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LES PEUPLES DE L'AMÉRIQUE

Origine. — Civilisation des Aztèques et des Péruviens. — Gouvernement. — Arts. — Sciences. — Religion. — Fêtes. — Sacrifices.— Missions catholiques. — Réductions du Paraguay. — -Gouvernement des Réductions. — Justice.— Milice. — Agriculture. — Éducation et instruction. — Résultats.

Origine. — -Les Européens trouvèrent l'Amérique couverte de tribus sauvages, différant peu entre elles de mœurs et de coutumes.

Quels étaient ces peuples ? — -D'où venaient-ils ? — -Mystère dont la Providence se plaît encore à nous faire chercher le secret.

Dès le berceau du genre humain, des groupes durent se diriger du côté du continent américain.

On sait, d'ailleurs, que la confusion des langues, amenée par la tour de Babel^, força les homme ^ à se disperser. Parmi les Japhétides^, les uns se répandirent vers le Pont-Euxin (Mer Noire), le Caucase, autour de la mer Caspienne, en Sibérie, et peuplèrent ensuite l'Europe ; d'autres, prenant une direction opposée, se dirigèrent du côté de la Médie, de la Perse^, des Indes et de la Chine ; ils passèrent même en Amérique, puisque, d'après les anciens, le détroit de Bering n'exi-tait pas encore. Platon dit aussi qu'à cette époque, il y avait plusieurs îles, même un continent en plein océan Atlantique^.

Des naufrages et des voyages de découvertes, entrepris par les peuples maritimes, durent jeter sur les côtes de l'Amérique, des Phéniciens, des Indiens, des Chinois, des Japonais, des Celtes, des Scandinaves, ete, La seule analogie des usages, des coutumes, des langues et des cultes nous fait présumer la réalité d'une communication

1 Cette tour était la grande pyramide à sept étages de Borsippa, près de Babylone. II y a quelques années, une inscription en fit découvrir les ruines ; elles consistent dans un amas prodigieux de briques simplement séchées au soleil, qui, en s'éboulant, ont formé des espèces de collines. Les habitants du pays désignent ces décombres sous le nom de Birs Nimroud, c'est-à-dire Tour de Nemrod.

2 Japhet signifie extension. De cette race, connue ordinairement sous le nom de race indo-européenne ou indo-oermanigue, sont les Scythes, les Sibériens, les Thraces, les Perses, les Grecs, les Romains, les Celtes, les Germains, les Slaves, les Mèdes, les Indiens.

3 En Perse, ils se mêlèrent avec les Sémites.

4 Les anciens ne portent gu' ra au delà de 3000 ans l'effondremenc de l'Atlantique, dont les traces sont encore i^ensibles. Ce cataclysme, qui répandit partout la terreur, eut pour effet de retenir les marins en djçà des colonnes d'Hercule. Depuis, ces mers mystérieuses furent regardées comme infranchissables. Même les gens de Colomb étaient imbus de ces préjugés.

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entre l'ancien et le nouveau monde. Cependant, ces communications remontent à des époques bien reculées, puisque le fer, la monnaie et récriture linéaire n'étaient pas alors connus des tribus américaines.

La décadence de l'empire romain, qui dissémina des hordes barbares en Europe et en Asie, dut aussi amener des émigrations en Amérique, par le détroit de Bering^. Ce détroit, ne mesurant pas plus d'une cinquantaine de milles de largeur, n'était pas de nature à empêcher les Indiens de le traverser en canots"'. Les recherches exactes des archéologues suppléent aux incertitudes de l'histoire, et nous prouvent que l'existence de l'homme sur le continent américain remonte à l'âge de la pierre, c'est-à-dire à l'époque où l'homme n'avait pas encore appris à se servir des métaux. Les tribus nomades vivaient alors de pêche et de chasse. Des silex informes leur servaient d'armes et d'outils. Leurs habitations étaient des cavernes ou des antres de rocher, qu'elles disputaient aux bêtes sauvages.

Aux tribus nomades succédèrent des peuplades sédentaires, moins grossières et moins barbares, qui s'établirent sur les bords de la mer et sur les rives des fleuves, des lacs et des rivières ; des amas de débris^ accusent la longue durée de leur séjour en Amérique.

