‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 11 sur 120 · RÉGIME DES COMPAGNIES DE COMMERCE · texte numérisé non relu

RÉGIME DES COMPAGNIES DE COMMERCE

M. de Monts. Apres les explorations du XVIe siècle, la Colonisation en Canada s impose, Henri IV Ja

désire, pourvu qu'elle se fasse aux rais des Compagnies

soin de toutes ses ressources pour effacer les ruines ac- Cumulées par Jes Suerres de religion. Champlain pense que la colonisation en Acadie “est une chose désespérée”.

Concurrence Européenne et en relations avec un arrière- Pays sans limites connues. Mais M. de Monts, venu à Tadoussac avec le capitaine Chauvin, n'avait visité du

aint-Laurent que la partie Ja moins favorable à l'agriculture.

Il se tourna plus volontiers vers le sud, et il y entraîna des hommes de première valeur : Champlain. Poutrincourt, Louis Hébert, Pontgravé, Marc Lescarbot. Le 8 novembre 1603, ;] obtient une Commission qui le nomme lieutenant-gouverneur “au pays de la Cadie du 40e au 46e Pour peupler, Cultiver, faire habiter les dites terres... à condition d'y planter la foi Catholique”. Un Privilège du trafic lui fut concédé pour 10 ans. Il conserva Ja com- Pagnie formée Par de Chastes et qui se COmposait de

Lot

marchands de Rouen, de Saint-Malo, de La Rochelle et de Saint-Jean-de-Luz.

M. de Monts, voulut donner un exemple de dévouement à l'œuvre de la France en Amérique. Il commandait en personne le premier convoi de colons qui quitta le Havre le 7 avril 1604. Champlain, Louis Hébert, Poutrincourt l'accompagnaient.

Son premier soin fut de faire un relevé minutieux des côtes de l’Acadie, en suivant, à partir de la Hève, toutes les indentations du rivage de la baie Française (de Fundy). La nomenclature acadienne, très complète, qui date de cette époque, a été conservée jusqu'à la conquête anglaise. Sur la côte nord de la baie, il s’arréta, pour y établir ses quartiers d’hiver, dans une petite ile située à l'embouchure d’une rivière à laquelle il donna le nom de Sainte-Croix.

Son plus actif lieutenant, Champlain, poursuivit l’exploration de la côte du Maine actuel jusqu’au delà du Kennebec, remonta la rivière Pentagouet l'espace de 25 lieues, donnant le coup de grâce à la légende séculaire qui plaçait dans ce pays de Norimbègue, un peuple policé et de grandes villes.

L'hiver à Saint-Croix fut très rude; on y manquait d’eau douce et de bois, on redoutait les Indiens, on ne savait comment se garantir contre les rigueurs du froid. Le mal de terre enleva 35 hommes sur les 85 qui composaient la petite colonie.

Fondation de Port-Royal (1605).—Au printemps de 1605, M. de Monts partit à la recherche d’une contrée plus hospitalière. Après avoir rangé la côte sud jusqu'à Mallebarre (Nauset) il suit Poutrincourt qui, l’année précédente, s'était fait concéder le magnifique bassin de Port-Royal. M. de Monts y transporta sa colonie de Sainte-Croix qu’il laissa sous le commandement de Pontgravé pour retourner en France. Champlain resta à Port-Royal autant pour se livrer à des essais de culture que “dans l’espérance de faire de nouvelles découvertes vers la Floride”.

L'été suivant, Poutrincourt arriva juste à temps pour ravitailler la colonie qui manquait de tout et refusait d’af-

art RP nn … : be noeud

50 CHAPITRE jy

fronter un nouvel hiver, I] amenait 50 colons et celui qui fut le Premier historien de Port-Royal, Marc Lescarbot. Pendant que ce dernier se fait l’âme de la colonie Par son

