‹ Histoire du CanadaChapitre 24 sur 27 · L. S. Huntingdon, solliciteur général · texte numérisé non relu

L. S. Huntingdon, solliciteur général

Pour résumer en deux mots la situation, c'était un ministère connu du parlement et du public qui avait demandé et obtenu la dissolution des Chambres, et c'en était un autre tout différent, inconnu du parlement, qui allait faire les élections. On accusa ouvertement le premier ministre de se laisser mener par M. George Brown et d'avoir à sa demande renoncé au principe de la double majorité. De fait, ce fut M. George Brown qui lui avait imposé MM. Dorion, Mowat, Holton et Wallbridge, et il entendait gouverner sous son nom. Le Gïohe donna comme de juste son appui au nouveau ministère, et le pays se trouva plongé dans l'excitation, le malaise, et le trouble des élections générales.

Le résultat fut favorable au gouvernement dans le Haut- Canada ; au contraire, la population du Bas-Canada, lui, voyant Tinfluence des char grits toute puissante, lui refusa son adhésion encore une fois. Trois ministres furent battus, MM. Dorion, Holton et Drummond, et M. Cartier se vit à la tête d'une phalange compacte de députés. MM. Dorion et Holton obtinrent de nouveaux comtés où ils fu-

rent élus ; M. DTummond que la malchance poursuivait dut cé<ler sa place, et ce fut M. Laframboise qui lui succéda, un homme respectable mais sans aucune valeur politique.

Le programme des candidats du Glohe dans le Haut-Canada demandait le rappel de la loi des écoles séparées, une augmentation de la représentation pour la province et le transport de la capitale à Toronto en attendant l'achèvement des édifices publics à Ottawa. Comme c'était l'asservissement du Bas-Canada, la population fanatisée lui donna presque partout son adhésion.

MM. J. B. Robinson, G. Sherwood et J. Carling, ancien» collègues de M. John A. MacDonald, furent battus ainsi que M. Scott, l'auteur de la loi des écoles séparées. Le gouvernement eut la majorité dans le Haut-Canada, l'opposition la majorité dans le Bas-Canada, et comme la minorité se trouva à peu près la même dans l'une et l'autre province, on se demanda ce qui allait résulter de cette étrange situation. Si ropi>osition avait accusé jadis le gouvernement de conduire les affaires au moyen d'une majorité fournie par le Bas-Canada, il est certain qu'à son tour l'opposition, aujourd'hui maîtresse du pouvoir, allait s'y maintenir avec Tappui d'une majorité prise dans le Haut-Canada. Seulement, les dispositions de ces deux majorités étaient bien différentes. Jamais même au faîte de sa puissance, il n'était entré dans l'esprit de la députation canadienne-française de prêter son concours ou de consentir à la moindre injustice envers celle du Haut-Canada, soit contre ses institutions, soit contre ses libertés, soit contre ses intérêts matériels ; aurait-on aujourd'hui pour le Bas-Canada les mêmes égards, le même respect, la même libéralité ?

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