Enfin les Mounds, au nombre de plus de 10,000, nous reportent à des immigrations ultérieures. Parmi ces monuments, on distingue des corps défensifs'^, des ence'ntes sacrées^, des :emples^, des tertres pour

1 Les Montagnais ou Tchipewgans, qui occupent la côte et les deux versants des montagnes Rocheuses, regardent l'Asie comme le berceau de leurs ancêtres.

2 Une preuve évidente que les sauvages n'avaient pas peur d'affronter le détroit de Bering, c'est qu'au commencement de la colonie, un missionnaire du Canada, appelé à exercer son ministère en Chine, y rencontra une Indienne qu'il avait baptisée à Montréal ; elle lui raconta qu'ayant été faite prisonnière, on l'avait conduite dans cette contrée (Ferland).

3 Des recherches ont fait découvrir des haches, des couteaux, des outils de pierre, de corne et d'os, ainsi que des fragments d'objets abandonnés depuis des siècles. On a trouvé de nombreux ossements de mammifères et d'oiseaux, des arêtes de poissons, des coquilles d huiîtres, de cardium et d'autres mollus ues.

4 Une chaîne de camps retranchés et de fortifications colossales reHait les AUéghénys aux montagnes Rocheuses. Redoutes, murs, parapets, fossés, circonvallations défendant les points culminants et les deltas, tranchées profondes, passages creusés sous le Lit des rivières, observatoires placés sur les hauteurs, murailles circoncentriques pour protéger les entrées, formaient un véritable système de forteresses.

5 On en comptait 1,500, généralement construites sur le bord des fleuves et dans les vallées dominées par de hautes collines.

6 Ces temples avaient la forme de pyramides tronquées, dont les plans inclinJs conduisaient a»* commet.

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les sacrifices^, des tertres tumulaires^ , et d'autres figurant des animaux^. Dans plusieurs contrées des États-Unis, notamment en Virginie, en Pensylvanie, dans YOhio et le New-York, on rencontre les ruines de grandes ci lés entourées de murs et de "orêts ; on trouve des pièces de poterie, des bouteilles, drs haches d'acier et autres objets en fer. Près de New York, dans la rivière Genessel, on a découvert, récemment, un m.orceau d'argent sur lequel ces mots étaient gravés en caractères arabes : l'année 600 de Notre-Seigneur. Ces restes d'architecture et d'autres découvertes récentes nous reportent, nécessairement, à des époques bien différentes.

Civi'iisation des Aztèques et des Péruviens. — ^Parmi les tribus mexicaines, celle des Aztèques^ s'était particulièrement signalée par sa puissance. EFe eut cependant des débuts pénibles et fut même contrainte par ses voisins de se reléguer sur des îlots sablonneux et stériles s'tués au milieu d'immenses marais. Sur l'un de ces î'ots elle fonda Tenochtiilan (1325), ville capitale de 500 000 à 1 000,000 d'habitants, qui a fait place à Mexico. Les Aztèques augmentèrent leur puissance et leur développement par les luttes victorieuses qu'ils eurent à soutenir contre leu s adversaires La civiHsation biillante qu'ils atteign'ren est attestée par les débris de peinture, de sculp u e et d'architecture que l'on trouve encore au Mexique.

Au Pérou, le Soleil — pr'ncipale divinité — VInca et les communes éta ent es seuls propriétaires Les travaux agricoles se faisaient en commun, et les particuliers devaient même cultiver les terres du Soleil et de l'Inca. Des magasins publics subvenaient aux besoins des aveugles, des muets, des sourds, des estropiés, des infirmes et de quiconque ne pouvait cultiver la terre. Les vieillards, entretenus aux frais de la commune, étaient chargés de chasser les oiseaux des champs ensemencés. Les portes des habitations devaient rester cuver i es pendant les heures des repas, afin que les juges pussent y pénétrer et voir ce qui s'y passait. Cette législat'on faisait des Péruviens des espèces de machines ; et; selon la judicieuse remarque

1 Los tertres pour les sacrifices consistaient en des couches horizontales de gravier, de terre et de sable que surmontait un autel formé de pierres plates ou d'argile durcie à la chaleur.