aCtivité, sa £aleté et sa Curiosité Scientifique, Champlain

aCCompagne Poutrincourt dans une trcisième exploration pag €

fartha’s Vineyard et Nantucket. Nulle part ]a côte n’offrait d’endroit qui leur Parût Préférable à Port-Royal. Bien que Je SCorbut fit encore quelques victimes, l'hiver Suivant 1606) se Passa agréablement, £Tace à l’abondance des vivres, à l'esprit d'initiative et à l’activité de cette société d'élite, endant ce temps, les Marchands et les armateurs ennemis de M. de Monts réussissaient à lui faire perdre Son privilège, C'était décréter Ja destruction de Port- Oyal qui ne POuvait encore se Süuffire à lui-même. Poutrincourt dut laPatrier ses colons. ]] S'arr.. a à regret de ce Pays dont l'excellente Situation et la fertilité l'a- Vaient séduit. Il confia Jes bâtiments à la garde de embertou et des Sauvages : sa Confiance ne fut Pas trom- Pée. Avant de partir, il] €Xplora encore une fois les côtes

Pouvant plus COMmpter sur de Monts qui a suivi Cham- Plain au Saint-Laurent. Poutrincourt fait ratifier par

Projets de Colonisation en Acadie. Une nouvelle com- Pagnie où Entraient Ja Marquise de Guercheville et des Marchands huguenots de Dieppe, fournit Jes fonds néces- Saires à la colonie qu’il fallait de Nouveau créer de toutes Pièces. Mais au Moment où Jes Vaisseaux allaient Partir, les Marchands refusèrent de donner Passage aux mis- Sionnaires Jésuites que Mme de Guercheville envoyait en Acadie. Toutefois un prêtre séculier, Jessé Fléché, ac- Compagna l'expédition. tant pour Satisfaire aux besoins

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spirituels des colons que pour évangéliser les Indiens. C'était supprimer le grief qu’on avait fait à M. de Monts, qui d’ailleurs était calviniste, de négliger l'instruction des sauvages pour les profits du commerce. Aussi donna-ton une grande solennité au baptême du sagamo Membertou et de 20 Souriquois, les premiers convertis à la foi catholique. Les associés huguenots, ayant trouvé les profits de la traite insuffisants, Madame de Guercheville en profita pour acquérir tous leurs droits et se fit céder le privilège que M. de Monts possédait encore sur la Nouvelle-France depuis la Floride jusqu’au Saint-Laurent. En 1611, elle envoyait à Port-Royal les PP. Biard et Massé.

C'est alors aussi qu’apparureut les premiers germes des divisions qui allaient amener la ruine de la colonie. Poutrincourt, ne pouvant rester en Amérique, y avait laissé son fils Biencourt, jeune homme qui manquait de la prudence et de l’habileté nécessaires au chef d’une colonie naissante, Il prétendit étendre son commandement aux postes de traite de la rivière Saint-Jean, où commandait le fils de Pontgravé, et de Sainte-Croix, dont les baraquements élevés par de Monts, abritaient quelques traitants sous la conduite de Plastrier. Il se brouilla aussi avec les missionnaires. Mme de Guercheville abandonna aussitôt l’entreprise de Port-Royal. Les Poutrincourt furent réduits à leurs seules ressources, et les quelque 25 colons de Port-Royal vécurent de leur travail de culture, de chasse et de pêche.

Saint-Sauveur.—Par les soins de Mme de Guercheville et des Jésuites, M. de la Saussaye forma en France une nouvelle recrue et quitta Honfleur au printemps de 1613 avec 48 colons tant catholiques que protestants. L'expédition touche en passant à Port-Royal pour y prendre les Jésuites, et descend dans l'ile des Monts-Déserts où elle élève un fortin au fond d’une baie spacieuse (Bar Harbour). C'était se rapprocher des Anglais du sud et fractionner les forces françaises en Acadie, deux fautes que l’on n’allait pas tarder d’expier.

Un capitaine virginien, Samuel Argall, marin sans honneur et sans conscience, découvrit la colonie française,

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sur cette terre. Feignant à Ors de le traiter en usurpateur, il invoqua les droits des Anglais sur cette côte,

renfermait. La colonie française, Partagée en deux tron- SONS regagna Péniblement la France.

