amérique. La géologie et l'ethnographie sont d'ailleurs d'accord avec les traditions des premiers siècles, concernant le fameux Atlantide, qui jouait un si grand rôle à cette époque.

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D'un autre côté, on pense que le détroit de Bering n'a été formé qu'à la période quaternaire, et que l'Asie touchait alors à l'Amérique.

D'aillevu-s, les mêmes époques de fossiles : chameaux, rhinocéros, machairodus, etc., que l'on trouve dans des couches similaires de terrains communs aux deux continents, prouvent bien qu'ils étaient réunis. On recueille aussi dans les couches de lignite des terrains tertiaires de l'Europe, des débris de cyprès de la Louisiane, de feuilles d'érables, de sassafras, de magnolias, de taxus, de sequois, provenant des arbres de l'Amérique, arbres qu'on ne trouve pas maintenant dans les contrées de l'Europe. On a remarqué que les mêmes règnes de la nature n'existaient plus en 1692, d'oii l'on peut conclure, qu'avant cette date, les deux continents communiquaient au moyen de terres disparues.

On est porté à croire que les peuples qui habitaient le nouveau monde, avant sa découverte par les Européens, venaient de l'Asie, vu que les régions méridionales et centrales avec le sud des États-Unis étaient les seules habitées.

Les auteurs chinois parlent d'un pays merveilleux appelé FoiL-Sang, vaste territoire d'environ 1000 lieues, au delà duquel on retrouve l'immense mer Bleue. L'espace ici indiqué s'accorde avec l'intervalle qui sépare le littoral du Pacifique de celui de l'Atlantique, à la hauteur de San Francisco.

D'ailleurs, les renseignements fournis sur la civilisation, l'industrie, la religion, la population de Fou-Sang conviennent parfaitement à ce que nous savons des anciens Péruviens. Tout ceci nous reporterait à 1500 ans avant les découvertes de Christophe Colomb. Les vestiges des monuments préhistoriques, trouvés dans les deux Amériques, ressemblent aux constructions de la même époque du nord de l'Europe, portant l'empreinte de l'art asiatique^.

Gafîarel" paraît assez bien résumer les conclusions de la science moderne en disant : "Ainsi donc, à une époque inconnue, mais assurément fort reculée, vivait et se développait en Amérique une race forte, énergique, industrieuse, assez puissante pour consacrer à des travaux improductifs le labeur de plusieurs milliers d'hommes.

Lorsque les Espagnols du XVIe siècle découvrirent les peuples même les plus civilisés de l'Amérique, cet éclat avait disparu ; cette puissance s'était dissipée. Mais supposons qu'un peuple quelconque ait découvert l'Europe au Xe siècle de notre ère, dans le siècle de fer de la féodalité, il eût trouvé les Européens bien barbares, et pourtant la civilisation gréco-romaine avait longtemps brillé dans ces mêmes contrées. Il en restait encore sur le sol et dans les esprits des traces nombreuses. Un phénomène analogue dut se produire en Amérique : elle eut ses jours de splendeur, mais à l'antique civilisation succéda la barbarie moderne. Quand enfin nous pourrons déchiffrer ces illisibles hiéroglyphes du Mexique et du Yucatan, ces manuscrits mystérieux, ces rituels, ces cartouches qui défient encore notre curiosité, peut-être alors connaîtrons-nous l'histoire de la vieille Amérique, et ce prétendu nouveau monde deviendra une partie de l'ancien monde, un pays dont les habitants avaient avec nos ancêtres des relations fréquentes.^"

1 Voir les articles de M. Alphonse Gagnon dans le Monde Illustré, pp. .518, 519, 535.

2 Gaffarel, p. 36.

3 Voir V Amérique précolombienne, par A. Gagnon.

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