2 Les tertres tumulaires, très nombreux, témoignent qu'en tout temps l'homme a toujouraeu du respect pour les morts. --

3 Ced tertres, que l'on compte par milliers, se trouvent généralement dans les États du Far-'W'-eat €t le Wisoonain.

4 Le» Aztèques tiraient leur origine d'Azilan, contrée mexicaine qui pendant cinq siècles envoya vers le sud de nombreuses éniigrations. ^i^-; ' >.:;■./;:; ;

de M. de Humboldt, il y avait au Pérou une richesse générale, et pas de félicité privée ; de la résignation au despotisme royal plus que de l'amour pour la patrie ; de l'obéi sance passive sans hardiesse pour les g andes en reprises, un esprit d'ordre qui s'étendait jusqu'aux mo'ndres actions de la vie, et nulle largeur d'idées, nulle élévation de caractère.

Outre le Soleil, le 5 Péruviens adoraient aussi des idoles. Leur morale se réd'uisait à trois ponts : n'être ni voleurs, ni oisifs, ni menteurs.

Gouvernement. — 'Trois états confédérés, Mexico, Tezcuco et Tacuha, gouvernés chacun par un roi, formaient l'empire du Mexique. Le roi de Mexico, avec la prééminence, jouissait du triple pouvoir civil, judiciaire et militaire. Les quatre principaux seigneurs choisissaient l'empereur dans une famille de Mexico.

Ruine d'un monument antique, à Mitla, Mexique

Au Pérou, les Incas jouissaient d'un pouvoir théocratique absolu. Aux membres de celte dynastie étaient dévolus tous les emplois, même l'exercice du sacerdoce. Un lieutenant, qui devait rendre compte de ses actes à 'empereur, se trouvait à la tête de chacune des quatre principale ; circonscriptions de l'empire. Des gouverneurs, appelés curacas, administraient les provinces, et formaient la noblesse du second ordre. Les provinces étaient divisées en communes, régies par des statuts municipaux ; chaque commune renfermait un certain

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nombre de familles. Quant aux tribus moins civilisées des autres contrées, l'anarchie y régnait, et la force y faisait loi.

Arts. — 'Les Mexicains possédaient tous les arts de néce Fité et même ceux de luxe : des orfèvres exécutaient habilement les ouvrages les plus délicats. Les tissus des Mexicains furent autant admirés que leur sculpture et leur architecture. Au dire de Cortez, tout ce que produisent la te.re et les eaux, Montézuma l'avait fait imiter en or, en argent, en pierres précieuses, en plumes d'oiseaux, avec une telle perfec • tion qu'on aurait cru le voir au naturel. Les Mexicains savaient aussi se servir de peintures pour faire des tableaux.

L'usage de la brique, de la chaux et l'art du charpentier étaient inconnus aux Péruviens. Les édifices étaient construits de blocs de pierre, et, pour consolider leurs constructions, ils creusaient le bloc inférieur de manière que le supérieur s'y emboîtât exactement. La citadelle de Cuzco était bâtie de ces énormes blocs irrégjliers. Outre le palais de VInca, dont les m irs à l'intérieur étaient couverts de feuilles d'or, Cuzco renfermait plusieurs monuments remarquables. La beauté et la richesse du temple du Soleil surpassaient tout ce que l'on peut imaginer : des lames et des guirlandes d'or flamboyaient au soleil sur les murailles ; des deux côtés de l'autel étaient rangés, par ordre d'ancienneté, les cadavres embaumés des Incas, assis sur des trônes d'or ; les portes du temple étaient du même métal. Cet édifice se trouvait entouré de pavillons carrés dédiés à la Lune, ( pouse du Soleil, aux Pléiades, au tonnerre, à l'arc- en-ciel, aux prêtres Le pavillon de la Lune, contenant les corps embaumés des impératrices, était couvert d'argent.

Science.^ — -Dans toutes les villes se trouvaient des écoles dirigées par des Incas, que les fils des nobles et même des caciques devaient fréquenter. On y enseignait la religion, ou les rites et les cérémonies. On expliquait la raison de chaque loi en en prouvant les fondements. La morale, la politiciue et la pratique de l'art militaire n'étaient pas négligées. Les traditions historiques de la patrie y étaient rappelées par ordre et passaient ainsi d'une génération à l'autre. L'arithmétique, l'astronomie, la musique et la poésie étaient aussi cultivées. Les Mexicains se servaient d'une écriture hiéroglyphique assez grossière. Cortez écrivait à l'empereur : "Ces peuples ont certains caractères et des figures sur le papier, qu'ils comprennent

parfaitement." Les Péruviens transmettaient les faits au moyen de petites cordes de plusieurs couleurs, nouées de différentes façons, et appelées quipos. Ces figures et leur arrangement étaient de pure convention. Les fils des roturiers n'avaient pas d'écoles et devaient s'en tenir à leurs métiers.