Pillage de Port-Royal, r « SOuverneur de Ja Virginie, sir Thomas Dale, non Seulement approuva Ja conduite d'Argall, Mais lui confia meme trois navires pour Continuer son œuvre de destruction. Argall alla raser

au 46e de latitude : celle que Jacques Ier aCcordait aux

et sur le continent. Aidé par des marchands de La Rochelle, Poutrincourt fit même un nouvel effort pour relever Port-Royal de ses ruines. Il revint une dernière fois en Acadie (1614), répara les dégâts causés par les Anglais, engagea son fils à demeurer dans ses domaines et retourna en France avec Louis Hébert, non sans avoir prévu avec ce dernier que l’Acadie ne pouvait être longtemps encore qu’un comptoir de traite. L'année suivante, il était tué au siège de Méry-sur-Seine. Biencourt continua l’œuvre commencée par son père. De petits postes s’élevèrent sur le pourtour de la presqu'ile acadienne, à Lomeron (Cap Sable), à la rivière Saint-Jean, à la Hève, à Canseau. Ils n'avaient guère de relations qu'avec les navires français ou anglais qui faisaient la pêche sur ces côtes poissonneuses. En deux ans (1616- 17) Biencourt vendit 50,000 livres de pelleteries. Port- Royal maintient sa tradition agricole.

À Biencourt, mort en 1624, succéda Charles 2 Latour, qui fut tout de suite par son initiative et son activité, le plus ferme soutien des droits de la France sur ce territoire écarté. Désireux de régulariser sa situation, il envoya son père, Claude, renouer des relations avec la France. Pris par les Kirke, Claude de Latour fut emmené en Angleterre, y épousa une des suivantes de la reine Henriette, et, gagné à la cause anglaise, revint en Acadie avec la mission d’obtenir de son fils la reconnaissance de l’allégeance britannique.

D'après Nicolas Denys, un échec complet l’attendait. Charles de Latour repoussa toutes les offres de son père et l’obligea même à rejoindre la colonie écossaise établie à Port-Royal. Mais on a des preuves que Charles de Latour céda au pouvoir des Anglais qui, en retour, lui assurèrent la tranquille possession de son fort. Dans l'intervalle, il envoya son homme de confiance, Krainguille, pour établir des relations régulières avec le gouvernement français. Le 8 février 1631, le roi confirma le jeune Latour dans son commandement de l’Acadie.

D'autre part, en 1621, le roi d'Angleterre avait concédé toute l’Acadie, sous le nom de Nouvelle-Écosse, à sir William Alexander, comte Stirling. Ce grand seigneur

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54 CHAPITRE jy

avait des plans Magnifiques. Divisant son immense do- Maine en Concessions de 3 à 6 milles de front sur Ja mer, il devait les distribuer à des &entilshommes auxquels le roi Conférerait le titre de baronnet, à la seule condition

d'établir Sur leurs domaines un certain nombre de colons

en 1628 sur À réduites à Ja misère, Les unes se réfugièrent au Massachusetts, les autres furent rapatriées.

L’Acadie sous Razilly.__]. traité de Saint-Ger- Main-en-L ave rendit toute l’Acadie à la France, Riche-

zilly. Razilly partit d'Auray (juillet 1632) avec deux navires montés Par 300 hommes. Trois Capucins accom- Pagnaient l'expédition. Pour des raisons de Commerce

dait pour Jui Port-Royal, La Hève, et tout le centre de la

éninsule aCadienne ainsi que Pentagouet, qui devint un des forts les plus fréquentés, au terminus de Ja route intérieure du Saint-Laurent. IT donna tous ses soins aux travaux de défrichement et à la culture du sol, Charles

€ Menou, seigneur d'Aulnay et de Charnisay, Son parent, venu avec Jui, seconda admirablement ses efforts, Pourtant quand Razilly mourut en 1636, il n'y avait encore qu'une quinzaine de familles Européennes et Quelques en-

gagés dans les établissements de Port-Royal et de la Hève. La population de toute l’Acadie ne dépassait pas

180 âmes.

