LA LITTERATURE
L'œuvre littéraire comme l’œuvre d'art est le produit de l'état de l'esprit et des mœurs d'une époque (1).
L'état de l'esprit et des mœurs du Canada. colonie francaise, n'a produit aucune œuvre littéraire canadienne, sauf quelques mémoires—ceux de Champlain, de Pierre Boucher, de Dollier de Casson, de Marie de l'Incarnation. de Sœur Morin—des récits de vovages, des relations de missions, quelques ouvrages d'histoire, écrits par des Français.
(t) Taine: Philosophie de l'Art
Le premier demi-siècle de possession britannique n’a
à peu prés rien produit non plus.
Première période (1760-1850) .- 1.6: premiers vers qui paraissent dans le public sont d'un étranger, Joseph Quesnel, dont il nous reste: Épitre à Généreux Lebadie, le Rimeur dépité, V'Anglomanie. J.-D. Mermet, VEN au temps de la guerre Canado-américaine, nous a donné un chant de sderre, Châteauguay. L'œuvre, qui a bien pourtant que'qu: mérite, ne s'élève pas à la hauteur du g'orieux fait d'armes des Voltigeurs canadiens, Michel Bitaud, canadien de naissance, est plutôt moraliste EE un peu phi'osophe. Son Recueil de Poésie (1832) contient les premiers essais de poésie vraiment canadienne. Puis se succédent Alfred Garneau, Fiset, Lenoir-Rolland, qui précèdent Crémazie.
À côté de ces Premiers poètes l'on retrouve les “Chanteux” primitifs, dont le répertoire des chansons populaïres, très abondant et trés varié, a été commencé par Ernest Gagnon et repris en ces derniers temps par l’École fo'kloriste.
Le Journalisme. C'est la forme littéraire la plus cultivée durant cette Première période. Le prennier journal canadien, le Æ/alifax Gasette parait dans la Nouvelle-Écosse en 1752. La Gazette de Québec est fondée en 1764 par William Brown: le journal contient des articles dans les deux langues. Puis apparait la Gasctte Littéraire de Montréal, publiée par Fleury Mesplet et Valentin Joutard, deux Français qui mettent leur plume au service de l’Indépendance américaine. La Gasette de Montréal est fondée en 1785 sur le modé'e de celle Québec. En 1806 Pierre Bédard lance le Canadien comme organe du Parlement. Le Courrier de Québec et le Spectateur suivent bientôt. Enfin Za Minerve est fondée à Montréal par Auguste-Norbert Morin, en 1826. Le journalisme devient bientôt un foyer ardent de polémique et de critique. Etienne Parent fut le meilleur journaliste de son temps. Il développa dans le journal le Canadien ct répandit dans le peuple les convictions de la Chambre basse,
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Histoire.- l'histoire est le genre littéraire où l’on a le micux réussi. Michel Sibaud à écrit une histoire du Canada que le temps a quelque peu usé. Bibaud est assez bien informé; mais ses appréciations se ressentent beaucoup de ses tendances à la bureaucratie.
François-Xavier Garneau, que l’on à appelé l'historien national du Canada, commença en 1845 Ja publication de son ouvrage en trois volumes. (C’est la tentative la plus sérieuse et la plus solide du genre. C’est une œuvre de grande valeur. Garneau n’a pu cependant oublier la période agitée de 1820 à 1840 et son histoire du Canada porte une forte empreinte de l'état de l'esprit et des mœurs du temps. C’est pourtant un livre qui s'impose par sa documentation généralement solide, sa forme impressionnante et soutenue, sa grande sincérité.
L’éloquence parlementaire. — Elle commence avec le régime constitutionnel de 1791 pour se continuer jusqu’à nos jours. Ce genre littéraire, est de sa nature essentiellement passager. Il nait de circonstances spéciales, et disparait le lendemain. Les journaux du temps nous ont conservé plusieurs discours parlementaires et politiques, qui nous paraissent aujourd'hui dénués d’intérêt sinon de valeur. Panet, Bédard, surtout Papineau, le grand tribun populaire, furent des orateurs parlementaires d'une réelle éloquence. Plus tard Lafontaine et Baldivin seront de très éloquents défenseurs de la liberté constitutionnelle : mais tout cela au point de vue de la valeur littéraire est bien verbeux et ronflant : de ioute cette éloquence, dégagée du timbre de voix. du geste et de l’à-propos du moment, il ne reste qu'une substance réduite.