Reliéion. — 'Les peuples américains avaient des notions de Dieu. Les Mexicains attribuaient la création et la conservation de toutes choses à un être suprême qu'ils appelaient TéolV-. Les Péruviens lui donnaient le nom de Pacha-Camac, ou créateur du monde ; les Brésiliens le dénommaient Pillan ou esprit par excellence. Les tribus de la Guyane croyaient à un Dieu infiniment bon, ne leur voulant que du bien ; elles adora" ent aussi un grand nombre de génies inférieurs auxquels elles se recommandaient dans leurs maux.

Tous les sauvages croyaient à l'immortalité de l'âme et à l'existence d'une vie future^. Les Indiens gardaient leurs cheveux et leurs ongles avec l'espérance de les retrouver à la résurrection. On portait les nouveaux-nés aux prêtres, qui leur versaient de l'eau sur la tête ; dans certaines provinces, on feignait de les faire passer par l'eau et

le feu.

Les traditions d'un seul homme sauvé d'une grande inondation au moyen d'un radeau, et d'un édifice pyramidal élevé par l'orgueil des hommes et détruit par la colère des dieux, rappelaient bien le déluge et la tour de Babel.

L'espérance d'un rédempteur se conservait également : "Tous les aborigènes attendaient du côté de l'orient, qu'on pourrait appeler le pôle de l'espérance de toutes les nations, des enfants du soleil. Les- Mexicains, en particuher, croyaient qu'un de leurs anciens rois reviendrait vers eux du côté de l'aurore, après avoir fait le tour du monde. Enfin, il n'y a aucun peuple qui n'ait eu son expectatio» de cette espèce^."

Fêtes. — -Les fêtes les plus })rillantes étaient celles de la religion, du soleil, de la lune et de Vénus ; celle-ci était vénérée comme la messagère du soleil. La solennité de l'équinoxe de mars était suivie de la récolte du mais, ordinairement mûr à cette époque : cette récolte jetait

1 Corruption du mot grec Theos (Dieu).

2 Un vieil Indien disait uu jour k Colomb : "Tu nous as effrayés par ta hardiesse, mais souviens toi que nos âmes ont deux routes après la sortie du corps : l'une est obscure, ténébreuse ; l'autre est claire, brillante et destinée aux âmes de ceux qui ont donné la paix et le repos."

3 Boulanger, Recherches sur le despotisme oriental.

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le peuple dans une allégresse générale. Les Mexicains célébraient, chaque année, trois fêtes des morts et une autre en l'honneur des seigneurs.

Sacrifices humains. — 'Nul peuple n'offrit autant de sacrifices humains^ que celui du Mexique. Le nombre surpassait 20,000 en certains jours de fête. L'immolation était quelque chose de cruel. Un pontife, accompagné de quatre prêtres^, conduisait la victime en présence de l'idole à laciuelle on l'offrait ; après l'avoir étendue sur une espèce de table, les quatre prêtres la tenaient par les mains et les pieds, tandis que le pontife lui ouvrait la poitrine pour en arracher le cœur, qu'il élevait tout fumant vers le soleil. Ce cœur, avec le sang duquel on teignait les lèvres de l'idole, était ensuite brûlé et les cendres conservées avec respect. La tête de la victime était aussi précieusement enfermée dans un ossuaire. Les maîtres des prisonniers ou des esclaves sacrifiés réclamaient les reste; pour s'en réga'er dans un repas auquel ils convia' ent eurs parents et leurs amis.

La manière d' mmo er "es v ctimes variait selon les fêtes. Pour honorer Teleoïnan, mère des dieux, on coupa.t la tite à une ^emme ; on glorifiât Tlatot, dieu des eaux, en noyant dans un lac un petit garçon et une petite fille ; on chômait aus i certa'nes fêtes en enfermant dans une caverne quelque . enfants pour y mourir de fa m, ou en suspendant 'es victimes à des branches d'arbre pour y être percée ^ de flèches, ou encore en les attachant à des poteaux jDour les assommer à coups de massue.