Querelles intestines.—1)'Aulnay, le successeur de Razilly, avait toutes les qualités d’un chef de colonie. Il était prudent, actif, clairvoyant. Il eut vite compris que le vrai centre d’une colonie agricole ne pouvait être qu’à Port-Royal. Son port spacieux était facile à défendre, ses alentours étaient fertiles et agréables. D’Aulnay s’y établit vers 1640. Un petit détachement resta à la garde de la Hève. Il se trouva bientôt à Port-Royal une quarantaine de familles françaises qui furent la souche d’une grande partie de la population acadienne. Mais la pauvreté de la colonie et les luttes fratricides de ses chefs, entravèrent tout progrès.

Latour, ex effet, avait mal accueilli la nomination de d'Aulnay au poste de gouverneur de l’Acadie. Il le savait aussi inflexible que jaloux de ses prérogatives, et son ambition était de rester maître dans son domaine. D'autre part, d’Aulnay voulait étendre sa juridiction même sur le territoire de chasse de son rival. Aussi les confiits d'autorité ne tardèrent-ils pas à surgir entre les deux gouverneurs. En 1640, ils dégénéraient en une lutte à main armée qui dura plus de six ans. Latour, révoqué de sa lieutenance (24 février 1641), fut mis hors la loi ; mais il était moins facile de le saisir, et, avec l’aide des Anglais de Boston, il se maintint dans son fort de Saint-Jean. En 1645, d’Aulnay venait l’assiége vec une flotte de plusieurs navires. En l'absence de son mari, Madame de Latour avec une cinquantaine d'hommes mit le fort en état de défense, mais d’Aulnay emporta la place de vive force. Madame de Latour, faite prisonnière, ne survécut que trois semaines à sa défaite et à la ruine de son mari. Celui-ci, renonçant à une lutte inégale, essaya de continuer son trafic des pelleteries, puis se retira à Québec où il resta pendant 4 ans.

Nicolas Denys, qui avait établi un poste de pêcherie sédentaire à Miscou, sur la baie des Chaleurs, portait moins ombrage à d’Aulnay. (Cependant, dans l'été de

1647, le gouverneur de Port-Royal l'envoyait saisir et s'emparait aussi des postes de Saint-Pierre et de Canseau.

D’Aulnay — Le Borgne.-— ]A défaite de Latour rendait d'Aulnay de Charnisay maitre incontesté de toute l’Acadie. ‘Il continua d'en organiser la défense, ChCOUragea le commerce, surtout l’agriculture, et protégea les pêcheries : il se trouva bientôt à la tête d’une petite colonie assez florissante. Il fut un des types les plus Complets du gentilhomme colonisateur du XVIIe siècle. Une mort tragique vint mettre fin à cette carrière aussi agitée que fructueuse : le 24 mai 1650, d’Aulnay fut trouvé mort sur la grève de la petite rivière de Port-Royal. C'était une perte irréparable pour l’Acadie. Personne dans son entourage ne pouvait reprendre et continuer son œuvre et il ne laissait que des enfants en bas âge Pour recueillir une succession plutôt embarrassée. Sa veuve prit la direction des affaires, mais quand Charles de Latour et Philippe Mius d'Entremont se présentèrent devant Port-Royal (1651), elle fut assez habile pour gagner l’appui de Latour en lui accordant le fort de Saint- Jean et ie gouvernement de l’Acadie à titre de délégué du roi. D’Entremont obtenait le fief du Cap-Sable et s'établissait dans la presqu’iie de Pobomcoup. Ce premier accord devait finir Par une idylle; deux ans plus tard, (1653), Latour épousait Mme d’Aulnay et rentrait en possession des biens et des honneurs de j’homme qui l'avait combattu toute sa vie et complètement ruiné. Pourtant, Latour n'avait Pas encore trouvé la paix.

D’Aulnay avait investi des sommes considérables dans ses entreprises de colonisation. À sa mort, il se trouvait débiteur d’un armateur de La Rochelle, du nom de Emmanuel le Borgne pour 260,000 livres. Le Borgne n’eut pas plutôt appris le mariage de Mme d'Aulnay, qu’il partit avec plusieurs navires et vint en personne réclamer sa créance. Il s'empara des établissements de pêche de Denys à Chédabouctou et à Saint-Pierre du Cap-Breton : il prit possession, sans coup férir, de Port-Royal et de toute la péninsule. Charles de Latour s'était enfui avec son épouse au fort de Saint-Jean. Le Borgne allait se mettre à sa poursuite, quand il apprit que les Anglais

LES FRANÇAIS EN ACADIE ? 4 avaient capturé le fort et se dirigeaient sur Port-Royal.