Seconde période (1850-1919). Cette seconde période—i{a nôtre—commence pleine de promesses avec une phalange de ieunes littérateurs sortis de l’Institut canadien, de l’École “traditionnaliste” et de l’École littéraire.
Octave Crémazie, que l'on a appelé notre poète national, est peut-être bien celui de nos poètes dont l'inspiration est la plus sincère, la plus vraie, la plus nationale. Cré-
mazie est un patriote, puis un exilé qui ne pense qu’à la patrie absente, Les Morts, la Fiancée du marin, le Chant du vicux Soldat canadien, le Drapeau de Carillon sont remplis de souvenirs touchants. L'on peut dire que l'âme Canadienne revit dans l'œuvre de Crémazie. C'est bien le plus populaire des poètes canadiens. [1 meurt au Havre en 1879.
Louis-Honoré Fréchette est un poète d'un tout autre genre. Disciple et imitateur de Victor Hugo, il a comme lui des aperçus originaux, des éclats “tapageurs”; il est à lui seul toute une école. La Légende d'un Peuple est Son œuvre maitresse : couronnée par l'Académie francaise. cette œuvre l'a justement placé au rang de nos ret"eur poètes. Fréchette atteint parfois au sommet de Ja poésie éloquente : mais sa facture du vers est SOUVENT ris Cc et dédaigneuse des lois de l'art. Il s'est cru smaître trop jeune; et il a négligé l’étude de la nature Canadienne : elle aurait pu enrichir son réel talent et lui fournir d’excellents motifs pour ses peintures de types canadiens. réels et légendaires.
William Chapman, Contemporain de Fréchette, n’a pas l'inspiration soutenue de celui dont il voudrait être Je rival. Les Aspirations—son meilleur recueil-ont été couronnées par l’Académie. Pamphile Lemay, est un chanteur
la voix douce et suave. Son œuvre restera un modèle
bon goût et de belle forme. Les Gouttelettes, publiées cn 1904, reflètent la bonté, la délicatesse, le lvrisme. Charles Gill, a laissé 11 chants d'un poème national, resté inachevé, Le Cap Éternité. dont certaines strophes sont d'une grande beauté,
Poètes, conteurs, romanciers. finile Nelligan, poëte lyrique d'une extrême sensibilité. Adolphe Poisson, Chants canadiens, Heures Perdues, Sous les Pins. Nérée Beauchemin, Floraisons matutinales.—T'abbé Casgrain, Légendes de mœurs canadiennes. Joseph Marmette, l’Intendant Bigot. et autres romans historiques. Philippe Aubert de Gaspé, Les Anciens Canadiens. Na. poléon Bourassa, Jacques et Marie. Laure Conan, plusieurs jolis romans historiques et chrétiens. —Faucher de
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Saint-Maurice, {abbé Camille Roy, critique littéraire.
Henri d'Ar'es, et les chroniqueuses Françoise, —Madeleine,-Colctte, Margot, ladette. Michelle Le Normand, et un grand nombre de jeunes poètes et prosateurs sortis presque tous de l'École littéraire.
L'Ecole littéraire, \vec l'École littéraire, fondée en IROS par un groupe de jeunes universitaires. = MM. lean Charbonneau, Louvignv DeMontigny, etc. — Ja littérature perd Son caractére de terroir, et S'universalise : Sans rejeter enticrement inspiration que la petite patrie lui suggère toujours, elle fait bon accueil à l'idée et à Ja forme étrangéres par lesquelles elle prétend élargir ses conceptions et donner de l'amp'eur à ses développements. L'influence de cette école est aujourd'hui souveraine dans tous les genres qui ne sont Pas astreints à l'exactitude du fait historique,
L'Histoire. |: histoire, cette seconde période est particuliérement féconde. L'abbé Ferland continue la tradition de Bibaud et 6: Garneau dans le domaine de l'histoire générale, Son ouvrage Comprend l'étude analytique de nos origines françaises, que l'auteur à retracces avec un grand sens de l'exactitude et de la véracité, L'abbé Ferland est mort en 1861.
À la grande histoire a succédé l'histoire particulière : monographies, biographies, généalogies. Les sources d'information sont devenues si abondantes depuis l'établissement du bureau des Archives nationaies qu'il parait bien difficile aujourd'hui de traiter à fond d'histoire générale. Aussi bien cette deuxième période nous a-t-elle donné moins de travaux de vues d'ensemble et plus d’études monographiques et biographiques qui ont rendu célébres quelques historiens.