Missions catholiques. — Dès que les immenses forêts de l'Amélique furent découvertes, on vit accourir les illustres enfants de saint François, de saint Dominique et de saint Ignace, pour annoncer l'Évangile aux peuplades barbares de ces contrées. Les missionnaires y rencontrèrent des difficultés presque insurmontables.

Les cruautés 'nouïes exercées par les Espagnols sur les aborigènes étaient un excellent prétexte à ceux-ci pour ne pas embrasser la relig'on de leurs conquérants. Cependant, là comme ailleurs, la croix triompha de l'idolâtrie ; les conversions s'opérèrent par milliers. Les missions prospérèrent tellement qu'au commencement

1 Les victimes étaient ordinairemeni des prisonniers de guerre et des esclaves

2 Les prêtres mexicains avaient un extérieur grave et imposant. Ils portaient de longues robes noircBi avaient les cheveux épars et les mains teintes de sang qu'ils ne lavaient jamais. Il y en avait deux classes : celles des sacrificateurs et celles des prêtres dont la mission était d'apprendre aux peuples les usages et les coutumes et d'instruire la jeunesse.

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du XVIIe ; iècle, VAniér que espagnole^ comptait déjà cinq archevêchés et quatre cents couvents. C'est ainsi que, soute l'empire de la foi, l'esprit de cruauté de vengeance et de perversité grossière qui caractérisait les hordes sauvages, faisait place à la douceur, à la patience et à la chasteté. L'évêque de Buenos-Aires pouvait alors écrire à Philippe V, roi d'Espagne : "Sire, dans ces peuplades nombreuses composées d'Indiens naturellement portés à toutes sortes de vices, il règne une si grande innocence que je ne crois pas qu'il s'y commette un seul péché mortel."

Réductions du Paraguay. — -Le Paraguay présentait la plus triste image de la décadence de l'espèce humaine On y voyait des hommes nus, farouches, anthropophages, ayant le travail en horreur. Les premier m'ssJonnaires de ces contrées barbares furent les F anciscains, qu'on ma<^sacra. Les Jésuites, qui leur succédèrent, parvinrent à se fixer au milieu de ces peuples non civilisés, qu'ils adouc'rent peu à peu et affect onnèrent aux cérémonies du culte catholique. Pour faciliter leur tâche, les m'ssionnaires créèrent une langue générale composée des principaux mots des dialectes des différentes peup'ades ; ils travaillèrent aussi à corriger l'ivrognerie, en abo issant le trafic des liqueurs enivrantes. Sous cette heureuse influence, 100, 000 Indiens demandèrent le baptême. Afin de soustraire les nouveaux convertis au contact funeste des Européens, les Jésuites obt nrent du roi d'Espagne de les grouper en des endroits connus sous le nom de réductions ou paroisses : c'est ce qui donna lieu à ce roi d'accuser faussement les missionnaires d'avoir voulu fonder un état indépendant dans le Paraguay.

Presque toutes les réductions étaient situées sur le bord des rivières ; les maisons étaient disposées en carré autour de la place publique, où se trouvaient l'église, centre de la colonie, la résidence des missionnaires, l'arsenal, le grenier commun et l'hospice pour les étrangers. Dans la première moitié du XVIIe siècle le nombre des réductions s'élevait à trente-trois, comprenant chacune un millier de familles.

1 L Amérique espagnoU- comprenait. le Mexique., la Floride, que l'Espagne céda plus tard aux Anglais (1703), le Guatemala, une grande partie des AnlilUs, la Colombie, le Pérou, la Bolivie, le Chili et Buenos-Aires. Pendant le temps qu'elle domina sur le Portugal (1580-1640), l'Espagne posséda aussi le BréAl, colonie portugaise.

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Gouvernement des Réductions — Les Jésuites donnèrent aux Indiens une constitutioîi patriarcale sans précédent dans l'histoire. Un cur'- administrait chaque réduction, et un vice-curé vaquait aux fonctions spirituelles. Toutes les missions relevaient d'un supérieur nommé par le pape et investi de pouvoirs très étendus, même de celui d'administrer la confirmation. Un gouverneur, subordonné au supérieur général des missions, était nommé par le roi. Sous la direction des missionnaires, l'assemblée générale des citoyens élisait un cacique pour la guerre, un corrég'dor pour Injustice, un régidor et des alcades pour la police et les travaux publics.