La résistance était impossible. Le Borgne se trouva bientôt prisonnier dans le fort même qu'il venait de prendre

PETITE ILÉMISCOU ar

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Ç H.DES FRACADIE MAUFRAGES

L'Acadie et l'ile Saint-Jean.

(16 août 1654). Le chute de Port-Royal entrainait celle de toute la péninsule acadienne. Seuls, les postes de pêche du golfe restèrent en possession de Denys qui venait de les recouvrer.

Nicolas Denys.- Nicolas Denys est une des plus belles figures de la primitive Acadie. Par son entente des affaires, sa persévérante activité et ses talents d’écrivain, il s’est élevé au premier rang des fondateurs. des colonies du golfe Saint-Laurent, I] fut le premier habitant du Nouveau-Brunswick.

Compagnon de Razilly en 1632, il établit aussitôt une pêcherie sédentaire au port Rossignol (Brooklyn) et organisa, dans Je voisinage de Ja Hève, un chantier pour l'exploitation des forêts. S’étant brouillé avec d'Aulnay, il part pour la baie des Chaleurs et obtient la concession des îles Miscou, où il se livre à la pêche et au trafic des pelleteries et Commence les premières cultures qui se soient faites dans ce pay . Dépossédé de ce poste (1647), il alla fonder avec son frère Simon, les deux établisse-

dans l’île du Cap-Breton et celui de Chédabouctou. dans l’Acadie péninsulaire, Fait Prisonnier par Mme d’Aulray et envoyé à Québec, il est bientôt relâché et va s’établir à Nipisiguit (Bathurst), où Emmanuel Je Borgne le vint saisir Pour l'emmener Prisonnier à Port-Royal. Cette fois il passe en France et obtient une charte commerciale “pour toute l'étendue de Ja grande baie Saint-

deux mois plus tard (février 1654) “une commission royale de gouverneur et de lieutenant général en tout Je pays, Cap-Bretc.…, île Saint-Jean et autres iles adjacentes et Seigneur direct et Propriétaire du dit pays”. Denys se livra alors tout entier à son industrie de la pêche et au trafic des fourrures dans les nombreux Postes échelonnés sur le rivage de son immense seigneurie, Les Anglais n'élevèrent aucune prétention sur ce domaine écarté. En 1670, Nicolas Denys laissa la gestion de son domaine à son fils Richard et Passa en France, pour publier, sur l’Acadie, deux ouvrages qui mettent en vive lumière l’histoire, la géographie et la vie économique de cette époque reculée. I] revint à Nipisiguit où il mourut en 1688.

Missions acadiennes,— Aux Jésuites avaient succédé en 1619, 6 Récollets, envoyés en Acadie par des marchands de Bordeaux. De Port-Royal, lieu de leur

de 20,000 livres. T1 acquit ensuite les titres et les privilèges de Latour qui rentra dans la vie privée, et demeura |

LES FRANÇAIS EN ACADIF 59 plus - résidence habituelle, ils desservent les postes de Saint- — Jean et de Miscou et poursuivent chez les sauvages le .. travail d’évangélisation commencé. En 1639, Richelieu des les remplace par des Capucins; mais, protégés par Laabi- tour, les Récollets continuent de desservir les postes de la rivière Saint-Jean et du cap Sable.