Antoine Gérin-Lajoie à écrit l'histoire de l'Union da temps de Lafontaine-Baldwin (1841-1850).
Louis-Philippe Turcotte à retracé en deux volumes les luttes politiques du régime unitaire (1841-1867). Cette œuvre, alors prématurée, contient cependant de précieux cléments pour une refonte.
L'abbé Casgrain, qui a cultivé un peu tous les genres, s'est surtout illustré dans son Monicaim et Lévis. M
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Thomas Chapais, qui nous avait déjà donné la plus belle étude biographique canadienne dans son Jean l'alon, vient d'y ajouter l’histoire de Montcalm qui est aussi une œuvre maitresse. Isidore Bédard à écrit l'histoire du rég'me constitutionnel (1791-1841). M. Benjamin Sulte à publié en 8 volumes l'Histoire des Canadiens français. M. Alfred DeCelles a écrit une belle ébauche de la vie de Pa- Pineau et de celle de Cartier. Le grand tribun canadien a droit à une œuvre de plus d'envergure. Quant à Cartier, il a trouvé son historien dans la personne de M. John Boyd.
Monseigneur Tanguay a fait un travail co'ossa! et écrivant son Dictionnaire généalogique des Canadiens français. L'homme a eu le grand mérite de faire une œuvre presque unique au monde. La généa'ogie d’une famille est une affaire de stricte exactitude historique et là moins qu'ailleurs il est permis d'inventer. Un homme nait, vit et meurt à des dates données, rien à y changer quelqu'envie que l’on aie de faire des rattachements.
M. Louis-Olivier David nous a donné une troisième histoire de l’Union et une histoire des premiers vingt ans de la Confédération. C’est un contemporain qui a beaucoup connu les hommes dont il parle.
Jos.-Edmond Roy à publié une histoire très documentée de la seigneurie de Lauzon et une histoire du notariat canadien. Joseph Tassé: Les Canadiens de l'Ouest. Rodrigue Masson: Les Bourgeois du Nord-Ouest. L'abbé Auguste Gosselin: Histoire des évêques de Québec.
Depuis quelques années, les œuvres historiques marquent davantage la tendance de nos écrivains à se spécialiser dans des études monographiques. Le travail de recherches dans les divers dépôts d'archives à grandement favorisé cette école dont les œuvres de détail devront quelque jour servir à une œuvre d'ensemble.
L'œuvre littéraire anglaise. Nos concitoyens de langue anglaise ont aussi leur littérature canadienne.
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La poésie, le roman et l'histoire se partagent l’œuvre lit- Leraire qui ne compte guère plus de cinquante ans d'existence,
Le Roman, La Poésie. John Richardson, journa'iste de carrière, ouvre Ja série des romanciers vers 1830 Il écrit aussi que'ques récits de vovage. Son contenrorain Thomas Chandler Haliburton (1796-1863 ), né à Windsor en Nouvelle-Écosse, s'est placé au premier rang, tant par la valeur que par l'abondance de son œuvre. Haliburton après 75 ans reste toujours 'e romancier, le “novel. liste”, le conteur agréable et très intéressant, William Kirby, de Niagara, nous a donné en 1877 The Golden Dog (Le Chien d'Or). Ce récit d'une époque héroïque- les dernières années du régime français—est bien comme le prototype de notre roman historique. Sir Gilbert Parker s'est un peu inspiré de sujets étrangers ; et son œuvre est moins rapprochée de nous. C’est pourtant l'un de nos littérateurs les plus remarquables. William McLennan a écrit Songs of old Canada ct que'ques romans.
La poésie est beaucoup plus abondante que le roman. Les poètes sont nombreux, les œuvres varices. Charles Heavysege à laissé un chant magnifique dans Sal (1857). Alexander McLachlan est l'un des plus aimés des poètes. Son œuvre est restée comme la manifestation la plus haute de l’art poétique canadien de langue anglaise. Lyrics, Emigrant and Poems, Poems and Songs, sont des chants d'une réelle beauté. Isabella Crawford, irlandaise d'origine, a fait quelques bonnes pièces de vers. William-Henry Drummond (1854-1909) s’est surtout inspiré des types canadiens: coureurs de bois et trappeurs ; mais ses prétendues imitations du langage populaire ne sont pas toujours de bon goût. Charles Robert et Archibald Lampman sont deux poètes remarquables. Pauline Johnson, descendant d'un chef agnier de Grande-Rivière s'est rappelé les jours de ses aïeux et elle a chanté merveilleusement The Song my Paddle Sing's.