Justice. — -Le curé jugeait les délits, qui étaient rares. Une première faute était punie par l'admonition ; une récidive par une i^énitence publique à la porte de l'église ; enfin, si ces deux peines restaient infructueuses, on employait un châtiment plus sévère ; ce cas était excessivement rare, et l'on n'avait besoin ni de bourreau, ni de prison.

Milice — -Les missionnaires avaient organisé une milice à pied et à cheval, faisant l'exercice tous les dimanches. Placée sous le commandement d'un cacique, elle était chargée de garder le territoire des missions et de repousser, en cas de besoin, toute agression.

Agriculture. — -Chaque famille avait un terrain qui lui était assigné en raison de ses besoins. Le reste des terres, appelé possession de Dieu, était cultivé en commun, pour suppléer aux mauvaises récoltes, subvenir aux besoins de la guerre, à l'entretien des orphelins, des veuves et des vieillards, couvrir les dépenses du culte et payer l'écu d'or dû au roi d'Espagne par chaque propriétaire La récolte était mise en commun dans les magasins, à la disposition du curé, qui faisait chaque jour distribuer aux chefs de famille les choses nécessaires à la vie, selon le nombre de têtes. Il était beau de voir les habitants de chaque réduction se réunir soir et matin à l'église, au son de la cloche, pour rendre hommage à leur Créateur, puis aller au travail au son des instruments de musqué, précédés de l'effigie du saint patron de la colonie. Un inspecteur, chargé de diriger les travaux, excitait l'indolence naturelle des Indiens. Cependant, le travail était très modéré et entrecoupé de récréations pendant la "ournée ; des fêtes civiles ou religieuses venaient souvent en rompre la monotonie.

Education et instruction. — Chaque colonie avait deux écoles pour élever les enfants. Tune pour les lettres et l'autre pour la musique et le chant. Afin de mettre en garde les enfants des réductions

contre l'esprit corrupteur des étrangers, la langue espagnole n'était pas enseignée ; aussi le territoire des missions était-il interdit aux Européens.

Résultats. — 'Le gouvernement patriarcal fit du Paraguay un état heureux et prospère. C'était, en effet, celui qui convenait le mieux à un peuple conquis à la civilisation par l'Évangile. Il dura de 1556 jusqu'en 1767. Alors les Jésuites furent expulsés, et les Indiens réduits à l'esclavage.

LECTURE. — La fête du Saint Saci-ement dans les missions du Paraguay. — Au centre des forêts sauvages, au milieu de ce petit peuple antique, la fête du Saint Sacrement présentait un spectacle extraordinaire. Voici la description que le père Charlevoix en a faite : "On ne voyait rien de précieux à cette fête ; toutes les beautés de la simple nature sont ménagées avec une variété qui la représente dans son lustre ; elle y est même, si j'ose ainsi parler, toute vivante : car, sur les fleurs et les branches des arbres qui composent les arcs de triomphe sous lesquels le Saint Sacrement passe, on voit voltiger des oiseaux de toutes les couleurs, qui sont attachés par les pattes à des fils si longs, qu'ils paraissent avoir toute leur liberté et être venus d'eux-mêmes pour mêler leur gazouillement au chant des musiciens et de tout le peuple, et bénir à leur manière Celui dont la providence ne leur manque jamais.

"D'espace en espace, on voit des tigres et des lions bien enchaînés, afin qu'ils ne troublent point la fête, et de très beaux poissons qui se jouent dans de grands bassins remplis d'eau : en un mot, toutes les espèces de créatures vivantes y assistent comme par députation, pour y rendre hommage à l'Homme-Dieu dans son auguste sacrement.

"On fait entrer aussi dans cette décoration toutes les choses dont on se régale dans les grandes réjouissances, les prémices de toutes les récoltes pour les offrir au Seigneur, et le grain qu'on doit semer, afin qu'il lui donne sa bénédiction. Le chant des oissaux, le rugissement des lions, le frémissement des tigres, tout s'y fait entendre sans confusion, et forme un concert unique . . .

"Dès que le Saint Sacrement est rentré dans l'église, on présente au missionnaire toutes les choses comestibles qui ont été exposées sur son passage. Il en fait porter aux malades tout ce qu'il y a de meilleur ; le reste est partagé à tous les habitants de la bourgade. Le soir, on tire un feu d'artifice, ce qui se pratique dans toutes les grandes solennités et au jour des réjouissances publiques."

DEUXIÈME ÉPOQUE

Tentatives de la France au Canada

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