une Les Jésuites furent les missionnaires des Abénaquis du PE pe Kennebec. Le P. Gabriel Druillettes ouvrit la première our : mission en 1646 et la foi y fit de rapides progrès. Qua- 1 ay, rante ans plus tard, toute la nation abénaquise était chré- 1 ps tienne. Les Capucins furent jusqu’en 1656 les missiondes naires accrédités de l’Acadie. Pour assurer le service 7) religieux de la colonie et pourvoir aux missions indiennes, [), d’Aulnay fit ériger à Port-Royal un monastère assez 7 vaste pour loger 12 religieux et une trentaine de jeunes 1e gens français et sauvages. Ce fut le “séminaire ” des | . Souriquois auquel s’ajouta bientôt une autre maison de 1l- formation chrétienne pour les jeunes sauvagesses, sous l'E ne la direction de madame de Brice d'Auxerre, sœur d’un Li 3 des missionnaires. Outre Port-Royal, les Capucins des- 1: 14 1. servent Pentagouet, Saint-Pierre du Cap-Breton et Nipi- Br 2e siguit, sur la baie des Chaleurs. De ces différents postes, EE t- ils visitent les villages sauvages, où ils multiplient les (1 et conversions. La conquête anglaise les déposséda pour ÉRE ; toujours de leurs missions. L’Acadie resta privée de LH & missionnaires jusqu’après le retour des Français. it 4 : LE Occupation anglaise (1654-1667) .— \ppa- : : remment, en 1654, l’Acadie devenait possession anglaise. RE D : En réalité, les pouvoirs et les droits de Le Borgne, con- 14 S firmés par les Cent-Associés, (10 décembre 1657), de- BL: meuraient intacts et la petite population française s’aper- EE : çut à peine qu’elle avait changé d’allégeance. Deux ans É : | plus tard, Cromwell concédait toute l’Acadie à un sei- | 44 gneur français qui n'était autre que Latour, à condition RÉ que le haut commandement de la colonie restât à deux ‘44 de ses partisans les plus zélés, sir Thomas Temple et Wil- DR: liam Crowne, de Boston. Temple ne pensa qu’à mettre : les forts en état de défense; il y dépensa, dit-on, plus fl

énbarétiqi sr ia be ivre

avec Crowne, le seul propriétaire de l’Acadie. Son action ne s'étendit pas à Ja population française, dont il se désintéressa, et qui continua de se développer lentement suivant ses tendances Propres et son organisation primitive, mais sans recevoir d'immigrants français. Charles de Latour mourait vers 1663 à l'âge de 67 ans. Les postes de Jemsek et de Ja rivière Saint-Jean qu'il s'était réservés, passaient à son gendre, Martignon d'Arpentigny, marié à Jeanne de Latour, tandis que ses deux jeunes fils, Charles et Jacques, allaient se fixer à Pobomcoup près du vieux lieutenant de leur père, Philippe Mius d’Entremont.

En 1667, par le traité de Bréda, l’Acadie faisait retour à la France, M. de Bourg, qui vint en prendre possession au nom du roi, rétablit Emmanuel Le Borgne (1) dans ses droits et pouvoirs, en attendant la création d’un conseil d'administration qui, de Paris prit Ja direction supérieure des affaires de l’Acadie.

Champlain fonde Québec. — es instances de Champlain, jointes aux intrigues des marchands qui avaient obtenu (1607) la liberté de Ja traite, avaient enfin déterminé M. de Monts à faire un essai de colonisation au Saint-Laurent. À cette condition, il obtint le renouvellement de son monopole commercial Pour une autre année (1608), nomma Champlain son lieutenant au Ca-

(1) Les réclamations de 1a famille Le Borgne ne cessèrent qu’en 1703, quand André Le Borgne de Belle-Isle obtint une concession de “10 lieues à droite, 10 lieues à gauche de la rivière Pentagouet, Sur 10 de profondeur”. L’Acadie est alors déclarée “domaine du roi”,

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nada, et lui adjoignit Pontgravé préposé à la garde des intérêts commerciaux qui devaient assurer le succès de l'entreprise. Le 3 juillet 1608, Champlain débarquait avec 28 hommes au pied du cap de Québec, “commencement du beau et bon pays de la grande rivière”.

Situé à 130 lieues de la mer, près d’un havre naturel profond et assez vaste pour abriter la flotte la plus nombreuse, à l'endroit le plus rétréci du fleuve (1), et pourvu par la nature d'excellents moyens de défense, Québec, dès le premier jour de sa fondation, est la tête et Te cœur du grand empire colonial rêvé par Champlain, et que Colbert, Talon, Frontenac, La Salle et La Vérendrye étendront jusqu'au Mississipi et aux montagnes Rocheuses, Pa: Québec, s'opère la prise de possession du fleuve dont l’immense bassin, si bien articulé, constitue le centre d’attraction de tout le nord de l’Amérique. D’abord protecteur des postes de traite de Tadoussac, des Trois-Rivières et de Montréal, Québec sera dans la suite la forteresse au pied de laquelle viendra se briser la puissance des ennemis, les Troquois et les Anglais. Après la conquête, il restera le centre de ralliement de toutes les forces vives du groupe français de l'Amérique du Nord.