L'Histoire. — C'est aussi chez nos concitoyens le genre le plus cultivé.
Willism Smith, d'orioine américaine ct Robert Christie, politicien contemporain de Papineau ont écrit chacun une
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Fistoire générale du Canada. Ces deux œuvres primi tives—1815 et 1845—se ressentent de la mentalité #0 bative de l’époque. William Kingsford à consacré ZAC ns de sa vie à écrire une Histoire geénc'ale (10 volumes). C'est le plus considérable effort individuel encore tenté en histoire. John Charles Dent s'est surtout arrété à l'histoire du régime unitaire et de la Con fédération.
M. Arthur-G. Doughty, conservateur des Archives nationales, a publié (1901) The siege of Quebec (6 volumes). Cette épisode, la plus importante de l'histoire canadienne. a été étudiée avec la plus scrupuleuse exactitude historique. Sir Joseph Pope dans son livre Memories of Sir John Macdonald à fait l'histoire politique de quarante années, 1850 à 1891. M. John Boyd dans Georges-Étienne Carlier et son temps à complété l'histoire de l'Union et de l'établissement de la Confédération. Cet ouvrage remarquable, écrit d'abord en anglais, a été traduit par M. Sylva Clapin.
À ces travaux individuels sont venus s'ajouter des entreprises collectives de plus grande envergure. The Makers of Canada, série de biographies qui contient l'histoire monographique des principaux hommes d’État. qui, depuis Champlain, ont contribué à l'édification de la patrie canadienne. Dans Chronicles of Canada en 32 petits volumes, l’histoire générale est étudiée par époques où l’on a groupé les faits de même nature : découvertes, pionniers de l'Ouest, les Robes noires, etc. C'est une œuvre de vulgarisation. Canada and Its Provinces, publié en 1914 par les “Cent Associés”, est incontestablement la plus importante contribution à l’histoire du Canada. Vingt-trois volumes, grand format, composent cette collection.
Tous ces travaux d'histoire, auxquels ont contribué quelqnes-uas des nôtres, sont sortis de nos Archives nationales.
La Société royale du Canada. -]a Société royale du Canada, que l’on a aussi quelquefois appelée l’Académie canadienne, a été fondée en 1882 par le marquis de Lorne, alors gouverneur général, pour “favoriser
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VIE SOCIALE 559 de toutes facons l'étude des lettres et des sciences”. Elle se Compose de cinq sections :-—ittérature française, — lit. térature anglaise, mathématiques, physique, chimie, — 2éo'ogie, biologie Elle compte aujourd'hui plus de cent cinquante membres. Les “mémoires” de la Société rovate forment l'une des plus importantes séries de travaux littérares, historiques et Scientifiques canadiens. La Société roya'e est subventionnée par l'État.
Les Archives Nationales, in 1872 Je parlement Canadien autorisait la création à ( Mtawa d'un département d'Archives nationales afin de réunir en un seul dépôt central les archives publiques, les documents historiques de toutes sortes concernant l'histoire générale du Canada. Le fondateur de ce service d'utilité publique fut M. Douglass Brvmner, qui, aidé successivement de l'abbé Verrault, de Joseph Marmette, d'Édouard Richard et d'autres à réuni une grande quantité de pièces historiques originales ou de copies, M, Arthur-G. Doughty, nommé à la direction des Archives en 1904, à continué ce travail de collection dans tous les centres au Canada, aux États-Unis, en Europe et aujourd'hui les Archives nationales possédent plusieurs millions de pièces historiques canadiennes.
Chaque année il est publié un “Rapport d'Archives” donnant la liste répertorice des decuments en dépôt et le texte des pièces les plus importantes. Les soixante volumes parus jusqu'à ce jour forment la collection la plus complète des document historiques canadiens.
Toutes les provinces anglaises out aussi un département d'archives où l'on concentre les documents venus de partout et que l’on publie chaque année pour l'utilité et l'avantage de ceux qui s’adonnent aux études historiques.
Congrès de la langue française,-]e 24 juin 1912 s'ouvrait à Québec le premier congrès de la langue française en Amérique. À la suite du congrès l’on fonda une association permanente Pour la conservation et le perfectionnement de la langue française sur ce continent éEsurtout au Canada. “La Ligue des Droits du français”
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a entretenu depuis à travers le pays une campagne de publicité en faveur du français.