Champlain entreprit sans tarder la construction de “l’abitation“, sorte de petit fort comprenant un corps de logis à trois étages, entouré d’un fossé et flanqué de redoutes. À l’automne il retourna en France. Ce premier succès fut payé bien cher. Quand Champlain revint, en 1609, il ne trouva plus à “l’abitation” que huit hommes : les autres avaient péri du scorbut.

Premier combat (1609).— Si le choix du Saint- Laurent inférieur comme colonie de peuplement éloignait Champlain du voisinage des Anglais, 1l le rapprochait de la nation indienne la plus féroce et la plus guerrière de l'Amérique, les Iroquois. Leurs querelles avec les autres tribus du Canada oriental remontaient loin au XVIe siècle. Dès 1603, les Montagnais de Tadoussac, les Ftchemins, les Algonquins et les Hurons, avaient obtenu

{+4} Kebec où Québec est un mot aigonquin qui signifie rétrécissement des eaux, détroit.

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de Champlain Ja Promesse de son assistance dans leurs guerres contre les Iroquois, probablement les Toudamans dont parle Cartier. Cest peut-être autant pour remplir Sa promesse que pour consolider des alliances plus récentes et faire de nouvelles découvertes “vers la Floride”, que Champlain partit avec des Hurons, des Algonquins et quelques Français, pour aller combattre les Iroquois. Jes sauvages alliés qui l’attendaient à l'embouchure du Richelieu, un petit nombre seul se joignirent à l'expédition qui ne compta qu'une soixantaine de guerriers. Mais Champlain persista dans son dessein, remonta le cours du Richelieu jusqu'au saut de Chambly, au delà duquel il s'embarqua dans les canots des Indiens avec les deux seuls Français qui ne voulurent pas l’abandonner. Dès lors la petite troupe s’avança en s’entourant de plus de précautions. Elle entra bientôt dans le grand lac auquel Champlain donna son nom. À Carillon, à l'endroit même où Montcalm gagna plus tard une mémorable victoire, les alliés se trouvèrent brusquement en présence de 200 Iroquois. D'un commun accord, les deux bandes se jetérent à la côte, s’y retranchérent, et, à la façon des héros d'Homère, passérent 1 nuit à s’injurier d’un camp à l'autre. Le lendemain, au lever du soleil, elles s’avan- Çaient l’une contre l'autre en ordre de bataille. quand les Algonquins et les Hurons, ouvrant leurs rangs, laissèrent le milieu à Champlain qui Parut armé de son arquebuse dans laquelle il avait glissé quatre balles. Profitant du premier moment de surprise, il ajusta son arme et, du Premier coup, abattit deux chefs iroquois et un autre guerrier. Un second Coup, parti d’un petit bois où Champlain avait caché ses Compagnons, mit le comble à l'épouvante des Iroquois qui s’enfuirent précipitamment, lais- Sant aux mains de leurs ennemis une dizaine de prisonniers.

Les Conséquences. Te] fut Je premier combat des Français contre les farouches Iroquois. On en a fait un crime à Champlain qu’on a accusé d’avoir agi sans prévision de l'avenir : on lui a attribué tous les malheurs de la guerre avec les Troquois pendant un siècle. Mieux valait, a-t-on dit. garder la plus stricte neutralité entre

leurs mans mplir S réide”, quins uois, e du ition Mais s du el il leux Dès s de quel eme les eté- Tos ) à anent 1se du du tre m- Usri-

les tribus indiennes, et devenir ainsi l'arbitre de toutes leurs querelles. Ce jugement ne manque pas de vraisemblance, mais il pèche par anachronisme en anticipar* sur les événements. En effet, rien ne faisait prévois ; que les Iroquois, grâce à leur organisation et à leur lian1leté à manier les armes à feu, deviendraient la terreur des aborigènes du ‘'anada. Les Algonquins et les Hurons ne les craignaient en rien, ils leur avaient même infligé plusieurs défaites sanglantes. D'ailleurs, l'alliance de Champlain avec les tribus sauvages les plus rapprochées, alliance nécessaire aux découvertes et à la propagation de l'Évangile, devait forcément l'amener à prendre parti pour des alliés qui l'avaient accueilli si cordialement, au moment où son impuissance le mettait à la merci d'un coup de main ou d'une surprise. En s'unissant aux Montagnais et aux Algonquins, Champlain s'ouvrait la route du Saint-Laurent inférieur; en gagnant l'amitié des Hurons, il étendait son influence aux lacs de l’intérieur, et préparait cette longue série d’alliances indiennes destinées à conduire les Français jusqu'aux montagnes Rocheuses.

Deuxième combat (1610).-Ies succès remportés au lac Champlain avaient inspiré aux alliés une confiance illimitée dans la valeur guerrière des Français et la supériorité de leurs armes. Aussi, l’année suivante. les Algonquins et Montagnais attendent-ils le retour de Champlain, repassé en France l’automne précédent, pour entreprendre une nouvelle expédition contre les Iroquois. Le lieu du rendez-vous était au cap de la Victoire (ile Saint-Ignace, dans le lac Saint-Pierre), où se tenait, cette année-là, le marché des pelleteries. De là, on se préparait à partir pour le pays des Iroquois, quand on apprit qu’une centaine de ces guerriers étaient retranchés à peu de distance sur la rive droite du Saint- Laurent. Sans se concerter, les sauvages s’élancèrent dans leurs canots, traversèrent le fleuve et coururent droit aux Iroquois. Champlain et 4 Français, laissés sans guide, arrivèrent au lieu du combat au mo-ent où les alliés fléchissaient, déjà déconcertés par la résistance Opiniâtre des ennemis. Les armes à feu, déjà moins redou-

tées, eurent cependant encore raison des flèches des Iroquois. Dans un suprême assaut exécuté sous le commandement de Champlain, le petit retranchement céda. Ce ne fut plus qu’une tuerie. De tous les Iroquois, il ne resta qu’une quinzaine de prisonniers qui furent livrés, selon la coutume, à d’atroces tortures. Champlain avait reçu un coup de flèche, et les alliés avaient 50 blessés et 3 morts. Le lieu où s'était livré ce sanglant combat, situé à une lieue en amont de Sorel, recut le nom de Cap au Massacre. Le lendemain arriva Iroquet, le chef des Algonquins de la Petite Nation. Il fit alliance avec Champlain et échangea, pour le besoin des communications ultérieures, un sauvage, Savignon, contre un jeune Français (1) désireux d'apprendre leur langue.

Champlain à Montréal.—Le retrait du privilège de de Monts et la mort de Henri IV (1610) faisaient perdre à la colonie deux protecteurs éclairés. Champlain se trouvait abandonné à ses propres ressources. Après avoir successivement établi son poste de traite à Tadoussac, à Québec et au lac Saint-Pierre, il résolut de faire de l’île de Montréal, le centre de ses opérations de toutes sortes auprès de ses alliés, les Hurons et les Algonquins des pays d’en Haut et des environs immédiats. Après avoir exploré l’île déserte—l’ancienne bourgade d'Hochelaga avait disparu,;—Champlain fit construire un petit fort en pierre au pied du grand Saut, à l’endroit qui fut depuis appelé place Rovale. La traite, cette année-là, fut très abondante, mais Champlain eut à subir la concurrence d’une multitude de marchands qui, à la faveur de la liberté du commerce, le privèrent des profits sur lesquels reposait le succès de l’entreprise.

Les compagnies de traite.—Trompé une fois de plus dans ses espérances, Champlain employa l’année 1612 à chercher, pour soutenir son œuvre, des protecteurs capables de faire échec à une concurrence ruineuse. Le progrès de la colonie ne pouvait évidemment reposer que sur des privilèges commerciaux concédés par charte

(1) Peut-être Nicolas Marsolet.

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